Mis à jour : samedi 28 mars 2020

Le voyage de Chihiro : Création du film

Origines

Au moment de la sortie de Princesse Mononoke en 1997, Hayao Miyazaki avait voulu mettre un terme à sa carrière. Il est certain que le réalisateur qui s'investit beaucoup sur ses projets, ne pensait pas être capable de se lancer, une fois encore, dans une expérience aussi longue et fatigante. Pourtant, le vide laissé par le décès en 1998 de son successeur désigné Yoshifumi Kondô le pousse à retrousser une nouvelle fois ses manches. Sa rencontre avec les filles d'un ami, âgées d'une dizaine d'années et avec qui il passe désormais chaque été dans son chalet à la montagne, lui procure une motivation supplémentaire : « J'ai voulu faire un film qu'elles puissent apprécier. C'est pourquoi j'ai fait ce film, ceci est mon vrai but. »

Comme pour ses autres projets de films, l'idée initiale a germé plusieurs années avant de devenir le film que l'on connaît. Avant même la production de Princesse Mononoke, Miyazaki avait découvert un livre pour enfant, Kiri no Mukô no Fushigi na Machi (Un village mystérieux au-delà de la brume), écrit par Sachiko Kashiwaba et publié en 1980. Un membre de l'équipe adorait ce livre quand il avait une dizaine d'années, et l'avait lu de nombreuses fois. Miyazaki ne comprenait pas pourquoi il trouvait cette histoire si intéressante et, intrigué, il écrivit une proposition de projet autour de cette œuvre, mais elle fut rejetée. Peu après, le réalisateur revînt à la charge avec un projet modifié : il proposa aux responsables du studio Ghibli d'adapter le roman Rin et le peintre de cheminée mettant en scène une jeune étudiante obligée de repeindre la cheminée d'un établissement de bains laissé à l'abandon après un tremblement de terre. Devant le nouveau refus des dirigeants de Ghibli, Miyazaki décida de ne s'inspirer qu'indirectement du roman pour créer une nouvelle histoire, cette fois acceptée.

Une autre source d'inspiration du Voyage de Chihiro fut, de l'aveu même de son réalisateur, le studio Ghibli lui-même. Ainsi l'activité intense qui règne dans les maisons des bains évoque celle du studio. Le personnage de Yubâba, qui régit l'établissement, correspondrait au producteur Toshio Suzuki, alors que le très débordé Kamajî aux multiples bras serait à l'image de Miyazaki. Chihiro, elle, doit travailler dur si elle ne veut pas disparaître, ce qui équivaut au renvoi dans le studio !

Enfin, un autre point de départ du Voyage de Chihiro est une anecdote racontée par Suzuki à Miyazaki. Ce dernier évoquait les bars à hôtesses, où ces dernières sont souvent des timides, contraintes d’apprendre à communiquer avec les hommes. Ces derniers paient pour également pouvoir s’exprimer. Cette image est restée gravée dans l’esprit de Miyazaki et l’a exploité dans son film : Chihiro est contrainte d’apprendre à s’exprimer quand elle sert dans les bains, tandis que le sans-visage ne parvient pas à s’exprimer et a recours à la violence et à l’argent pour pouvoir le faire.

Le mot du réalisateur

« Ce film s'apparente à un récit d'aventures, mais sans agitation d'armes, ni superpouvoirs. Et même si je parle d'aventures, le sujet n'est pas la confrontation entre le bien et le mal, mais c'est plutôt l'histoire d'une petite fille qui, jetée dans un monde où se mêlent braves gens et personnages malhonnêtes, va se discipliner, apprendre l'amitié et le dévouement, et va mettre en œuvre toutes ses ressources pour survivre. Elle se tire d'affaire, elle esquive, et retourne pour un temps à son quotidien. Dans le même temps, le monde n'est pas détruit, et ceci n'est pas dû à l'extermination du mal, mais au fait que Chihiro possède cette force vitale.

