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Ponyo sur la falaise

« Si les enfants pensent que l’on peut vraiment courir sur les vagues, alors, je serais content. »
(Hayao Miyazaki)

Le petit Sôsuke, cinq ans, habite une maison construite au sommet d'une falaise qui surplombe la mer. Un matin, alors qu'il joue sur la plage en contrebas, il découvre une petite fille poisson rouge nommée Ponyo, piégée dans un pot en verre. Sôsuke la sauve et décide de la garder avec lui dans un seau. Ponyo est aussi fascinée par Sôsuke que ce dernier l'est par elle. Le petit garçon lui promet de la protéger et de s'occuper d'elle, mais le père de Ponyo, Fujimoto - un sorcier autrefois humain qui vit au fond de la mer - la force à revenir avec lui dans les profondeurs. Bien décidée à devenir humaine, Ponyo s'échappe pour retrouver Sôsuke.

10ᵉ long métrage de Hayao Miyazazki et succès de l'année 2008 au Japon, Gake no Ue no Ponyo (Ponyo sur la falaise) sort en France le 8 avril 2009. Après le très sombre Les contes de Terremer, le studio Ghibli revient avec un conte enfantin qui tente de renouer avec la simplicité, la tendresse et la poésie qui convenaient si bien à Mon voisin Totoro.

Film conseillé à partir de 3 ans (voir guide des parents)


Sources : émission Professional Shigoto no Ryûgi diffusée en 2 parties les 27 mars 2007 et 5 août 2008 sur la chaîne NHK - Ghibliworld.com pour la partie Les secrets du générique de fin dans Art et technique - dossier de presse du film (en particulier sur les références culturelles) - Dans le studio Ghibli, travailler en s'amusant de Toshio Suzuki
Remerciements : merci à Yasuka Takeda pour les traductions et Fuse pour son aide sur les références culturelles


Ponyo sur la falaise : Résumé détaillé

Sous la mer par une nuit de Pleine Lune, des méduses, des poissons, des pieuvres et des crustacés s’agglutinent autour d’un étrange sous-marin. Debout sur le pont, un sorcier du nom de Fujimoto, protégé par une grande bulle, distille dans l’eau de mystérieuses potions qui attirent les créatures marines.

Affairé, le sorcier ne se rend pas compte que sa fille, une petite fille poisson rouge, s’échappe d’un des hublots du sous-marin et s’éloigne sur le dos d’une méduse.

Il fait jour lorsque la petite sirène remonte à la surface près des terres. Mais à peine a-t-elle le temps d’apercevoir le petit Sôsuke sortir de la maison juchée sur la falaise qu’un bateau de pêche la prend dans ses filets. La sirène parvient à s’extraire de justesse, mais elle est coincée dans un bocal en verre.

Sôsuke, qui est descendu pour jouer sur la plage en contrebas, découvre la petite fille poisson rouge piégée. Il la sauve en brisant le verre, mais se coupe. À sa grande surprise, la sirène à demi inconsciente lui lèche le sang. Fasciné, il décide de la garder et lui donne le nom de Ponyo.

Appelé par sa mère, Sôsuke se dépêche de remonter évitant quelques vagues menaçantes. Ces poissons d'eau ont été envoyés par le sorcier Fujimoto qui s’inquiète de voir sa fille aux mains d’un humain.

Sôsuke met Ponyo dans un seau d’eau et décide de l’emmener à l’école avec lui. Dans la voiture, il fait part de sa trouvaille avec sa mère Lisa. Lorsqu’il propose à sa sirène de partager son sandwich, Ponyo arrache et dévore la tranche de jambon. Le petit garçon est émerveillé par sa nouvelle amie.

L’école de Sôsuke se trouve juste à côté de la maison de retraite dans lequel travaille Lisa. À son arrivée, le petit garçon se doutant qu’il ne peut emmener Ponyo en classe met le seau à l’abri sous un buisson. Son refus de venir jouer intrigue ses camarades de classe. Alors qu’il retourne voir comment va Ponyo, une petite fille le surprend avec son poisson rouge. Quand elle déclare qu’elle ne le trouve pas beau, Ponyo l’asperge d’eau provoquant chez la petite fille une crise de larmes.

Sôsuke s’enfuit avec le seau vers la maison de retraite. Des dames âgées, assises dans leur fauteuil, se montrent plus enthousiastes à la vue de Ponyo. Seule Toki semble horrifiée de voir un poisson rouge à tête humaine qui, selon elle, est annonciateur d’un tsunami. Vexée par cet accueil, Ponyo l’asperge également d’eau, ce qui provoque des cris de terreurs chez la vieille dame. Sôsuke s’enfuit à nouveau et se cache en contrebas de la falaise.

Quand Sôsuke promet à Ponyo de la protéger, celle-ci prononce ces premiers mots, à la plus grande joie du petit garçon : « Ponyo aimer Sôsuke. » C’est alors que Fujimoto envoie de nouveau ses poissons d'eau. Cette fois Sôsuke n’a pas le temps de s’enfuir et le sorcier parvient à reprendre sa fille. Sôsuke est bouleversé et Lisa, qui est venue le récupérer dans l’eau, parvient difficilement à le consoler.

Le soir, de retour à la maison, Lisa apprend que son mari, qui travaille sur un bateau de pêche, ne pourra une nouvelle fois pas rentrer. Sôsuke et elle doivent se contenter, lorsqu’il passe au large, de communiquer avec lui avec des signaux lumineux. La mère et son fils se redonnent mutuellement du courage.

Dans la demeure sous-marine de Fujimoto, Ponyo, enfermée dans une bulle d’eau, se rebelle contre son père. Alors que lui a abandonné sa condition d’être humain pour vivre dans la mer, Ponyo affirme son désir de devenir humaine. Lorsque des bras et des jambes lui poussent, Fujimoto, comprend qu’elle a avalé du sang humain. Paniqué, il est contraint de lui jeter un sortilège pour l’empêcher de se transformer et l’endormir.

Quand il quitte la pièce, les petites sœurs de Ponyo se coalisent pour la libérer de sa bulle. Libérée du sortilège, Ponyo peut de nouveau se transformer et elle décide de rejoindre Sôsuke sans tarder. Mais au passage elle libère par inadvertance les élixirs de vie que son père accumulait dans le but de faire revenir le monde à l’époque du dévonien.

La sortie de Ponyo accompagnée par ses sœurs sous la forme de poissons-vagues, déclenche un tsunami et une tempête. À l’approche de la tempête, les parents viennent chercher leurs enfants à l’école. En attendant que Lisa termine son service à la maison de retraite, Sôsuke offre des origamis à ses amies pensionnaires. À Toki, il offre un pliage en forme du bateau de son père mais la vieille dame n’y voit qu’une chauve souris.

Quand Lisa et Sôsuke partent enfin, la tempête bat son plein. Sur la route, longeant la falaise, des vagues immenses semblent les poursuivre. Sôsuke voit une petite fille courir sur les vagues derrière lui, sans reconnaitre Ponyo.

Quand ils arrivent à la maison, Ponyo se précipite dans les bras Sôsuke qui la reconnait enfin. Lisa saisit les deux enfants sous ses bras et les emmène à l’abri.

Ponyo découvre la maison de Sôsuke avec émerveillement. Son excitation est telle qu’elle court et saute partout. Lisa et Sôsuke lui montre ensuite comment, à l’aide d’une antenne radio et d’un récepteur, ils communiquent avec Kôichi lorsqu’il est en mer. Mais à cause de la tempête ils ne parviennent pas à le joindre ce soir.

Ponyo découvre enfin les délices des repas d’humains lorsque Lisa lui sert du lait au miel puis des nouilles instantanées avec du poireau émincé, un œuf et du jambon. Epuisée par sa journée, Ponyo s'endort rapidement.

Remarquant que la mer s’est calmée, Lisa décide de se rendre à la maison de retraite et demande à Sôsuke de veiller sur la maison et Ponyo. D’abord réticent de laisser sa mère partir sans lui, le petit garçon finit par accepter.

Au large Kôichi et son équipage aperçoivent ce qu’ils prennent au début pour les lumières d’une ville. Il s’agit en fait d’un cimetière de bateaux. Leur malaise se transforme en panique lorsque le moteur du navire s’arrête. Heureusement, la divinité de la mer, Gran Mamare, passe en illuminant les eaux et fait redémarrer le bateau, laissant l’équipage hébété mais reconnaissant.

Gran Mamare vient en fait rejoindre Fujimoto posté près de la maison de Sôsuke. Fujimoto l’informe que Ponyo a goûté du sang d’humain et libéré les élixirs de vie qu’il rassemblait, rompant ainsi l’équilibre de la terre. Le rapprochement de la Lune et la montée consécutive des eaux, la chute des étoiles sont autant de manifestations annonciatrices de la fin du monde. Mais Gran Mamare lui rappelle une vieille croyance qui dit que si Sôsuke reste fidèle à son amie et que Ponyo renonce à ses pouvoirs magiques, elle pourra rester humaine. Fujimoto n’est pas rassuré mais Gran Mamare décide de faire confiance aux deux enfants

Le lendemain matin, le beau temps est revenu. À leur réveil, Ponyo et Sôsuke découvrent le paysage complètement inondé. Lisa n’est pas rentrée et les deux enfants décident d’aller la chercher. Ponyo utilise ses pouvoirs magiques pour agrandir le jouet bateau de Sôsuke et la bougie qui sert à le propulser. Ils prennent quelques provisions et partent pleins d’optimisme sur leur petite embarcation.

Pendant leur voyage, ils observent les créatures évoluant sous l’eau limpide. Sôsuke reconnait des poissons de l’ère dévonienne. À un moment, il croise une barque avec un couple et leur bébé. Ponyo est fascinée par le bébé et décide de lui offrir une partie de ses provisions. Mais c’est sa mère qui les prend. Ponyo est outrée, mais la mère lui explique que le bébé est trop petit pour manger directement, mais profitera de toutes ces bonnes choses quand il boira son lait.

Passe alors une parade de bateaux emmenant des habitants du port aux abris. Ils informent Sôsuke que Lisa est partie vers l’école. Sur le chemin la bougie propulsant le bateau finit par être entièrement consommée. Sôsuke demande à Ponyo de lui en agrandir une autre, mais la petite fille a très sommeil et n’y parvient pas. Elle s’endort sur le toit du bateau et Sôsuke est obligé de pousser l’embarcation à la nage. Il finit par atteindre une colline où il peut mettre pied à terre. Il était temps car le sortilège de Ponyo s’estomper et le bateau jouet reprend sa taille normale.

C’est alors que Sôsuke remarque sur le haut de la côte la voiture de Lisa. Il s’y précipite mais la voiture est vide. Ponyo, qui s’est réveillée, rejoint le petit garçon pour le consoler et les deux enfants repartent à la recherche de Lisa main dans la main.

