Mis à jour : dimanche 8 mars 2020

Le château de Cagliostro : Production

Miyazaki, enfin réalisateur de long métrage !

Le château de Cagliostro est produit dans la foulée de Rupan Sansei vs Fukusei-ningen (Edgar de la cambriole / Lupin III : Le secret de Mamo), premier film consacré au personnage, sorti fin 1978 au Japon, et alors que la deuxième série continuait à être diffusée à la télévision. Il est d’abord prévu pour une toute autre équipe sans que Hayao Miyazaki y soit attaché.
Celui-ci, après avoir gouté à la réalisation sur Conan, le fils du futur, série TV très ambitieuse comparativement aux standards des séries d’animation TV de l’époque, rejoint Isao Takahata sur la série Anne, la maison aux pignons verts. Comme pour Heidi et Marco / 3 000 lieues en quête de mère, Miyazaki prend en charge le layout. Il n’occupera finalement ce poste que sur les 15 premiers épisodes de la série, car début 1979, il est débauché par le superviseur du projet Yasuo Ôtsuka pour réaliser Le château de Cagliostro, en plein désenchantement quant à l’orientation prise.

« Quand Hayao Miyazaki a commencé sa série Conan, le fils du futur, il a exigé que je vienne travailler dessus » explique Ôtsuka. « Il m’a dit qu’il ne pouvait pas mener le projet à bien si je ne rejoignais pas l’équipe. Il a beaucoup insisté. Moi, à cette époque, je travaillais à la Shinei Dôga. Et pour Conan, j’ai du démissionner pour venir les rejoindre. Du coup, il avait une dette envers moi. Et quand pour Le château de Cagliostro, je lui ai demandé de nous rejoindre pour diriger le film, il s’est du coup un peu senti obligé de venir. »

Yasuo Ôtsuka et Hayao Miyazaki à l'époque de la production du film.

A 38 ans, Miyazaki saisit surtout enfin sa chance de devenir réalisateur de film d’animation. Il a passé de nombreuses années à seconder Takahata à la mise en scène et, il ne le sait pas encore, mais cette décision marquera la fin d’une longue collaboration fructueuse avec lui à qui il a apporté tout son talent artistique. Les deux hommes se recroiseront sur d’autres projets mais Miyazaki ne sera plus jamais le « crayon » de son ainé.
Takahata sera à son tour débauché par Ôtsuka au début des années 80 pour réaliser Kié, la petite peste, toujours pour le studio Telecom et avec la même équipe.

Miyazaki rejoint donc le projet du Château de Cagliostro en mai 1979. Il a à peine deux mois de pré-production pour mettre en place l’histoire et commencer à dessiner le storyboard.
La production démarre début juillet et le film est achevé fin novembre. Avec à peine sept mois entre le début du projet et la sortie, la performance est remarquable (et n’a encore jamais été égalée).
En 4 mois et demi et avec une équipe de 10 animateurs clé, une trentaine d’intervallistes et 2 studios en renfort (Ajiado et Oh! Production), tout le travail d’animation est achevé.
Au début du mois de juillet, lorsque commence le travail d’animation, à peine un quart des 550 pages du storyboard en 4 parties est achevé. Tel un marathonien, Miyazaki continuera seul, au fur et à mesure, ce travail en parallèle à la supervision de l’animation et des décors, ce qui se révélera très dur à gérer nerveusement pour toute l'équipe.

Miyazaki avouera regretter de ne pas avoir bénéficié de plus de temps.
« Le château de Cagliostro est ce que je voulais faire depuis l’école primaire » explique-t-il. Je l’ai réalisé. Je l’ai amené à un niveau convenable. En d'autres termes, nous sommes arrivés à l'endroit où l’on voit une mosquée dorée, le but à atteindre au delà de l’horizon. Cependant, j'ai été obligé de me retirer cet endroit. À la dernière minute, j’ai du faire des compromis. Si seulement j’avais eu un peu plus de temps... Mais il fallait terminer à temps pour la date butoir. Ca m'a fait mal. Pendant un moment, je me suis senti perdu, comme si je rampais contre le sol. »

Si l’équipe avait eu un an de délais de production, Ôtsuka prétend qu’il était possible que Le château de Cagliostro reste indémodable pendant 100 ans. Avec un temps aussi limité et un budget serré, le directeur de l’animation louera les qualités de réalisateur de Miyazaki : « Un animateur rapide et un génie de la simplification des tâches. »

Calendrier de production du Château de Cagliostro (Animage n°79 de nov. 1979)

  • 10 juin : Présentation de la version finale du scénario.
  • Fin juin : Un quart de l’e-konte (storyboard) est finalisé. A partie de cette date, l’e-konte progresse en même temps que les genga (poses clés).
  • Début juillet : Démarrage des genga.
  • 23 juillet : Démarrage des dôga (intervalles).
  • Mi-septembre : Le tournage a commencé. A partie de cette période, e-konte, genga, dôga et les prises de vue avancent en même temps. Le studio est devenu un champ de bataille.
  • Du 2 au 3 novembre ou du 6 au 7 novembre : Doublage (l’article ayant été écrit avant novembre, dates incertaines).
  • 20 novembre : livraison prévue du film (le volume prévisionnel des cellulos s’élève à plus de 50 000 car la réalisation de Hayao Miyazaki et Yasuo Ôtsuka est très élaborée).