Aujourd'hui, le monde est devenu ambigu. Le sujet principal de ce film est de dépeindre de façon claire ce monde qui semble se consumer, et ce en empruntant, malgré cette ambiguïté, la forme d'une fantaisie. Dans un monde où ils sont gardés, protégés, maintenus à distance, les enfants laissent s'hypertrophier leurs bras et leurs jambes frêles. Les bras et les jambes fluets de Chihiro, l'expression de colère de son visage, typique de quelqu'un qui ne s'amuse pas facilement, en sont le reflet. Mais en vérité, lorsqu'elle se retrouve confrontée à une situation de crise, où les rapports sont bloqués, on s'aperçoit que rejaillissent sa force d'adaptation et sa persévérance, et qu'elle engage sa vie à déployer une faculté de jugement et une capacité d'agir décisives.

Dans les circonstances rencontrées par Chihiro, la plupart des hommes paniqueraient ou refuseraient d'y croire, mais ces hommes finiraient par être dévorés. On peut dire qu'en fait, le talent de Chihiro est de trouver la force de ne pas se laisser dévorer. En aucune façon, elle n'est devenue l'héroïne parce qu'elle serait une jolie petite fille dotée d'un cœur exceptionnel. Sur ce point, c'est un des mérites de ce film, et c'est aussi pourquoi je le destine aux petites filles de dix ans.

La parole est une force. Dans le monde où Chihiro s'est perdue, le fait de prononcer une parole constitue un acte d'un poids déterminant. Aux bains que dirige Yubâba, si Chihiro prononce les mots : « Je ne veux pas », « Je veux rentrer chez moi », la sorcière la jette aussitôt dehors ; il ne lui reste qu'à errer sans nulle part où aller et disparaître, ou être changée en poule et pondre des œufs jusqu'à être mangée. A l'inverse, quand Chihiro dit : « Je travaillerai ici », toute sorcière qu'elle est, Yubâba ne peut pas ne pas en tenir compte. Aujourd'hui, le mot a une légèreté sans limite, on peut dire n'importe quoi, il est reçu comme une bulle et ne restitue plus qu'un reflet de la réalité. Pourtant le fait que la parole soit une force est encore vrai à l'heure actuelle. Un mot n'est vain, sans force, que parce qu'il est vidé de son sens.

L'acte de dérober le nom n'est pas celui de le transformer en surnom, c'est une démarche qui vise à dominer totalement son adversaire. Sen est effrayée de s'apercevoir qu'elle a oublié son propre nom, Chihiro. De plus, chaque fois qu'elle va rendre visite à ses parents à la porcherie, elle devient progressivement indifférente au sort de ceux-ci changés en cochons. Dans le monde de Yubâba, on doit continuellement vivre dans la crainte d'être dévoré. Dans cet environnement difficile, Chihiro s'anime. D'ordinaire renfrogné, son visage rayonnera, pour le final du film, d'une expression charmante. Pour autant la nature du monde ne s'en trouve nullement modifiée.

Ce film possède ou fait appel à une force de persuasion selon laquelle la parole représente une volonté propre, une énergie. Là, le fait d'avoir réalisé une fantaisie prenant place au Japon a une signification. Même s'il s'agit d'un conte de fées, je ne voulais pas faire un conte de fées à l'occidentale, avec de nombreuses échappatoires. Ce film peut sembler être à l'imitation d'un monde différent, mais j'ai plutôt voulu réfléchir à une filiation en droite ligne avec les contes d'autrefois comme Suzume no Oyado (La maison de l'épervier) ou Nezumi no Goten (Le palais des souris). [...]

Le fait de donner au monde où vit Yubâba un côté occidental laisse penser à quelque chose que l'on a déjà vu quelque part sans que l'on puisse distinguer entre le rêve et le réel, et en même temps, c'est un creuset de nombreuses images issues d'idées traditionnelles japonaises. L'ensemble du folklore - récits, traditions, événements, idées, depuis les rites religieux jusqu'à la magie - aussi abondant et unique soit-il, est tout simplement ignoré. Kachi-kachi Yama (La montagne qui craque) ou Momotarô ont certainement perdu de leur force de persuasion.

Cependant, je dois également dire que se contenter de charger un monde mignon, comme il en existe dans le folklore, d'éléments traditionnels, serait vraiment faire preuve d'une imagination limitée. Les enfants, entourés de high-tech, de produits superficiels, perdent de plus en plus leurs racines. Nous possédons une tradition ô combien abondante, tradition que nous avons le devoir de leur transmettre. Je pense qu'il faut introduire dans un récit moderne des idées traditionnelles, comme on incruste un morceau dans une mosaïque éclatante. Le monde du cinéma possèdera ainsi une force de persuasion nouvelle.