Pendant ce temps sous l’eau, la maison de retraite est protégée dans une immense bulle. Les pensionnaires semblent avoir retrouvé leur forme de jeunesse. Fujimoto leur annonce que Sôsuke et Ponyo vont arriver et qu’ils devront passer un test. Lisa est également là, en grande conversation avec Gran Mamare. Elle attend son fils et les vieilles dames se joignent à elle pour souhaiter bon courage à Sôsuke.

Ce dernier, accompagné d’une Ponyo toujours très ensommeillée, va en avoir besoin. Il arrive d’abord devant un tunnel menaçant. Un peu effrayé, il prend son courage à deux mains pour le traverser. Au milieu du tunnel, Ponyo tombe littéralement de sommeil et commence à redevenir un poisson. Sôsuke, la soutenant d’abord puis la portant dans ses bras, se dépêche de sortir du tunnel pour retrouver la mer et la plonger dans l’eau. Mais elle ne se réveille pas.

Le petit garçon commence à paniquer. C’est à ce moment que Fujimoto surgit hors de l’eau et lui demande de venir avec lui rejoindre sa mère et les vieilles dames. Mais Sôsuke se méfie. Ce sentiment est conforté par Toki qui crie depuis un petit ilot qu’il ne faut pas faire confiance au sorcier puisqu’il a enlevé Lisa et les autres pensionnaires.

Fujimoto, exaspéré, dit qu’il n’y pas de temps pour ses atermoiements, car la Lune se rapproche dangereusement de la terre et que seul Sôsuke peut sauver le monde d’une catastrophe imminente. Ne l’écoutant pas, le petit garçon tente de s’enfuir avec Ponyo. Fujimoto n’a plus d’autres choix que d’envoyer ses poissons d'eau pour emmener les deux enfants et Toki de force.

Quand tous arrivent à la maison de retraite, passées les retrouvailles, Sôsuke et Ponyo doivent passer leur test. Gran Mamare explique que Ponyo a brisé l’équilibre de la nature pour devenir humaine. Pour qu’elle puisse le rester sans menacer le monde, il faut un humain qui la comprenne et l’accepte telle qu’elle est. Sôsuke déclare qu’il l’aimera toujours qu’elle soit humaine, sirène ou poisson. De son côté, Ponyo doit abandonner la magie pour devenir humaine, ce qu’elle accepte sans hésiter.

Le test réussi, les sœurs de Ponyo ramènent tout le monde à la surface et Ponyo se transforme définitivement en petite fille.


Ponyo sur la falaise : Personnages

Ponyo

Ponyo est une petite fille poisson rouge. Elle est curieuse du monde terrestre et rêve de devenir humaine après avoir rencontré Sôsuke, un petit garçon humain.

À la suite de cette rencontre, elle échappe à la vigilance de son père trop protecteur, Fujimoto, qui essaye de la retenir captive pour l’empêcher de retourner dans le monde des humains. Son désir de retrouver Sôsuke est le plus fort. Mais en allant le retrouver et en devenant humaine, elle rompt l’équilibre de la nature et elle provoque involontairement l’inondation du village du jeune garçon. Cela démontre bien l’insouciance de Ponyo, qui frôle même l’égoïsme, puisque pour arriver à ses fins, elle est prête à tout ! Mais on s’aperçoit au fur et à mesure que Ponyo gagne en maturité et en altruisme, comme par exemple dans la scène où elle est prête à donner toutes ses victuailles au bébé et où elle l’étreint maladroitement quand il pleure.

Le vrai prénom de Ponyo est Brünnhilde, mais en rébellion contre son père, elle le rejette. Elle adopte et garde le surnom de Ponyo que lui donne Sôsuke et qu’il a inventé à partir du son que produit la matière élastique de son corps alors qu’elle est encore sous sa première forme de poisson à tête humaine. Son père choisira finalement de l’appeler ainsi, preuve qu’elle est devenue pleinement humaine.

Les trois formes de Ponyo

C’est parce qu’elle a sucé le sang de Sôsuke que le corps de Ponyo subit sa première métamorphose, de sa forme primitive de jinmengyo en hangyojin. Par la suite, en tentant d’échapper à son père, elle se baigne dans l’eau de vie et elle acquiert ainsi le pouvoir d’utiliser la magie, mais aussi de se transformer totalement en humaine.

Jinmengyo : c’est la forme de poisson à tête humaine dans laquelle on découvre Ponyo au début du récit. Elle a déjà la faculté de prononcer quelques mots (probablement du au fait qu'elle a gouté au sang humain).

Hangyojin : c’est une forme intermédiaire. Pour les japonais, ce terme caractérise un humain qui n’en est pas encore complètement un. Ponyo a la forme d’un être humain, mais ressemble aussi à un poisson avec des jambes ou une grenouille. Avec ses yeux très écartés, ses mains et ses pieds à trois doigts, Ponyo est encore enchaînée au monde de la mer. C’est encore une habitante des océans.

Humaine : Sous cette forme, le regard de Ponyo devient vif et curieux comme si elle ne voulait rien rater du monde qui l’entoure. Elle est émerveillée par la découverte de ses jambes et de ses pieds. Grâce à son visage ouvert et son corps toujours en attente, on peut comprendre qu’elle est curieuse et active. Elle adore visiblement cette apparence d’être humain et ne souhaite plus la quitter. Mais quand le pouvoir de la magie n’est plus efficace ou quand elle fatigue, elle régresse à la forme hangyojin.

Sôsuke

Sôsuke est un jeune garçon de cinq ans, insouciant et honnête, qui vit dans un petit village au bord de la mer. Il habite une maison tout en haut d’une falaise. Comme son père est capitaine de bateau et qu’il est toujours absent, il vit seul avec sa mère Lisa. Il adore la mer et les bateaux, probablement grâce à son père mais aussi pour tisser un lien avec lui, car il lui voue une grande admiration. C’est peut-être pour cela qu’il porte un soin tout particulier à son modèle réduit de bateau et à sa casquette de marin offerts par son père Kôichi. De même, pour communiquer avec lui plus facilement, et malgré son très jeune âge, il a appris le morse.

Il croise par hasard le chemin de Ponyo, au bord de la mer, et lui promet de la protéger. Cette promesse le guidera tout au long de l’aventure, car Sôsuke apparaît comme étant un petit garçon très protecteur et attentionné. Cet altruisme profond, il l’exprime pour Ponyo, mais aussi pour sa mère, ou encore les vieilles dames de la maison de retraite.

On a ainsi souvent l’impression qu’il est déjà adulte. Cependant quand il est séparé de Lisa et qu’il est inquiet, il laisse alors transparaître son côté enfantin.

Lisa

Lisa est la maman de Sôsuke. Cette jeune femme s’occupe avec autant de savoir-faire de sa maison que de son travail d’aide soignante à la maison de retraite des Tournesols. Elle élève toute seule Sôsuke car son mari n’est pas souvent au foyer à cause de son travail. Cette situation la désespère, car sa famille n’est que très rarement réunie.

De caractère gai et franc, elle agit d’abord avant de réfléchir. Sa façon « sportive » de conduire reflète bien ce trait de caractère. Le corps mince et fin, les cheveux courts et ses attitudes traduisent aussi son caractère dynamique, parfois même impulsif. Lisa est la mère de Sôsuke mais elle pourrait parfois être sa sœur. Selon les critères physiques de Hayao Miyazaki, elle semble être très jeune et, détail qui sème le trouble, Sôsuke l’appelle par son prénom.

Lisa a en fait plusieurs visages. Celui de la figure maternelle « classique » quand elle s’occupe de Ponyo et Sôsuke avec bonté et gentillesse. Celui de la grande sœur, prête à regarder et à accepter le monde qui l’entoure à travers les yeux de Sôsuke. Celui d’une petite fille, quand elle est déçue, comme lorsqu’elle apprend que son mari ne rentrera pas au foyer et qu’elle se met à bouder. Les rôles sont alors totalement inversés, puisque c’est Sôsuke qui s’occupe d’elle et la console. Lisa a donc de multiples facettes, révélant une personnalité plus complexe qu’il n’y paraît, à l’image de la femme d’aujourd’hui.

Kôichi

C’est le papa de Sôsuke et le mari de Lisa. Kôichi est le capitaine du cargo Koganei Maru qui navigue sur la mer intérieure du Japon. À cause de son travail, il est souvent loin de chez lui et ne peut pas rentrer souvent à la maison. Mais il aime sa famille plus que tout au monde.

Bon capitaine, grand gaillard au visage doux et gentil, il est idolâtré par Sôsuke. Il essaye de compenser son absence au foyer en offrant des cadeaux à son fils, comme une casquette, un modèle réduit de bateau ou encore des jumelles, qui auront leur utilité au cours du récit. En outre, il a également appris le morse à Sôsuke, avec lequel il communique, le soir, à distance. C’est aussi un des seuls à avoir perçu la véritable nature du tsunami, à savoir Ponyo courant sur de gigantesques poissons-vagues.

Fujimoto

Fujimoto est le père de Ponyo. Désespéré par l’attitude des humains qui polluent et salissent la mer, il a abandonné la vie terrestre et son statut d’être humain pour aller vivre au milieu de la faune et la flore des océans. Il voyage sous l’eau à bord d’un bateau sous-marin qu’il a baptisé le Requin pèlerin, caractérisé par quatre nageoires de poisson.

Fujimoto est aussi un chercheur, voire un savant fou. Au cours de ses longues recherches au fond de la mer, il a inventé l’eau de vie, liquide qui revitalise l’énergie des êtres vivants de la mer. Grâce à cela, il espère renverser le rapport de force qui existe entre la mer et les continents et ainsi replacer, comme il y a longtemps, la mer au centre du monde.

Physiquement, ses cheveux hirsutes, ses yeux cernés et dans le vague, ainsi que son costume bariolé traduisent sa personnalité extravagante et provoque le malaise chez les gens qui le croisent. Lorsqu’il revient sur la terre ferme, il est harnaché d’une pompe sur le dos avec laquelle il asperge d’eau de mer son chemin, montrant ainsi de manière comique à quel point il exècre le monde terrestre et préfère la vie aquatique.

Amoureux transi de la mère de Ponyo, il espère que leur fille sera la prochaine monarque du monde. Père ultra-protecteur, il n’arrive pas à comprendre Ponyo qui se rebelle contre ce destin tout tracé. Au fur et à mesure, il oubliera ses grands projets de destruction du monde tout en acceptant le choix de sa fille, se réconciliant ainsi avec le monde terrestre et sa propre nature.