Coût de production du film : 500 millions de yens (soit 10 fois moins que Le vent se lève).

Sortie du film au Japon

Le château de Cagliostro sort le 15 décembre 1979 dans les salles de cinéma Tôhô, au moment du boom de la S.F. au Japon, et ne rencontre que très peu de succès en salles. Il sera moins bien reçu que le premier film de la franchise Lupin III et ses résultats ont continué à confirmer la rumeur que les travaux nés de l’association Yasuo Ôtsuka / Hayao Miyazaki ne remportaient pas de succès public.

Cependant, c’est un film qui sera très apprécié des critiques. La même année, il est récompensé par le prix Ôfuji, prix décerné une fois par an à un seul et unique film d’animation, son jury reconnaissant ses qualités et prophétisant ainsi son futur statut de classique après plusieurs remises en avant ultérieures. Les lecteurs d'Animage l'élieront ensuite ainsi meilleur film d'animation japonais de tous les temps, jusqu'à la sortie en 1984 de... Nausicaä de la Vallée du Vent. La rencontre de Lupin et Miyazaki aura donc été de manière continue malheureuse puisque son travail sur le personnage ne sera reconnue à sa juste valeur que plusieurs années après.
La période qui va suivre sera un moment de creux pour Miyazaki. Il aura les plus grandes difficultés à proposer des projets de longs métrages. Il mettra plusieurs années avant de réaliser un nouveau long métrage, Nausicaä de la Vallée du Vent.

Sortie du film en France

L’exploitation du Château de Cagliostro dans notre pays aura pour le moins été complexe. Le premier long-métrage de Hayao Miyazaki aura d’abord eu droit à de multiples sorties vidéo aux formats VHS, DVD et Blu-ray, entachées par de nombreux conflits avec les ayants droit de Maurice Leblanc pour le nom « Lupin III », avant de connaître les honneurs d’une sortie nationale en salles presque 40 ans après sa sortie japonaise.

Sa première édition, en VHS, date de 1982, chez Adès Vidéo, dans un premier doublage français. Il sort sous le titre de Vidocq contre Cagliostro dans une version tronquée de près de 20 minutes.
Le château de Cagliostro est ensuite réédité par Manga Vidéo en VHS en 1996 et pour la première fois sur support DVD en 2001, avec un second doublage français et cette fois en version intégrale. Le film retrouve aussi son titre original, mais dans cette nouvelle version, Lupin devient Wolf !
C’est ensuite au tour d’IDP en 2006 de le proposer en version intégrale dans un troisième doublage avec une partie des doubleurs de la série diffusée autrefois en France sous le titre de Edgar, le détective cambrioleur. Lupin y récupère au passage son nom français le plus connu : Edgar !
C’est à nouveau ce troisième doublage que l'on retrouve en 2011 chez Kaze qui récupère les droits du film. En plus du format DVD, celui-ci sort cette fois aussi sur support Blu-ray.

Le château de Cagliostro sera le tout dernier film de Miyazaki a sortir en salles en France. Excepté en festivals, il aura donc fallu attendre janvier 2019, soit presque 40 ans après sa sortie au Japon, pour voir le premier long métrage du réalisateur sur grand écran dans notre pays grâce au distributeur Splendor Films. Le film sera non seulement exploité en VF (troisième doublage) mais aussi en VOSTFR dans un nouveau sous-titrage. Et Ô surprise, Lupin redevient Lupin et retrouve enfin son nom japonais !

Après Cagliostro...

Il est inutile d’énumérer ici toutes les suites de la franchise Lupin III sorties a postériori, que ce soit au cinéma, en téléfilms ou en série TV, trop nombreuses et dont la liste ne cesse de s’agrandir.
Citons néanmoins deux autres films notables. Le premier, Rupan Sansei : Fûma Ichizoku no Inbô (Edgar de la Cambriole : Le complot du clan Fuma), en 1987, est supervisé par Yasuo Ôtsuka, directeur de l’animation du Château de Cagliostro. Il reste le film le plus réussi après le film de Hayao Miyazaki.
Le second est Rupan Sansei : Dead or Alive (Mort ou vif), en 1996. Ce film marque le retour aux sources du manga car réalisé par Monkey Punch lui-même.