Mis à jour : mardi 22 mars 2022

Panda, petit panda : Art et technique

« J’ai revu le film à nouveau l’autre jour et j’ai pensé que j’aurais pu mieux faire si j’avais eu un peu plus de temps. » Malgré ce regret exprimé par Hayao Miyazaki et certes une production très courte (cinq mois et demi pour deux films dont la durée totale équivaut à celle d’un long métrage), les films jouissent d’une bonne réputation chez les amateurs d’animation depuis leurs sorties au Japon. L’animation, les poses des personnages sont variées et souvent singulières, comme par exemple lorsque Mimiko montre systématiquement son contentement en faisant le poirier. Il n'y a aucune volonté de céder à la facilité. Ainsi, on n'observe aucune réutilisation de dessins ou de cycles d’animation pour gagner du temps sur la durée du métrage.

Le character design est plutôt simple et à ranger dans la catégorie cartoon, style graphique généralement utilisé dans le cinéma d’animation pour se passer ensuite de réalisme dans l’animation. Cependant, l’équipe a fait le choix d’une représentation de mouvements réalistes et naturels chez les personnages, toujours sans doute dans cette volonté de représenter le plus fidèlement possible les petits détails de la vie quotidienne.

Simplicité du character design, mais réalisme des mouvements et des poses.

En revanche, les choix qui ont été fait concernant les dessins et l’animation des animaux sont plus subtils. Ils participent en effet à ancrer les films dans le fantastique. Ainsi, les animaux sont séparés en deux catégories : les animaux doués de parole, comme Papa panda, Pandy et Tigry, et tous les autres animaux rencontrés, notamment ceux du cirque. Le premier groupe d’animaux parlants est animé et se comporte comme des hommes. Ainsi, Papa panda se sert d’une trottinette, saute à la corde, où pêche à la ligne... Ce premier groupe participe donc au fantastique et à la création de cette famille de conte de fées.

Un contraste s’opère alors avec les animaux qui ne parlent pas et qui sont traités comme de vrais animaux. La mère de Tigry, par exemple, est animée avec précision et comme un authentique félin dans ses mouvements. Alors qu’elle s’est échappée de sa cage et qu’elle se rapproche de Mimiko, elle apparaît massive et dangereuse, telle une véritable tigresse.

Le choix graphique du cartoon des personnages sert peut-être à unifier tous les personnages entre abstraction et réalisme. Il éviterait dès lors un choc esthétique trop prononcé entre un animal dessiné trop précisément sur lequel on aurait porté les mouvements d’un homme, comme Disney l'a régulièrement fait en mettant en scène des animaux anthropomorphes.

La réussite formelle des deux films tient donc dans l'exploitation de ce dessin simple qui allie deux avantages certains. Il permet d'une part de travailler vite, et d'autre part, de garder une bonne unité graphique entre les personnages d'un plan à l'autre. Cette homogénéité est très certainement renforcée par une équipe qui se connaît bien et qui est soudée dans une même idée de l’animation. Il ne faut pas oublier aussi que ces choix artistiques sont servis par des idées de mise en scène dans presque chaque plan, des idées qui seront d’ailleurs souvent revisitées tout au long de la filmographie de Miyazaki.

Ça ne vous rappelle personne ?

Après l’expérience Panda, petit panda, Isao Takahata, Hayao Miyazaki et Yôichi Kotabe quitteront A Production pour rejoindre le studio Zuiyô où ils créeront la série Heidi. Yasuo Ôtsuka, en revanche, choisira de rester.