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Mon voisin Totoro

Tonari no Totoro (Mon voisin Totoro) présente le Japon tel qu'il était dans les années cinquante, lorsque ses paysages verdoyants étaient encore omniprésents, la nature riche et l'homme encore proche d'elle. La petite Mei Kusakabe (quatre ans) et sa grande sœur Satsuki (dix ans) accompagnent leur père dans leur nouvelle maison. Ils se rapprochent ainsi du village où se trouve hospitalisée leur mère. Cette dernière doit bientôt sortir de l'hôpital et ce lieu lui permettra de se reposer dans un environnement agréable. Les deux fillettes sont toutes deux amenées à rencontrer l'esprit protecteur et discret de la grande forêt d'à coté. Mei lui donne le nom de Totoro. La magie de la nature et des lieux sacrés qu'ils habitent les aidera à surmonter la crise familiale du moment.

Fondé sur une histoire simple, Mon voisin Totoro est un conte moderne, un hymne à la nature dans sa description des décors et, au travers de l'évocation de symboles porteurs d'une signification religieuse, le rappel de la réalité d'une époque du Japon rural. Devenu un véritable phénomène de société au Japon, Mon voisin Totoro est devenu le film emblématique de l'œuvre de Hayao Miyazaki et même du studio Ghibli.

Film conseillé à partir de 3 ans (voir guide des parents)


Sources : Animeland hors-série n° 3 - Le film en images de Mon voisin Totoro (version française du Roman Album, éditions Tonkam) - Hayao Miyazaki, Master of Japanese Animation de Helen McCarthy - Art of de Mon voisin Totoro (première édition française) - Dans le studio Ghibli, travailler en s'amusant de Toshio Suzuki


Mon voisin Totoro : Résumé détaillé

Plan de Matsugô, Shôwa année 30 (1955), par Hayao Miyazaki.

Le film s'ouvre sur un générique, accompagné par la chanson Sampo (Promenade).

Partie 1 : mai

C'est par une belle journée ensoleillée, à travers la campagne, que la camionnette de déménagement des Kusakabe chemine sur les derniers kilomètres qui les séparent de leur nouvelle résidence à Matsugô. Le conducteur et Monsieur Kusakabe sont installés à l'avant, tandis que les filles, Satsuki et Mei, mangent des caramels à l'arrière dans l'amoncellement de meubles et de paquets. En chemin, Monsieur Kusakabe s'arrête pour saluer ses nouveaux voisins tandis que les fillettes font la connaissance de leur fils, le timide mais fier Kanta.

La camionnette s'arrête prêt de deux colonnes de béton qui marquent l'entrée de leur nouveau foyer. C'est une vieille maison japonaise traditionnelle, dotée d'une pièce séparée « à l'occidentale », restée longtemps inhabitée avec un immense jardin. Un peu en hauteur, bâtie sur une petite colline, elle avoisine à l'Est un petit temple shintô dédié à la végétation de la forêt Tsukamori. En face, coule une petite rivière derrière laquelle les rizières s'étendent jusqu'aux monts Hake. Sans même attendre leur père, Satsuki et Mei s'élancent avec excitation à la découverte de leur nouvelle demeure. Les deux fillettes n'ont jusque là connu que la grande ville et elles sont très heureuses d'arriver dans une région où la nature est si belle. D'ailleurs, derrière la maison, elles ne manquent pas de remarquer l'immense et majestueux camphrier qui s'élève en lisière de forêt.

L'état de délabrement avancé de la maison, par certains endroits, laisse imaginer à Satsuki que le lieu est hanté. Cette première impression est renforcée lorsqu'à l'intérieur de la maison, brillant au milieu de la pièce principale, elle découvre des glands qui semblent apparus de nulle part. Quelques instants plus tard, c'est en ouvrant la porte arrière de la demeure, qu'elle assiste avec sa sœur à un nouveau phénomène étrange : elles font fuir de mystérieuses petites boules noires dans les fissures des murs ! Craintives, les deux fillettes exorcisent leur peur en poussant un grand cri, espérant bien faire peur à tout ce qui pourrait encore se trouver dans la pièce. Alerté par le cri, Monsieur Kusakabe apparaît par une autre porte. Les fillettes lui font part de leur crainte d'avoir emménagé dans une maison hantée. Leur père pense qu'il y a peu de chance qu'elles aient vu des fantômes mais plutôt des « noiraudes » comme dans les livres d'images. Les fillettes sont enchantées par son explication rassurante.

Monsieur Kusakabe leur donne une nouvelle mission : ouvrir les fenêtres du premier étage. De retour à l'intérieur, Satsuki et Mei sont à la recherche de l'escalier qui même vers l'étage supérieur de la maison. Elles le découvrent caché derrière une porte. L'escalier est sombre et, de plus, un nouveau gland tombe du haut des marches. Les filles attribuent à nouveau ce phénomène aux noiraudes. Elles lancent un cri pour annoncer leur arrivée et grimpent l'escalier avec prudence. Au sommet, elles aperçoivent aussitôt des formes bouger dans la pénombre. Satsuki se précipite pour ouvrir les fenêtres en grand. Mei, à la suite de sa sœur, a juste le temps d'assister à une nouvelle migration de noiraudes qui se glissent dans une fissure du mur. Satsuki n'a rien vu et quand elle se retourne, la pièce est vide. Par la fenêtre, elle explique à son père ce nouveau phénomène. Dans le jardin, celui-ci, aidé par le conducteur, a bien du mal à porter un meuble encombrant. Satsuki descend les rejoindre pour leur prêter main forte. À l'étage, Mei reste seule dans la pièce, immobile. Elle s'approche doucement de la fissure et glisse un doigt à l'intérieur. Aussitôt, une nuée de petites boules noires en jaillit et disparaît presque instantanément sous le toit, laissant Mei médusée.

Mais une retardataire flotte encore dans les airs. Les mains de Mei se referment dessus en claquant. Aussitôt, elle se précipite dans les escaliers pour montrer sa prise à Satsuki. En bas, elle se cogne sur la voisine, une dame âgée se faisant appeler « Grand-mère ». C'est elle qui a gardé la maison alors inoccupée. Mei est tellement surprise lorsque qu'elle se tourne vers elle, qu'elle s'enfuit et vient se cacher derrière sa grande sœur. Satsuki se présente à sa nouvelle voisine et présente sa petite sœur. Mei veut lui montrer la noiraude mais tout ce qu'il en reste est une marque de suie dans les paumes de ses mains. Elles se rendent soudain compte que leurs mains et leurs pieds sont tout noirs. Grand-mère leur explique alors qu'elles ont vu des noiraudes. Celles-ci se plaisent dans les maisons inhabitées et humides mais s'en vont dès que la vie et la bonne humeur reviennent. Elle en voyait elle aussi beaucoup quand elle était enfant.

Cette histoire réglée, l'emménagement et le grand nettoyage se poursuivent avec l'aide de Grand-mère jusqu'en fin d'après midi. C'est à ce moment de la journée que Kanta apparaît. Il est venu apporter à manger de la part de sa mère. Tandis qu'il pénètre dans la maison des Kusakabe, Satsuki surgit. Il refuse de parler à une « fille ». Avec défi, il lui tend le panier avant de déguerpir en quatrième vitesse. Au loin, il lance à la jeune fille que elle et sa famille viennent d'emménager dans une maison hantée, avant de s'éloigner en courant, content de sa farce. Satsuki le regarde s'enfuir les yeux écarquillés et, reprenant des esprits, lui tire la langue.

La nuit tombe doucement. Le déménagement est enfin terminé. Grand-mère et le déménageur sont repartis. La famille Kusakabe se retrouve enfin seule dans sa nouvelle maison. Dehors, la tempête s'est levée. Satsuki sort dans le jardin pour aller chercher du bois et faire chauffer l'eau du bain. Elle est quelque peu effrayée par les rafales de vent qui s'engouffrent avec force et fracas dans les frondaisons des arbres. À l'intérieur, l'atmosphère de la maison n'est pas plus rassurante : Les parois tremblent tellement que la maison toute entière semble sur le point de s'envoler. Satsuki se dépêche de rejoindre sa sœur et son père dans le bain commun. Le bruit du vent qui redouble de violence inquiète Satsuki et Mei. Cette dernière a peur que la maison s'écroule. Mais Monsieur Kusakabe ne s'inquiète pas. Pour chasser les mauvaises pensées de leurs esprits, il leur conseille de rire aux éclats. Et il commence à rire à gorge déployée, bientôt suivit par ses deux filles. Les rires résonnent dans toute la maison. Dérangées dans leur tranquillité par ces nouveaux occupants, les dernières noiraudes s'élèvent dans la nuit, vers la cime du camphrier géant.

Partie 2 : juin

Aujourd'hui, c'est jour de congé pour tout le monde. Après la lessive, Monsieur Kusakabe emmène ses filles voir leur mère à l'hôpital de Shichikokuyama. Le trajet à vélo est une nouvelle occasion de découvrir et d’apprécier la beauté de la nature qui les entoure. Sitôt arrivée à l'hôpital, Mei se jette dans les bras de sa mère. Satsuki, plus grande, est moins démonstrative. Madame Kusakabe les questionne sur la nouvelle maison. Elle est heureuse d'apprendre que ses filles s'y plaisent même si celle-ci est hantée ! En lui brossant les cheveux, elle félicite ensuite Satsuki de faire preuve d'autant de maturité en s'occupant si bien de sa petite sœur en son absence. Après avoir parlé au docteur, Monsieur Kusakabe arrive à son tour dans la chambre. Toute la famille est réunie. Sur le chemin du retour, ils sont tous ravis d'avoir pu voir maman en pleine forme. Monsieur Kusakabe apprend à ses filles que leur mère devrait bientôt sortir de l'hôpital. Cette nouvelle est source de réjouissance pour toute la famille.

Le jour suivant est jour d'école pour Satsuki. Elle s'est levée tôt avec Mei, avant son père, pour préparer les repas de la journée. Satsuki partie, Monsieur Kusakabe s'installe à son bureau pour travailler à ses recherches. Pendant ce temps, Mei joue seule dans le jardin. Ses activités l'entraînent vers une petite mare dans laquelle s'agitent des têtards. Elle utilise un vieux seau troué pour les observer de plus près. Mais son attention est rapidement absorbée par un gros gland marron. Près de celui-ci, elle en découvre un autre, puis un autre. Son nouveau jeu de piste l'entraîne toujours plus loin dans les hautes herbes. C'est de là qu'émergent deux longues oreilles blanches et pointues. Bientôt, une étrange petite créature à moitié transparente passe devant Mei sans se soucier de sa présence ! Amusée, Mei décide de la prendre en chasse. Rapidement, la créature découvre qu'elle est suivie et rend son corps totalement transparent. Un instant déconcertée, Mei refuse d'abandonner si facilement. Bien vite, la créature réapparaît un peu plus loin, ne semblant pas parvenir à maintenir son invisibilité.

