Le vent se lève


« Le vent se lève !... Il faut tenter de vivre ! »
(Paul Valery)
Kaze Tachinu (Le vent se lève) s'inspire de la vie de l'ingénieur en aéronautique Jirô Horikoshi. Sa vie sera jalonnée d'événements historiques clés : le séisme de Kantô en 1923, la Grande Dépression, l'épidémie de tuberculose et l'entrée en guerre du Japon. Inventeur extraordinaire, Jirô connaîtra l'amour avec Nahoko et, grâce à l'avion de chasse Zéro, il fera entrer l'aviation japonaise dans une ère nouvelle.
Peu après la sortie du film au Japon, Hayao Miyazaki a annoncé qu'il mettait définitivement un terme à sa carrière dans le long métrage. Dans ce qui serait donc son ultime projet, le cinéaste démontre pourtant qu'il n'avait pas tout dit. Il nous surprend en réinventant une nouvelle fois son cinéma et en nous offrant son œuvre la plus personnelle et la plus adulte. Le vent se lève est un très grand film, unique dans la filmographie de Miyazaki ce qui le rend d'autant plus indispensable.
En complément : Le vent se lève, le manga qui a inspiré le long métrage.
Film conseillé à partir de 14 ans (voir guide des parents)
Sources : dossier de presse français du film - documentaire 1 000 jours dans la production du Vent se lève réalisé par Kaku Arakawa - site officiel du film (Kazetachinu.jp) - The Art of The Wind Rises
Remerciements : merci à Yasuka Takeda pour les traductions
Le vent se lève : Résumé détaillé

Une jeune garçon s’endort et rêve... Il marche sur le toit de sa maison et monte à bord d’un petit avion pourvu d’ailes étranges. Il survole les paysages, fait quelques pirouettes, puis il entend au loin des vrombissements. Une immense machine volante émerge des nuages, des bombes menaçantes et des ombres noires pendues à sa carlingue. Le jeune garçon n’a que le temps de lever la tête avant qu’une pluie d’explosifs ne lui tombe dessus, anéantisse son avion et le projette dans les airs. Le jeune garçon se réveille et met de grosses lunettes pour sortir du matin flou.


Il s’appelle Jirô et se rend comme tous les matins à l’école. Un de ses professeurs lui tend un journal en anglais sur l’aviation. Alors qu’il sort de son école, il aperçoit trois gaillards en train d’agresser un petit garçon. Jirô se précipite et défend la victime, en pratiquant une prise de judo. De retour de chez lui, sa mère le réprimande gentiment sur sa tenue abîmée et débraillée. Jirô monte dans sa chambre et sa sœur cadette, Kayo, le rejoint. Elle lui en veut terriblement de ne pas jouer avec elle et de lui préférer les avions. Jirô parcourt le journal et découvre un nom : Caproni, un génial constructeur italien d’avions.


Plus tard, dans la nuit, Kayo rejoint son frère sur le toit. Jirô a enlevé ses lunettes, persuadé d’améliorer ainsi sa vue, bien qu’il ne puisse apercevoir les étoiles filantes qui sillonnent le ciel. Il part à nouveau dans ses rêves. Il voit Caproni descendre d’un avion. Ce dernier l’invite à monter dans sa dernière création : un avion destiné à faire voyager les civils. Carponi lui explique également que l’important n’est pas de piloter mais de concevoir les avions. Jirô se réveille et dit à sa mère qu’il veut désormais être ingénieur.


Plusieurs années passent et Jirô est désormais étudiant. Il est à bord d’un train bondé et décide de prendre l’air sur le marchepied situé à l’extérieur du wagon. Il voit de l’autre côté une jeune fille sortir de la première classe, accompagnée par sa gouvernante. Le chapeau de Jirô s’envole et est rattrapé de justesse par la demoiselle, qui manque de tomber. Il remercie chaleureusement la jeune fille qui rentre dans le wagon, non sans échanger ensemble autour d’un poème de Paul Valéry : « Le vent se lève... Il faut tenter de vivre. »


Plus tard, la terre se met à gronder puis à trembler. Une gigantesque secousse fait stopper net le wagon. Les passagers, désorientés, hagards et parfois blessés, s’échappent et paniquent. Jirô garde son calme et retrouve la jeune fille en proie à la plus grande détresse. En effet, sa gouvernante s’est fracturée le pied et Jirô se propose de la porter jusqu’au quartier tokyoïte d’Ueno, où vit la famille de la jeune fille.


Jirô met à l’abri les deux jeunes femmes et leur apporte de l’eau. Il se propose de prévenir la famille de la jeune fille, cette dernière décide alors de l’accompagner jusqu’à chez elle. Fort heureusement, sa maison n’est pas touchée. La jeune fille est très vite amenée à l’intérieur de la maison et ne peut remercier son bienfaiteur. Celui-ci indique ensuite à deux hommes de la maison où se trouve la gouvernante, avant de disparaître dans la foule. Jirô se rend à l’université où il retrouve un camarade, Honjô. Quelques livres ont pu être évacués, mais le vent tourne et l’incendie se propage dans la ville.


Deux années plus tard, Jirô termine ses études à Tôkyô, entièrement reconstruite. Un midi, alors qu’il déjeune avec son ami, il tombe sur une arête de maquereau et est fasciné par sa courbure parfaite. Une fois en classe, alors qu’il tente de la reproduire, il reçoit un colis remis par une mystérieuse jeune femme. Il contient notamment une règle, celle qu’il avait mise comme attelle au pied fracturé de la gouvernante lors du tremblement de terre. Jirô se précipite dehors mais arrive trop tard, la jeune femme a disparu.


Le soir, il rentre chez lui et découvre sa sœur Kayo, qui l’attend avec, comme toujours, des reproches. Elle compte le rejoindre à Tôkyô pour pouvoir suivre des études de médecine, bien que son père s’y oppose. Jirô promet à la jeune fille de l’aider à réaliser son rêve mais lui explique qu’il va bientôt partir à Nagoya pour travailler au sein de l’entreprise Mitsubishi.


Plus tard, Jirô rejoint donc l’usine de construction d’avions. Sur le chemin, il voit beaucoup d’hommes errant dans la campagne. Le Japon est touché par une pauvreté et un retard technologique extrêmes. Il arrive à l’usine où son chef, Kurokawa, petit mais très vif, lui fait visiter les différents ateliers au pas de course. Il le présente à l’équipe comme le « petit génie », puis lui demande de se mettre immédiatement au travail, notamment sur les points de fixation des ailes.


Jirô retrouve son ami ingénieur Honjô. Ils se rendent dans les ateliers et découvrent que le travail demandé a déjà été fait. Il s’agissait donc d’un test pour vérifier la capacité d’analyse et de travail de Jirô. Il rentre au bureau d’études. Kurokawa l’attend avec le directeur du projet, Hattori. Jirô lui montre non seulement les plans, mais prouve qu’il a amélioré le système, ce qui impressionne son chef de projet.