Dans le même temps, je me rends compte à nouveau que nous autres, japonais, sommes des insulaires. A une époque sans frontières, les hommes qui ne possèdent pas de lieux seront méprisés. Un lieu, c'est un passé, c'est une histoire. Je pense que les hommes qui n'ont pas d'histoire et les peuples qui ont oublié leur passé disparaîtront comme des éphémères, ou seront changés en poules pour pondre des œufs en attendant d'être mangés. Je pense avoir fait ce film avec véritablement le souhait qu'il touche un public de fillettes de dix ans. »

Texte issu du site officiel du film.

La production

La production du film a démarré fin 1999 pour s'achever en juin 2001. Comme à son habitude, Hayao Miyazaki s'est rendu compte que le film durerait plus de trois heures, s'il le faisait selon l'histoire prévue. Il a donc dû couper des parties du scénario, et faire un changement complet. En raison des délais de production relativement restreints (un an et demi au lieu de trois pour Princesse Mononoke), Le voyage de Chihiro est le premier film du studio à ne pas avoir été intégralement réalisé au Japon. L'élaboration d'une partie des scènes a donc été confiée au studio coréen DR Digital, qui avait déjà travaillé sur des films d'animation aussi prestigieux que Metropolis ou Jin-Roh, la brigade des loups.

les cinq parties de l’e-konte (storyboard) du film.

L'annonce en décembre 1999 du nouveau film de Miyazaki créé l'événement. La charge émotionnelle de l'attente du nouveau bébé est encore renforcée par le peu d'informations que la production daigne laisser filtrer, si on excepte le titre, Sen to Chihiro no Kamikakushi (littéralement L'étrange disparition de Sen et Chihiro), et un documentaire de 40 min diffusé le 4 mai 2000 sur la chaîne NHK.

La toute première et énigmatique image du film à avoir été dévoilée à la presse.

Mais les choses se précisent au début de l'année 2001. Au début du mois de janvier, la revue Animage présente les images du teaser (courte bande-annonce), alors projeté dans les salles japonaises. Le 26 janvier, la chaîne NTV le diffuse en exclusivité à la télévision. Suivent bientôt un nouveau trailer, la bande-annonce et enfin un clip illustrant la magnifique chanson du générique de fin. Mais la promotion du film ne se résume pas à des publicités diffusées à la télévision. Tôhô, le distributeur du film au Japon, réalise une campagne de marketing digne de Disney et, avec un tel tapage médiatique, les observateurs s'attendent à un raz-de-marée.

Lorsque Le voyage de Chihiro sort enfin le 20 juillet, c'est donc un triomphe. Le film bat tous les records de fréquentation avec, le premier week-end, 2 millions de spectateurs dans 343 salles ! En une semaine le film est déjà largement amorti. Comparé à Princesse Mononoke, déjà immense succès, c'est une augmentation de 176 % en recette et 192 % en nombre de spectateurs. Le voyage de Chihiro restera n°1 au box-office pendant cinq mois. Il dépasse Princesse Mononoke dès septembre et Titanic un mois plus tard, pour devenir le plus grand succès cinématographique de tous les temps au Japon. A la mi-octobre, le film est également devenu le premier long métrage non américain à dépasser les 200 millions de dollars de recettes, et ce alors qu'il n'était pas encore sorti en Europe et en Amérique du Nord. Il totalise au final plus de 23 millions de spectateurs et plus de 250 millions de dollars de recette.

Le succès du film ne s'arrête pas à son succès auprès du public. Le voyage de Chihiro est sélectionné au festival de Berlin 2002 et à la surprise de nombreux journalistes, le jury de la Berlinale décerne l'Ours d'or à Spirited Away, titre international du film de Miyazaki, l'autre film ex-aequo étant Bloody Sunday de Paul Greengrass. Un honneur en appelant un autre, Le voyage de Chihiro reçoit moins d'un mois après le Japan Academy Award du meilleur film.

La carrière internationale du Voyage de Chihiro ne faisait alors que commencer. Après Hong Kong, Taïwan, Singapour, la France, la Grande-Bretagne, la Suisse, l'Italie et la Russie... le prix obtenu à Berlin a décidé finalement la Walt Disney Company à acquérir les droits pour la distribution nord-américaine de Spirited Away. Sans être très importants, les résultats sont meilleurs que pour Princess Mononoke et le film obtient l'Oscar du Meilleur film d'animation devant les productions nationales !