Mei se lance alors de plus belle à sa poursuite sous les fondations de la maison. Alors qu'elle guette patiemment son retour, la créature ressort discrètement par un autre endroit, accompagnée par un compagnon de plus grande taille qui porte un sac sur le dos. Mais le sac s'éventre, plusieurs glands s'en échappent et tombent par terre. Alertée par le bruit, Mei reprend la poursuite. Bien décidée à ne pas les laisser partir, elle les suit à travers un enchevêtrement de buissons et d'arbustes qui forment un long tunnel. Distancée par les deux créatures, Mei se retrouve finalement au pied du camphrier géant. Mais un gland, à l'entrée d'un passage entre deux grosses racines, trahit leur venue. Mei tend la main pour le ramasser et tombe dans le trou.

Elle glisse jusque dans une immense grotte à l'intérieur même de l'arbre. Reprenant ses esprits, elle découvre l'étrange univers dans lequel elle vient d'arriver. Les parois de l'immense salle sont tapissées de nombreuses espèces de mousse, de fleurs et de plantes aujourd'hui disparues. Tout un tas d'insectes la peuple. Mei n'est pas au bout de ses surprises : alors qu'elle a perdu la trace des deux petites créatures, voilà qu'elle se retrouve face à une troisième encore plus grosse ! Blottie dans une cavité, l'imposante créature grise se repose, tournant le dos à la fillette. La discrétion n'est décidément pas la principale qualité de Mei. Un sourire espiègle sur le visage, elle commence à chatouiller la queue de l'hôte des lieux. Tiré de son sommeil, il réagit avec douceur en se retournant sur le dos. De plus en plus effrontée, Mei escalade son ventre poilu et se dresse dessus. Il fini par ouvrir les yeux. Il ne semble pas dérangé par la présence de la fillette sur son ventre ni par sa hardiesse lorsqu'elle commence ensuite à lui chatouiller le nez ! Brusquement, il se met à éternuer. Mei est toute contente ! Elle tient ensuite absolument à attirer son attention pour lui soutirer son nom. Pour toute réponse, elle récolte les bayements de la créature dans lesquels elle semble reconnaître le nom « Totoro ». Mei conclut qu'il s'agit là de son nom ! Mais les bâillements incessants de Totoro finissent par avoir raison de l'énergie débordante de l'espiègle fillette qui finit par s'endormir sur son ventre douillet. La journée s'écoule lentement, jusqu'au retour de Satsuki de l'école.

Elle découvre son père encore plongé et absorbé par son travail. Il n'a pas vu le temps passé et ne s'est pas soucié de Mei de toute la journée. Inquiets, ils se mettent à sa recherche. Bien vite, Satsuki la découvre endormie dans le tunnel sous les arbres. Mei ne comprend pas bien ce qui lui arrive et cherche Totoro. Elle commence à raconter ses aventures et sa rencontre à sa grande sœur puis tente de gagner sa crédibilité auprès de son père qui les a rejoint. Mais personne ne la prend au sérieux. Déçue, elle les entraîne vers le passage entre les racines mais, à sa grande déception, elle n'en retrouve plus le chemin. Voyant la tête déconfite de Mei, Satsuki et son père éclatent de rire. Mei se met alors en colère car elle pense qu'on ne la croie pas. Pour la rassurer, son père lui répond qu'ils sont persuadés de sa bonne foi quand elle affirme qu'elle a vu Totoro. Toute la famille s'enfonce alors au milieu des arbres pour se rendre au pied du camphrier géant. Mei reconnaît le grand arbre mais il n'y a plus de passage entre les racines ni de trace de Totoro. Monsieur Kusakabe affirme que Mei a certainement eu le rare honneur de rencontrer le gardien de la forêt. Avant de rentrer, il propose à ses filles de remercier l'arbre d'avoir veillé sur Mei. Le soir venu, Satsuki écrit à sa mère à propos des événements de la journée et ne cache pas son envie à elle aussi de rencontrer le gardien de la forêt, Totoro. Ce dernier, au sommet du camphrier, veille sur la forêt et joue de l'ocarina au clair de lune.

Aujourd'hui, alors que Monsieur Kusakabe est en déplacement à son université, Mei est confiée à Grand-mère pendant que Satsuki est à l'école. Mais en plein milieu des cours de Satsuki, Mei arrive à l'école, accompagnée par Grand-mère. Elle ne veut pas rester avec la voisine, et têtue, elle a contraint la vieille dame à l'emmener voir sa sœur. Mei finira le reste de la journée en classe, assise entre sa sœur et sa voisine Michiko. Elle est encore trop petite pour suivre le cours. Elle s'applique donc à faire un dessin de Totoro peu flatteur pour la créature !

À la sortie des cours, sur le chemin du retour, les deux sœurs sont surprises par une averse. Elles s'abritent sous l'auvent d'un petit temple bouddhiste. Quelques minutes plus tard, elles sont rattrapées par Kanta, qui arrive à son tour sur le chemin, protégé par un parapluie. Le jeune garnement s'arrête dans son élan en apercevant les deux sœurs. Il hésite, puis reprend sa marche en cachant son visage derrière son parapluie. Satsuki s'est elle aussi aperçue de la présence de Kanta et ne dit rien. Le garçon les dépasse sans rien dire, et brusquement, se retourne et leur laisse son parapluie avant de s'enfuir en courant sous le déluge, un sourire satisfait dessiné sur le visage. Satsuki et Mei reprennent leur chemin sous le parapluie de Kanta. C'est un vieux parapluie plein de trous mais Satsuki a tout de même le cœur réchauffé par l'attention de Kanta. De retour à la maison, Satsuki s'aperçoit que son père a lui-même oublié son parapluie et décide de venir l'attendre avec à l'arrêt de bus. Satsuki et Mei passent d'abord chez les voisins pour rendre celui de Kanta, à la grande surprise de la mère. Persuadée que son fils l'avait perdu, elle l'avait déjà disputé !

L'attente est longue à l'arrêt de bus. Un premier bus arrive mais Monsieur Kusakabe n'est pas dedans. Le suivant se fait encore plus attendre. Les réverbères s'allument et un dernier cycliste se dépêche se rentrer chez lui pour échapper à la pluie qui ne semble pas vouloir s'arrêter. Son passage laisse ensuite la route et les alentours désespérément déserts. Mei commence à être fatiguée de patienter et de jouer dans les flaques d'eau mais elle refuse d'aller attendre chez les voisins. Satsuki la prend sur son dos pour lui permettre de dormir. La pluie continue de tomber, Mei s'est endormie tandis que sa sœur continue de patienter. Dans le froid et le noir, alors que tout est calme, des bruits de pas lourds se rapprochent des fillettes. La vue à moitié masquée par son parapluie, Satsuki aperçoit alors une grosse patte pourvue de longues griffes qui grattent un imposant corps poilu. Elle tend le cou pour voir ce qui vient de se poster à côté d'elle. Satsuki n'en croit pas ses yeux : c'est le gros Totoro dont parlait sa sœur qui vient lui aussi attendre le bus !

La tête seulement protégée par une feuille, la pluie tombe sur le gros animal. Figé, il regarde les gouttes d'eau lui tomber sur le bout du nez. Satsuki lui prête poliment le parapluie réservé pour son père. Un peu surpris par l'objet que lui tend Satsuki, Totoro ne tarde pas à en saisir l'utilité et le place au-dessus de sa tête. Il n'est pas au bout de ses découvertes. Le bruit créé par les gouttes qui tombent sur le parapluie le met en joie. Il prend son élan et bondir en l'air. Le choc de son atterrissage fait tomber les gouttes de pluie attachées sur les feuilles des arbres. Une véritable averse tombe sur les fillette et Totoro. Son grondement de joie réveille Mei.

C'est à ce moment que des lumières de phares se rapprochent au loin. Ce doit être le bus qui ramène leur père pensent Mei et Satsuki. Mais ce qui arrive à toute allure et stationne devant eux est un énorme chat à douze pattes en forme de bus ! Stupéfaites, elles observent sa tête se tourner vers elles et leur lancer un large sourire, tandis qu'une porte se dessine pour laisser entrer les voyageurs. Totoro tend un petit sac en feuilles en cadeau aux fillettes et monte dans le Chat-bus. Ce dernier démarre aussitôt et reprend sa course folle avant de disparaître derrière une colline, laissant les fillettes sans voix. L'esprit sans doute trop confus par cette incroyable rencontre, Satsuki ne parvient qu'à marmonner que Totoro a gardé le parapluie de son père…

Le vrai bus finit par arriver. Monsieur Kusakabe est surpris de trouver ses deux filles à l'arrêt et se confond en excuse pour son retard. Toutes excitées, les fillettes ne l'écoutent pas et commencent à lui raconter leur extraordinaire aventure de façon désordonnée. Monsieur Kusakabe n'y comprend rien. La nuit est tombée depuis longtemps quand la famille repart vers la maison. Satsuki écrit une nouvelle lettre à sa mère et lui fait part de ses aventures. Elle lui explique que le cadeau de Totoro est un paquet de graines qu'elles se sont empressées de planter dans le jardin. Mei les arrosent et les surveillent tous les jours. Mais pour l'instant, rien ne pousse.

Partie 3 : juillet

Les graines n'ont toujours pas poussé. Mei confit ses inquiétudes à son père qui termine d'installer la moustiquaire pour ces premières soirées d'été. Dans la nuit, Satsuki est réveillée par un bruit étrange. La nuit est éclairée par la pleine lune et au dehors, elle aperçoit Totoro et ses compagnons de taille plus modeste en train de danser dans le jardin tout autour des graines. Les fillettes se joignent à leur danse rituelle. Totoro se concentre et rassemble toutes ses forces pour tirer les pousses hors du sol. Soudain, le charme opère : une graine se met à germer, puis une autre, puis encore une autre... Les fillettes se joignent à son effort et les jeunes pousses se mettent alors à grandir. Des tiges de plus en plus grosses sortent du sol à une vitesse phénoménale. Elles se rassemblent pour bientôt former un arbrisseau, qui à son tour continue de croître, pour finir par former un arbre gigantesque qui dépasse le toit de la maison !

À son pied, Satsuki et Mei ne peuvent contenir leur enthousiasme et hurlent de joie. La magie de cette nuit continue, Totoro sort une toupie qui entre en lévitation. Il monte dessus et le moyen et le petit Totoro sautent sur sa poitrine. Sans hésiter, Mei en fait de même. À son invitation, Satsuki rejoint Totoro. La toupie s'élève alors dans le ciel, portée par le vent. Totoro offre aux deux fillettes un vol nocturne à travers la campagne, frôlant la cime des arbres et traversant les champs pour finir par repartir vers le ciel, vers la plus haute branche de l'arbre sorti de terre. À l'intérieur de la maison, Monsieur Kusakabe, en plein travail, croit entendre la mélodie du vent. Comment pourrait il se douter que se sont ses deux filles qui jouent de l'ocarina en compagnie de leurs nouveaux amis ? Au matin, Mei et Satsuki sautent de joie. Dans le jardin, l'arbre géant a disparu, mais ô surprise, les graines ont germé. Les pousses ne font que quelques centimètres mais les filles sautent de joie sous le regard attendri de leur père.