Gran Mamare

Maman de Ponyo mais aussi divinité de la mer, Gran Mamare est la mère de la mer. Elle a pendant longtemps protégé et observé la faune et la flore des océans.

Quand elle apparaît dans le film, près du Koganei Maru, elle semble immense. Plus tard, face à Fujimoto, elle prend taille humaine, grâce à la magie. Quelque soit sa taille, elle n’est à aucun moment inquiétante et semble n’être que douceur et amour. Cette impression est accentuée par la présence à chaque fois de l’astre lunaire lors de ses apparitions, qui apaise d’une douce lumière l’atmosphère et adoucit les formes de la déesse.

Contrairement à Fujimoto, elle approuve la relation de Ponyo et Sôsuke et espère que de leur rencontre naîtra une nouvelle relation entre la mer et les êtres humains. C’est pourquoi elle accepte de métamorphoser définitivement Ponyo en être humain.

Autres personnages

Les sœurs de Ponyo

Ces jeunes filles poissons rouges sont élevées dans un aquarium sphérique créé par Fujimoto. Elles sont très nombreuses et se déplacent toujours en groupe. Elles portent une grande affection à leur grande sœur, pleine de vitalité, et la soutiennent dans son évasion du repaire de Fujimoto.

Au premier abord, on a l’impression qu’elles se ressemblent toutes. Puis en faisant plus attention, on s’aperçoit qu’elles sont toutes différentes les unes des autres, notamment par la forme de leur visage.

Les poissons d'eau

Par la force de la magie, Fujimoto insuffle la vie à l’eau de mer qui devient vivante et consciente. Les poissons d’eau (Suigyo) sont pourvus de deux grands yeux et leur corps, à base d’eau de mer, est de masse et de taille variable.

Ils sont les serviteurs fidèles du père de Ponyo et l’aident à capturer sa fille lors de sa première incursion dans le monde des hommes. Ils peuvent aussi, par exemple, lui servir d’échelle afin d’épier l’intérieur de la maison de Sôsuke. Ces personnages ont un rôle avant tout comique, leurs missions échouant à chaque fois lamentablement !

Les mémés de la maison de retraite des Tournesols

Ce sont trois vieilles dames en fauteuil roulant qui fréquentent la maison de retraite dans laquelle travaille Lisa. Elles y résident seulement le jour mais n’y dorment pas la nuit. C’est un lieu qui leur permet d’échapper à la solitude dans laquelle leur âge les a peu à peu enfermées. Tous les jours, elles attendent impatiemment de passer un peu de temps avec Sôsuke, petit grain de folie dans leur quotidien paisible et monotone.

Leur rencontre avec Ponyo et le monde de la mer va changer le cours de leur vie terne, puisqu’au contact du pouvoir et de l’énergie de l’eau de vie, elles vont retrouver une seconde jeunesse et la possibilité de marcher.

Yoshie : elle parle lentement et son caractère est doux comme le suggère son physique tout en rondeur.

Kayo : elle s’entend bien avec Yoshie. Elle est d’ordinaire calme mais lorsqu’elle obtient le pouvoir de remarcher, elle devient subitement très active.

Toki : elle n’est pas très agréable et est toujours contre tout. Elle semble ne pas supporter Sôsuke, mais son comportement final montre en fait qu’elle est très attachée au petit garçon.

Si Toki est un peu difficile, au fond ce n’est pas une mauvaise personne. Elle a simplement un peu de mal à communiquer et exprimer ses sentiments. C’est aussi une des seules à percevoir la véritable nature de Ponyo lorsqu’elle est sous forme de poisson, ce qui lui fera augurer le tsunami et la paniquera à juste titre. C’est la seule des trois grands-mères à utiliser un fauteuil électrique. À travers cette petite fantaisie, on ne sait pas si Hayao Miyazaki veut ainsi montrer un personnage aisé ou bien s’il s’agit de montrer son manque de confiance dans les autres.

Kumiko

Petite camarade de Sôsuke au jardin d’enfants des Tournesols. Précoce et entreprenante, elle est apparemment amoureuse de notre héros et tente par tous les moyens d’attirer son attention. Par jalousie envers Ponyo, elle en viendra à se moquer d’elle et verra en retour sa robe neuve toute mouillée.

Le couple et l'enfant

Ce jeune couple voyage à bord d’un bateau avec leur nouveau-né après l’inondation du village. La mère est justement une connaissance de Lisa, que Sôsuke et Ponyo recherchent.

Le bébé qu’elle tient dans ses bras semble porter un regard blasé sur le monde : il boude et fait la grimace. Mais sa rencontre avec Ponyo transforme comme par magie son humeur maussade.


Ponyo sur la falaise : Analyse

Ponyo sur la falaise s’annonçait comme le retour de Hayao Miyazaki à un cinéma plus simple, plus épuré, moins sophistiqué que les deux derniers opus baroques du maître japonais. Le film se voulait simple, une histoire d’amour entre deux enfants, un conte léger, cousin lointain de La petite sirène d’Andersen. Mais l’originalité ne s’arrêtait pas là, car Miyazaki s’attaquait à un monde assez inattendu pour ce passionné d’aviation, il voulait que l’action se passe non plus dans les airs mais sur et sous la mer. Mais Miyazaki est-il capable de prendre un tel virage à la fin de sa carrière ?

Un monde de rève(s)

Se déroulant dans un monde fictif relativement proche du notre jusqu’à l’arrivée du tsunami et de ses monstres du dévonien, Ponyo est un film où nul méchant n’a sa place. Le seul personnage qui aurait pu incarner le mal est Fujimoto. Inquiétant, intriguant, gardien féroce de sa fille, il nourrit même le dessein de faire disparaître l’humanité jusqu’à la moitié du film. Et pourtant, très vite, on s’aperçoit que l’alchimiste est surtout un grand maladroit, tant par ses actes que par ses intentions, finalement bienveillantes, envers la nature qu’il veut défendre et envers sa fille qu’il veut protéger d’une mort presque certaine. Il met même finalement tout en œuvre pour sauver le monde mis en péril par les insouciances de sa fille. Ponyo véhicule donc une image très positive, avec comme toujours chez Hayao Miyazaki, peu de manichéisme et la mise en avant de nobles sentiments, comme la fidélité, le dévouement, le courage, l’amitié, l’amour, la sincérité...

Mais ce monde n’est-il pas idyllique et merveilleux parce qu’il est vu à travers les yeux de Sôsuke ? En effet, dans la première partie du film, tout le monde semble voir en Ponyo un petit poisson rouge inoffensif, et non un poisson à tête d’humaine. En dehors de Sôsuke, seule une personne voit la véritable nature de Ponyo. Il ne s’agit pas d’une enfant, comme dans Mon voisin Totoro, mais de Toki, la veille dame acariâtre de la maison de retraite. Elle seule perçoit la divinité de la princesse, mais aussi son danger potentiel.

Dès lors, on peut se demander si seul Sôsuke perçoit la magie de ce qui l’entoure. Car non seulement il voit Ponyo, mais il lui parle, elle lui répond. Il est aussi le seul visiblement à voir les poissons d'eau envoyés par Fujimoto, là où tous les pensionnaires de la maison de retraite et sa mère ne perçoivent que la mer en furie prête à engloutir Sôsuke. Lui seul également voit le tsunami comme un déferlement de poissons gigantesques guidé par Ponyo. À partir du tsunami, on peut même se demander si tout ceci n’est pas qu’un rêve du jeune garçon. En effet, personne ne semble s’émouvoir ou s’étonner du fait que des monstres du dévonien aient remplacé la faune habituelle des fonds marins. Lors de la « parade » de bateaux, tous ont l’air heureux et peu inquiets de la situation, comme si le fait que la terre soit complètement engloutie était bénin et sans conséquence grave. Nul blessé, nulle mort n’entache ce monde idyllique où tous semblent heureux et confiants.

Même le dénouement final est relativement serein. Ainsi, alors que l’on comprend que le monde est en danger de destruction et que Ponyo peut être transformée en écume si Sôsuke se trompe de choix, la mère du petit garçon et Gran Mamare semblent d’un calme olympien, tandis que les grands-mères, toutes à leur joie de retrouver leurs jambes d’autrefois, ne semblent à aucun moment craindre un dénouement funeste. Ponyo sur la falaise pourrait donc être alors perçu comme le rêve de Sôsuke, qui peu à peu aurait envahi la réalité, en effaçant les aspérités, les doutes, les angoisses de notre monde réel.

On peut cependant noter que là encore, seule une personne trouble ce tableau si parfait, Toki, qui est la seule à avoir refusé de suivre Fujimoto et qui tente de prévenir Sôsuke du danger potentiel de la situation et du père de Ponyo. Par cette mise en avant de ce personnage en particulier, on peut se demander si Miyazaki ne veut pas nous montrer que la vieille dame a une place d’importance dans le cœur de Sôsuke. Comme si, malgré toutes les remontrances, toutes les méchancetés dites par la vieille dame au petit garçon, elle seule pouvait réellement le comprendre. On voit à plusieurs reprises durant le film que Sôsuke cherche à se faire aimer de la vieille dame, sans succès, comme par exemple avec la confection d’un origami unique, que Toki s’évertue à critiquer sévèrement. La scène finale où Sôsuke confie à la vieille dame Ponyo figurerait alors comme une scène de retrouvailles des deux personnages, peut-être complètement fantasmée par le petit garçon, un point d’orgue à ce monde de rêves qu’il se serait forgé. L’importance de cette scène est par ailleurs plusieurs fois soulignée dans le making-of, où Miyazaki semble être obsédé par cette séquence, auquel il semble tenir, symbolisant à ses yeux les retrouvailles avec sa mère, décédée il y a de nombreuses années.

Du merveilleux au réel, l’anti-Totoro

Le rapprochement entre Ponyo et Totoro est très tentant et semble, de prime abord, flagrant. Deux jeunes enfants, des scènes de la vie quotidienne, la découverte d’un monde étrange et merveilleux... On retrouve même quelques clins d’œil au film de 1988, avec par exemple l’air entonné par Lisa lorsqu’elle prend Sôsuke dans ses bras (« Watashi wa denki » chantonne-t-elle... Denki, « l'électricité » remplaçant genki, « la bonne santé ») ou dans des motifs graphiques comme les petits crustacés noirs s’échappant en bruissant devant Sôsuke, telles les noiraudes fuyant l’arrivée de Mei.

Pourtant, l’histoire est plutôt à l’opposé d’un Totoro. Car en effet, les aventures de Mei et Satsuki s’inscrivaient dans un monde bien réel et concret qu’était le Japon des années 50, où elles découvraient par petites touches le monde des esprits, à travers de furtives rencontres... La scène du terrier, celle de l’arrêt de bus ou encore celle du camphrier géant sont des petites scènes courtes, intenses et d’autant plus magiques qu’elles sont rares et précieuses, savamment distillées dans le film.