Les mois passent et l’avion chasseur est enfin terminé, prêt à être présenté à l’armée. Malheureusement, alors qu’il tente de prendre de la vitesse, l’avion se disloque. L’armée choisit donc une entreprise concurrente et Mitsubishi ne peut plus produire d’avion chasseur. Kurokawa l’annonce à Jirô et lui explique que désormais, ils devront construire des bombardiers à partir de la technologie allemande, en avance de plusieurs décennies. Kurokawa lui explique que Mitsubishi va désormais collaborer avec l’Allemagne pour faire des bombardiers et que Jirô est désigné pour aller étudier leur technologie chez l’entreprise Junkers.


Jirô, alors qu’il rentre chez lui dépité, croise sur son chemin trois enfants pauvres, affamés et effrayés. Alors qu’il leur propose des gâteaux, ces derniers s’enfuient. Jirô en parle ensuite avec son ami Honjô qui lui explique qu’il a dû leur faire peur. Il lui rappelle aussi que le coût d'un seul avion construit par Mitsubishi pourrait faire manger des dizaines de petits Japonais pendant un an. Mais Honjô, bien qu’attristé par la situation économique, ne regrette pas de travailler dans l’aviation, puisque c’est son métier et sa passion. Il explique à son ami que lui aussi est envoyé en Allemagne mais qu’il souhaite se marier avant de partir afin d’avoir une certaine stabilité.


Les deux jeunes hommes et la délégation japonaise arrivent en Allemagne. Les officiers allemands sont plutôt méfiants, craignant un espionnage industriel. Mais finalement, sous la pression de l’avionneur Junkers, ils acceptent que l’équipe d’ingénieurs japonais monte à bord d’un de leurs avions. Jirô est fasciné par la technologie.


En revanche, le climat de l’Allemagne est sombre et angoissant : un soir, alors que Jirô et Honjô se promènent dans la rue, ils croisent un groupe d’hommes qui s’enfuient dans la nuit noire. Leurs poursuivants allemands mettent en garde les deux japonais avec un air menaçant...


Un soir, alors que Jirô dort, Honjô apprend que l’équipe des japonais doit regagner le pays. Honjô est le seul à rester en Allemagne. Jirô, quant à lui, doit partir vers l’Ouest pour aller observer les autres technologies. Jirô rêve qu’il est à bord d’un train avec Caproni. Il annonce à Jirô qu'il va prendre sa retraite et arrêter l'aviation. puis il quitte brusquement le train en marche et saute dans la neige, invitant Jirô à le suivre. La neige disparaît subitement et tous deux arrivent dans une grande prairie. Caproni invite Jirô à monter dans un énorme avion où de nombreux invités s’amusent.


Caproni explique à Jirô que l’avion n’est pas fait pour supporter des bombes, mais qu’il s’en fiche car son but étant de créer un bel avion, qu’importe ensuite que les commanditaires de l’armée ne soient pas satisfaits ! Caproni lui confie alors que les avions sont des créations superbes mais qui ont un destin funeste, puisqu’arme de destruction et de guerre. Il souhaite ensuite bonne chance à Jirô, car selon lui, les ingénieurs disposent environ de 10 années de création intense, et Jirô débute tout juste les siennes.


Quelques années plus tard, Jirô est rentré et travaille sur un chasseur. Celui-ci part dans les cieux et semble s’envoler vers un avenir prometteur. Quelques jours plus tard, Jirô est envoyé quelques temps en vacances dans une pension. Alors qu’il part se promener dans la nature, il voit au loin une jeune femme en train de peindre sous un immense parasol. Celui-ci s’envole, Jirô l’attrape et le remet au père de la jeune fille.


Jirô rentre dans sa chambre et s’allonge pensif. Il revoit son avion s’envoler dans les airs... avant d’exploser en plein vol. Ces quelques jours de repos sont donc avant tout un moyen d’oublier ce cuisant échec.


Le soir, lors du repas à l’hôtel, Jirô et la jeune fille s’observent. Le lendemain, il voit les affaires de la jeune fille et part à sa recherche. Il la surprend près d’une source en pleine forêt et elle lui avoue avoir prié pour qu’il vienne. Elle lui révèle son identité : Nahoko Satomi. Elle est la jeune fille qu’il a sauvée dans le train des années auparavant. Jirô est bouleversé par cette révélation et apprend que c’est bien elle qui lui a offert la règle d’ingénieur quand il était étudiant à Tôkyô, juste avant qu’il parte pour Nagoya.


Le soir, alors qu’il guette l’arrivée de la jeune fille, un Allemand, Castorp, l’aborde. Ce dernier lui confie que l’Allemagne sombre dans le chaos à cause des nazis et que Junkers, en choisissant de s’opposer à eux, est désormais lui aussi en danger. L’allemand craint également pour l’avenir du Japon, qui continue sa politique expansionniste destructrice. L’échange est cordial, jusqu’à ce que le père de Nahoko arrive et informe Jirô que sa fille fait une forte poussée de fièvre et doit rester alitée.


Pendant quelque temps, Jirô guette l’apparition de Nahoko, en vain. Un jour, il construit un petit avion en papier et l’envoie vers le balcon de la jeune fille, qui apparaît au même moment. Tous deux s’amusent longuement avec l’avion qui virevolte dans le ciel. Une tendre complicité se noue entre les deux jeunes gens, qui apprennent à se connaître. Un soir, devant Carstorp, Jirô annonce à M. Satomi qu’il est amoureux de Nahoko et souhaite l’épouser. Celle-ci l’avertit alors qu’elle est atteinte de la tuberculose. Mais Jirô s’en moque et Nahoko lui demande alors d’attendre sa guérison pour qu’ils puissent se marier.


Jirô rentre à Nagoya et découvre que son ami Honjô a progressé dans l’élaboration de son avion. Il lui propose d’utiliser une technologie révolutionnaire de rivet, mais Honjô décline, préférant laisser à son ami sa brillante découverte. Jirô reprend donc ses plans et se met à travailler avec ardeur à son nouvel avion. Mais le jeune homme est sous la surveillance de la police secrète depuis sa rencontre avec Carstorp. Kurokawa décide alors de l’héberger chez lui et de le protéger à n’importe quel prix, l’empêchant même d’aller récupérer son courrier chez lui.


Mais un jour, Kurokawa appelle Jirô car il a reçu chez lui un télégramme : Nahoko est extrêmement souffrante et a craché du sang. Jirô se précipite dans le premier train pour se rendre au chevet de sa bien-aimée. Mais il doit repartir le soir-même pour son travail. Après son départ, Nahoko prend la décision de partir en sanatorium pour pouvoir guérir et vivre avec Jirô. Tous deux se mettent alors à échanger de nombreuses lettres mais très vite, le manque se fait trop fort. Un jour, Nahoko décide de quitter le sanatorium et de rejoindre Jirô, persuadée que sa place est auprès de son fiancé.