Partie 4 : août

Quelques temps plus tard, on retrouve Mei et Satsuki qui aident Grand-mère à cueillir les légumes dans le champ de la famille de Kanta. Les fillettes sont heureuses car il est prévu que leur mère revienne à la maison samedi. Mei prévoit déjà de lui offrir l'épi de maïs qu'elle vient de cueillir dans le champ. C'est alors que Kanta surgit avec un télégramme de l'hôpital demandant de rappeler rapidement. Paniquée, Satsuki demande conseil à Grand-mère : son père est à l'université et ne rentrera pas avant le soir ! En voyant sa grande sœur si perturbée, Mei ne se sent pas tranquille. Satsuki et Kanta s'élancent vers la maison de celui-ci pour téléphoner. Son épi fermement serré dans ses bras, Mei essaye de les suivre malgré la demande de sa sœur de rester avec Grand-mère. Arrivée chez Kanta, Satsuki téléphone à l'université et fait part de la nouvelle à son père. Celui-ci la rassure et lui promet de la rappeler dès qu'il aura contacté l'hôpital. Satsuki s'agenouille et attend sans rien dire. Pendant ce temps, Mei, qui a perdu la trace de sa grande sœur, erre sur le chemin. Une chèvre veut lui dérober son épi qu'elle protège avec véhémence.

Quand Mei retrouve finalement Satsuki et Kanta qui sortent de la maison, elle apprend que sa mère doit encore rester à l'hôpital et ne pourra pas rentrer en fin de semaine, comme prévu. Mei refuse de comprendre que sa mère ne puisse pas encore rentrer. Satsuki tente de lui faire entendre raison, en vain. Mei s'obstine à ne rien entendre. Le cœur lourd également, Satsuki se fâche finalement avec sa sœur. Elle laisse Mei et s’éloigne. Mei explose en sanglot et part à la suite de sa sœur, laissant Kanta qui ne sait plus quoi faire. En froid, les deux sœurs s'assoupissent dans deux pièces différentes de la maison. Grand-mère cherche à les réconcilier et à les rassurer. Satsuki lui fait part de ses craintes sur la maladie de sa mère et imagine le pire. Elle éclate en sanglots. Mais Mei surprend la discussion et, choquée par l'attitude de sa sœur, elle décide de prendre les choses en mains. Son épi fermement serré contre sa poitrine, elle se met à courir en fixant l'horizon. Elle fait route vers l'hôpital apporter à sa mère l'épi de maïs qui la guérira.

Lorsque Grand-mère et Satsuki réalisent que Mei n'est plus là, elles commencent d'abord à la chercher dans le jardin avant que Satsuki ne soupçonne qu'elle soit partie voir sa mère suite à leur dispute. Comme l'hôpital est à trois heures de marche, Satsuki part en courant, espérant rattraper Mei en chemin. Pendant ce temps, Grand-mère envoie Kanta prévenir son père et organise les recherches. Satsuki court à toutes jambes à travers la campagne mais ne trouve aucune trace de sa petite sœur. La nuit commence à tomber et Satuki a le cœur serré. Sa sœur a-t-elle pris le même chemin qu'elle ? Sans savoir si elle a tort ou raison, elle continue sa course vers l'hôpital. À bout de souffle, elle parvient à un embranchement et arrête un véhicule qui approche. Sans reprendre sa respiration, Satsuki explique la situation au conducteur. Il lui affirme n'avoir croisé aucune petite fille en chemin. Personne ne peut l'aider.

C'est alors que Kanta arrive sur une bicyclette bien trop grande pour lui. Il lui apprend qu'une sandale d'enfant a été retrouvée flottant sur l'étang. Kanta se propose de suivre le chemin de l'hôpital à sa place tandis que Satsuki, bouleversée, s'élance pour savoir si la chaussure est celle de sa petite sœur. Satsuki court à en perdre haleine. Elle s'arrête un instant pour reprendre son souffle et contemple ses pieds et ses sandales abîmés. Elle prend ses chaussures à la main et décide de poursuivre à pieds nus. Pendant ce temps, la petite sandale orpheline dans la main, Grand-mère supplie les dieux que ce ne soit pas celle de Mei. Tout autour d'elle, les villageois fouillent l'eau de l'étang. Satsuki arrive à bout de forces. Grand-mère lui montre la sandale. À leur grand soulagement, ce n'est pas celle de Mei. Alors que les adultes se pressent d'organiser la suite des recherches, Satsuki a une idée. Elle se précipite vers chez elle sans rien dire à personne.

Satsuki court vers le tunnel qu'avait suivi Mei quand elle a rencontré Totoro pour la première fois. Elle veut demander de l'aide à la créature. Par chance, elle découvre l'entrée de sa tanière entre les racines de l'arbre et tombe sur le ventre de la créature endormie. En larmes, Satsuki implore Totoro de l'aider à retrouver sa petite sœur. Pour la rassurer, Totoro lui fait son plus grand sourire et l'entraîne vers la sortie de la grotte puis s'élance vers la cime du grand camphrier. Arrivé au sommet, Totoro pousse un grand cri. Quelques instants plus tard, Satsuki voit arriver au loin quelque chose qui galope au-dessus des champs. C'est le Chat-bus qui a répondu à l'appel de Totoro ! Il arrive bien vite au sommet de l'arbre et regarde Satsuki en souriant. Toujours avec un grand sourire en demi-lune, Totoro l'invite à monter dans l'étrange moyen de transport. Satsuki hésite un instant puis se décide. Le plancher moelleux s'enfonce un peu sous les pas de la jeune fille. Elle prend place sur la banquette arrière qui s'adapte à sa hauteur. À la grande joie de Satsuki, le Chat-bus change sa pancarte de destination et indique maintenant « Mei ». Le Chat-bus lâche un miaulement et saute prestement de l'arbre, accompagné d'un signe d'au revoir de Totoro. Le Chat-bus traverse les champs en effleurant à peine le sol. Satsuki est époustouflée par sa vitesse. Il dépasse rapidement Grand-mère et les villageois qui continuent à chercher Mei puis s'enfonce dans la forêt. Emerveillée, Satsuki regarde les arbres s'écarter sur leur passage ! Il traverse ensuite le village et pour gagner du temps, grimpe sur les fils électriques. Tel un funambule, il s'élance dessus, se jouant du haut voltage.

Pendant ce temps, Mei est toute seule. Fatiguée d'avoir tant marché, elle s'est assise sur le bord de la route et sanglote. Soudain, elle entend la voix de Satsuki mais ne la voit pas et elle pleure plus belle. Elle finit par lever la tête et bouche bée, elle contemple le spectacle de sa sœur arrivant dans le Chat-bus. Ce dernier saute des fils électriques et atterrit doucement devant Mei. Réunies, les deux sœurs tombent dans les bras l'une de l'autre devant le Chat-bus satisfait. Leur querelle oubliée, Satsuki devine que la fugue de Mei partait d'une bonne intention en voulant apporter son épi à leur maman. Un miaulement, et une fois encore, la destination de la pancarte change ! Le Chat-bus leur propose maintenant de les conduire à l'hôpital ! Comblée, Satsuki embrasse le museau du drôle de félin qui, un instant après, reprend sa route en emmenant les deux sœurs, radieuses.

À l'hôpital, monsieur Kusakabe est auprès de sa femme. Madame Kusakabe est désolée d'avoir causé du souci à sa famille pour un simple rhume. Monsieur Kusakabe lui assure que leurs deux filles seront rassurées d'entendre que sa sortie n'est retardée que d'une petite semaine. À l'extérieur, perchées sur la branche d'un des arbres du jardin, Satsuki et Mei observent leurs parents. Elles sont rassurées de les voir souriants et de bonne humeur. Subitement, Madame Kusakabe porte son regard vers la fenêtre. Elle est persuadée d'avoir vu ses filles rire dans l'arbre d'en face. Mais maintenant il n'y a plus rien ! Sur le rebord de la fenêtre, Monsieur Kusakabe remarque alors un épi de maïs. Avec un grand sourire, il le tend à sa femme en lui affirmant que c'est pour elle. Un petit message est gravé dessus : « pour maman » !

Rassurées sur la santé de leur mère, Mei et Satsuki sont assises à l'arrière du Chat-bus qui les ramène chez elle. Parvenue au village, elles saluent le félin qui leur sourit une dernière fois avant de s'évanouir dans la nuit. Bientôt, Kanta et Grand-mère, toujours à leur recherche, arrivent à l'horizon. La vieille dame ne peut contenir ses larmes en embrassant Mei. De son côté, Satsuki remercie Kanta de s'être donné tant de mal. C'est sous un beau ciel étoilé que tout le monde rentre enfin à la maison, tandis que tutoyant la voûte céleste, perchés sur la plus haute branche du camphrier géant, les trois Totoros jouent paisiblement de l'ocarina.

C'est sur la chanson Tonari no Totoro et sur une série d'images fixes que se déroule le générique de fin. Les vignettes suggèrent les événements qui vont naturellement suivre ce dénouement heureux : le retour de Madame Kusakabe au foyer, la vie scolaire de Satsuki, les amis et les jeux dans la campagne. Les esprits de la forêt sont toujours là, et même si Satsuki et Mei ne les ont pas oublié, les images laissent à penser que les fillettes et les créatures ne se recroiseront plus. La crise familiale résolue, la douce protection de Totoro n'est plus nécessaire.


Mon voisin Totoro : Personnages

Satsuki Kusakabe

Satsuki est une jeune fille de 10 ans. Elle va à l'école primaire, dans une classe équivalente à notre CM2 français. Elle est très active, gaie, charmante et curieuse du monde qui l'entoure. Elle n'aime pas les jeux de filles et préfère courir, sauter, rire ou se battre avec les garçons. Sociable, elle se fait rapidement des amis dans sa nouvelle école. Sérieuse et mature, elle joue à l'adulte avec beaucoup de patience, remplaçant sa mère absente et assumant un rôle de femme au foyer. Elle doit s'occuper de son père distrait et de sa sœur cadette, incapables de gérer les petits tracas de la vie quotidienne.

Comme tous les membres de sa famille, elle est très attristée par l'absence de sa mère au foyer. Elle lui écrit souvent pour lui parler de ses journées et se sentir plus proche d'elle. Contrairement à Mei, encore trop petite, Satsuki a conscience que la maladie de sa mère peut être grave et garde une certaine retenue en sa présence. Mais à force d'étouffer ses sentiments et ses craintes et de se prendre pour une adulte, le moral de Satsuki atteint ses limites dans la dernière partie du film et elle fond en larme à l'idée que sa mère puisse mourir. Heureusement, elle a encore en elle l'enthousiasme et l'émerveillement propres à l'enfance. Ainsi, sa rencontre avec Totoro prouve qu'elle ne semble pas encore prête à vouloir entrer complètement dans le monde des adultes.

Mei Kusakabe

Mei est une fillette de 4 ans. C'est la sœur cadette de Satsuki. Elle est impulsive, audacieuse et surtout, débordante d'énergie. Elevée à la ville, la découverte de la nature est pour elle un émerveillement de tous les instants. Elle semble plus sensible aux événements fantastiques qui l'entourent au quotidien que sa grande sœur et surtout que son père. Son jeune âge lui permet de mieux « voir » les choses. Sa solitude, explique aussi peut-être cette faculté.