Ponyo opte résolument pour un ton différent, et ce dès le début. La première scène n’est pas une scène terrestre, dans un monde normal et compréhensible pour le spectateur. D’emblée, Hayao Miyazaki nous propose un monde fascinant et étrange qu’est le monde marin... Le ballet hypnotique des méduses, les formes étranges des poissons, la lumière fragile et clignotante des organismes marins, toute la faune aquatique est conviée pour le plus grand bonheur du spectateur, qui découvre émerveillé ce mode enchanté. Mais l’étrange n’est pas là, il apparaît quelques secondes plus tard, avec la vision d’un engin sous-marin à nageoires et à bulle, avec sur son pont un étrange personnage distillant des onguents mystérieux... Que fait-il exactement, le spectateur ne le sait pas et ne le saura d’ailleurs jamais. Mais le ton est donné : nous ne sommes pas dans un monde rationnel et connu, mais dans celui de la magie et de l’étrange, et nous devons l’accepter. Finalement, après une telle entrée en matière, nul ne s’étonne ensuite de voir un petit poisson à tête d’humain sortir du vaisseau pour s’échapper vers le monde des hommes !

À l’inverse d’un Totoro qui distillait donc savamment les rencontres entre le monde réel et le monde des esprits, Ponyo est un film où peu à peu le surnaturel va prendre le pas sur le réel, jusqu’au point de littéralement le submerger et presque l’engloutir... Peu à peu, le spectateur doit accepter cette vague de magie sans plus d’explications. Quelles sont ces fioles étranges qui provoquent le tsunami ? D’où viennent-elles ? Comment la transformation de Ponyo en humaine provoque-t-elle un déséquilibre gravitationnel, la chute progressive de la Lune et la montée inexorable des eaux, nous ne le saurons pas non plus. Pourquoi ce retour au dévonien et pas à une autre époque, là encore le flou reste entier.

Au final, malgré toutes ces questions sans réponse, demeure le message maintenant bien connu de Miyazaki, celui de l’équilibre entre l’homme et la nature, entre les humains et les esprits. La mer, véritable entité magique, semble être ici dotée d’une force et d’une présence propres, s’équilibrant avec le monde de la réalité, la terre, fragile équilibre remis en cause par la pollution de l’homme d’une part et la transformation de Ponyo de l’autre.

Des motifs miyazakiens

Derrière son apparente originalité et le choix d’ancrer l’action dans le monde des océans, Ponyo sur la falaise demeure un film profondément miyazakien. Ainsi, on retrouve de prime abord une filiation plus qu’appuyée à Panda, petit panda, films certes réalisés par Isao Takahata, mais où Hayao Miyazaki a été concepteur scénique, animateur clé et scénariste. En dehors des similitudes scénaristiques, le film est plus précisément une relecture du second moyen métrage (Panda, petit panda - Jour de pluie au cirque) et de sa ville engloutie par les eaux. On se rappelle notamment le magnifique plan où Mimiko et les deux pandas partent de chez eux en utilisant le lit comme bateau. Evidemment, on songe donc à la deuxième partie du film où Ponyo et Sôsuke partent à la recherche de Lisa sur leur petit navire.

Les motifs miyazakiens sont par ailleurs fort nombreux dans le film, de manière appuyée ou non. Outre les quelques clins d’œil à Mon voisin Totoro précédemment cités, on peut par exemple relever l’hommage probablement conscient rendu à Nausicaä de la Vallée du Vent lorsqu’au début du film, Ponyo se glisse sous une méduse pour observer le ciel, comme la jeune princesse sous le globe oculaire de l’ohmu. Les substances noirâtres qui peuplent les mondes fantastiques de Miyazaki depuis Princesse Mononoke sont toujours présentes avec les vagues vivantes de Fujimoto, en perdant toutefois leur aspect inquiétant et en en faisant des exécutants obéissants un peu stupides et donc comiques. Quant à la ville de Sôsuke, il s’agit encore d’une ville au bord de la mer, motif récurrent depuis Kiki, la petite sorcière jusqu’au Château ambulant en passant par Porco Rosso. Le sous-marin de Fujimoto, doté d’ailes étonnantes, est un mélange d’un flaptère du Château dans le ciel et des machines de guerre du Château ambulant. Enfin, le tunnel de la scène final est un hommage plus qu’appuyé au Voyage de Chihiro, les deux scènes symbolisant le rite initiatique et symbolique du passage.

On retrouve également des thématiques tenant à cœur au cinéaste. Ainsi, en filigrane et traité sur un mode plutôt comique, Miyazaki dénonce la pollution du fonds des mers par l’homme et la rupture proche de l’équilibre entre le monde de la nature et celui des hommes. On retrouve aussi le thème de l’amour platonique pur, présent dans bon nombre de films du réalisateur, mais se terminant par un baiser, comme dans le Château ambulant.

Enfin, on pourrait considérer Ponyo comme un film aquatique loin des nuages et des vents chers à Miyazaki, étant donné le sujet général de l’œuvre. Cependant, celle-ci se déroule plus sur la mer que sous la mer. Les scènes sous-marines ne sont au total qu'au nombre de trois, la scène d’introduction, la scène où Ponyo est enfermée chez Fujimoto et la scène finale. En revanche, les scènes se déroulant sur la mer sont parfois dignes des plus grandes envolées de Miyazaki, notamment celle du tsunami, où Ponyo semble littéralement courir au-dessus des vagues et s’élancer telle un poisson volant à la poursuite de la voiture de Sôsuke. L’envol n’est donc jamais bien loin chez Miyazaki et cette scène d’anthologie en est la preuve !

Une construction scénaristique imparfaite

Ponyo sur la falaise débute donc dans la mer, avec une scène d’exposition visuellement fascinante, où l’on découvre un monde sous-marin magique et étrange, où Fujimoto distille d’étranges potions dans la mer. Comme dit précédemment, le spectateur ne saura jamais ce que le père de Ponyo fait sous la mer. On apprend juste de lui qu’il fut autrefois un humain, qu’il entretînt une relation avec Gran Mamare, la déesse de la mer, et qu’il est visiblement alchimiste. Son passé se limite à ces quelques lignes, ses motivations restent floues. Il en va de même avec la plupart des personnages secondaires du film. Ainsi, Lisa, la mère de Sôsuke, est caractérisée seulement par quelques traits : d’apparence juvénile, elle est souvent téméraire et emportée mais elle est dévouée à son travail. De plus, une distance est immédiatement mise entre Sôsuke et sa mère par le fait qu’il l’appelle par son prénom et non par la dénomination « maman ». Quant à Toki, on comprend peu le revirement total de caractère à la fin du film, ni l’importance soudaine que Hayao Miyazaki donne à ce personnage.

La galerie des personnages secondaires est limitée et pourtant, aucun d’entre eux n’a vraiment de profondeur, comme si le spectateur savait déjà tout d’eux et que Miyazaki pouvait faire ainsi l’économie d’une présentation plus poussée.

Même Sôsuke est finalement peu charismatique, tant le personnage est lisse et sans aspérité, peut-être un peu trop parfait pour un petit garçon de 5 ans ! Finalement, la grande trouvaille est évidemment le personnage de Ponyo, qui, au fur et à mesure de l’histoire, va mûrir et devenir moins égoïste. Son humour, ses bouderies et son caractère changeant en font un être terriblement attachant. Finalement et paradoxalement, c’est probablement le personnage le plus humain du film. On reconnaît là encore la très fine observation qu’a Miyazaki du quotidien et des enfants. Les scènes de la vie quotidienne, lorsque Ponyo se retrouve chez Sôsuke, sont de véritables petits bijoux, peut-être les moments les plus touchants du film par leur simplicité, leur fraîcheur et leur innocence, où le comique côtoie l’intime et l’émotion. On regrette presque qu’il n’y ait pas plus de scènes de ce type dans le film.

La scène la plus époustouflante de Ponyo et l’un des grands morceaux de bravoure de la carrière de Miyazaki est cependant sans conteste la scène du tsunami. Celle-ci débute sous l’eau, lorsque les petites sœurs de Ponyo se transforment en poissons-vagues gigantesques, s’élançant dans les cieux pour replonger près des bateaux. La vision de Ponyo courant sur les vagues sur un thème musical proche de La Walkyrie de Richard Wagner reste le moment fort du film. Miyazaki rivalise alors d’imagination pour varier les plans et pour donner l’impression paradoxale d’une puissance ravageuse et destructrice guidée par une insouciance enfantine et comique. Cette séquence est véritablement l’apogée du film et son point culminant. On peut d’ailleurs clairement voir deux films dans Ponyo. Le premier pourrait s’arrêter presque au tsunami, et serait donc l’évocation du monde réel, le deuxième commencerait avec le raz-de-marée et serait uniquement consacré à la quête de Sôsuke et de Ponyo dans un monde imaginaire.

Tout tourne autour de cette scène, et lorsqu’on regarde le making-of du film, cette séquence fait d’ailleurs partie des toutes premières image-board de Miyazaki. On peut dès lors se demander si le film ne s’est pas construit comme une agglomération de scènes autour de ce point central. Cette manière peu conventionnelle de construire un film vient probablement du fait que le story-board demeure l’outil principal de mise en place de l’histoire chez Miyazaki, et non le scénario écrit, et que le réalisateur nippon dessine au fur et à mesure l’histoire, sans forcément savoir où celle-ci le mène. En fait Miyazaki utilise ce procédé depuis plusieurs films, manière pour lui de se renouveler et de se surprendre à nouveau dans le processus de production. La contre-partie est que le spectateur peut ressortir du film avec l’impression qu’il est moins structuré qu’avant. C’est un peu le cas ici, où le film a parfois de gros problèmes de rythme. Le début peut sembler long à se mettre en place (d’autant plus qu’il n’y a pas de scène d’exposition et donc pas de réel cadre) et l’après-tsunami peut sembler un peu lent après le véritable déluge visuel et galvanisant du raz-de-marée. Le film se termine sur une scène pouvant laisser le spectateur perplexe, puisque finalement, on ne tremble pas pour Sôsuke. Le personnage étant justement sans faille, à aucun moment on ne doute de l’issue, et rien dans la mise en scène ne permet la création d’une tension ou d’un enjeu dramatique.

Cependant, les qualités artistiques de Ponyo demeurent nombreuses. Le choix de couleurs pastel donne au film un cachet certain, une originalité osée à l'ère du tout-numérique. Avec ce film, on assiste également à un retour à un dessin plus simple et dépouillé des personnages, comme au début de la carrière de Miyazaki, mais avec néanmoins un traitement de l’eau très poussé pour un film d’animation traditionnel. Il n’existe probablement pas d’équivalent au monde d’un film en 2D où un tel soin ait été apporté à l’élément liquide, traditionnellement difficile à animer.