Celui-ci refuse au début mais comprend que Nahoko souhaite être auprès de lui, coûte que coûte, et veut lui apporter tout son soutien. Il sait aussi qu’il ne parviendra pas à créer son avion si Nahoko est loin de lui. Tous deux demandent alors à Kurokawa et son épouse de les marier. Ce dernier refuse dans un premier temps, convaincu que ce choix conduira Nahoko à la mort, puis comprend l’importance de cette union, malgré son aspect éphémère et fragile. C’est donc dans l’émotion que Jirô et Nahoko sont unis. Ils vivront désormais tous les deux chez les Kurokawa.


Jirô se met à travailler avec ardeur, soutenu par Nahoko qui pourtant s’étiole peu à peu. Kayo, maintenant interne en médecine, vient un jour rendre visite à son frère et s’inquiète de l’état de la jeune femme. Jirô a conscience du danger mortel couru par son épouse, mais tous deux ne peuvent vivre l’un sans l’autre et Nahoko sait que Jirô doit poursuivre son rêve envers et contre tout. Jirô poursuit donc la construction de son avion, réussissant peu à peu à relever tous les défis techniques et à élaborer un avion chasseur performant.


Il annonce à Nahoko que son projet prend fin et qu’il va devoir s’absenter quelques jours le temps que l’avion soit testé en vol. Après son départ, Nahoko annonce qu’elle part se promener avant l’arrivée de Kayo. Celle-ci la croise en bus. En arrivant à la maison des Kurokawa, Kayo découvre une lettre annonçant que Nahoko est repartie au sanatorium et comprend que la jeune fille, trop malade, préfère mourir seule.


À quelques kilomètres de là, Jirô est train de regarder son avion battre tous les records. Au moment où ce dernier atteint enfin la vitesse tant espérée, Jirô est parcouru d’un frisson et d’une certitude : Nahoko est partie.


Une scène de guerre apparaît alors : des avions bombardent une population civile qui s’enfuit...


Les années ont passé, Jirô marche dans l’herbe. Celle-ci est jonchée de carcasses d’avions. Caproni attend Jirô en haut de la colline. Jirô lui avoue être le responsable de tous ces morts et de toute cette désolation. Caproni l’enjoint alors à regarder ses avions qui s’envolent vers le ciel pour rejoindre une immense cohorte d’avions. Il lui demande d’être fier de ces avions qu’il a conçus et de penser à ce que Jirô avait de plus cher.


Le regard de Jirô se porte alors au loin et Nahoko apparaît. Elle se dirige vers lui et prononce alors quelques mots : « Vis ta vie. » Puis le vent se lève et l’emporte au loin.


Jirô murmure alors en pleurant : « Merci », avant de rejoindre Caproni au loin…

Le vent se lève : Personnages
Jirô Horikoshi

Tout au long de sa vie, Jirô apparaît comme un personnage rêveur, s’évadant volontiers dans l’univers onirique où les avions prennent des formes extravagantes et où il peut marcher sur les ailes d’un bombardier aux côtés de son idole, l’ingénieur Caproni. Cet aspect lunaire est compensé par une compréhension hors normes des avions, lui permettant de repousser sans cesse les limites technologiques de l’époque.

C’est aussi un homme passionné, prêt à tout sacrifier pour son rêve : les avions. Personnage frondeur et épris de justice dans sa jeunesse, il oublie peu à peu ses idéaux humanistes afin de se concentrer sur ses chasseurs. Bien qu’il soit conscient de leur usage militaire et de leur portée destructrice, son but est avant tout de construire des avions et de les voir voler, quelque soit leur usage ensuite.

Passionné, il l’est aussi en amour, Nahoko et lui formant un couple fusionnel quasi indissociable, ce qui aboutira par la suite à la perte de la jeune fille. En amour comme en conception d’avion, Jirô est donc prêt à tout sacrifier pour vivre pleinement chaque instant, quitte à en payer lourdement derrière le prix de la culpabilité. Il lui faudra atteindre l’âge de 42 ans pour être libéré de ce poids vis-à-vis de sa femme et des victimes de la guerre, acceptant enfin de tenter de vivre...
Jirô est librement inspiré de deux personnes ayant existé : Jirô Horikoshi, l’inventeur de l’avion Zéro et Tatsuo Hori, qui a écrit un livre sur sa femme tuberculeuse, Le vent se lève.
Nahoko Satomi

Plus jeune que Jirô, Nahoko apparaît dès les premiers instants comme une jeune fille romantique, cultivée et passionnée. Lorsqu’elle revoit le jeune homme, dès années après leur première rencontre, elle semble être restée la même, à la fois timide et spontanée, gracieuse et fragile.
Souffrant de la distance qui les sépare, elle a également conscience que sans elle, Jirô ne peut réussir à vivre pleinement son rêve et a créé l’avion. Elle décide de quitter le sanatorium et de mettre sa vie en péril pour être auprès de son futur mari. Bien qu’extrêmement souffrante, elle masque sa souffrance et reste aux côtés de Jirô jusqu’à l’achèvement de son avion. C’est avec discrétion, sans fracas et sans bruit qu’elle s’éclipse lorsque la maladie devient trop forte, elle part rejoindre le sanatorium pour y mourir seule, loin de celui qu’elle aime plus que tout.

Au final, Nahoko est un personnage essentiel pour Jirô et tous ceux qui l'entoure, bien que sa présence soit relativement fugace, discrète et ponctuelle tout au long du film. Elle apparaît sublimée et presque irréelle dans la scène du mariage, dans son attitude tranquille, sa fragilité extrême et sa délicate manière de marcher.
Nahoko est inspirée du personnage principale du Vent se lève, livre de Tatsuo Hori sur sa femme tuberculeuse vivant dans un sanatorium et son prénom est tiré du livre Nahoko du même auteur.
Personnages secondaires
Honjô

Meilleur ami de Jirô, il connaît ce dernier à la faculté puis travaille à ses côtés pour Mitsubishi. Tout aussi féru d’aviation que Jirô, il est toutefois plus timoré quant aux défis techniques et se moque volontiers des accès créatifs de son ami. Toutefois, il reconnaît également le génie de son ami et lui est d’une fidélité sans faille.