Le plus souvent muette lorsqu'elle est loin de sa sœur et timide avec les inconnus, paradoxalement, elle devient curieuse et entreprenante quand elle est seule. Elle est toujours en quête de nouvelles expériences. Il suffit qu'il se passe quelque chose d'intéressant ou d'amusant pour qu'elle soit prête à tout, même à s'aventurer dans les endroits étranges ou sur le ventre de créatures inconnues !

Comme les enfants de son âge, elle est un peu capricieuse, elle aime se trouver au centre des attentions et être entourée des personnes qu'elle aime. C'est pourquoi, peu consciente de la gravité de la maladie de sa mère, elle a du mal à accepter son absence prolongée.

Bien qu'elle soit très différente de Satsuki, elle admire sa grande sœur comme une mère et aimerait lui ressembler. Ainsi on la voit souvent la suivre et l'imiter.

Tatsuo Kusakabe

Tatsuo est le père de Satsuki et Mei. C'est un jeune archéologue. Il gagne sa vie comme professeur non titulaire d'une université à Tôkyô et fait aussi de la traduction. Il passe la plupart de son temps dans son bureau, plongé dans ses recherches, et n'en sort que pour donner ses cours deux fois par semaine.

Malgré un air sérieux et calme, il est plutôt distrait, tête en l'air et peu doué pour la vie quotidienne. Il laisse donc ses filles s'occuper de tout. Ses négligences contrastent avec le sérieux de sa fille aînée. Mais c'est un père sympathique, aimant et dévoué. Ses filles l'adorent car c'est un parfait compagnon qui, de temps en temps, sait s'amuser comme un enfant et partager leurs joies.

Même si c'est un esprit ouvert, c'est tout de même un adulte trop occupé par son travail et qui a perdu son innocence. Ainsi il ne verra jamais Totoro.

Yasuko Kusakabe

Yasuko est la mère de Satsuki et Mei. Elle est atteinte de tuberculose et suit un traitement à l'hôpital de Shichikokuyama. C'est pour lui rendre plus souvent visite que toute la famille s'est installée dans les environs.

C'est une femme douce, intelligente et cultivée. Sereine, elle attend patiemment l'instant où les docteurs l'autoriseront à quitter l'hôpital. Malgré la maladie, elle reste une maman très attentionnée. Et le plaisir qu'elle prend à faire des choses simples, comme brosser les cheveux de Satsuki, montre les liens forts unissant les Kusakabe. Malgré son éloignement, l'influence de la mère est évidente. Elle est un modèle pour Satsuki, qui d'ailleurs lui ressemble beaucoup.

Grand-mère

Grand-mère est une vieille dame dont la famille possède la ferme voisine à la maison des Kusakabe. C'est aussi la Grand-mère de Kanta. Elle s'est occupée de la maison des Kusakabe quand celle-ci était encore vide. Elle s'attache très vite à Satsuki et Mei, qui lui rappellent sa propre enfance. Ainsi, elle est heureuse de veiller sur elles lorsque leur père s'absente pour l'Université.

Bien qu'elle soit âgée, Grand-mère est encore assez vigoureuse et en bonne santé pour aider les Kusakabe à nettoyer leur maison, pour travailler à la rizière et s'occuper de son potager. Vite adoptée par Satsuki, moins vite par Mei, c'est à elle que Satsuki confiera ses craintes sur la maladie de sa mère.

Kanta

Kanta est le fils des voisins des Kusakabe et le petit-fils de Grand-mère. Il est dans la même classe que Satsuki. Depuis qu'il a vu sa nouvelle voisine pour la première fois, il se sent bizarrement attiré vers elle mais ne sait pas bien interpréter ses sentiments. Au lieu d'être doux et affectueux, Kanta a l'attitude habituelle des garçons de son âge pour montrer son attirance pour une fille : il ne peut s'empêcher de lui dire du mal sans aucune raison !

Sa timidité l'empêche de s'exprimer franchement. Mais ses actions parlent pour lui et montrent une nature attentionnée. Ainsi, lors d'une averse, il prête son parapluie à Satsuki et Mei, mais il ne le dira pas à sa mère, préférant la laisser croire qu'il l'a perdu, au risque de se faire disputer. Il mobilisera également tous ses efforts pour aider Satsuki à retrouver Mei à la fin du film.

Les Totoros

Les Totoros sont des esprits de la forêt. Totoro est le nom « générique » de la race des créatures du film, bien qu'on l'utilise en général pour désigner le grand Totoro.

Dans le film, on distingue trois tailles de Totoro : le grand (Chô Totoro), le moyen (Chû Totoro) et le petit Totoro (Chibi Totoro). Le plus gros, de couleur grise, avoisine les 2 mètres de haut, le moyen, de couleur bleue, environ 60 cm, et plus petit, de couleur blanche, 30 cm. Outre leurs différences de taille et de couleur, le nombre de tâches sur la poitrine peut également varier : 9 pour le grand, 3 pour le moyen et aucune pour le petit.

Installés dans la région bien avant les êtres humains (selon Hayao Miyazaki, le plus gros est âgée de 3 000 ans), les Totoros ressemblent à un croisement de raton laveur et de hibou. Ils vivent secrètement dans la forêt, se nourrissant de glands. De nature très sensible, ils aiment le calme et la tranquillité. Sous les racines du camphrier qui domine la forêt, ils habitent une immense grotte tapissée de mousse et d'espèces végétales aujourd'hui disparues. C'est dans cette demeure que le grand Totoro dort la journée tandis que le petit et le moyen Totoro ramassent des glands et les mettent dans de grands pots. Selon Miyazaki, « Totoro a appris la poterie de l'ère Jômon (-10 000 à -300 avant J.-C.) des mains même des habitants de cette époque ». Outre dormir et récolter les glands, leur seule autre activité semble être de jouer de l'ocarina au clair de lune, perché sur la plus haute branche du camphrier.

Malgré des pattes pourvues de longues griffes, ce sont des esprits pacifiques et inoffensifs, que seule l'innocence des enfants permet encore de rencontrer. Aussi le petit Totoro semble surpris de constater que Mei puisse le voir lorsqu'il passe devant elle dans le jardin. Il ne semble d'ailleurs pas pouvoir garder son invisibilité longtemps devant elle, comme si il perdait ses pouvoirs face au jeune âge de Mei. Cette explication se confirme lorsque Grand-mère explique, un peu plus tôt dans le film, quelle aussi voyait toutes sortes de phénomènes étranges lorsqu'elle était plus jeune.

Au début du film, Totoro ne s'intéresse pas au monde des humains et ne prête pas attention aux deux fillettes. Mais il est séduit par le parapluie que Satsuki lui prête et du bruit que font les gouttes de pluie à son contact. En échange du parapluie, issu du monde des humains, il offre des graines magiques, issues de son univers. Attendri par la patience qu'on les deux fillettes pour essayer de faire pousser les graines, l'esprit de la forêt les aidera à les faire sortir de terre puis les invitera à partager ses jeux nocturnes. Vers la fin du film, sensible à la détresse de Satsuki, Totoro fera appel au Chat-bus pour retrouver Mei et mettre ainsi un terme à la crise familial que traverse les deux sœurs.

Le Chat-bus

Esprit cartésien, passez votre chemin ! Le Chat-bus est exactement ce que son nom indique : un chat gigantesque qui fait office de bus ! Selon Miyazaki, « Le Chat-bus est un simple chat monstre. Il a vu un bus et ça lui a plu ». Avec la toupie, le Chat-bus semble être le second moyen de locomotion préféré de Totoro.

Ses yeux dorés lui servent de phares et ses douze pattes lui permettent de ce déplacer à une vitesse extraordinaire. Rien ne le ralentit, il galope au-dessus des champs et file encore plus vite qu'un train, aussi bien-sûr terre et sur l'eau que sur les lignes électriques ! Même les arbres de la forêt s'écartent sur son passage ! Comme les Totoros, il peut se rendre invisible et passer entre les hommes sans que personne ne le voit. Son passage est simplement ressenti comme un vent soudain. Comme les Totoros, c'est un esprit de la forêt qui ne peut être vu que des enfants au cœur pur.

Il n'y a pas de porte pour entrer dans le Chat-bus, c'est une fenêtre qui s'agrandit pour laisser passer les passagers. Son intérieur est entièrement recouvert de fourrure. Quand il court, les sièges s'adaptent à la hauteur et aux corps des passagers pour leur permettre d'apprécier le paysage et éviter d'être secoués. Bien-sûr, comme pour tous les bus de Matsugô, il dessert les mêmes arrêts que les bus normaux et une pancarte indique sa destination. Extrêmement serviable, c'est lui qui retrouvera Mei et emmènera les deux enfants voir leur mère à l'hôpital à la demande de Totoro.

Les noiraudes

Les noiraudes sont des petites créatures fragiles et timides qui ressemblent à des boules de suie poilues de la taille d'un bogue de marron.

Selon l'explication cartésienne de Monsieur Kusakabe, on les voit souvent lorsque l'on passe brusquement d'un endroit bien éclairé à un endroit sombre. On voit alors de petites tâches noires devant les yeux parce que notre vision n'a pas eu le temps de s'habituer à ce changement de lumière, ce sont les noiraudes. Selon Grand-mère, elles vivent dans les maisons vides et les couvrent de suie et de poussière. Une fois que la maison est à nouveau habitée, elles s'en vont, ne supportant pas les rires et les mouvements des humains. Il semble que celles de la maison des Kusakabe aient élus domicile dans le passage sous les arbustes qu'emprunte Mei lorsqu'elle s’apprête à découvrir le gros Totoro.

Les noiraudes sont totalement inoffensives, mais elles sont très salissantes !


Mon voisin Totoro : Analyse

« Hayao Miyazaki a installé Totoro non seulement à Tokorozawa, mais aussi dans absolument toutes les forêts et tous les bois du Japon proches des habitants. Totoro vit dans le cœur de tous les enfants du pays, qui, quand ils voient des arbres, s’imaginent que Totoro s’y cache. Une chose si fantastique est rarissime » (Isao Takahata dans Le feu d'artifice d'Eros).

Véritable objet de fascination et d'émerveillement, Mon voisin Totoro peut être considéré avec Nausicaä de la Vallée du Vent (mais dans un registre totalement différent) comme LE film culte de Miyazaki. Cet hymne à la nature et à l'enfance est, derrière une apparente simplicité, une œuvre riche d'influences et de références, sublimée par une mise en scène extraordinaire.

Les influences

S'il se refuse à réaliser un film totalement autobiographique, Hayao Miyazaki met tout de même à contribution sa mémoire. La période qu'il décrit est celle qu'il a lui-même vécue étant enfant. Né pendant la guerre, il a grandi dans les environs de Tôkyô et se souvient parfaitement des paysages ruraux qu'il décrit dans son film.

