Mis à jour : jeudi 17 juin 2021

Porco Rosso : Art et technique

Les sources d'inspirations et les hommages

Hayao Miyazaki a créé le héros de Porco Rosso en puisant dans le cinéma hollywoodien. Porco est visiblement inspiré des personnages mythiques des années 30/40, le type même du héros à l'ironie désabusée, qui n'entre pas dans les canons de beauté et qui refuse avec nonchalance l'ordre établi. Avec son feutre vissé sur la tête, son imperméable et une cigarette « Gitane » aux lèvres, la comparaison avec le flegmatique Humphrey Bogart de Casablanca est inévitable. Par ailleurs, le combat homérique qui l'oppose à Donald Curtis à la fin du film s'inspire d'un autre classique hollywoodien : L'Homme tranquille de John Ford, dans lequel John Wayne et Victor McLaglen se battent à mains nues.

Un petit air de Bogart, avec l'embonpoint en plus !

Avec Porco Rosso, Miyazaki s'inspire à nouveau de la littérature européenne : il introduit des thèmes (la mythologie du pilote d'avion) et un univers poétique proches d'Antoine de Saint-Exupéry. Miyazaki avoue à ce propos : « Pour Porco Rosso, ma véritable inspiration est avant tout littéraire. C'est plus du côté d'Antoine de Saint-Exupéry, un écrivain que je vénère, qu'il faut chercher une influence. »

Une autre référence littéraire apparaît également dans une des scènes clés du film, la scène du cimetière d'avions formant la voie lactée. La même scène est décrite par Roal Dahl, en 1946, dans un recueil de nouvelles intitulé A tire d'aile (titre original : Over to you). Nous vous proposons ici de lire un extrait de Ils ne feront pas de vieux os :

« Je volais à 20 000 pieds (...) du côté de la chaîne du Liban. (...) Soudain, je me trouvais à voler à l'intérieur d'un nuage, un nuage si blanc si épais et si doux que je ne pouvais plus voir au delà de mon cockpit (...) Jamais je n'avais vu un nuage pareil (...) comme dans les contes de fées, je me sentais porté sur un tapis volant (...) et tout d'un coup, je fus aveuglé, ébloui. (...) Je sortais du nuage, mais d'une façon si brutale et si rapide que j'en fus comme illuminé. (...) Tout était bleu, d'un bleu si pur que jamais je n'en avais vu de semblable (...) C'est alors que je les aperçus. Au loin, devant moi et un peu plus haut que moi, je vis une mince et longue ligne noire d'avions qui passaient à travers le ciel; ils avançaient sur une seule file, bien serrés (...) et la file s'étendait sur toute la largeur du ciel, aussi loin que mes yeux pouvaient porter. (...) J'ai vu, j'ai su que c'étaient les pilotes et les équipages qui avaient été tués en combat aérien et qui, là, dans leur propre avion, étaient en train de faire leur dernière course. (...) Je reconnus les appareils un par un. Il y en avait de tous les types: des Lancaster, des Dornier, des Halifax, (etc.) Et cette ligne infinie et mouvante atteignait déjà le fin fond du ciel où elle s'effaçait presque, alors que la queue de la procession était encore tout près de moi. »

A travers d'autres références, le film prône également les valeurs artisanales et l'indépendance de l'animation. Ainsi, dans une scène, Porco regarde un film d'animation dérivé de Gertie, le dinosaure, de Betty Boop et de Mickey, trois créatures nées respectivement de l'imagination de trois grands artisans indépendants du dessin animé américain des années 20, Winsor McCay, les frères Fleischer et Walt Disney.

Images du cartoon que regarde Porco.

Graphisme

Porco Rosso est le dernier long métrage de Miyazaki dans lequel les personnages et les arrière-plans sont entièrement dessinés ou peints à la main, sans aucune utilisation d'images générées par ordinateur. Encore une fois, on ne peut qu'admirer la clarté des traits, la subtile palette des couleurs et la beauté raffinée des décors qui sont dans la lignée de ceux de Kiki, la petite sorcière.

Chaque couleur dans les scènes se déroulant dans l'Adriatique est baignée de la lumière du soleil méditerranéen. L'île de Marco est un rêve de sable chaud et doré, protégé du monde extérieur par les murs du cratère d'un volcan éteint. C'est clair, chaleureux et tendre en même temps. D'ailleurs, le contraste entre ce paradis terrestre et la grisaille urbaine de Milan est frappante. On est aussi émerveillé par la représentation du ciel avec ses majestueux nuages, qui met en valeur les magnifiques scènes de vols.

L'île de Porco / Exemple d'intérieur (l'entrée de l'hôtel Adriano).

L'élégant hôtel Adriano brille comme un bijou au milieu d'une mer parfaitement bleue et le délicieux jardin privé de Gina est le cadre parfait pour une romance en conte de fée. Les deux reflètent la grâce et la beauté de la jeune femme et rendent sa résolution d'attendre Porco d'autant plus poignante. Enfin, les intérieurs, que ce soit de l'Hôtel ou des locaux de Piccolo, sont dessinés avec une minutie et une délicatesse rares, et sont mis en valeur par de magnifiques éclairages et jeux de lumières.