Marquant le retour de Hayao Miyazaki à un style simple et épuré, tout en relevant une gageure technique qu’est celle de la représentation de la mer, Ponyo sur la falaise est donc un film qui allie idées originales et images oniriques intenses. Malgré des faiblesses rythmiques et scénaristiques, Ponyo demeure une création au style graphique spectaculaire, fruit d’un savoir faire indéniable du studio Ghibli, qui laisse présager de grands films à venir...


Ponyo sur la falaise : Production

Quatre ans après Le château ambulant, Hayao Miyazaki a choisi de réaliser son nouveau film d’animation, Ponyo sur la falaise, entièrement à la main et en ayant très peu recours à l’outil informatique. Le style graphique simple et épuré donne à ses personnages et ses décors un aspect familier et une énergie que l’on ne trouve que dans le cinéma d’animation dit « traditionnel ».

Sa vision du film serait née alors qu’il observait l’océan pendant une tempête. Il aurait ainsi prêté une attention toute particulière au rendu de la mer et des vagues, pour, à la suite de cette expérience, créer un monde qui va bien au-delà de ce que le public pourrait imaginer.

Ponyo sur la falaise doit sa réussite à cet enjeu premier de représentation de l’océan. Mais il est également le résultat d’une importante remise en question du réalisateur, d’expériences accumulées au cours de la production des courts métrages exclusifs du musée Ghibli et de la relecture contemporaine du conte de La petite sirène.

Ce résumé de production, étapes et propos du réalisateur, est essentiellement tiré de l'émission Professional Shigoto no Ryûgi, suivant la production du long métrage et diffusée en 2 parties les 27 mars 2007 et 5 août 2008 sur la chaîne NHK.

Le projet

Dès Le château ambulant, Hayao Miyazaki fait part de son envie de réaliser un film pour enfant. Lui et Toshio Suzuki partent d’abord sur un projet d’adaptation d’un live de Rieko Nakagawa intitulé Iya Iya En (La crèche Non-Non). Finalement ils abandonnent cette idée et Miyazaki part en voyage d’entreprise dans une maison sur une falaise, donnant sur la mer intérieure japonaise... L’idée de Ponyo commence à germer. Pendant ce séjour, il se plonge dans un autre ouvrage, La porte, de Sôseki Natsume et tombe sous le charme du personnage principal, un garçon vivant au pied d’une falaise, appelé Sôsuke.

La pré-production du film commence aux alentours du printemps 2006, alors que la production des Contes de Terremer de Gorô Miyazaki, touche à sa fin. Dès janvier 2006, Hayao Miyazaki s’enferme tous les jours dans son atelier personnel et il multiplie les croquis à l’aquarelle en peignant seulement les images qu’il veut peindre. En dessinant ainsi beaucoup, il construit l’idée du film. Dans un de ces croquis, il y a justement une fillette rousse et mignonne qui l’inspire... « Chaque fois que je peins et quel que soit ce que je peins, les tiroirs de mon cerveau commencent à s’ouvrir petit à petit. C’est en tout cas ce que je souhaite... »

Le réalisateur avoue aussi volontiers que durant la période précédant les débuts de création, il fait parfois des choses qui n’ont rien à voir avec la préparation d’un nouveau long métrage. Ainsi, à cette période, juste par plaisir personnel, il travaille en parallèle sur un manga d’une vingtaine de pages intitulé Une excursion à Tynemouth, hommage au texte Blackham's Wimpy de l'auteur britannique Robert Westall.

C’est seulement trois mois plus tard, le 8 mai 2006, que Miyazaki commence à parler de l’idée du film à ses deux principaux collaborateurs, son directeur de l’animation Katsuya Kondô et son directeur artistique Noboru Yoshida. Il leur explique succinctement l’idée générale du film : l’histoire de Ponyo, une princesse-poisson à visage humain, née de l’amour de sa mère, la mer, et de son père, Fujimoto, un être humain. Elle s’échoue sur une plage et est sauvée par un jeune garçon de 5 ans nommé Sôsuke. Le titre de ce nouveau film : Ponyo sur la falaise.

À ce moment là, l’histoire reste encore très floue. Le réalisateur n’a pour l’instant qu’une idée très vague de ce que sera le film et n’y a pas encore réfléchi en détail. Mais il souhaite que le film soit amusant et l’ambiance joyeuse. « Je veux que le film donne l’impression que Ponyo soit mignonne et que Sôsuke soit un garçon courageux... »

C’est en tout cas la première fois qu’un film du réalisateur aura la mer pour cadre principal et que sa représentation sera l’un des enjeux formels du film. « Je voulais utiliser la mer depuis longtemps. Mais dessiner les vagues est un défi vraiment difficile. Il y a différents types de vagues : celles qui s’abîment sur la plage, celles qui composent les tempêtes... Je rêve d’arriver à représenter une plage avec un dessin simple mais très en mouvement. »

Il est maintenant notoire que Miyazaki trouve une partie de ses idées dans tout ce qu’il observe dans son entourage proche. C’est sa fameuse technique de « travailler dans un rayon de 3 mètres ». Par exemple, l’arrêt de bus que l’on voit dans Mon voisin Totoro est inspiré par celui qui se trouve à proximité de chez lui. Ponyo, quant à elle, trouve son inspiration dans le caractère de Fuki, la fillette de son collaborateur Katsuya Kondô.

Miyazaki a demandé à son directeur de l’animation de lui parler du caractère de sa fille. Par exemple, à un an et demi, elle refuse toujours de tenir son biberon : elle a déjà du caractère ! À partir des détails que Kondô lui a fournis, le caractère de Ponyo a déjà évolué dans l’esprit de Miyazaki. Le réalisateur a apprécié son fort caractère pour une si petite fille et c’est exactement ce qu’il cherche pour le personnage de Ponyo.

Mais l’un des principaux secrets de fabrication de Miyazaki est de commencer chaque nouveau film en dessinant des image board (des dessins en couleurs qui fixent l’ambiance des scènes du film) tout en réfléchissant à l’histoire. Le réalisateur couche sur le papier un maximum d’images sorties de sa tête. Il commence ainsi par dessiner sans même avoir une histoire précise en tête. Il intègre peu à peu des scènes, des motifs qu’il souhaiterait dessiner. Au départ, ses idées ne sont pas très précises mais il se force à dessiner. Il espère ainsi que cela va faire travailler son imagination. « La création des image board s’apparente un peu à l’idée de mettre un hameçon dans l’eau d’une rivière : on sait qu’il y a des poissons dans l’eau, mais parfois ils ne mordent pas ! »

Parallèlement à la conception des image board, Miyazaki réfléchit au scénario du film, notamment à la scène d’introduction. Il hésite entre faire débuter son histoire en présentant la vie quotidienne de Sôsuke, scène permettant au public de rentrer facilement dans le récit, ou par la vie sous marine de Ponyo, qui serait une ouverture plus originale mais aussi plus énigmatique pour le public. Mais Miyazaki pense également que la logique enfantine n’est pas celle des adultes et qu’ils s’adapteront très facilement à un tel début. Estimant finalement qu’un film trop compréhensible ne peut pas faire un film intéressant, c’est sur une séquence introduisant Ponyo que le film va s’ouvrir.

À partir de ce moment, l’imagination de Miyazaki s’épanouit et il achève rapidement la presque totalité des image board du début du film. Il en vient rapidement à dessiner un groupe de méduses et à y associer Ponyo. Ainsi, conclue-t-il, on peut introduire et montrer un bestiaire étrange dès le début du film. Il enchaîne ensuite en dessinant un bateau, qui, au matin, surprendra Ponyo par son bruit.

Mais, peu de temps après, en recommençant à rédiger le scénario, il déchirera finalement celui-ci. Il commence alors à regretter de s’être engagé dans la création d’un nouveau film. La création d’un film chez Miyazaki avance de façon sinueuse, ponctuée de nombreux doutes...

Trois semaines ont passé depuis la réunion entre le réalisateur et ses deux principaux collaborateurs. De plus en plus d’image board sont achevées mais Miyazaki reste anxieux. Le réalisateur cherche une approche différente par rapport à ses autres films. Ces derniers sont connus à travers le monde pour la richesse de ses images. Mais déjà, pour Le voyage de Chihiro, Miyazaki lui-même sentait qu’il avait atteint une limite dans la densité de détails que pouvaient offrir ses images.

C’est en février 2005 qu’il en prend pleinement conscience, durant un voyage en Angleterre, lors d’une visite de la Tate Britain de Londres. En effet, lors de la lecture de La Porte, il découvre que l’auteur, Sôseki Natsume voue une passion pour le tableau Ophélie (1851-1852) de John Everett Millais. Il se rend alors au musée londonien où il est stupéfait par les peintres du courant anglais préraphaélites du milieu du XIXᵉ siècle, et plus particulièrement par le tableau de Millais.

« Cette peinture est aussi dense que les images de mes films. J’ai finalement compris que je faisais la même chose que ces peintres, mais en moins bien. Ca ne sert donc à rien de continuer dans cette voie car je ne peux pas les surpasser. » Le réalisateur décide donc de changer de cap et de passer d’un style sans cesse plus détaillé à un style plus simple et naturel, plus proche du trait d’origine du studio Ghibli.

Nous sommes en juin 2006. Cette fois-ci, il cherche donc à simplifier son trait et il est à nouveau anxieux. Il évite donc soigneusement les ombres et des reflets de lumière dans son dessin. Il utilise à cette occasion des pastels secs, technique de mise en couleurs qu’il n’avait encore jamais utilisé auparavant.

Depuis le début de la création du film, Miyazaki a déjà multiplié les image board, mais celles consacrées à la séquence du tsunami sont les plus importantes et à partir de celle-ci, ses dessins avancent beaucoup plus vite. À cette période, Noboru Yoshida découvre ses dessins et commence à prendre conscience de la difficulté de créer un film rythmé avec des dessins simples et épurés. C’est à une toute autre façon d’animer à laquelle il va falloir réfléchir...

Le travail sur les image board terminé, Miyazaki commence ensuite à travailler sur l’e-konte (le story board) du film. Le réalisateur décrit l’univers de Ponyo comme un monde étrange. Pour ce film, il a décidé que l’e-konte serait en couleurs, en partie pour faciliter le travail des décorateurs et déterminer les couleurs des personnages. Chaque nouvelle partie de l'e-konte achevée est remise aux animateurs qui commencent alors le travail d’animation.