« J'ai fait ce film avec ce que j'ai vraiment vu, ce qui est très significatif. Je ne l'ai pas lu dans des livres, c'est ce dont je me souviens réellement. Si l'histoire s'était déroulée à l'étranger, je n'aurais pas su ce qu'il y avait derrière la porte, qu'elles étaient les espèces de fleurs que l'on trouve au bord de la route. »

Le cadre choisi pour le film a une résonance pour Miyazaki adulte puisque l'histoire se déroule dans la préfecture de Saitama, là où il habite. C'est aujourd'hui devenu une banlieue-dortoir de Tôkyô mais dans les années 50, y vivait une communauté fermière. Quelques forêts subsistent toujours dans la région et Miyazaki soutient activement une organisation dédiée à leur préservation. Cette organisation, nommée fondation Totoro no Furusato (la fondation du « lieu de naissance de Totoro ») récolte des fonds pour acheter des parcelles de forêt qu'elle renomme « forêts Totoro ».

Mais il y a encore un lien plus personnel entre sa vie et son film, puisque sa mère, atteinte de la tuberculose, a été hospitalisée et alitée pendant la plus grande partie de son enfance. La nature de la maladie de la mère dans Mon voisin Totoro n'est jamais explicitée (bien que la version romancée du film parle effectivement de tuberculose). Mais l'hôpital de Shichikokuyama dans lequel elle séjourne existe bel et bien dans la réalité. C'était à l'époque un centre reconnu pour le traitement de la tuberculose.

Si l'idée générale de Mon voisin Totoro est tirée du livre Les glands et le chat sauvage (Donguri to Yamaneko), un conte de Kenji Miyazawa, auteur japonais du début du siècle dernier, Miyazaki confiera également à son ami écrivain et historien Ryutaro Shiba, que le personnage de Totoro, fruit de son imagination, est inspiré par les représentations qu'enfant, il avait des créatures effrayantes vivant dans la forêt voisine de leur domicile.

Les analogies avec un autre grand livre de la littérature anglaise, Alice au Pays des Merveilles de Lewis Caroll, sont nombreuses dans Mon voisin Totoro. Qu'il s'agisse du Chat-bus, au sourire lunaire, qui apparaît et disparaît d'une manière qui n'est pas sans rappeler celle du chat du Chester ou de la chute de Mei dans le puits de l'arbre, menant au repaire de Totoro. Mei est très proche du personnage d'Alice, elle entre facilement dans le monde de l'imaginaire. Au départ, on peut prendre les rencontres de Mei comme des affabulations de son esprit, correspondant à sa réalité d'enfant trop imaginatif. Ainsi, lorsqu'elle découvre le gros Totoro, elle s'endort avec mais ne peut plus le retrouver lorsqu'elle veut le présenter à son père et sa sœur. Mais le doute devient de plus en plus réel quand Satsuki les découvre à son tour.

Mei et Alice dans leur pays aux merveilles.

Le rapport à l'imaginaire des autres personnages est plus nuancé. Satsuki va à l'école du village et ne se soucie guère de trouver un monde fantastique dans la campagne, mais sortie de l'enfance tout récemment, elle acceptera tout de même facilement cet univers fantastique lorsqu'elle y sera confrontée. Leur père est gentil et compréhensif mais il appartient au monde des adultes et, trop occupé par son travail, ne se rendra jamais compte de la magie des lieux qui l'entourent.

Les origines du film sont donc multiples et comme à son habitude, Miyazaki brouille également les pistes et reste évasif sur ses réelles intentions d'avoir voulu créer cette œuvre. Miyazaki dit qu'il voit ses films avant tout comme des divertissements, sans message particulier. Néanmoins ses intentions paraissent claires dans Mon voisin Totoro. Le titre nous dit que les humains et le reste de la nature sont voisins. Regardez cette belle campagne, semble nous dire Miyazaki. C'était la nôtre il n'y a pas si longtemps.

« J'ai fait Totoro honnêtement à partir de mes sentiments, non pas par nostalgie d'une époque. J'espère que les enfants auront toujours envie de courir dans les champs, de ramasser des glands, de jouer derrière des temples, et d'être assez curieux pour regarder sous la véranda de la maison, après avoir vu mon film. C'est tout ce que je désire. »

Les références culturelles

En 1987, durant la production du film, Hayao Miyazaki annonce dans un entretien que, malgré le cadre traditionnel et les nombreux éléments de la culture religieuse japonaise présents dans le film, Mon voisin Totoro n'a rien à voir avec une quelconque religion. Pourtant les références à la pensée shintoïste et bouddhiste semblent évidentes dans le film.

Le film se déroule durant la fin des années 50 et on peut observer de nombreux détails se rapportant au bouddhisme ou au shintoïsme. Le système religieux japonais repose essentiellement sur la coexistence mêlée de deux courants de pensées. Le bouddhisme au Japon est en fait une religion importée de Chine et repose sur la croyance en Bouddha et en la réincarnation, tandis que le shintô est une croyance nippone reposant sur l'animisme, selon laquelle chaque objet ou chaque lieu est habité par un Kami, une divinité. Les deux religions cohabitent sans opposition au Japon et se complètent. Dans Mon voisin Totoro, les deux religions sont de fait présentes et coexistent.

Ainsi, lorsque Mei et Satsuki s'arrêtent auprès d'un autel lorsqu'elles rentrent de l'école sous la pluie, on aperçoit une statue, que l'on retrouve plus tard, lorsque Mei se perd. Cette figure est en fait Jizo, un des quatre bodhisattvas et est particulièrement vénéré au Japon. C'est un dieu protecteur, qui peut également assurer une longue vie aux fidèles ou faciliter les accouchements. Il protège également les enfants décédés, entre leur mort et leur renaissance. Grâce à ces divers rôles, on l'associe donc très souvent au monde des enfants. Il peut prendre de nombreuses formes, mais il est très souvent représenté comme un moine tenant un bâton dans la main droite et un joyau dans la main gauche. On place les statuettes de Jizô car ces lieux attirent particulièrement les fantômes et autres démons.

Plus difficiles à saisir, sont les éléments liés aux croyances locales, se rattachant au shintoïsme. En fait, le sanctuaire shintô est l'habitation du Kami et peut donc prendre diverses formes : une forêt, une cascade, une montagne, etc. On marque l'entrée dans le sanctuaire sacré par divers signes qu'un japonais identifiera immédiatement, et que l'on retrouve dans Mon voisin Totoro.

Ainsi, lorsque le père emmène Mei et Satsuki prier le grand camphrier, ils passent sous un torii, un portail marquant l'entrée dans un espace sacré. Il sépare symboliquement le monde réel et le monde spirituel. Les chemins couverts de torii des temples sont une sorte de montée obligée vers un lieu de culte. Chaque torii traversé lors de l'accès à un temple doit donc être retraversé dans l'autre sens afin de revenir dans le monde réel.

Dans le film, le chemin mène directement au tronc de l'arbre qui surplombe la maison des Kusakabe. Leur forme est relativement simple : deux piliers verticaux, directement enfoncés dans le sol, réunis par deux poutres horizontales qui portent souvent la plaque où est inscrit le nom du temple. Par ailleurs, il n'existe pas moins d'une dizaine de types distincts de torii, se différenciant principalement par la taille et la forme des poutres horizontales mais aussi quelques fois par le nombre de ces poutres. En outre, ces diverses catégories sont souvent attachées à des familles distinctes de sanctuaires. Leur nombre varie en fonction des sanctuaires et ils sont toujours nommés du plus éloigné au plus proche. Si à l'origine les torii étaient exclusivement en bois, généralement peints en rouge et noir, on érigea par la suite des torii en pierre ou en bronze, et, plus récemment, certains ont même été bâtis en béton.

Le camphrier géant dans lequel vit Totoro, situé au cœur du sanctuaire naturel, voit son énorme tronc entouré d'un shimenawa. Il s'agit d'une cordelette sacrée, constituée de grosses torsades de paille de riz tressées de gauche à droite, délimitant une enceinte sacrée shintô. On montre ainsi qu'il s'agit du territoire d'un Kami, et que donc tout type de pollution doit en être exclu. La présence du torii et du shimenawa laisse à penser que le grand arbre est sacré et vénéra car un Kami y vit.

D'autres signes montrent que Mon Voisin Totoro trouve ses racines dans les croyances japonaises. Ainsi, lorsque Satsuki et Mei attendent le bus, on aperçoit un temple abritant une statue d'un renard, très stylisée. Il s'agit en fait d'un kitsune, le renard représentant la divinité Inari. Celle-ci est en fait le Kami shintô des céréales, des fonderies, des commerces mais aussi le gardien des maisons. Inari est très populaire au Japon et reste une divinité à la fois aimée et crainte, car pouvant changer de formes et capable d'ensorceler les humains. On retrouve cette figure dans Pompoko d'Isao Takahata, avec les renards transformés aux humains et aux desseins inquiétants.

Le génie de la mise en scène

Avec Mon voisin Totoro, Miyazaki réussit le pari fou de réaliser un film où il ne se passe finalement que peu de choses, une rencontre entre deux petites filles et des esprits de la forêt, avec qui elles jouent sous la pluie, font pousser des arbres ou survolent la campagne japonaise…et pourtant, Mon voisin Totoro est un véritable bijou, considéré souvent par les fans comme le meilleur film du réalisateur, un bonheur de tous les instants qui touche le cœur de chaque spectateur. Cette réussite tient probablement du génie de la mise en scène que possède Miyazaki, mis au service d'une histoire simple mais pas simpliste !

Ainsi, Miyazaki joue sans cesse sur le changement de registre entre un monde très réaliste et un monde magique. Ainsi, la bouille de Mei n'est absolument pas naturaliste dans le traitement, avec sa longue bouche étirée quand elle rit, sa grosse tête sur un corps minuscule et ses pupilles réduites parfois à un simple point noir. Cependant, toute son attitude est criante de vérité. Ainsi, lorsqu'elle dérange sans cesse son père en train de travailler par des questions (« quand est ce qu'on mange ? »), par des petites attentions (les fleurs cueillies dans le jardin), cela évoque irrésistiblement le comportement des enfants qui réclament de l'attention. Quand elle aperçoit Satsuki à l'école, s'agrippe à ses jambes et laisse couler de petites larmes avec une mine renfrognée, le spectateur ne peut que reconnaître des scènes vécues de gros caprices enfantins. Même ses répliques font mouche comme lorsqu'elle répète tout ce que dit sa sœur. Devant de telles scènes, on ne peut que constater le sens de l'observation de Miyazaki, à la recherche du mot, du geste, de la mimique juste. Ces petits détails provoquent chez le spectateur une identification immédiate, un attendrissement, un retour vers sa propre enfance avec une subtilité rare.