Art et technique

L'animation traditionnelle

Le voyage de Chihiro est un festival visuel auquel le spectateur est convié, aussi bien au niveau des décors (les intérieurs des bains publics et notamment les appartements de Yubâba sont sompteux), que du design des personnages.

Hayao Miyazaki a visiblement recherché une justesse d'évocation dans la représentation des bains, avouant s'être inspiré des bâtiments proposés par le musée d'architecture en plein air d'Edo-Tokyo, près du studio où il aime se promener. Son parc propose en effet une reconstitution de la capitale japonaise, entre le 17ᵉ et le début du 20ᵉ siècle. Pour Miyazaki, représenter ce lieu, c'est plongé le spectateur nippon dans une certaine nostalgie.



De même, pour le character design des personnages, le réalisateur va s'inspirer de ses proches. Chihiro est la représentation fidèle de la petite fille qui l'a motivé dans la réalisation du film. Le père de Chihiro est le portrait fidèle du père de la petite fille, dans son attitude vorace notamment. La mère de l'héroïne n'est autre que la copie conforme d'une collaboratrice de Miyazaki au sein du studio. On voit bien ici le souci de réalisme dans la réalisation de son film et sa volonté d'ancrer son œuvre dans un japon contemporain.

Concernant l'animation de certaines scènes, on retrouve le même souci de réalisme. On sait que pour expliquer à ses collaborateurs le mouvement de Haku, sous forme de dragon, tombant sur le sol, Miyazaki le décrit comme un lézard ou une couleuvre verte se tortillant sur un mur et s'effondrant d'un coup. Il encouragera même les animateurs à se rendre à un restaurant d'anguilles pour observer leur façon de se mouvoir. De même, lorsqu'il évoque avec eux la scène où Chihiro lui donne à manger une boulette, Miyazaki explique aux jeunes dessinateurs qu'il veut une gueule semblable à celle d'un chien. Par souci de respecter les consignes du réalisateur, les animateurs se rendront chez un vétérinaire pour observer le comportement d'un chien, sa dentition, la façon dont il faut maintenir sa gueule... Ces quelques exemples évoquent parfaitement tout le travail de recherche mis en place afin d'atteindre un réalisme certain de la mise en scène, dans un cadre toutefois fantastique.

Un tout jeune Hiromasa Yonebayashi (animateur clé sur le film)
qui filme des vidéos de références de la gueule d’un chien qui s’ouvre.

L'animation traditionnelle est absolument superbe. Les animateurs ont réalisé des prouesses comme la scène unique où Chihiro tombe en chute libre et verse des larmes qui semblent s'envoler. Pour la première fois, Miyazaki ne pourra d'ailleurs pas lui-même vérifier et corriger le travail des autres animateurs à cause d'un important problème de vue. Pour l'aider, il fait donc appel à Masashi Andô, qui travaille au studio depuis Souvenirs goutte à goutte. Celui-ci va seconder très intelligemment le réalisateur, veillant avec soin, et parfois jusqu'à l'épuisement, sur le bon déroulement de la réalisation.

Hayao Miyazaki et Masashi Andô.

En raison d'un long retard de production, Miyazaki fait également appel pour la première fois à un studio coréen, notamment pour la réalisation des intervalles. Réalisé principalement à la main sur celluloïd, Le voyage de Chihiro a également fait appel aux technologies les plus avancées en matière d'animation par ordinateur. Ainsi, tous les dessins ont été d'abord dessinés à la main, avant d'être scannés, digitalisés coloriés et retravaillés numériquement. Seuls certains plans et éléments du film ont été entièrement créés sur ordinateur. Si ces plans s'avèrent impressionnants, ils ne s'intègrent pas tous parfaitement, Miyazaki ayant lui-même reconnu que le studio ne maîtrisait pas encore totalement l'outil 3D.

L'infographie

100 plans sur les 1 400 qui composent le film ont été réalisés par la section 3D-CG, dirigée par Mitsunori Kataama. Il s'agit de scènes complexes voire impossibles à animer à la main, incluant souvent des mouvements rapides de caméra en 3D (comme la statue de pierre entrevue dans les bois ou la course de Chihiro entre les haies de fleurs) et l'animation d'éléments complexes comme l'eau.