La musique

Poursuivant sa fidèle collaboration avec le musicien Joe Hisaishi, Hayao Miyazaki insère au milieu des thèmes originaux du compositeur l'hymne communard français Le temps des cerises de Jean-Baptiste Clément, chanté dans le film par le personnage de Gina. Cette chanson renforce l'évocation nostalgique de la sensibilité politique du réalisateur. Dans la version japonaise, elle est chantée en français -avec un léger accent- par Tokiko Katô. Sa voix est superbe et l'interprétation émouvante. Elle interprète aussi le nostalgique générique de fin, Toki ni wa Mukashi no Hanashi wo (Parfois, parlons des jours anciens).

Les thèmes originaux alternent des morceaux en fanfare et d'autres beaucoup plus mélancoliques. Des sonorités italiennes sont de rigueur, mais se marient parfaitement avec les autres thèmes typiques des musiques de Hisaishi. Au final, c'est une bande originale de grande qualité, avec de nombreux thèmes, et facile à apprécier.

Les avions

Hayao Miyazaki considère les hydravions comme des engins plus attirants, plus sûrs et plus rapides que les avions classiques de l'époque. Leurs performances furent accrues en temps de guerre et ils ont connu leur période de gloire dans les années 20. Après la crise de 1929, l'Italie fut le dernier bastion de l'hydro-aviation, malheureusement vouée à l'oubli pendant la seconde guerre mondiale en raison de ses moteurs inadaptés.

On connaît la passion de Miyazaki pour l'Italie et le design de ses hydravions, qui selon lui étaient la référence en matière d'élégance :

« Tant qu'un avion vole en dessous de 300 km/h, on peut garder une place pour l'inventivité et l'originalité dans son design. Les italiens étaient les meilleurs constructeurs d'avions à cette époque car c'étaient des génies du design. Ils utilisaient leur sens stylistique unique pour créer des appareils vraiment beaux et élégants [...].

Lorsque, qu'en revanche, on dépasse les 300 km/h, il faut alors faire très attention aux matériaux et aux techniques utilisés et il n'est plus possible de faire des designs aussi beaux. Même les italiens ont oublié, avec l'avènement du fascisme, combien leurs avions avaient pu être attirants. Le problème avec la technologie est qu'en s'améliorant, elle requiert des infrastructures toujours plus grandes et il n'y a pas de place pour l'expression individuelle. »

Tous les avions dans Porco Rosso, à l'exception d'un, ont été imaginés par Miyazaki. Mais tous sont fondés sur les technologies de l'époque. Le seul hydravion des années 30 authentique est celui de Donald Curtis, le Curtiss R3C-0. C'est une copie du modèle R3C-2, avion de course qui remporta le trophée Schneider en 1925, battant l'avion Italien Macchi M.3, un proche cousin du Savoia S.21 de Porco.

Jimmy Doolittle, le vainqueur du trophée Schneider 1925 avec son Curtiss R3C-2.

Savoia S.21

Il existe un vrai Savoia S.21 mais ne ressemble pas du tout à l'avion de Porco. En fait, Miyazaki ne l'a jamais vu et s'est inspiré de ses souvenirs qu'il avait, enfant, du Macchi M.3.

Hydravion de chasse expérimental Savoia S.21.
L'avion de Porco Rosso, bien qu'imaginaire, a été adopté par les modélistes !

Dans le film, l'avion chéri de Porco Rosso n'a été fabriqué qu'à un seul exemplaire, surnommé à l'origine « le Folgore ». Sur les esquisses, les Savoia étaient équipés de moteurs Rolls-Royce Kestrell. Dans le film, il est équipé d'un moteur Isato Fraschini Aso, puis d'un moteur Fiat Folgore AS2.

L'emblème présent sur l'empennage du Savoia est celui de la ville natale de Porco Rosso, Gênes. Le « R » représente à la fois le « R » de « Rosso » et le « R » de « Republicano ».

Curtiss R3C-0

Le Curtiss R3C-0 est un avion américain authentique qui a gagné le trophée Schneider en 1925 dans sa version hydravion R3C-2. Dans les esquisses originales l'emblème de Curtis était la tête de mort, mais dans le film elle a cédé la place à un serpent à sonnettes. Dans la scène du combat final, Miyazaki a rajouté un cœur transpercé d'une flèche sur le fuselage.

De même, les autres avions apparaissant dans le film sont souvent inspirés, tout en étant différents, des appareils ayant existé à l'époque.

Dabohaze

Le Dabohaze est l'avion des Mamma Aiuto, composé d'un équipage de 4 personnes. Il est très difficile de déterminer de quel type d'avion il s'agit tant il a subi de transformations. Il semble néanmoins être inspiré d'un hydravion allemand de type Dornier.

Les autres avions

On trouve enfin d'autres modèles come le biplace de Gina, le biplan « Adriano », le jet civil appartenant à la société Piccolo, l'escadron de protection du paquebot « Queen », l'hydravion appartenant à l'armée de l'air italienne ou encore le Hansa-Brandenburg CC de l'armée autrichienne.