Honjô est librement inspiré de Kiro Honjô, ingénieur japonais ayant travaillé sur le G4M, bombardier issu des usines Mitsubishi.
Kayo Horikoshi

Petite sœur de Jirô, Kayo semble constamment reprocher à son frère de ne pas être assez attentionné avec elle. Toutefois, c’est grâce à l’appui de son frère que la jeune fille déterminée et frondeuse réussit à devenir interne en médecine. Venant régulièrement rendre visite à son frère, elle se prend très vite d’affection pour Nahoko et cherche désespérément à faire prendre conscience à Jirô du danger que sa belle-sœur court en ayant quitté le sanatorium.
Kurokawa

Petit homme nerveux, Kurokawa dirige d’une main de fer les ingénieurs chez Mitsubishi. Capable de colères terribles, il se laisse toutefois émouvoir par l’amour de Nahoko et Jirô et n’hésite pas non plus à protéger ce dernier quand la police secrète cherche à l’embarquer. Confiant dans les talents de son protégé, il lui confie à plusieurs reprises des projets ambitieux. Son attitude explosive et son physique disgracieux amènent une touche comique au film.
Hattori

Chef des projets aéronautiques chez Mitsubishi, Hattori est un homme discret et sage, très curieux quant aux projets novateurs de Jirô. Avec Kurokawa, il prend le risque de lui confier des projets ambitieux et est même prêt à impliquer son entreprise pour sauver son protégé de la police secrète japonaise. Ce personnage est librement inspiré de Jôji Hattori, chef du département technologique de Mitsubishi.
Castorp

Allemand rencontré par Jirô dans une pension de vacances, l’homme se révèle un amateur de cresson, de musique, de littérature et de politique internationale. Très critique quant à la politique nazie et japonaise, il est persuadé que ces deux pays courent à leur perte. Il est également très sensible à l’histoire d’amour de Jirô et Nahoko, assistant même à leur déclaration de sentiments. Son engagement politique le fait cependant quitter précipitamment la pension et on ignore s’il a pu fuir ensuite le Japon ou s’il s’est fait arrêter. Le nom de son personnage est tiré de La montagne magique de Thomas Mann, livre évoqué dans le film par le personnage et par Jirô.
Caproni

Ingénieur italien, il n’est présent que dans les rêves de Jirô, dont il est l’idole. Apparaissant comme un créateur de génie, il est source d’inspiration pour le jeune homme, qu’il appelle le « garçon japonais ». Il est en réalité un double de Jirô en plus âgé, prêt à tout pour que ses rêves d’avions aboutissent, même si ceux-ci doivent ensuite devenir des engins de guerre et de mort. Il est aussi convaincu qu’un ingénieur a 10 ans de création devant lui avant que son génie ne s’éteigne. À la fin du film, Il permet à Jirô de se réconcilier avec son passé et de ne plus ressentir de culpabilité. Caproni est librement inspiré de Giovanni Battista Caproni, ingénieur qui a fondé une entreprise d'aviation célèbre en Italie.
Le vent se lève : Analyse
Jamais un film de Hayao Miyazaki n’aura suscité autant de débats, tant au Japon que dans le reste du monde. Film anti-patriotique pour certains japonais, apologie d’un créateur d’engins meurtriers selon d’autres, l’œuvre de Miyazaki est même accusée de faire l’apologie du tabac. Pourtant, après la découverte du dernier film de Hayao Miyazaki, on oublie bien vite ces querelles aussi futiles qu’inintéressantes pour s’incliner devant cette œuvre aussi magistrale que novatrice.
Jirô, un personnage au cœur de la tourmente
Le documentaire de la NHK retraçant les 1 000 jours de production du Vent se lève met en évidence un fait : jamais Hayao Miyazaki n’a été aussi peu sûr de lui dans le choix de son histoire.
Au départ simple manga d’une quarantaine de pages autour des avions de Jirô Horikoshi, l’histoire a semblé si intéressante et si novatrice au producteur Toshio Suzuki que ce dernier n’a eu de cesse de pousser Miyazaki à la mettre en images animées. L’absence intrinsèque de fantastique, le ton résolument adulte et l’approche historique représentaient à ses yeux un véritable challenge. Mais tout au long de la réalisation, Miyazaki lui-même se pose sans cesse une question : comment mettre en scène un personnage, certes passionné d’aviation, mais aussi responsable indirect de la mort de dizaines de milliers de personnes durant la Seconde Guerre mondiale ?
La solution trouvée par Miyazaki est simple : il ajoute une trame émotionnelle avec l’histoire d’amour de Nahoko et Jirô. Mais il ne choisit pas de montrer une histoire d’amour fictive et totalement inventée, qui aurait pu édulcorer la réalité historique et déresponsabiliser Jirô en le rendant plus attachant.

Il utilise en réalité la véritable histoire d’amour de l’écrivain Tatsuo Hori avec son épouse tuberculeuse Nahoko, qu’il prête à Jirô et sa femme. Cet ajout permet de resituer le Japon dans une réalité concrète : la maladie faisait alors des ravages et condamnait de fait les malades à une mort quasi-inéluctable. Elle permet également d’approfondir le personnage de Jirô : d’aspect froid, toujours très raide dans ses statures, avare de paroles, il est pourtant un personnage passionné et entier tant sur le plan professionnel qu’en amour. Il sait pertinemment que ses avions serviront à faire la guerre, de même qu’il a conscience que son histoire avec Nahoko est condamnée.

Pourtant, il décide de pleinement vivre ses choix, jusqu’au bout, malgré les doutes, malgré le poids de la culpabilité et de la tristesse. En voulant atteindre l’amour dans sa forme la plus pure, en rêvant de voir son avion parfait voler dans le ciel, Jirô accepte également de détruire ce qu’il a de plus cher.
Ce film n’est pas révisionniste car il montre bien que Jirô a conscience de l’utilisation de ses avions. Par le biais du personnage allemand Castorp, Miyazaki condamne également la politique agressive et meurtrière du Japon en Asie. Jirô lui-même reconnaît ses torts et sa responsabilité dans les affres de la guerre. En mettant en scène la vie romancée de Jirô Horikoshi, Miyazaki dépeint tout simplement l’homme dans toute sa complexité et dans toutes ses nuances : passionné, destructeur, amoureux, imaginatif, cruel, égoïste, généreux...

« Il faut tenter de vivre » est véritablement le leitmotiv du film. Il faut tenter de vivre, malgré l’adversité, malgré la colère, le doute, la guerre. Il faut tenter de vivre ses rêves jusqu’au bout, sans nier ensuite sa responsabilité. C’est ce que Miyazaki dépeint dans ce film de manière magistrale, au-delà de polémiques aussi vaines que futiles.
L’œuvre la plus personnelle de Hayao Miyazaki
On retrouve dans Le vent se lève certains motifs chers au cœur de Hayao Miyazaki. Outre les étranges êtres noirs chevauchant des bombes et le navire volant qui évoquent irrésistiblement Le château ambulant, la passion du cinéaste pour les avions est ici logiquement omniprésente. Mais dans ce film, n’est-ce pas lui-même que Miyazaki cherche à analyser avant tout, nous livrant ainsi une œuvre personnelle au cœur de ses interrogations les plus intimes ?

L’allusion la plus évidente est la maladie qui touche Nahoko, la tuberculose, qu’avait également contractée la mère de Miyazaki et qu’il avait déjà représentée dans Mon voisin Totoro. Mais son passé familial resurgit également à travers l’avion Zéro lui-même : dans une interview accordée à Télérama (n°3338, 4 janvier 2014), Hayao Miyazaki a expliqué que ce film était un moyen de se réconcilier avec son propre père. Ce dernier avait fourni des gouvernails pour l’avion Zéro, avec peu d’états d’âme. Miyazaki, né en 1941 et anti-militariste, se disputera de nombreuses fois avec son père à ce sujet. En mettant en scène Jirô, il veut chercher à comprendre les motivations de son père, sans le juger, sans le condamner. À travers ce personnage conscient de l’usage militaire et guerrier de ses avions mais qui souhaite poursuivre son rêve coûte que coûte, c’est toute une génération que Hayao Miyazaki veut nous présenter, celle qui a à la fois sorti le Japon d’une misère insondable et provoqué sa perte.