Plusieurs techniques ont été utilisées. Selon Kataama : « Nous avons ajouté de la profondeur aux images 2D originales en projetant les décors dessinés à la main sur des modèles 3D. Puis, nous avons utilisé Softimage 3D pour calculer les réflections de lumière et les composantes d'éclairage que nous avons ensuite ajoutées aux décors. Nous avons également mis en œuvre un procédé original d'ombrage de texture 2D, permettant d'obtenir sous différents angles la projection appropriée de l'image du décor. Enfin, nous avons développé un plug-in aidant à changer plus facilement de champ de vision sur un plan donné. »

Un autre challenge significatif relevé par l'équipe 3D du studio Ghibli est la création pour la mer d'une surface réaliste et toujours changeante. Il a fallu le développement interne d'un autre procédé d'ombrage de texture 2D, et l'utilisation de plusieurs outils d'ombrage et d'éclairage pour simuler les réflexions et réfractions à la surface de l'eau.

Le doublage

Pour le doublage, Hayao Miyazaki a choisi des acteurs confirmés pour incarner la voix de ses personnages. La jeune actrice Rumi Hiiragi, âgée de 13 ans, connue au Japon pour un feuilleton sur la chaîne NHK, donne ainsi la réplique à Miyu Irino, qui joue le rôle de Haku. Leur interprétation est empreinte de justesse et de mesure. Bunta Sugawara, fort d'une carrière d'acteur de 45 ans, prête sa voix à Kamajî avec force et puissance et Mari Natsuki, transcende véritablement sa fine silhouette et sa douce voix pour incarner une Yubâba truculente et directive. Le plus surprenant est de découvrir que l'énorme bébé Bô est doublé par Ryûnosuke Kamiki, un petit garçon de 4 ou 5 ans, considéré comme un petit génie au Japon.

Mari Natsuki et le jeune Ryûnosuke Kamiki.

Concernant l'enregistrement de ces voix, Miyazaki a choisi cette fois-ci, et ce pour la première fois, de ne pas séparer la salle d'enregistrement de celle où se trouvent habituellement l'ingénieur du son et le réalisateur. Miyazaki, mais aussi Toshio Suzuki, se trouvent donc dans la même pièce que les acteurs. Le but de cette nouveauté est de pouvoir avant tout pouvoir mieux diriger les doubleurs et de pouvoir mieux expliquer les intonations que recherchent Miyazaki pour tel ou tel personnage. Miyazaki ira même jusqu'à mimer la danse et chanter la ritournelle de l'intendant des bains à l'acteur Takehiko Ono.

Le son

C'est une première pour le studio Ghibli, Le voyage de Chihiro bénéficie du format digital DLP. A l'instar de Star Wars : Episode 1 - La Menace Fantôme, le film est directement enregistré sur disque dur, sans passer pour l'étape de la bobine. Il bénéficie en outre du système de son EX 6.1, utilisant six canaux pour lui donner toute son ampleur sonore.

La bande sonore est une fois de plus extrêmement soignée et contribue magnifiquement à l'immersion du spectateur dans le monde étrange d'Aburaya. L'ingénieur du son, Shûji Inoue, se rend à Kusatsu pour enregistrer le bruit produit par l'eau de ses célèbres sources thermales. Il emmagasinera ainsi une multitude de sons : balais frottant le sol de bains publics, la vaisselle s'entrechoquant dans une cuisine ou dans une salle de réception, le moteur de la voiture du père de Chihiro. Tôru Noguchi, qui s'occupe des bruitages de dessins animés depuis 20 ans, recrée en studio d'autres sons, comme ceux de la multitude de pas des personnages du film. Tous ces sons rendent l'univers du Voyage de Chihiro très réaliste, et ce, encore une fois, malgré le contexte fantastique de l'histoire.