De même, Miyazaki ne cherche jamais à faire de la surenchère visuelle concernant le monde magique de Totoro. On imagine facilement qu'avec d'autres réalisateurs, notamment américains, un Totoro aurait pu devenir un Génie de la lampe, accomplissant des hauts faits exceptionnels, permettant aux petites filles de sauver leur maman malade, etc. Ici, la créature est muette, débonnaire et d'un calme olympien. Les rencontres avec Totoro se font pendant sa sieste, lorsqu'il attend son « bus » ou quand il fait pousser des arbres. Il permet à Satsuki de retrouver sa petite sœur en appelant le Chat-bus, mais ne fait pas revenir plus tôt la mère des deux petites filles. Somme toute, une sorte de anti-héros loin de toute l'agitation contemporaine. Et c'est probablement ce choix d'un monde féerique apaisant qui apporte au film ce charme si particulier, ce bonheur simple mais pur, qui fait que chacun d'entre nous peut s'identifier. On a sans cesse l'impression que cette rencontre est à la portée de chacun si l'on sait ouvrir les yeux et retrouver son âme d'enfant.

Une des scènes clés du film, et peut-être de la carrière entière du réalisateur, est probablement la scène de l'arrêt de bus. Le fait que Mei rencontre les Totoros est évidemment un grand moment de réalisation, mais on l'accepte presque d'emblée : Mei ne s'étonne presque pas de l'existence d'un esprit de la forêt, car elle est encore trop jeune pour être rationnelle. On se demande même si la petite fille n'a pas rêvé ou imaginé son histoire parce qu'elle s'ennuyait. En revanche, il fallait imaginer une scène qui crédibilise l'existence de Totoro, et la seule personne le permettant était Satsuki, héroïne entre l'enfance et l'âge adulte, assez innocente pour voir l'esprit, mais presque adulte, ce qui permet au spectateur de croire véritablement en Totoro. C'est donc un des moments forts du film, et Miyazaki le sublime par sa mise en scène. Ainsi, il réussit tout d'abord à dilater le temps. Les deux petites filles arrivent à l'arrêt de bus, celui-ci arrive, mais sans leur père à bord, et la pluie commence à tomber. Le bruit monotone et apaisant des gouttes et les plans sur la nature et la forêt font très vite perdre le fil du temps au spectateur. On retrouve Mei en train de jouer dans les flaques et Satsuki s'adonnant à un jeu manuel. On ignore depuis combien de temps elles attendent, mais vu la fatigue qui s'empare de la plus jeune des sœurs, on suppose que cela fait déjà de nombreuses minutes. Le plan d'ensemble où l'on voit les deux petites filles éclairées par le seul réverbère laisse percevoir un sentiment d'attente interminable et d'abandon. Cette mise en scène crée une certaine tension.

Tout à coup, un phare apparaît au loin, suivi d'un bruit inquiétant. Le spectateur sait immédiatement qu'il ne peut s'agir d'un bus vu les indices visuels et sonores et, pris de cette angoisse primaire et enfantine de l'inconnu et du noir, on s'inquiète dès lors pour les deux petites filles. Mais Miyazaki désamorce immédiatement la situation et un simple cycliste sur son vélo couinant passe devant Mei et Satsuki. Ce petit rebondissement permet de réconforter le spectateur : rien ne peut arriver aux deux petites filles. L'endormissement de Mei confirme ce sentiment et relance le sentiment que quelque chose va se passer : Satsuki est désormais seule sous la pluie, avec pour seul compagnon éveillé un crapaud. La rencontre entre notre héroïne et Totoro peut donc désormais se produire. L'attente du spectateur est à son comble, sans qu'il soit cependant lassé ou inquiété. La découverte de Totoro par Satsuki est progressive. Elle entend d'abord les pas de l'esprit de la forêt, puis découvre ses pieds, sa patte qui se gratte le ventre. Elle jette ensuite un regard intrigué vers la tête de Totoro. Cette lente révélation permet à Satsuki, mais aussi au spectateur de croire en cette apparition. Là encore on imagine ce qu'aurait pu donner une telle scène chez d'autres réalisateurs. Mais Miyazaki choisit là encore la simplicité. Plutôt que de se lancer dans un verbiage aussi inutile que décevant ou dans une complicité inattendue et superficielle, le réalisateur se contente de placer côte à côte les deux personnages, comme pour leur laisser le temps de s'apprivoiser, de se connaître.

C'est le parapluie que donne Satsuki à Totoro qui scelle définitivement leur rencontre. Ainsi, Totoro lui est redevable de ce geste. Mais surtout, cela permet au spectateur de découvrir l'innocence enfantine qui habite notre héros poilu ! Ainsi, le bruit des gouttes tombant sur le parapluie rend Totoro fou de joie et celui-ci provoque alors un véritable déluge pour pouvoir créer ce bruit qui lui plaît tant. Ce geste provoque un écho chez le spectateur : qui n'a jamais joué avec la pluie, ne s'est pas amusé à secouer les branches des arbres pour faire tomber des gouttes. En privilégiant la simplicité de ce geste familier, Miyazaki créé une émotion, une nostalgie, un bonheur chez le spectateur qu'aucun autre choix filmique dans cette scène n'aurait pu permettre. Le grognement de Totoro et l'arrivée du Chat-bus rompent brutalement ce charme. Cet ultime rebondissement de la scène a principalement trois fonctions : Totoro conserve le parapluie et offre en échange des graines à Mei et Satsuki, ce qui provoquera une prochaine rencontre entre les deux petites filles et l'esprit de la forêt. Ensuite, l'arrivée du Chat-bus provoque l'étonnement et laisse supposer qu'il existe une multitude d'esprits dans cette forêt. Enfin, cela laisse un sentiment de frustration chez le spectateur, qui aurait aimé que cette scène dure plus longtemps et provoque son attente d'une autre scène de rencontre. Cette scène magique se termine sur le bruit de la dernière goutte de pluie, rompant cette atmosphère féérique. Le bus peut donc enfin arriver...

Mon voisin Totoro est donc un film qui s'appuie sur une trame scénaristique simple, mais d'une richesse et d'une profondeur inouïes. Sans appuyer lourdement sur ses influences, ses références, sa mise en scène, Miyazaki crée un véritable bijou du cinéma, une ode universelle à l'enfance et à sa magie, qui convient à tous les âges !


Mon voisin Totoro : Production

Projet

Avec Mon voisin Totoro, Hayao Miyazaki savait ce qu'il voulait réaliser : un film chaleureux, ne proposant au jeune public ni conflit, ni confrontation. Pourtant, bien que Miyazaki ait fait part de son idée pour la première fois au début des années 80, quand il a fallu mettre l'histoire sur le papier, il n'a pas tout de suite trouvé l'inspiration. La visite chez un collègue, peu avant le démarrage de la production, va débloquer la situation. Le réalisateur y trouve en effet l'exemplaire d'un supplément de journal s'intitulant Le Japon, il y a quarante ans. C'est à la lecture de ce texte que Miyazaki décide de revenir à l'innocence pastorale d'une enfance à la campagne. Une campagne des années 50, avant l'avènement de la télévision et avant que Tôkyô n'eusse englouti une grande partie du paysage rural.

Mon voisin Totoro est le second long métrage du studio Ghibli et le second réalisé par Hayao Miyazaki. Produit entre mars 1987 et avril 1988, le film est un virage étonnant dans le parcours du réalisateur. Après des films d'animation où se mêlaient humour, action et aventure, nous voilà face à une intrigue forestière fantastique qui prend des allures de conte pour enfant. Seul exemple de deux films produit simultanément par le studio Ghibli, Mon voisin Totoro est proposé au public japonais en même temps que Le tombeau des lucioles de Isao Takahata.

De même que les projets qui allaient devenir Le château dans le ciel et Princesse Mononoke, l'idée de Mon voisin Totoro est rejetée par Tokuma pour la première fois au début des années 80. Début 1987, au sein du studio Ghibli, après la production de Le château dans le ciel, Miyazaki soumet de nouveau le projet. Mais le studio a toutes les difficultés du monde pour obtenir le feu vert. À cette époque, les films d'animation ne sont pas encore de gros succès au box-office japonais. Les financiers et les distributeurs ne croient pas en l'histoire de deux fillettes et d'un monstre dans le Japon moderne. Mais le producteur Toshio Suzuki est persuadé que Totoro ne pourra pas séduire tant qu'on ne le verra pas en mouvement, animé sur un écran. Pour faire accepter le projet, il propose que Mon voisin Totoro ne dépasse pas les 60 minutes et soit associé à un autre long-métrage, réalisé par Takahata, pour l'éditeur Shinchôsha. Si un film est adapté d'un de leur roman, La tombe des lucioles (de Akiyuki Nosaka), les classes d'écoles iront le voir pour son intérêt pédagogique. Puis, ce même public pourra ensuite assister à la projection d'un deuxième film, comprise dans le prix du ticket. Pour Shinchôsha qui veut percer dans le cinéma, cette proposition, bien que coûteuse, est l'opportunité idéale.

L'une des premières ébauches de Totoro.

En revanche, cette sortie simultanée eu un autre effet : Miyazaki ressentait comme une honte concernant la légèreté de son thème par rapport à la visée littéraire du film de Takahata. Il pense même abandonner le Chat-bus et la scène du vol sur les toupies, qu’il jugeait trop enfantins par rapport au thème du Tombeau des Lucioles. Heureusement, Suzuki en fait part à Takahata qui estime qu’il s’agirait d’un gâchis. Cette simple phrase rapportée par Suzuki réussit à convaincre Miyazaki de poursuivre dans cette voie, pour notre plus grand bonheur !

Production

Sans savoir qu'au final, les deux films auront tous les deux la durée d'un long métrage et seront exploités en salles indépendamment, le tout jeune studio Ghibli, alors âgé de deux ans, se retrouve ainsi à gérer et produire deux films aux histoires sobres et sans réels atouts commerciaux en même temps, sur une durée record d'un an. Deux possibilités sont alors envisagées : réaliser les deux films à tour de rôle en six mois ou diviser le studio en deux et réaliser les films conjointement. La première possibilité soulève l'interrogation de savoir si l'équipe sera en mesure de réaliser le film de Takahata puis d'embrayer immédiatement sur celui de Miyazaki tout en parvenant à changer d'état d'esprit et tout en gardant son énergie en passant de l'un à l'autre. De plus Miyazaki et Takahata ont tous les deux suivi le même parcours professionnel et les personnes compétentes dans lesquelles ils ont confiance sont les mêmes. Finalement, c'est la seconde solution qui est choisie et presque tous ceux qui ont collaboré à Laputa, le château dans le ciel ont collaboré à Mon voisin Totoro pour l'animation. Il n'y a que Yoshifumi Kondô qui, à la demande de Takahata, est allé rejoindre l'équipe du Tombeau des lucioles au poste de directeur de l'animation.

Plan de la maison de la famille Kusakabe par Hayao Miyazaki afin de respecter un espace cohérent entre les scènes.