Hayao Miyazaki, ses deux frères, et leur père.
Ce regard porté par Miyazaki sur le passé est un écho à notre présent et notre futur. Selon Miyazaki, toujours dans Télérama, le Japon est au bord du même précipice et peut à chaque moment basculer. La prise de position de Miyazaki n’est d'ailleurs pas seulement symbolique à travers quelques allusions dans son film, puisqu’en juillet 2013, dans le magazine Neppû, il ira jusqu’à écrire une longue diatribe contre la politique du gouvernement de Shinzo Abe et pour une reconnaissance des crimes de guerre du Japon en Asie.
Bien évidemment, on retrouve également un questionnement plus personnel dans le caractère de Jirô, aveuglé parfois par sa passion et prêt à tous les sacrifices. Jirô n’est-il pas Hayao Miyazaki, qui a sacrifié sa santé, son temps, probablement sa famille pour sa passion de l’animation ? Le choix même de Hideaki Anno est en ce sens très révélateur, comme n’a pas manqué de le souligner le blog de Papacube. Anno, avant d’être le réalisateur d’Evangelion, a travaillé avec Miyazaki sur Nausicaä de la Vallée du Vent et poursuivra une carrière marquée par l’influence de son maître, qu’il s’agisse de la série Nadia, le secret de l'eau bleue, du court métrage L'invention des machines imaginaires de destruction pour l’exposition Le château dans le ciel ou encore le court métrage Kyoshinhei Tôkyô ni Arawaru, mettant en scène le dieu-guerrier de Nausicaä.
Récemment, sur le ton de la plaisanterie, Miyazaki avait avoué qu’il verrait bien Anno réaliser la suite de Nausicaä, plaçant ainsi le réalisateur comme son fils spirituel. Il n’est donc pas anecdotique qu’Anno ait été démarché et choisi comme doubleur par Miyazaki et Suzuki pour interpréter Jirô, lui-même reflet de Miyazaki et de ses aspirations. Toutefois, on ne peut que constater que la voix d’Anno, son ton neutre, parfois froid et distant, parfois impétueux et emporté, sa diction très particulière conviennent parfaitement au personnage de Jirô, à la démarche un peu rigide et maladroite.
Quant à la passion des avions de Miyazaki, elle est ici omniprésente... Des engins volants fantasmagoriques au Zéro en passant par les origamis, l’avion est ici présent sous toutes ses formes, fendant l’air et défiant l’apesanteur, s’arrachant à la gravité et à la lourdeur terrestre. Le réalisateur rend même hommage aux avions précédemment dessinés dans sa carrière. Ainsi à la fin du Vent se lève, les trois aviateurs rejoignent une voie lactée d’avions, vision fugace rappelant inéluctablement Porco Rosso. Quant à Caproni, n’est-ce pas lui l’inventeur du Ca-309 Ghibli qui prit son envol durant la Seconde Guerre mondiale et qui inspirera Miyazaki quant au nom du studio...


Ce dernier film de Miyazaki met donc en scène sa passion dévorante pour l’aviation, tout en réveillant chez lui ce lourd paradoxe : il aime les avions de guerre mais a en horreur leur utilisation guerrière, tout comme Jirô qui devra porter le lourd fardeau de ce paradoxe durant le reste de sa vie.

La maîtrise de la narration et de la mise en scène
Si on retrouve les thèmes chers à Hayao Miyazaki dans Le vent se lève, on est loin toutefois de la mise en scène et de la narration habituelle du réalisateur.
En effet, jusqu’ici, Miyazaki se pliait à une tradition théâtrale, celle de l’unité de temps, de lieu et d’action. Ses films se déroulent le plus souvent sur quelques jours, autour d’une intrigue principale et dans un lieu défini. Dans Le vent se lève, le réalisateur choisit de présenter 30 ans de la vie de Jirô Horikoshi, de ses 10 ans à ses 40 ans, à Tôkyô, Nagoya ou encore en Allemagne. Miyazaki n’hésite pas non plus à magner l’ellipse, tout en refusant les effets habituels de ce type de narration. En effet, le spectateur ne perçoit l’ellipse que dans les changements de costumes, de lieux ou encore dans le vieillissement des personnages. Aucune date n’est réellement donnée, aucun rappel au passé n’est fait par les personnages. Tel un documentaire, Miyazaki semble poser sa caméra à des moments précis de la vie de Jirô, sans artifice de mise en scène, pariant sur l’intelligence du spectateur et sa faculté à lier les scènes entre elles, malgré parfois les années et les divers évènements qui les séparent.



Le lien entre ces scènes, c’est principalement Jirô lui-même qui le fait, puisque Miyazaki fait là encore un pari audacieux : c’est ce personnage qu’il suivra durant toute la durée du film. Les seules entorses sont trois courtes scènes, toutes centrées sur Nahoko : lorsqu’elle crache du sang, lorsqu’elle reçoit la lettre de Jirô au sanatorium et qu’elle s’enfuit, et quand elle quitte définitivement Jirô à la fin du film. Jirô est donc le fil rouge, filmé dans des scènes du quotidien, probablement parmi les plus belles et les plus intimes de Miyazaki, comme leur mariage presque onirique, où Nahoko apparaît de manière prophétique tel un fantôme. Ou encore cette scène à la fois poignante et si juste où Jirô fume une cigarette tout en tenant la main de sa chère aimée, tous deux conscients du poison qu’est cette fumée pour la jeune femme, mais aussi de leur amour impossible et forcément condamné. Pour la première fois dans sa carrière, le réalisateur met en scène des moments d’amour, avec plusieurs baisers échangés entre nos deux héros.