La musique

On retrouve bien évidemment Joe Hisaishi pour la réalisation de la bande originale. Outre le thème principal du film au piano, on reconnaît pour chaque personnage un thème différent. Ainsi, pour le sans-visage, l'air qui lui correspond est composé principalement de percussions et de sonorités métalliques, renforçant l'aspect mystérieux du personnage. Le magnifique thème de la scène du train, intitulée Sixième gare, est une musique assez sombre, qui teinte cette scène d'une note de tristesse et de mélancolie. Pour l'enregistrement, Hisaishi choisira d'enregistrer la bande originale dans une grande salle de concert, avec plus de 60 micros disséminés dans la pièce, aboutissant à un enregistrement d'une qualité et d'une finesse remarquables.

Itsumo Nando Demo, l'inattendue et touchante chanson du générique de fin a été composée et chantée par Yumi Kimura, une artiste quasi inconnu, s'accompagnant à la lyre. Celle-ci a envoyé spontanément à Hayao Miyazaki une chanson dont elle a composé la musique et dont son amie Wakako Kaku a écrit les paroles. Cela se produit après la sortie de Princesse Mononoke et la jeune femme rêve qu'une de ses compositions illustre un jour une des œuvres de Miyazaki. Celui-ci lui répond en la complimentant sur sa composition. Malheureusement, il travaille alors sur le projet de Rin et le peintre de cheminée et le thème de Kimura ne correspond pas au film. Leur correspondance cesse pendant quelques temps, le projet Rin est abandonné et Miyazaki se lance sur celui du Voyage de Chihiro. Il travaille sur ses dessins en écoutant la musique de Kimura et s'aperçoit alors que le thème de la chanson est identique à celui du Voyage de Chihiro : la nostalgie et la force que l'on trouve au fond de soi. Il contacte à nouveau Kimura pour lui demander d'utiliser la chanson comme générique de fin de son film. La mélodie tendre et juvénile de cette ritournelle, sa légèreté et son apparente simplicité pénètre le cœur du spectateur après ce véritable feu d'artifice visuel et sonore.

La sortie en France

L'adaptation française

Buena Vista (Disney) a gratifié le public français d'un doublage de grande qualité. L'adaptation est dans l'ensemble fidèle à l'oeuvre originale. Les voix, bien choisies, conviennent très bien aux personnages et sont même parfois très proches de la version japonaise, confirmant la volonté de Disney de respecter l'œuvre de Hayao Miyazaki.

Florine Orphelin, 9 ans et demi, a été choisie parmi trois jeunes comédiennes pour jouer le rôle de Chihiro. Elle a le même âge que son personnage, contrairement à la version originale où la comédienne était bien plus âgée (13 ans et demi). Florine n'est pas à son premier doublage mais c'est son premier rôle important. Donald Reignoux double l'énigmatique Haku. Il a déjà une bonne expérience du doublage dans l'animation japonaise puisqu'il a joué Shinji dans Evangelion et Tai dans Digimon.

Les médias s'emparent du Voyage de Chihiro

A l'occasion du Festival nouvelles images du Japon en 2001, la presse a eu l'occasion d'interviewer Hayao Miyazaki et de préparer un terrain médiatique favorable à la promotion du Voyage de Chihiro en France. Deux mois avant l'exploitation du film en France, on pouvait déjà lire des articles sur Miyazaki, le studio Ghibli ainsi que sur le film. Au moment de la sortie, la critique est quasi unanime : les journalistes de la presse écrite encense littéralement le film de Miyazaki. Les magazines spécialisés sur le cinéma consacrent des dossiers complets sur le film et son réalisateur. Le voyage de Chihiro fait la une de plusieurs revues et les chaînes de TV généralistes proposent de nombreux sujets sur le réalisateur nippon. C'est la première fois en France qu'on voit un tel accueil pour une œuvre du studio, mais aussi sur un film d'animation japonais.

Gaumont Buena Vista International (Disney) a annoncé que le budget de la promotion du Voyage de Chihiro avait doublé par rapport à celui de Princesse Mononoke. Pour la première fois en France, on trouve dans les journaux et les magazines de nombreuses publicités pour le film, mais aussi pour sa bande son et les Anime Comics édités par Glénat. Beaucoup d'affiches aussi apparaissent dans les métros, arrêts de bus... A partir du Voyage de Chihiro, les films du studio Ghibli (ou du moins ceux de Miyazaki) connaîtront tous une promotion relativement importante.

L'accueil du public est à la hauteur de l'évènement. Le film atteindra près de 1,5 millions de spectateurs, score exceptionnel pour un film d'animation japonaise (hors Pokémon).