Production

Début juillet 2006, Hayao Miyazaki part en repérage au bord de la mer, à Setouchi, dans l’ouest du Japon. C’est la fin de la pré-production. La création de l’animation est imminente. Il profite de cette occasion pour se retrouver seul, une semaine, dans la maison de l’un de ses amis, au bord d’une falaise. Il n’oublie pas pour autant d’avancer l’e-konte du film. Mais plus la période de production approche, plus il est nerveux et de mauvaise humeur.

À la mi-juillet 2006, il est de retour à Koganei, en banlieue de Tôkyô, dans les murs du studio Ghibli. Il rejoint la centaine d’animateurs déjà présents pour participer à la production de l’animation. À cette date, il a déjà dessiné environ 50 image board durant la pré-production. De son côté, il continue l’élaboration de l’e-konte du film. « C’est un travail que je me réserve, car il n’y a qu’à moi que je peux faire confiance. »

La grande particularité de l’e-konte chez Miyazaki, c’est qu’ils sont créés comme les chapitres d’un manga. À intervalle régulier, après avoir fini de dessiner quelques pages, il s’arrête et appose en bas de sa dernière page les mots « à suivre » pour créer une attente de la part de son équipe. Il fait alors une coupure durant quelques jours, voire plusieurs semaines, pour réfléchir aux prochains développements de l’histoire. « Même si on a déjà une idée de la fin de l’histoire, elle va toujours changer en cours de production. »

Le producteur Toshio Suzuki explique que même si la production du film a déjà commencé, lui-même et l’équipe du film, ne peuvent pas deviner où ils vont. Miyazaki lui-même ne le sait pas non plus. Tous devront éprouver le doute de savoir si chaque nouvel apport donnera au final un bon film. Le déroulement de l’histoire n’est pas figé dès la pré-production.

De la même manière, comme dans une peinture, les personnages eux-mêmes évoluent eux aussi par touches en cours de production dans ses films. Dans le cas du personnage de Ponyo, plus la production avance et plus Miyazaki est soucieux de la personnalité égoïste et immature du personnage. Il imagine qu’elle va avoir du mal à vivre dans la société humaine et commence à s’inquiéter pour son avenir. Pour que Ponyo s’adapte bien à la société des hommes, il pense qu’il doit ajouter une scène. Mais il ne sait encore laquelle.

Il se replonge dans l’élaboration de l’e-konte et compose finalement la scène où Ponyo, pour la première fois, offre quelque chose à autrui : de la soupe et un sandwich à un couple et leur bébé. Et si Ponyo écrase ensuite les joues du bébé qui boude, c’est aussi pour lui insuffler un peu de son optimisme. Tout en dessinant, Miyazaki estime que ce genre de gestes apporte une grande évolution émotionnelle aux enfants. Avec cette scène, Miyazaki s’assure que Ponyo fera de bonnes choses quand elle sera devenue humaine. Finalement, Ponyo a beaucoup plus mûri au cours de la production que ce que le réalisateur imaginait.

C’est seulement le 8 mars 2007, 11 mois après le début de la production du film, que le tout premier plan du film, montrant Ponyo entourée de méduses, est achevé. Mais à la fin de l’été 2007, la création de l’animation ralentit dangereusement. La cadence à laquelle le réalisateur vérifie l’animation a fortement diminué. À cause de la fatigue, le nombre de plans à contrôler s’amoncelle. Mais le plus problématique reste l’e-konte. Celui-ci est resté bloqué au moment au Ponyo et Sôsuke partent en bateau.

L’histoire en elle-même est déjà terminée depuis longtemps : jusqu’à la fin du récit, le film sera axé sur comment Sôsuke réussira à tenir sa promesse de veiller sur Ponyo. Mais Miyazaki pense qu’elle manque encore d’un peu d’impact. Il est à la recherche d’une nouvelle séquence, qui, même si elle n’est pas nécessaire, soit frappante.

C’est à l’automne 2007, alors qu’il approchait de ses 67 ans, que Hayao Miyazaki aurait tenu les propos suivants à Toshio Suzuki : « Je suis arrivé à un âge où je peux compter sur mes doigts les années qui me restent à vivre. Bientôt, je retrouverai ma mère. Que vais-je lui dire quand ce moment arrivera ? ». Cette question a été au centre de la création et de tout le travail qu’il a accompli autour de Ponyo sur la falaise. Et même si au final, elle n’est pas forcement claire et explicite pour le spectateur à l’écran, c’est justement en évoquant le souvenir de sa mère disparue qu’il va tenter de nourrir le développement de l’histoire de son film.

Par le passé, dans certains de ses films, Miyazaki a déjà fait des références latentes à sa mère malade, atteinte par une tuberculose grave dès la petite enfance du réalisateur. Il l’a déjà représenté à chacune des époques de sa vie de femme : Dora, dans Le château dans le ciel ; la mère de Mei et Satsuki dans Mon voisin Totoro ; Sophie, dans Le château ambulant). Cette fois-ci, c’est à travers le personnage de la grand-mère Toki qu’il va l’évoquer. Le personnage est solitaire et difficile avec les gens de son entourage. À ce stade, Miyazaki n’a pas encore d’idée précise mais il sait maintenant qu’il veut créer une séquence marquante réunissant Toki et Sôsuke.

Le 18 octobre 2007 devient une date critique pour la production du film. L’e-konte est toujours au point mort et ralentit dangereusement toute la fabrication du film. La production lui demande de le terminer pour fin octobre. Mais en vain, l’e-konte reste au point mort. Le studio décidera finalement d’attendre un peu plus et repousse sa date d’achèvement à fin 2007.

Le 3 décembre 2007, une conférence est organisée au studio Ghibli devant les médias pour présenter la chanson titre du film. Interrogé sur celle-ci, Miyazaki espère que, puisque la chanson est joyeuse, avoir une conclusion aussi gaie. Mais il laisse aussi deviner l’impasse créative dans laquelle il se trouve et avoue qu’il ne le sait pas encore lui-même car l’e-konte n’est toujours pas achevé.

Miyazaki n’a jusqu'à présent pas écouté les musiques provisoires du film. Le lendemain, il s’oblige à écouter l’Image Album (maquette de la musique) du film, supervisé par Joe Hisaishi. La dernière chanson, Himawari no Ie no Rinbu Kyoku (La ronde de la maison des Tournesols), qui exprime les sentiments des grands-mères dans leur maison de retraite, retient son attention. Le morceau lui rappelle sa mère et même si c’est émotionnellement un peu difficile pour lui, il réécoute la chanson plusieurs fois.

À la mi-décembre 2007, Miyazaki a enfin commencé à dessiner l’e-konte de la séquence qu’il cherchait. Dans celle-ci, Fujimoto se dresse devant Sôsuke qui essaye alors de lui échapper pour protéger Ponyo. Tout à coup, Toki apparaît et appelle le garçon pour le sauver. Il faudra encore une quinzaine de jours au réalisateur pour en être pleinement satisfait.

Pour cette séquence, le réalisateur tente de faire appel à la frustration qu’il a ressenti dans sa petite enfance de ne pas pouvoir serrer sa mère malade autant qu’il le souhaitait. Il se demande comment Sôsuke pourrait étreindre Toki. Où comment il le ferait si il se retrouvait face à sa mère. Le réalisateur décide finalement que c’est Toki qui enlacera frontalement Sôsuke. Il est satisfait de cette séquence à travers laquelle il a trouvé un moyen d’exorciser ce qu’il ressent depuis son enfance.

Le mot de la fin, concernant cette crise de fin de production, reviendra au producteur Toshio Suzuki : « Il y a dans le film une scène de retrouvailles. Bien sûr, ce ne sont pas celles dont Hayao m’avait parlé. On ne le voit pas non plus dans le film, mais à travers un petit garçon de cinq ans, Sôsuke, il retrouve une vieille dame qu’il semble bien connaître. Je ne vous dévoilerai pas ce qu’ils se disent. Je vous demande simplement de regarder le film, et d’apprécier... »

Epilogue

Le 5 janvier 2008, la crise de l’e-konte a été surmontée. C’est aujourd’hui le jour de l’anniversaire du réalisateur. Il a 67 ans. Il reçoit en cadeau une bouillotte en forme de Ponyo. La production et son crayon s’orientent à présent vers la fin du projet. Il est finalement arrivé au happy end souhaité.

En juin 2008, le film est enfin achevé. Une projection interne, réservée aux collaborateurs du studio Ghibli, est organisée. Le 19 juillet 2008 est un jour encore plus important pour le réalisateur. C’est en effet à cette date, après plus de 2 ans de travail, que sort enfin son nouveau film, Ponyo sur la falaise, dans 340 cinémas à travers le Japon. « Je me suis réveillé tôt ce matin. J’ai peut-être le trac, mais c’est inconscient... »

Ponyo est considéré comme un beau succès au japon. Le film a atteint en 4 semaines d'exploitation 7,2 milliards de Yens et reste en haut du box-office. Il totalisera à la fin de sa carrière 15,5 milliards de Yens, se situant juste en-dessous de Princesse Mononoke. Les critiques ont salué unanimement le retour de Hayao Miyazaki à la simplicité, même si certains regrettent un scénario parfois abscons.
Le 8 avril 2009, le film commence sa carrière en France avec le même accueil des critiques dans la presse. Ils s'enthousiasment pour la beauté et la simplicité visuelle de l'œuvre, mais la cataloguent très vite comme « un film pour enfants », tout en relevant l'hermétisme de certains propos.


Ponyo sur la falaise : Art et technique

Le point sur lequel Hayao Miyazaki a bien insisté pour Ponyo sur la falaise était de ne pas avoir recours à l'animation 3D et de travailler au maximum de façon traditionnelle. Cela en résistance, mais aussi pour se différencier de la mode actuelle dans le milieu du cinéma d’animation japonais mais aussi mondial. Le réalisateur préfère continuer à proposer au spectateur ce que le studio Ghibli sait si bien faire, estimant aussi qu’il y aura toujours un public pour venir voir cette spécificité.

Graphisme

Cette fois-ci encore, tous les artistes du studio ont donc dessiné à la main, mettant en moyenne une semaine pour venir à bout de 5 secondes d’animation. C’est au total 170 000 dessins qui ont été nécessaires pour créer le film. Par exemple, rien que pour les 12 secondes du 5ᵉ plan du film, un travelling vers le bateau sous-marin de Fujimoto, c’est au final 1 613 dessins qui ont été nécessaires pour sa confection. Entre les dessinateurs, les décorateurs et les coloristes, c’est en tout plus de 350 personnes qui ont travaillé sur ce film et que Hayao Miyazaki a dirigées.

Pour concevoir ce film, le réalisateur s’est entouré d’une partie de ses plus fidèles collaborateurs. Le directeur de l’animation est Katsuya Kondô, qui avait déjà travaillé à ce même poste notamment pour Kiki, la petite sorcière. Mais c’est le travail qu’il a fourni pour l’animation, sur un character design épuré, pour le court métrage La chasse au logement qui lui a sans doute valu d’être désigné par Miyazaki.