Mais au-delà de l’idylle très romancée de Nahoko et Jirô, Miyazaki conserve toujours une distance vis-à-vis de son personnage principal. Ce dernier reste quelqu’un de sérieux et réfléchi, presque froid, sauf lorsqu’il créé ses avions ou qu’il tombe amoureux. Il est également un peu gauche dans ses mouvements et sa démarche. Et bien évidemment, le spectateur assiste à l’heure de gloire mais aussi à la chute annoncée, à cette lourde responsabilité dans la mort de sa femme comme dans la guerre. On assiste également à la conception de ses avions, aux réunions caricaturales avec les militaires, aux essais, aux voyages professionnels... Rien n’est mis de côté et Miyazaki trouve le juste équilibre pour relancer à chaque fois l’histoire et notre intérêt pour Jirô. L’ellipse est donc ici parfaitement maîtrisée, poussée jusqu’à l’art par Miyazaki, qui réussit à nous montrer un quotidien tout en jouant sur les époques et les lieux, sans céder aux poncifs du genre.
Autre élément remarquable par rapport à la filmographie de Miyazaki : la place du rêve. Habituellement chez Miyazaki, hormis une scène dans Nausicaä, le rêve fait partie intégrante de la réalité des personnages, il n’y a jamais de limite entre le monde onirique et le monde réel, qu’il s’agisse de Mon voisin Totoro, Le voyage de Chihiro ou Ponyo sur la falaise. Les personnages sont plongés dans un univers fantastique où ils ignorent eux-mêmes s’ils rêvent ou s’ils sont dans la réalité. Dans Le vent se lève, autobiographie oblige, Miyazaki est contraint de représenter le rêve comme un moment à part entière dans la vie de Jirô, clairement défini dans la narration. Le rêve y apparaît dans toute sa dimension, à la fois symbolique et reflet de l’inconscient. C’est ainsi que Jirô y retrouve son héros, son double et son mentor, Caproni, à bord d’engins volants de plus en plus délirants, qui rassure le héros sur ses choix : devenir ingénieur, construire des avions à tout prix, choisir de vivre son rêve jusqu’au bout quel qu’en soit le sacrifice. Le spectateur n’est pas à l’aise comme Jirô, il n’est pas dans la logique du personnage, il assiste en spectateur « rationnel » à ce moment. Les bruitages des avions, réalisés à la bouche, rendent ainsi ces moments angoissants, les changements impromptus de lieux, les gestes et actions impossibles à réaliser dans la réalité, tout rappelle au spectateur que l’on est dans le rêve de Jirô et que ce dernier cherche donc avant tout à se rassurer et à trouver des réponses.

De manière résumée, Miyazaki avait choisi dans ses films précédents une vision très jungienne du rêve : onirisme, utilisation de symboles universels, expérience presque mystique pour le spectateur qui ne sait plus lui-même ce qui est réel et ce qui ne l’est pas. Ici Miyazaki opte pour une dimension plus freudienne : le spectateur ne peut pas se « perdre » dans le rêve, il est clairement dans celui de Jirô, au cœur de son inconscient et de ses désirs, de ses contradictions et de ses doutes. Caproni apparaît comme un prophète mais rien n’indique qu’il ne s’agit pas simplement de Jirô qui obéit à ses propres injonctions. La poésie n’est donc pas le cœur de ces rêves, Miyazaki cherche plutôt à sonder le cœur de l’homme, à le comprendre.
La dernière scène prend ici tout son sens : la présence de Caproni nous fait comprendre qu’il s’agit d’un rêve de Jirô. Celui-ci gravit un cimetière d’avions avant de rejoindre l’italien. Jirô voit au loin trois Zéro, qui partent rejoindre une cohorte d’avions abattus durant la guerre. Jirô regarde alors au loin et aperçoit Nahoko, qui s’envole à jamais. La scène est poignante et bouleversante parce que le rêve de Jirô comporte certes quelques symboles et allusions, mais Miyazaki choisit de présenter ce moment sans pathos dans la mise en scène, sans adieu déchirant, sans absolution du héros. Jirô est lucide, face à lui-même, à ses réussites, à ses échecs et à ses responsabilités. Et ses larmes, nos larmes se mêlent parce que nous ne le jugeons pas, nous le comprenons, dans son humanité si imparfaite et si touchante.

Le vent se lève est donc une œuvre à part entière parce qu’elle s’éloigne complètement de la filmographie de Miyazaki. On se rapproche beaucoup plus de la conception de Isao Takahata du cinéma et de sa volonté de se rapproche d’une vision brechtienne du cinéma : il ne s’agit pas de faire du sentimentalisme mais de faire appel à la raison du spectateur. Cela ne signifie pas un réalisme pointilleux et n’empêche pas Miyazaki d’utiliser le rêve, l’histoire d’amour ou la poésie. Mais le but n’est pas de leurrer le spectateur ou de le faire adhérer à une vision orientée du monde. C’est tout simplement d’être au cœur de l’homme, dans toute sa complexité et sa fragilité.
Le vent se lève n’est pas qu’une citation de Paul Valéry ou de Tatsuo Hori, c’est aussi la dernière phrase du manga Nausicaä, écrit des années auparavant par Miyazaki. Ce chef-d'œuvre, à la fois exemplaire et novateur, ajoute une nouvelle gamme d'émotions à la vaste palette des oeuvres de Miyazaki, tout en ouvrant de nouvelles perspectives pour cette carrière pourtant vaste et riche.
« Je veux créer quelque chose de réaliste, quelque chose de fantastique, de parfois caricatural, mais qui soit au final un magnifique film. »
Le vent se lève : Production
Origine
À l’origine du film, se trouve le manga éponyme dessiné par Hayao Miyazaki et publié dans le magazine de modèles réduits Model Graphix d’avril 2009 à janvier 2010 (avec une pause en octobre 2009). Imaginé dès l’année 2008 et dessiné pour son propre plaisir quand il avait un peu de temps libre, ce manga, très documenté, avait déjà pour protagoniste le créateur de l’avion Zéro, Jirô Horikoshi, et pour cadre la Seconde Guerre mondiale. Le titre du manga est un vers extrait du Cimetière marin de Paul Valéry. Dans le film, Miyazaki introduit une seconde référence, japonaise cette fois : le roman Le vent se lève de Tasuo Hori, œuvre évoquant la mort de sa fiancée tuberculeuse.


C’est le producteur Toshio Suzuki qui a poussé Miyazaki à transformer son manga en long métrage : « Je le connais bien, et j’ai suggéré comme une évidence que son prochain film devrait être Le vent se lève. » Proposition que le réalisateur a tout d’abord refusé catégoriquement : « Pour moi, dessiner ce manga n’est qu’un simple passe-temps. Faire un film là-dessus est tout simplement hors de question. L’animation doit être faite pour les enfants. Nous ne devons pas faire de film qui soit uniquement destiné à un public adulte. »

Jirô Horikoshi

Tasuo Hori
Mais le producteur était curieux de voir comme le réalisateur adapterait son style sans avoir recours au fantastique. Il espérait que la frustration de ne pas pouvoir utiliser ses habitudes de mise en scène habituelles rajeunisse ses idées. « J’ai refusé de faire marche arrière. La curiosité est la qualité fondamentale de tout producteur. Quel genre de film pourrait créer Hayao Miyazaki avec la guerre pour sujet ? Les scènes de bataille sont le point fort de Miya-san. C’est certain, il ne voudrait pas faire quoi que ce soit de belliqueux pour son prochain projet. Cela, je le savais bien. Mais je sais aussi que souvent, quand un auteur est contrarié dans l’utilisation de sa technique la plus maîtrisée, il écrit des œuvres magnifiques. »
Le projet du doute
5 années se sont écoulées entre la sortie de Ponyo sur la falaise et Le vent se lève. Entre-temps, Hayao Miyazaki n’est bien sûr pas resté les bras croisés. Infatigable, le réalisateur a réussi à réaliser 2 courts métrages (M. Pâte et la princesse Œuf et La chasse au trésor) et à signer le scénario d’un troisième, Les souris sumo, pour le musée Ghibli. Il a également marqué de son empreinte, un peu par la ruse, les productions des films Arrietty, le petit monde des chapardeurs et La colline aux coquelicots, en co-écrivant le scénario et en supervisant les deux films.
Suite à la proposition de Toshio Suzuki de transposer son manga en long métrage, il aborde, non sans avoir énormément réfléchi, la production du Vent se lève fin 2010. « Je lui ai fait ma suggestion initiale à l’été 2010 » explique Suzuki. « Miya-san et moi avons continué à en discuter. Je me souviens que l’automne était là quand il m’a donné son accord et qu’il allait essayer de voir s'il pouvait en faire un film. Il m’a alors demandé de lui laisser jusqu’à la fin de l’année. »

