Mis à jour : lundi 19 juillet 2021

La colline aux coquelicots : Art et technique

L’animation

Loin du visuel très shôjo du manga, Gorô Miyazaki et Katsuya Kondô, chargé du character design, ont opté pour un style très proche des autres créations de Hayao Miyazaki. On notera également la simplicité de l’animation des visages. Véritable choix artistique ou économie de moyens due à des délais de production très courts ? Toujours est-il qu’on regrette un peu cette animation assez sobre, nuisant à l’expression des sentiments. De même, certains gestes ou actions manquent de fluidité et desservent un peu le film.

Cependant, Gorô Miyazaki réussit à pallier ce manque de détail en s’inspirant des films sur la jeunesse produits par le studio Nikkatsu. En effet, afin d’ajouter une note de réalisme dans la façon de s’exprimer des personnages, il explique avoir visionné Bouton rouge et fleur blanche (1962), La chaîne des montagnes bleues (1963), Disparu sous la pluie (1963) et Le magnifique calendrier (1963). Dans ces films, les personnages se parlent franchement, rapidement et surtout expriment sans détour leurs sentiments. C’est ainsi notamment qu’Umi se comporte, elle ne fuit pas ses sentiments, même négatifs.

Les décors

L’action du film se déroule presque intégralement à Yokohama, ville portuaire peu éloignée de Tôkyô. Par souci de réalisme, une attention particulière a été portée sur la création de décors inspirés des lieux existants de l'époque. Ainsi, bien qu’aperçus fugacement, on reconnaît le parc Yamashita ou encore le paquebot Hikawa Maru.

C’est Hayao Miyazaki qui a crée les deux bâtiments emblématiques de l’histoire. Le premier est la Villa des Coquelicots où habite Umi, tout en haut de la colline qui surplombe la ville et la mer. Maison traditionnelle japonaise, elle abrite les chambres à l’étage et les pièces communes au rez-de-chaussée. Sa particularité réside avant tout dans le mât qui se dresse au milieu du jardin, où Umi hisse tous les matins les pavillons maritimes en hommage à son père.

Le deuxième lieu clé est le Quartier Latin abritant toutes les activités du lycée. Il obéit à une structure plus occidentale, avec un escalier circulaire conduisant à différentes pièces et clubs. Son aspect extérieur massif, son architecture étrange et l’aspect presque magique de son intérieur ne sont pas sans évoquer les bains de Yubâba, dans Le voyage de Chihiro. Afin de renforcer les contrastes entre les deux lieux, si la villa est presque exclusivement féminine, le Quartier Latin est quant à lui peuplé de jeunes lycéens.

Autre clin d’œil de Hayao Miyazaki, le tableau peint par une des pensionnaires du film est en réalité un hommage au peintre et sculpteur futuriste Umberto Boccioni. En effet, le tableau est très clairement inspiré de La ville qui monte (1910).

Le doublage

Si Masami Nagasawa, voix d’Umi, effectue ici son premier doublage pour le studio Ghibli, Junichi Okada, qui incarne Shun, a déjà travaillé sur Les contes de Terremer.

Aoi Teshima, qui chante le générique, prête sa voix à Yûko, une camarade de classe d’Umi. Notons que Fujimaki, qui chantait en duo le thème de Ponyo sur la falaise, double le réceptionniste dans l’immeuble à Tôkyô. Enfin Gorô Miyazaki prête sa voix au professeur d’histoire.

La musique

La musique, aux accents très pop et jazz, a été confiée à Satoshi Takebe (Hana no Ato, 2010). Elle donne au film une note d’optimisme et d’espoir. Le compositeur, qui participe pour la première fois à une bande originale de film d’animation, a expliqué que sa musique ressemble ici à celle des classes de musiques dans les écoles, sans orchestration grandiose, avec un aspect amateur, sans prétention. C’est une musique fraîche, avec principalement du piano, de l’harmonium ou du mélodica, des instruments typiques d’un club de lycée. Gorô Miyazaki a choisi d’accompagner les scènes graves de cette mélodie joyeuse afin d’aider le spectateur à prendre du recul.

Ce qui fait également l’originalité de ce long métrage, c’est la présence de nombreuses chansons des années 60. Ue wo Muite Arukô (Marchons en regardant le ciel) a été chantée par Kyû Sakamoto. Première au hit parade sous le titre alternatif de Sukiyaki dans les pays anglophones, notamment aux États-Unis, et vendue à plus de 10 millions d’exemplaires, on l’entend notamment dans le film lorsqu’elle passe à la télévision. C’est Toshio Suzuki qui a eu l’idée de l’intégrer au film, car lui-même était fan des chansons de Sakamoto alors qu’il n’était qu’un jeune collégien : « Les paroles évoquent les tourments ou les blessures que ressentent tous les adolescents. [...] Il nous a donné du courage. Lorsque je pense à cette époque, je réalise que nous étions dans une société qui étouffait tous nos faits et gestes. On empêchait les enfants d’être indépendants [...] »

Le thème principal, Sayonara no Natsu (L’été des adieux), une reprise du générique d’un drama datant de 1976, est interprétée par Aoi Teshima (Les contes de Terremer).

Elle a été adaptée pour le film, la parolière Yukiko Marimura ayant changé les paroles du deuxième couplet. La chanson du petit déjeuner et lorsque naît le premier amour sont également interprétés par Aoi Teshima, avec des paroles de Gorô Miyazaki et de Hiroko Taniyama, qui a également composé la mélodie.

Des vagues d’un bleu profond est un chant choral inspiré d’un poème de Kenji Miyazawa To my students. Le premier couplet a été écrit par Hayao Miyazaki et le second par Gorô, belle symbolique de cette collaboration. Les paroles, prônant la solidarité, le courage et l’abnégation, ont par ailleurs un écho particulier après le tsunami du 11 mars.