Le directeur artistique est Noboru Yoshida, un des piliers du département des décors du studio Ghibli depuis Princesse Mononoke. Yoshida est un artiste dont le style personnel est proche de celui des livres illustrés pour enfants. Il a donné au film un style léger et rafraîchissant qu’il avait déjà eu l’occasion d’expérimenter sur le court métrage La grande excursion de Koro, pour lequel il s’était inspiré du style de l’illustratrice Akiko Hayashi. On voit à quel point les courts métrages du musée Ghibli ont une importance fondamentale dans la création des films du studio. On retrouve par ailleurs une similitude entre les scènes sous-marines de Ponyo et celles de Mon Mon, l'araignée d'eau. Enfin, les traits simples et presque enfantins, ainsi que le thème même du film évoquent également le court métrage La chasse à la baleine.

La grande excursion de Koro et La chasse au logement.

Dans cette équipe rapprochée, on pourra également citer le nom de la fidèle coloriste Michiyo Yasuda, la collaboratrice de longue date de Miyazaki. Tous ont joué un rôle important dans le processus de création d’un style graphique spectaculaire qui sert l’intensité dramatique du film.

Animation

Tout ce qui bouge à l’écran dans Ponyo sur la falaise a été animé à la main, renouant ainsi, pour le plus grand plaisir des spectateurs, avec la force vitale pétillante des anciens dessins animés dit « traditionnels ».

Pour l’animation, comme à son habitude, Hayao Miyazaki vérifie en détail tous les genga (poses clés) des animateurs et retouche lui-même ce qui ne va pas. Par exemple, pour la scène où Ponyo retrouve Sôsuke devant chez lui et l’étreint, le sentiment de joie n’était pas très bien décrit par ce que l’animateur lui a présenté. Il décide de retoucher les dessins en se demandant quelle est la meilleure façon de représenter cela. Quels sont les bons traits pour rendre la scène plus vivante et touchante. « La bonne ligne existe quelque part. À nous de la trouver. »

Finalement, Miyazaki exprime les sentiments de Ponyo grâce à la crispation générale de ses pieds et la position de ses doigts de pieds, ainsi qu’à la forme du pantalon de Sôsuke, gonflé dans le bas mais serré au niveau du bassin. « Retoucher l’animation signifie également autre chose d’important. Quand je vérifie et dessine des lignes, petit à petit je finis par comprendre ce que les personnages pensent ou comment ils se comportent. »

Toutes les scènes de métamorphoses de Ponyo sont étonnantes et font parties du charme du film. La plupart de ces scènes sont dues à l’animateur Shinji Ôtsuka, collaborateur régulier aux œuvres du studio Ghibli, mais aussi à celles, entre autres, du réalisateur Satoshi Kon (Perfect Blue, Millenium Actress, Tokyo Godfathers, Paprika). Selon Miyazaki, le graphisme utilisé dans ces scènes représente une nouvelle référence dans l’histoire du studio, dans sa façon inédite d’aborder le trait.

L’un des défis artistiques et formels pour Miyazaki dans le film est de représenter l’océan comme une entité vivante. Outre la représentation et l’animation de la mer, le réalisateur a aussi apporté une attention toute particulière aux créatures sous marines magiques qu’il a imaginé et qui viennent renforcer l’idée que l’eau est un personnage à part entière.

Ainsi, lors de la création de la scène du tsunami, alors que Ponyo cherche à retrouver Sôsuke, le réalisateur s’est plus particulièrement inquiété de la quantité de poissons géants qui devaient être présents à l’écran sans que cela rebute le public et atteigne ainsi son objectif. Selon lui, les petites sœurs de Ponyo, transformées par l’eau de vie, en jaillissant et en venant frapper l’eau de mer, doivent avant tout donner l’impression d’une explosion massive de vie comme à l’ère du Dévonien. Concernant la forme, elles représentent une hélice d’ADN.

Miyazaki a également expliqué à ses collaborateurs comment il imaginait voir bouger les poissons d’eau, ces étranges masses d’eau animées, pour qu’ils comprennent bien l’objectif esthétique de ces scènes. Dans toutes ces scènes, ce n’est pas la stricte représentation exacte de la forme d’un poisson ou de l’eau qui est importante, mais c’est l’idée, la sensation de matière en mouvement qui doit ressortir ici et frapper le spectateur.

Bande sonore

Le doublage

Après la tentative de confier le rôle de Hauru à l'idole Takuya Kimura dans Le château ambulant, pour Ponyo sur la falaise, Hayao Miyazaki semble vouloir renouer avec une tradition de doubleurs-acteurs. Tomoko Yamagushi est choisie pour incarner Lisa, Yûki Amami pour Gran Mamare et George Tokoro pour Fujimoto. Seul Kazushige Nagashima, qui double Kôichi, n’est pas un acteur mais une ancienne star du baseball reconvertie. Cependant, le personnage est si secondaire qu’il ne peut être un « argument de vente » auprès du public. Deux jeunes acteurs débutants, Yuria Nara et Hiroki Doi, doublent respectivement Ponyo et Sôsuke, leur insufflant toute l’énergie et la spontanéité de leur âge.

La musique

Ponyo sur la falaise ne serait sans doute pas le même film si Hayao Miyazaki n’avait pas écouté de manière intensive La Walkyrie de Richard Wagner. Il expliquera par la suite à ses collaborateurs que cette musique faisait circuler de l’adrénaline dans ses veines. La naissance et le lyrisme de la séquence centrale du tsunami, durant laquelle Ponyo et Sôsuke vont se retrouver, existe, de l’aveu même du réalisateur, parce qu’il a écouté la musique de ce compositeur.

La bande originale du film est réalisée comme à chaque fois pour un film de Miyazaki par Joe Hisaishi. En dehors de la fameuse scène du tsunami où les cuivres rappellent l’influence wagnerienne, le ton se veut très simple, comme un écho à la simplicité des traits. Le thème principal est joyeux, presque malicieux, comme Ponyo elle-même. Cependant on peut regretter un choix musical un peu trop illustratif et moins varié que pour Mon voisin Totoro ou Princesse Mononoke.

Joe Hisaishi a également composé les deux chansons du film. La première s’intitule Mer, notre mère. Au Japon les chansons sur la mer décrivent souvent celle-ci comme un paysage. Pour Ponyo, Miyazaki voulait, lui, une chanson totalement nouvelle, qui rompt avec cette tradition. Ainsi la chanson sur la mer est ici chantée par la mer elle-même. Un jour, Miyazaki découvre un poème de Wakako Kaku où la mer prenait la parole et va fortement s’en inspirer pour créer cette chanson.

La deuxième chanson a été écrite par Katsuya Kondô et s’intitule tout simplement Ponyo sur la falaise. Cette rengaine adorable est chantée par le duo Fujioka Fujimaki et Nozomi Ôhashi. Son air enfantin et répétitif lui donne un entrain qui n’est pas sans rappeler l’hymne des maternelles japonaises qu’est devenu la chanson de Mon Voisin Totoro.

Les secrets du générique de fin

Les spectateurs les plus attentifs (et surtout ceux qui seront restés jusqu’au bout du film) auront surement remarqué la nouvelle forme des crédits du générique de fin de Ponyo sur la falaise. Pour ceux qui ont eu l’occasion de se rendre au musée Ghibli pour voir l’un de ses courts métrages exclusifs, cette nouvelle présentation pour un long métrage n’était pas une découverte, puisque c’est depuis la création de ces courts que Hayao Miyazaki a instauré ce modèle de générique.

C’est le 5 mai 2009 (le jour des enfants au Japon), à l’occasion d’une projection publique de Ponyo sur la falaise, à Shimanto, une petite ville rurale en préfecture de Kôchi, que le réalisateur s’est exprimé sur les particularités du générique de fin de son film.

« Généralement, les crédits du générique de fin des films récents sont très longs. Parfois un nombre incalculable de noms défilent sur un simple fond noir. Même sur nos films, ce sont plus de 400 personnes qui travaillent dessus et voir tous ces noms défiler prendrait à chaque fois au moins 5 minutes. Si le thème du film est joué en même temps, il sera surement trop court et Joe Hisaishi devra alors rallonger le morceau artificiellement. Désolé pour lui... (Rire)

Vous savez, si vous vous rendez à l'étranger et que vous allez voir un film là-bas, quand les crédits du générique de fin commencent à défiler, les lumières de la salle se rallument et la quasi-totalité des spectateurs quitte leurs sièges. Les seuls à regarder la fin du générique sont finalement souvent les parents des collaborateurs du film, à la recherche du nom de leur fils ou de leur fille.

Même si nos films sont faits pour les plus petits, les crédits du générique de fin doivent également refléter son style. La première version du générique de fin de Ponyo faisait 1 minute et 50 secondes. J'ai dû forcer 400 noms à rentrer dedans, ainsi j'ai dû éliminer toute forme de hiérarchisation et j’ai juste classé les noms par ordre alphabétique (NDT : non pas dans l’ordre de l’alphabet latin, mais dans l'ordre du modèle japonais : A, I, U, E, O).

Même les noms des entreprises n'ont pas été placés en position dominante. Des grandes entreprises comme Tôhô et NTV aux minuscules studios comme Anime Torotoro, tout a été classé alphabétiquement. J'ai même ajouté les noms de l’équipe d’entretien de notre studio ainsi que ceux du personnel de notre crèche interne. Et, dans un espace laissé vierge, j'ai ajouté les noms de Shachi, Makkuro et Ushiko, les trois chats qui ont élu domicile dans nos locaux, que nous avons trop nourris et qui au final, sont devenus trop gros.

En conclusion, chaque membre du personnel qui a vu les crédits de fin a été très satisfait de celui-ci. C'est un modèle avec lequel personne ne peut se plaindre au sujet de l'ordre, de la taille des caractères ou de la hiérarchie des postes. Je suis fier d'avoir adopté ce modèle et nous le maintiendrons dans de futurs films.

Comme vous avez pu le voir, certains de nos collaborateurs principaux et les doubleurs ont leurs noms crédités dès le générique d'ouverture. C'est parce qu'ils œuvrent grâce un talent spécial et j'ai pensé qu'ils devaient bénéficier d’une juste considération, d'une autre manière. »


Ponyo sur la falaise : Références culturelles

Références japonaises

Les glaïeuls

Le glaïeul a plusieurs significations dans le langage des fleurs, dont « amour passionné », « souvenir », « effort » et « oubli ». Peu de fleurs symbolisent autant d'idées à la fois. Alors qu'il travaillait sur les décors avec son directeur artistique pendant la phase de pré-production, Hayao Miyazaki exprima son désir de faire figurer des glaïeuls dans le film. Il désirait q'ils soient les témoins de l'amour simple et passionné de Ponyo et des efforts que fait Sôsuke pour surmonter l'épreuve qui se présente à lui, mais aussi un symbole, après que tous les événements du film soient terminés, de l'oubli qui s'empare des personnages quand ils reprennent leur vie ordinaire comme si rien ne s'était passé, comme si tout n'avait été qu'un rêve.