Ce nouveau projet de film est difficile à aborder pour le réalisateur, car son histoire est fondée sur Jirô Horikoshi, un personnage historique japonais ayant vécu au XXᵉ siècle. C’est une histoire quasi autobiographique, contrairement à toutes celles qu’il a créé auparavant, toujours teintées de fantastique. De plus, l’avion Zéro, créé par Horikoshi, et qui va prendre une place importante dans l’histoire, a été utilisé pour donner la mort durant la Seconde Guerre mondiale. Prendre ce célèbre ingénieur comme personnage principal, c’est donc s’exposer au risque de glorifier la guerre.
En tout début de production, des collaborateurs du studio émettront même des réserves sur le choix de ce projet. La propre femme de Miyazaki lui signifiera également plusieurs fois son désaccord, lui suggérant plutôt de s’orienter vers un projet plus proche de Mon voisin Totoro.
Mais finalement, début 2011, le réalisateur décide d’adopter le projet comme son nouveau film. « Je n’oublierai jamais le jour où la décision a été prise d’avancer sur ce projet » reprend Suzuki. « C’était le 28 décembre 2010. Miya-san a immédiatement commencé à dessiner l’e-konte (storyboard), dès le début de la nouvelle année. Très vite, il a terminé les parties décrivant l’enfance de Jirô, jusqu’à sa rencontre avec Nahoko, au beau milieu du grand séisme de Kantô en 1923. »
Cependant, le making-of du film, diffusé par la NHK, nous apprend qu’un autre élément a sans doute joué dans la décision du réalisateur. C’est en effet le 29 décembre 2010, lors de la fête de fin d’année du studio Ghibli, que Miyazaki apprend de la bouche de Suzuki que Isao Takahata a commencé à travailler sur son nouveau film, Le conte de la princesse Kaguya. Takahata est bien sûr un compagnon de longue date et un bon ami du réalisateur, mais c’est aussi son plus grand rival. Pour ce projet, Takahata s’est lancé le défi artistique de révolutionner le medium de l'animation. « J’ai compris » seront les seules paroles de Miyazaki avant de retourner à la fête. En lui faisant cette annonce, Suzuki espère secrètement donner au réalisateur matière à réfléchir et le motiver pour créer quelque chose d’intéressant.


Famine, privation et catastrophe naturelle, le film décrit une période difficile de l’histoire récente du Japon. Aussi, la décision est prise que le fantastique sera complètement mis de côté et que le film ne s’adressera pas aux enfants. Cependant, tout au long de la production, Miyazaki ne cessera de se battre contre le doute et deux sentiments contradictoires : son désir de mener le film à terme, mais aussi la crainte que le public ne vienne pas le voir.
À cela vont s’ajouter d’autres défis pour lui. Notamment les premières scènes d’intimité amoureuse qu’il aura à mettre en images de sa carrière professionnelle. Avec ces scènes romantiques entre Jirô et Nahoko, le réalisateur espère aussi donner une autre direction au film, et ne pas seulement proposer l’histoire d’un homme qui veut créer un avion dans le contexte de la guerre.
La production
La production du Vent se lève proprement dite, débute en juillet 2011. 200 personnes ont travaillé sur le film. À la base, il y a l’e-konte de Hayao Miyazaki. Puis les animateurs donnent vie aux personnages. 160 000 dessins seront nécessaires pour les 2 heures du film, contrôlés et finalisés un par un par Miyazaki. Parallèlement à cela, le réalisateur devait avancer l’e-konte pour de nouvelles scènes, mais aussi diriger les décorateurs et contrôler la colorisation.
Avec ce film, Miyazaki souhaitait dépeindre des séquences de rêve, mais aussi des scènes de la vie quotidienne, et des paysages verdoyants du Japon entre l’ère Taishô et le début de l’ère Shôwa. Mais ce qu’il voulait par dessus tout pour ce film, c’est réussir les scènes de foule. « Les personnages qui composent la foule autour des personnages principaux ne sont pas n’importe qui » explique Miyazaki. « Ce sont des personnages qui ont leur propre existence à l’intérieur du film. Il ne faut pas les animer n’importe comment, mais vraiment y mettre de la vie. »
En animation, dessiner en détails une foule grouillante de personnages prend du temps. La plupart des autres productions ne rentre pas autant dans les détails. Mais pour ce film, Miyazaki n'a pas hésité. Ainsi, rien que pour une scène de 4 secondes, il aura fallu pas moins d’1 an et 3 mois de travail à un animateur pour en venir à bout.


Les scènes du séisme sont également difficiles. Dans leur réalisation, mais aussi parce que le studio Ghibli ressentira lui-même le séisme du 11 mars 2011 et ses conséquences. Après le drame, certains des collaborateurs de Miyazaki ont même refusé de jeter un œil aux pages de l’e-konte décrivant ce moment.
L’officialisation publique
Même si plusieurs informations avaient déjà fuité, c’est le 12 décembre 2012 que le studio Ghibli officialise les deux nouveaux longs métrages en production, Le vent se lève pour Hayao Miyazaki et Le conte de la princesse Kaguya pour Isao Takahata, pour une double sortie prévue pour l’été 2013. Les deux films sont alors prévus pour une sortie le même jour, mais séparément. Beaucoup de fans à travers le monde se réjouissent alors de cette double sortie, y voyant une sorte de bouquet final dans la carrière des deux co-fondateurs du studio. La dernière fois que Miyazaki et Takahata avaient proposés des film conjointement le même jour, ou même dans la même année, datait déjà d'un quart de siècle, lorsque Mon voisin Totoro et Le tombeau des lucioles étaient sortis au japon en 1988.
Cependant, le 4 février 2013, moins de deux mois après l’officialisation des deux projets, la société de distribution Tôhô annonça sur le site officiel du film le report à l’automne 2013 de la sortie du Conte de la princesse Kaguya, qui accuse un retard au niveau de l’e-konte. Le vent se lève, reste lui, toujours prévu pour sortir à l’été 2013. La sortie simultanée avec le film de Miyazaki n'est donc plus d'actualité, et rappelle aussi le retard qu'avait déjà accusé Takahata au moment de la sortie du Tombeau des lucioles, proposé à l'époque en salles dans une version de quelques plans inachevés durant ses premières semaines d'exploitation.
Sortie du film
En juin 2013, Le vent se lève est enfin achevé. « Merci à tous pour votre travail. J’ai un peu honte de l’avouer, mais c’est la première fois que je pleure pour un film que j’ai créé » déclarera Hayao Miyazaki, ému, lors de la projection interne.