Tandis que l'équipe du film de Takahata s'installe dans le studio 1, c'est à dire l'ex-studio du Château dans le ciel, l'équipe de Mon voisin Totoro, formée pour une sortie prévue au printemps 1988, doit s'installer dans un second studio à quelques dizaines de mètres, dans un bâtiment en construction. Ce sera le studio 2, créé spécialement pour les besoins du film de Miyazaki. Dans la pratique ce second studio ne sera aménageable que le 1er avril 1987 et oblige le futur studio 2 à cohabiter provisoirement avec le studio 1. Seules trois tables y sont installées, une pour le réalisateur (Miyazaki), la seconde pour le directeur de l'animation (Yoshiharu Satô) et une dernière pour le directeur artistique (Kazuo Oga). C'est donc dans un coin du studio 1 que l'élaboration du concept du film et que la création des personnages commencent. En mars 1987, soit environ huit mois après la sortie de Le château dans le ciel dans les salles de cinéma japonaises, commence alors la production de Mon voisin Totoro. Les trois hommes ne se connaissent pas très bien. Seul Oga a déjà collaboré avec Miyazaki sur les moyens métrages Panda, petit panda, quant à Satô, c'est la première fois qu'il participe à une œuvre de Miyazaki.

L'emménagement dans le studio 2 s'effectue finalement le 13 avril 1987 et donne lieu à une petite cérémonie d'inauguration. Le 14 avril, Miyazaki finit en une seule journée la note de mise en scène (le contenu s'avérera différent de celui du film), ainsi que la mise au point des personnages humains de l'histoire. Le lendemain, il commence le synopsis qu'il achève en huit jours. Le 16 avril, il rencontre Rieko Nakagawa, auteur de livres pour enfants, et lui demande d'écrire les paroles de la chanson du générique de début du film, Sampo (Promenade). Ce même jour, il demande à Joe Hisaishi de composer à nouveau pour lui la musique du film.

Le 18 avril, a lieu au Diamond Hotel, à Tôkyô, une conférence de presse conjointe sur les deux films en production, annonçant officiellement leur sortie aux médias. Il y a là près de deux cents journalistes. C'est l'une des plus importantes conférences de presse pour des films d'animation. Le 28 avril commence le travail sur le storyboard. Au départ, le film devait être découpé en trois parties de 30 minutes pour la partie A et de 22 minutes pour les parties B et C. Ce qui, avec les 3 minutes d'introduction, devait amener le film à un total de 77 minutes. Fin mai, une première ébauche des parties A et B est terminée. C'est à ce moment là Miyazaki change le découpage du film pour y inclure une partie D. Début juin, le timing de la partie A est prêt (214 plans pour 1166,5 secondes).

Extrait E-konte (storyboard) par Hayao Miyazaki.

Toujours en juin, Miyazaki annonce dans un entretien qu'un quart de la production est déjà achevé. Il donne une description assez détaillée des Totoros et du Chat-bus et désigne les Totoros comme des « esprits de la nature ». À la fin du mois, Satô termine le character design des personnages, et le storyboard de la partie B est également fini (213 plans pour 1230.5 secondes).

A partir du 11er juillet et les jours qui vont suivre, Miyazaki indique ses attentes, les points importants, les sentiments à faire ressortir sur chaque plan aux animateurs clefs des parties A et B. Au milieu de l'été, le storyboard de la partie C s'achève (247 plans pour 1213 secondes).

La progression journalière espérée par le producteur Tôru Hara n'est cependant pas atteinte. Pour garder un haut niveau de qualité et ne pas bâcler le travail, il décide de faire appel à d'autres studios sous traitant pour les dessins clefs puis le décor. Malgré la progression rapide du travail, mis à part les derniers moments, cette période est la plus dure. C'est pour cette raison qu'au début de l'automne, l'équipe du studio 2 part une journée pour un pique-nique de « motivation » dans la vallée d'Akikawa. Le studio organise cette escapade durant la semaine, sans prévenir les studios en sous-traitance qui, eux, continuent leur travail. « C'est un film pour distraire les gens. Il vaut donc mieux que les réalisateurs vivent quelque chose d'agréable dont ils se souviendront plus tard avec plaisir », explique Miyazaki.

Début octobre, la première maquette du film est montée. Malgré l'absence du son et le désordre des séquences, ceux qui la visionnent se montrent satisfaits du résultat de leur travail. À la fin du mois, Shiba arrive avec les cassettes tests des comédiens retenus pour prêter leurs voix aux personnages. Les doublures vocales de Satsuki, de Mei, de Monsieur et Madame Kusakabe sont choisies à l'issue de cette réunion.

Vers la fin de l'année 1987, le storyboard de la partie D est achevé (276 plans pour 1289 secondes). Miyazaki a fini son travail de solitaire, il peut se concentrer sur la vérification des dessins clefs de l'animation. Yasuyoshi Tokuma, président du groupe Tokuma, rend visite au studio 2 en cette fin d'année, pour encourager l'équipe.

Dessins originaux de la course de Satsuki corrigés par Hayao Miyazaki.

Le 30 décembre, le studio 2 fête la dernière journée de travail de l'année au restaurant Iseya, tout près du parc Inokashira. En vacances à partir du lendemain, la plupart des membres de l'équipe repartent dans leur campagne ou chez leurs parents pour fêter le Nouvel An. Mais des accros du boulot se retrouvent quand même au studio pour passer le réveillon en travaillant avant d'aller au temple pour se recueillir et se souhaiter beaucoup de bonheur. Ils sont seize, y compris les animateurs du studio 1.

Le travail reprend le 4 janvier 1988. Le studio 2 en est au dernier stade des intervalles. À la mi-janvier, il ne reste plus à réaliser que les dessins clefs de la partie D. À la fin du mois, de plus en plus d'animateurs clefs rendent leur travail et rejoignent l'équipe des animateurs. Ils contribuent au dernier coup de collier des intervalles. Le 21 février, les dessins clefs du générique de début sont achevés. Le 25 février, les intervalles sont terminés. Le générique du début, le dernier travail à accomplir, s'achève lui aussi. Le travail sur l'animation aura duré cent soixante-quatorze jours. Reste un dernier effort sur la finition à faire...

Pour accélérer la finition, le studio 2 forme, ce qu'il nomme affectueusement, la « main des chats », une équipe composée de trois femmes, travaillant et aidant l'équipe à la finition des dessins clefs, des intervalles, à l'assistance du directeur de l'animation, à la vérification de l'animation et à la finition.

L'enregistrement sonore prend beaucoup de temps. Pendant cette période, Miyazaki est plus souvent à l'extérieur qu'au studio. Séances d'enregistrement, pré-mixage des dialogues et des effets sonores spéciaux, il doit assister à toutes les étapes jusqu'à l'achèvement du film.

Le 1er avril, à trois heures de l'après-midi, une première projection est faite au Tôkyô Genzosho de Chofu. Le résultat d'un an de travail intensif est là. Un an auparavant, le même jour, à la même heure, Hara, Miyazaki, Oga et Satô visitaient un studio où il n'y avait encore rien. Le soir même, au restaurant Iseya, où l'équipe avait fêté la fin de l'année, le studio 2 célèbre l'aboutissement de tous leurs efforts.

Un jour d'avril, après avoir assisté à la projection d'essai présentée au public, Miyazaki revient au studio 2. La réaction des adultes est très bonne et les enfants ont adoré. Il est content et rassuré. Durant la première projection, l'équipe avait réagi tout autrement et Miyazaki n'avait su anticiper la réaction du public. Les inquiétudes disparues, le film est enfin terminé. Le 30 avril, le studio 2 est nettoyé. Son rôle prend fin et les studios Ghibli redeviennent le studio Ghibli.

Exploitation

L'exploitation japonaise

À la sortie de Mon voisin Totoro dans les salles japonaises, les résultats vont au delà des espérances du studio Ghibli. Au début, tout en étant loin des résultats des films récents de Hayao Miyazaki, le film remporte un succès d'estime (800 000 entrées en 5 semaines d'exploitation) et un petit commerce de produits dérivés est généré.

Mon voisin Totoro et Le tombeau des lucioles conjointement exploités en salles japonaises.

Mais c'est au fil des années et des rediffusions TV que l'engouement grandit et que le film finit par toucher un public de plus en plus large et nombreux au Japon. A tel point que le personnage principal devient un véritable emblème dans ce pays, dépassant le cadre du cinéma d'animation. Le studio Ghibli a depuis adopté le profil de Totoro comme logo, le faisant apparaître à chaque début de ses films.

En 1990, le studio Ghibli accepte enfin d'accorder une licence pour une série de jouets et peluches basés sur les personnages du film. C'est un raz-de-marée commercial : les profits générés par les droits annexes atteignent un niveau permettant le financement des activités du studio pendant au moins un an. Le film accède au statut de film culte et la communauté de fans à l'étranger commence à se demander si le film passera un jour les frontières.

Projets de produits dérivés (chapeau et sac à dos) conçus par Hayao Miyazaki pendant la production du film.

Le succès des produits dérivés Totoro est loin de faiblir encore aujourd’hui.

L'exploitation dans le reste du monde

Il faut attendre juin 1993 pour que Mon voisin Totoro soit projeté au Festival international du film d'animation d'Annecy, en présence de Miyazaki. Présenté hors compétition, le film est le coup de cœur de Jean-Luc Xiberras, directeur du festival.

C'est cette même année que les droits d'exploitation du film sont accordés aux Etats-Unis à 50th Streets Films pour une sortie en salles (très limitée) et à la Fox pour la vidéo. Les compagnies américaines voulaient la suppression de deux scènes (dont celle du bain) mais, encore sous le choc du massacre de Nausicaä de la Vallée du Vent, le studio Ghibli refuse toute coupe. Si la sortie au cinéma est passée inaperçue, le film sous son format cassette est devenu un classique des vidéos « familiales ».

L'abominable jaquette de la première édition vidéo aux États-Unis.

En France, la découverte de Mon voisin Totoro par le public est encore plus tardive. Si le film était doublé depuis plusieurs années, il fallut attendre mai 1998 pour le voir sur un écran français. Il est diffusé directement par la chaîne de télévision payante Canal+, avant d'avoir les honneurs du grand écran en décembre 1999. Il bénéficiera ensuite d'une sortie en vidéo à l'automne 1999 chez TF1 Vidéo. Sa sortie, le 8 décembre 1999, dans les salles est plutôt discrète mais les critiques accueillent le film très favorablement et il attire quelques 250 000 spectateurs. Il a fallu par contre attendre juillet 2006 pour que Buena Vista sorte enfin le film en DVD.


Mon voisin Totoro : Art et technique

« Ce film doit être proche de notre vie, et non pas dans un Japon imaginaire », explique Miyazaki à son équipe. « En conséquence, limitez strictement les éléments du décor. Observez vous-même les tuiles des toits, les plantes au bord de la route, les haies, pour mieux les dessiner. II est important d'observer tous les détails et de les retranscrire dans ce film. Quant aux gestes de Satsuki et Mei, vous pouvez apprendre beaucoup en regardant les vrais gestes des enfants. Surtout ceux de l'âge de Mei. Ces gestes n'ont pas d'intentions précises comme les adultes. Les enfants marchent et, une seconde après, ils sautent à pieds joints... »

Les personnages

Le projet de Mon voisin Totoro court alors depuis presque 10 ans et seuls quelques anciens croquis crayonnés de Miyazaki existent, datant du temps où il travaillait encore à Nippon Animation. La petite équipe commence par l'élaboration des personnages des deux sœurs. Dans les anciens croquis préparatoires de Miyazaki, seule Mei existe déjà. Les deux sœurs ne devaient être au départ qu'un seul et même personnage. Mais créer deux personnages permet de voir se confronter deux visions différentes du monde : celle d'une toute petite fille, représentant la partie enfantine du personnage, et celle plus mûre d'une pré-adolescente. Satô s'exerce alors sur les personnages du film en se basant sur les crayonnés de Miyazaki. Il esquisse les gestes et les poses des deux sœurs.