La mer

Hayao Miyazaki invente ici sa propre mythologie, puisque Gran Mamare est une invention personnelle, la divinité de la mer au Japon étant traditionnellement le dieu Susanoo. Gran Mamare incarne l'image de la fertilité et de la plénitude, à l'image de la Lune qui l'accompagne à chacune de ses apparitions. Miyazaki retourne donc à une vision plus primitive de la divinité.

Le requin-baleine

Un des monstres du Dévonien, le Devonynchus, ressemble à un requin-baleine gigantesque avec un corps étrangement plat. Imaginée par Hayao Miyazaki, cette créature s'apparente selon lui à un Ittan Momen, un monstre du folklore japonais dont le corps ressemble à un long morceau de tissu blanc.

Ittan Momen dans le manga GeGeGe no Kitarô (Kitaro le repoussant) de Shigeru Mizuki.

Les sirènes

Les sirènes japonaises, appelées Ningyo (de nin, « humain » et de sakana, « poisson »), sont traditionnellement représentées avec un corps de poisson, une tête humaine et des dents de singe. La légende raconte que si un humain mange la chair d'une sirène, il devient immortel. Capturer une sirène amène le malheur et des violents orages chez celui qui l'a pêchée. Si elle échoue sur la plage, elle apporte guerre et calamités en tout genre.

Ningyo de Toriyama Sekien (1781).

On remarquera qu'ici, Ponyo échoue sur la plage et se fait capturer par Sôsuke, d'où la réaction terrorisée de Toki, convaincue, à juste raison qu'un tsunami va déferler sur la ville. Quant au mythe de l'immortalité, Hayao Miyazaki l'inverse. En goûtant le sang de Sôsuke, Ponyo devient plus humaine et à la fin mortelle.

L'Umi-bôzu

Les poissons d'eau, serviteurs fidèles de Fujimoto, semblent se rattacher à l'univers multiformes des yôkai japonais et entretiennent plus particulièrement des liens étroits avec l'Umi-bôzu.

L'Umi-bôzu est un spectre marin qui, comme la très grande majorité des yôkai, jouit d'une image très négative. Il est connu pour faire chavirer les navires, petits ou gros, et pour faire peur aux marins. Il ressemble à une grosse vague très arrondie qui possède de gros yeux sans paupières. Son nom, formé de l'association des caractères japonais « mer » et « moine » (ou « bonze »), devient dès lors tout à fait simple à comprendre : « mer » pour définir le lieu où il habite et « moine » pour décrire son aspect arrondie (les moines au Japon ont, traditionnellement, le crâne rasé).

Dans un environnement difficile, où la mer et le climat sont impossibles à prédire, la croyance en des spectres Umi-bôzu peut se comprendre aisément. Le passage par l'image durant l'époque Edo (débutant vers 1600 et prenant fin vers 1868) est d'ailleurs une manière de briser cette peur. Dessiner un yôkai, c'est lui enlever une partie de son mystère. Une manière aussi de le « posséder », de le dominer, comme l'on possède l'estampe où il est représenté. Car rien n'empêche alors de le caricaturer, de le déformer, ou de le ridiculiser. Au passage, il est amusant de constater que ce yôkai a déjà été utilisé par Isao Takahata, dans son long métrage Pompoko, lors de la fameuse séquence du défilé des yôkai. Il serait, par ailleurs, également difficile d'évoquer ce passage du film sans parler du travail du mangaka Shigeru Mizuki (Kitaro le repoussant) sur les yôkai, car il a été une importante source d'inspiration graphique pour le film de Takahata.

L'Umi-bôzu tel que représenté par Shigeru Mizuki et ayant lui-même inspiré celui visible dans Pompoko.

Si l'on souhaite remonter plus loin dans la représentation de l'Umi-bôzu avec des sources plus anciennes, il faut s'orienter vers deux peintres d'estampes. L'Umi-bôzu d'Utagawa Yoshinobu (1838-1890) est certainement l'une des estampes les plus connues sur cette apparition. Elle s'inspire elle-même d'une estampe d'un de ses maîtres, Utagawa Kuniyoshi (1797-1861).

L'Umi-bôzu d'Utagawa Yoshinobu et celui d'Utagawa Kuniyoshi.

Sôsuke

C'est le prénom du personnage principal du roman de Sôseki Natsume La porte. Sôsuke est celui « qui vit dans une maison sous la falaise ». Or, Hayao Miyazaki a lu les œuvres complètes de cet auteur après avoir terminé Le château ambulant.

Références universelles

Andersen

La petite sirène est un conte de Hans Christian Andersen. La petite sirène est la fille du roi des océans, mais elle est fascinée par le monde des humains. Un jour, elle assiste au naufrage d'un navire et sauve le jeune prince qui allait se noyer. Elle le dépose sur une plage où il est recueilli par des jeunes filles. Elle va voir la sorcière des mers pour se faire transformer en humaine. Celle-ci accepte en échange de la voix de la sirène et prévient la jeune fille : si le prince épouse une autre jeune fille, la petite sirène sera transformée en écume. La jeune fille se rend au palais et retrouve le prince. Le jeune homme ne se souvient plus d'elle et est persuadé que la jeune fille qui l'a recueilli sur la plage est celle qui l'a sauvé. Bien qu'il soit amoureux de cette chimère, il promet à la sirène de l'épouser. Mais lors d'un voyage, il rencontre la fille d'un roi qui n'est autre que la jeune fille de la plage. Dès lors, il abandonne la petite sirène et annonce son mariage avec sa dulcinée. Plutôt que de tuer le prince et d'ainsi se sauver, elle préfère se sacrifier et se jette à la mer, se transformant en écume.

C'est à cette légende que fait référence Fujimoto et Gran Mamare, lorsqu'ils apprennent que Ponyo est amoureuse d'un humain, le père de la sirène craignant pour la vie de sa fille.

Brünnhilde et les Walkyries

La Walkyrie est le deuxième volet de la tétralogie de Richard Wagner, Der Ring des Nibelungen. Brünnhilde, est l'aînée des neuf sœurs Walkyries. Dans la deuxième partie, son père Wotan l'abandonne seule sur un rocher, entouré de flammes, car elle lui a désobéi et l'a trahi. Le lien avec Ponyo est donc ici évident, bien que l'héroïne wagnerienne ait un destin ô combien plus sombre et funeste. Quant à Wotan, ce chef des dieux tente d'empêcher la fin des dieux et du monde en général, comme Fujimoto.

Par ailleurs, la musique de la scène du tsunami évoque irrésistiblement le mythique air de Wagner La chevauchée des Walkyries (prélude de l'acte III, scène 1).

Les monstres du Dévonien

Les Dipnorhynchus et les Bothriolepis sont des poissons qui vivaient réellement à l'époque du Dévonien et dont des fossiles ont été retrouvés.

Dipnorhynchus et Bothriolepis.

Ponyo sur la falaise : Fiche technique

Crédits

Titre 崖の上のポニョ (Gake no Ue no Ponyo)
Ponyo on the Cliff by the Sea / Ponyo sur la falaise
Année de création 2008
Scénario, storyboard et réalisation Hayao Miyazaki
Directeur artistique Noboru Yoshida
Assistants directeur artistique Naomi Kasugai, Naoya Tanaka, Takashi Ômori
Character design Katsuya Kondô
Directeur de l'animation Katsuya Kondô
Assistants directeur de l'animation Akihiko Yamashita, Kitarô Kôsaka, Megumi Kagawa, Takeshi Inamura
Animateurs clés Atsuko Tanaka, Makiko Futaki, Hiromasa Yonebayashi, Shinji Ôtsuka, Takeshi Honda...
Contrôle de l’animation Hitomi Tateno, Rie Nakagome, Kaori Fujii
Couleurs Michiyo Yasuda
Directeur de la photographie Atsushi Okui
Musique Joe Hisaishi
Chanson Mer, notre mère Paroles : Wakako Kaku et Hayao Miyazaki
Musique, composition et arrangement : Joe Hisaishi
Interprétation : Masako Hayashi
Chanson Ponyo sur la falaise Paroles : Katsuya Kondô et Hayao Miyazaki
Musique, composition et arrangement : Joe Hisaishi
Interprétation : Fujioka Fujimaki et Nozomi Ôhashi
Producteur exécutif Kôji Hoshino
Producteur Toshio Suzuki
Production Studio Ghibli, Nippon Television Network Corporation, Dentsu Inc., Hakuhodo Inc., Buena Vista Home Entertainment, d-rights, Tôhô

Doublage japonais

Sôsuke Hiroki Doi
Ponyo Yuria Nara
Lisa Tomoko Yamagushi
Kôichi Kazushige Nagashima
Fujimoto George Tokoro
Gran Mamare Yûki Amami
Toki Kazuko Yoshiyuki
Yoshie Tomoko Naraoka
Kayo Tokie Hidari
La jeune mère Rumi Hiiragi
Les sœurs de Ponyo Akiko Yano

Doublage français

Sôsuke Tom Trouffier
Ponyo Camille Timmerman
Lisa Agathe Schumacher
Kôichi Philippe Bozo
Fujimoto Boris Rehlinger
Gran Mamare Anneliese Fromont
Toki Danièle Hazan
Yoshie Arlette Thomas
Kayo Micheline Dax

Quelques chiffres

Date de sortie du film au Japon 19 juillet 2008
Date de sortie du film en France 11 janvier 2009 (en avant-première au Festival international de la bande dessinée d'Angoulême) puis le 8 avril 2009
Durée du film 1 heure 41 minutes
Nombre d'entrées au Japon Environ 12,8 millions de spectateurs
Box-office Japon 15,5 milliards de ¥
Nombre d'entrées en France 917 784 spectateurs

Récompenses

  • 2008 - Festival international du film de Venise : nommé au Lion d'or
  • 2009 - Mainichi Film Concours : lauréat du Prix Noburô Ôfuji
  • 2009 - Japan Academy Awards : lauréat du Meilleur film d'animation et de la Meilleure musique
  • 2009 - Chicago Film Critics Association Awards : nommé pour le Meilleur film d'animation
  • 2009 - Asian Film Awards : nommé pour le Meilleur film et le Meilleur réalisateur, lauréat du Meilleur compositeur
  • 2010 - Annie Awards : nommé pour la Meilleure réalisation et la Meilleure musique