Cependant, Tokuma a créé une certaine confusion en utilisant des dessins du premier personnage pour la campagne de publicité du film dans lequel il n'apparaît finalement jamais ! Autre niveau de lecture, Mei est la transcription à la japonaise du mot anglais « may », « mai » en français, et Satsuki, l'ancien mot littéraire japonais pour le mois de mai, peut s'utiliser comme prénom féminin. De la même manière, à l'origine, les noiraudes avaient un corps et des pattes, qu'elles perdront dans la nouvelle relecture des personnages et qu'elles retrouvent finalement dans Le voyage de Chihiro.

Au tout début, Totoro devait apparaître dès le début du film et était omniprésent à l'écran. Suzuki a lu le storyboard et a questionné Miyazaki sur la pertinence de ce choix. Pensant au film E.T., il a alors proposé sur un simple coup de tête de faire apparaître Totoro vers le milieu du film. Miyazaki s'est mis à la tâche et a ainsi créé la scène de l'arrêt de bus. C'est de cette scène qu'est parti ensuite tout le film, Miyazaki et l'équipe réfléchissant aux scènes antérieures après la conception de cette scène. Cette prise de risque s'explique également par le fait que Miyazaki était rassuré par la double sortie avec Le tombeau des lucioles, il ressentait moins de pression quant à l'obligation de réussite. Selon Suzuki, cela l'a probablement déchargé d'un poids et les animateurs de l'époque ont constaté d'ailleurs qu'il s'ait d'un des seuls films où Miyazaki fut détendu et souriant.

Les décors

Le soin apporté aux décors est une caractéristique connue des œuvres du studio Ghibli. C'est d'autant plus vrai pour Mon voisin Totoro dans la mesure où la nature tient un rôle très important. Il a donc fallu représenter un cadre rural qui soit plus qu'un simple arrière-plan mais un personnage à part entière. C'est Kazuo Oga qui a été choisi comme directeur artistique. Oga dessine en se référant aux photos prises lors de la recherche des décors, autour de la Nippon Animation, de sa maison et à Tokorozawa, la ville où habite Miyazaki, ainsi qu'aux dessins de ce dernier. Il se concentre sur l'éclat du vert des différentes plantes et leur variation de couleur en fonction des saisons et de la clarté de la forêt.

Kazuo Oga à l’extérieur de chez lui… Sous la pluie.

Photos de la maison de parents de Kazuo Oga dont il s’est inspiré pour les décors du film.

Pour réaliser les merveilleux décors que l'on voit dans le film, Oga a donc beaucoup travaillé les couleurs et les jeux de lumières de la végétation, des textures de la maison des Kusakabe mais aussi des reflets de l'eau et des vitres. Hayao Miyazaki voulait des décors les plus réalistes possibles tout en restant en apparence simples et frais. De nombreuses fleurs sont représentées dans le film afin de renforcer l'idée des saisons. Chaque plante et chaque fleur symbolisent un mois qui passe. Tout ceci a nécessité beaucoup de minutie et une attention toute particulière accordée aux détails et à la composition de l'image. Ainsi, Oga avoue n'avoir jamais travaillé autant que pour Mon voisin Totoro. Malgré tout ce travail accompli, Miyazaki et Oga regrettent le résultat pour certains détails du film, comme l'ondulation de l'eau ou le mouvement des arbres sous l'effet du vent. Bien qu'ils aient imaginé les techniques permettant de réaliser ces effets, elles n'ont jamais pu être appliquées dans le film, faute de temps.

Les couleurs

Afin d'anticiper les finitions du film en fin de production, Miyazaki s'intéresse déjà au choix des couleurs. Il décide bien en amont avec sa chef coloriste, Michiyo Yasuda, des 300 teintes nécessaires pour le film et plus particulièrement de celles correspondant aux variations de lumières des personnages principaux. La production des intervalles et des décors commence en août. Miyazaki, quant à lui, s'occupe de tout : réalisation du storyboard, vérification de la mise en scène et des dessins clefs… C'est à cette période que Miyazaki décide également d'adopter l'utilisation d'un carbone marron spécialement conçu pour le film et Le tombeau des lucioles.

D'ordinaire, que ce soit pour la télévision ou pour le cinéma, on utilise (ou utilisait...) un carbone noir au moment où l'on fait passer les dessins à la machine à tracer, afin de les retranscrire sur un film en celluloïd. Pour Mon voisin Totoro, Miyazaki décide de tenter l'utilisation d'un carbone marron plutôt que noir. Ce carbone est spécialement conçu pour le film et Le tombeau des lucioles et coûte deux fois plus cher que le carbone noir. Après avoir visionné quelques essais, le résultat obtenu par le carbone marron s'avère incontestablement plus séduisant que le noir. Le carbone marron présente cependant un gros inconvénient : contrairement au noir, il ne reproduit pas, ou difficilement, les lignes avec la machine à tracer. Le studio prend quand même la décision d'utiliser ce nouvel outil, tout en sachant que cela représente un énorme travail pour l'équipe de finition. Non seulement du point de vue de l'apparence sur celluloïd, mais aussi pour la superposition des arrière-plans, le marron étant plus doux que le noir. Le procédé est donc adopté pour l'ensemble du tracé, néanmoins le noir est conservé dans certaines séquences et pour certains personnages. L'équipe a également recours à du carbone bleu ou vert pour les moustiquaires, ainsi que blanc pour la pluie.

Le doublage

L'inoubliable voix de Totoro est assurée par le doubleur Hitoshi Takagi. Pour arriver au résultat que l'on entend dans le film, sa voix, au ralenti, est mélangée avec le bruit du vent fait au synthétiseur.

Pour Miyazaki, le père de Satsuki et Mei doit être très différent d'un père ordinaire. Il doit être, en plus qu'un père, un ami pour ses enfants. À la fin du mois de juillet 1987, durant la production du film, Shigesato Itoi, rédacteur publicitaire très connu au Japon, arrive au studio accompagné de ses enfants pour discuter de la promotion du film. Sans doute impressionné qu'Itoi soit assez proche du personnage du père qu'avait imaginé Miyazaki, ce dernier le recommande à Shigeharu Shiba, le responsable de la bande son, pour une audition. D'abord inquiet de confier un doublage aussi important à un débutant, Shiba accepte le pari de Miyazaki. Itoi passe l'audition, est retenu et parvient à s'intégrer aux autres doubleurs. Le second sujet d'inquiétude de Shiba étant le doublage du rire de la scène du bain. La scène est gardée pour la dernière séance et par chance, la première prise sera la bonne.

Photo de groupe durant l’enregistrement des dialogues. À gauche, Shigesato Itoi. Tout devant et debout, Tanie Kitabayashi (Grand-mère).

La musique et les effets sonores

La bande originale de Joe Hisaishi accompagnant le film est l'une de ses plus célèbres compositions, notamment les thèmes d'ouverture et de fin du film. Avec ses morceaux d'une grande diversité (tantôt léger, tantôt mélancolique, souvent exubérant), il finit par achever la splendeur visuelle du film.

Le générique d'ouverture est accompagné de la chanson Sampo (Promenade), écrite par Rieko Nakagawa. Quant à la célèbre chanson Tonari no Totoro, les paroles sont de Hayao Miyazaki lui-même ! Aujourd'hui encore, cette comptine est apprise dans les écoles nippones !

Azumi Inoue, la chanteuse des génériques du film, et Hayao Miyazaki.

L'histoire se déroulant dans les années 50, il a fallu obtenir des sons parfaitement authentiques. Pour cela, Shigeharu Shiba et son équipe des effets sonores se sont mis à la recherche de sons naturels comme, par exemple, celui de la pompe du puits, du bruit d'un autobus ou encore des multiples sons que l'on peut entendre dans une maison traditionnelle japonaise.

Mais l'aspect le plus remarquable dans la bande-son du film n'est pas tant les éléments (sons, voix et musique) pris séparément mais leur agencement tout au long du récit. La façon dont sont alternés ou combinés les éléments sonores de fond, les dialogues, la musique et les moments de silence donnent toute sa force et sa beauté à l'image.


Mon voisin Totoro : Fiche technique

Crédits

Titre となりのトトロ (Tonari no Totoro)
My Neighbour Totoro / Mon voisin Totoro
Année de création 1987
Œuvre originale, scénario, storyboard, réalisation Hayao Miyazaki
Directeur artistique Kazuo Oga
Character design Yoshiharu Satô
Directeur de l'animation Yoshiharu Satô
Contrôle de l’animation Yasuko Tachiki, Hitomi Tateno
Couleurs Michiyo Yasuda
Directeur de la photographie Hisao Shirai
Musique Joe Hisaishi
Chansons des génériques Sanpo (Promenade) et Tonari no Totoro (Mon voisin Totoro), paroles de Rieko Nakagawa, composées par Joe Hisaishi et interprétées par Azumi Inoue
Producteur exécutif Yasuyoshi Tokuma
Producteur Tôru Hara
Responsable de production Eiko Tanaka
Production Studio Ghibli, Tokuma Shoten

Doublage japonais

Satsuki Kusakabe Noriko Hidaka
Mei Kusakabe Chika Sakamoto
Tatsuo Kusakabe Shigesato Itoi
Yasuko Kusakabe Sumi Shimamoto
Grand-mère Tanie Kitabayashi
Kanta Toshiyuki Amagasa
Totoro / le Chat-bus Hitoshi Takagi

Doublage français

Satsuki Kusakabe Mélanie Laurent
Mei Kusakabe Marie-Charlotte Leclaire
Tatsuo Kusakabe Thierry Ragueneau
Yasuko Kusakabe Françoise Cadol
Grand-mère Colette Venhard
Kanta Donald Reignoux

Quelques chiffres

Date de sortie du film au Japon 16 avril 1988
Dates de sortie du film en France Juin 1993 dans le cadre du Festival international du film d'animation d'Annecy
30 mai 1998 sur Canal+
8 décembre 1999 au cinéma
Durée du film 1 heure 26 minutes 20 secondes
Budget du film Environ 3 millions d'Euros
Nombre de cellulos utilisés 48 473
Nombre de couleurs utilisées 308
Nombre d'entrées au Japon 802 000 spectateurs en 5 semaines avec Le tombeau des lucioles
Nombre d'entrées en France 374 452 spectateurs
Box-office Japon 588 millions de ¥

Récompenses

  • 1989 - Japanese Academy Awards : lauréat du Prix du public
  • 1989 - Mainichi Film Concours : lauréat du Prix du Meilleur film et du Prix Noburô Ôfuji
  • 1989 - Kinema Junpo Awards : lauréat du Prix du Meilleur film et du Prix du Meilleur film japonais décerné par le public
  • 1990 - Blue Ribbon Awards : lauréat d'un Prix spécial