C’est le 20 juillet 2013 que le film sort en salles nippones. Il se place, ce jour-là, parmi les meilleurs démarrages de l’année et cumulera plus de 120 millions de dollars au box-office (plus gros succès 2013 au Japon).
Cependant, personne ne se doute encore que ce sera là son ultime long métrage. C’est le 6 septembre 2013, lors d’une conférence de presse où sont présent un parterre de journalistes que le réalisateur annonce sa retraite en tant que réalisateur de longs métrages, arguant son âge avancé et son rythme de travail beaucoup moins rapide qu’auparavant. Cependant, à peine sa décision annoncée, on apprenait qu’il s’était remis à travailler sur un nouveau manga. Puis, tout début janvier 2014, des rumeurs et des propos rapportés par le producteur Toshio Suzuki, laissent maintenant à penser que le réalisateur serait peut-être une nouvelle fois sur le point de revenir sur sa décision de mettre fin à sa carrière...
En France, la date de sortie du film est fixée au 22 janvier 2014. Il bénéficie de nombreuses avant-premières. L'annonce de la retraite de Miyazaki rencontre un fort écho dans les médias français, qui relaient massivement l'annonce et mettent en avant le film par des unes, des dossiers spéciaux et des interviews.

Pour plus d'informations et d'images sur le projet et la production du film, lire notre retranscription du documentaire de la NHK : 1 000 jours dans la production du Vent se lève.
Le vent se lève : Art et technique
Graphismes et effets visuels
Scènes se déroulant dans les airs, ballets aériens d’avions fantasmés ou ayant vraiment existés, on retrouve dans Le vent se lève beaucoup des éléments préférés de Hayao Miyazaki. Mais aussi de nouveaux défis techniques, comme la représentation de catastrophes naturelles ou des mouvements de foule complexes.
Là où la quasi totalité des productions actuelles se serait appuyée sur le tout 3D pour produire ces scènes délicates, sur Le vent se lève, le studio Ghibli a été fidèle à sa marque de fabrique et a de nouveau privilégié l’animation traditionnelle, son dessin sur papier et ses décors peints à la main, n’ayant recours à l’informatique que pour assembler ces éléments, mais aussi pour enrichir discrètement le travail de ses animateurs et de ses décorateurs.
Pour ce film, le studio n’a jamais semblé aussi décomplexé par rapport à l’utilisation du numérique pour traiter et embellir ses effets spéciaux. Voici un passage en revue des différentes techniques utilisées sur le film et des intentions de réalisation justifiant leur utilisation.
La myopie de Jirô

Dans le film, le personnage de Jirô est myope. Hayao Miyazaki souhaitait vraiment insister sur la façon dont il pouvait voir à travers les verres de ses lunettes et sur sa vision dépareillée entre ses deux yeux. Notamment les flous, comme dans la scène où Jirô enfant se réveille et regarde le plafond et la lampe à travers sa moustiquaire et que ses yeux ne parviennent pas à faire une mise au point précise. Dans une autre scène, sur un dirigeable observé à travers ses lunettes et qui se dédouble légèrement, ce sont des distorsions qui ont été ajoutées.
Les masques

Pour la scène entre Jirô et Nahoko, à Karuizawa, près d’un réservoir d’eau, lorsque le vent se lève et souffle à la surface de l’eau, le mouvement des vagues qui passent au premier plan a été dessiné à la main. Les plus petites, au second plan, et les reflets de lumière à la surface de l’eau, ont été ajoutés lors de la prise de vue et traitées numériquement à l’aide de masques.
L’avantage du numérique permet au studio Ghibli de traiter ces masques avec une plus grande souplesse par rapport à l’époque du tout cellulo.

La technique du masque a également été utilisée pour la scène de rêve de Jirô enfant, lorsque celui-ci teste son avion en forme d’oiseau et survole les rizières. Celles-ci prennent les reflets de la lumière du soleil qui se lève et s’éclaircissent peu à peu.

Lors des mouvements des ombres de la scène de poursuite se déroulant de nuit en Allemagne, ces masques ont été animés traditionnellement, à l’aide d’images clés, puis rehaussés d’effets numériques.

Le studio Ghibli a encore eu recours à la même technique lorsque Jirô écrit des chiffres sur ses plans. À l’époque du cellulo, le procédé consistait à filmer le chiffre en son entier à la prise de vue, puis à l’effacer petit à petit. Dorénavant, en utilisant un masque numérique, le procédé est inversé : c’est en le déplaçant qu’on fait apparaitre les traits un a un.
La pluie
À l’époque du cellulo, pour représenter la pluie, la technique consistait à mettre des coups de cutteur sur le cellulo. Avec cette technique, il n’était pas possible de créer différentes variétés de pluie. De plus, il était souvent impossible de les réutiliser. Avec le numérique, cet effet devient plus simple.

Dans Le vent se lève, lors de la scène ou Jirô et Nahoko marchent sous la pluie, celle-ci est d’abord dense, avant de devenir plus fine et de s’arrêter complètement. Avec le numérique, ce genre d’effet devient possible pour le studio Ghibli.

Neige et pétales de fleurs

Si la technique des particules a été utilisée pour simuler la neige de la scène de rêve de Jirô dans le train, celle qui tombe sur le sanatorium de Nahoko, ou encore des pétales de fleurs flottantes dans l’air de certains plans, le studio Ghibli n’a pas privilégié le tout numérique, mais préféré le cas par cas et l’efficacité d’une technique par rapport à une autre.

Aussi, pour la scène du mariage, lorsque Nahoko s’avance dans le couloir extérieur de la maison de Kurokawa, si les pétales de fleurs qui l’entourent sont simulées et animées en numérique, en revanche, celles qui flottent ensuite dans la chambre utilisent l’animation traditionnelle.
Fumée et nuages

Les nuages et la fumée sont des éléments importants dans Le vent se lève. Lors de la scène du séisme de Kantô, une fumée noire monte comme un nuage. Ce même nuage est repris plus tard dans le film, lors d’une scène de bombardement, légèrement retouché. Le mouvement de ce nuage a été animé en numérique.
Le séisme

Les scènes du séisme ont principalement été produites en animation traditionnelle. Mais les effets de vibrations du tremblement de la terre ont été animés directement par des mouvements de caméra. À cela ont été ajoutées numériquement des projections de terre diverses.
Durant la production du film, le studio Ghibli a directement vécu le séisme de la côte Pacifique du Tôhoku du 11 mars 2011. L’expérience et le ressenti de cette catastrophe a nourri le résultat final.
La lumière

Un soin particulier a été apporté à la lumière des scènes de rêve de Jirô. Pour la scène où Jirô et Caproni discutent sur les ailes d'un avion, plusieurs sources de lumière ont été ajoutées au décor pour accentuer la lumière du coucher de soleil sur le paysage. À la source de lumière principale venant du soleil ont été ajouté des sources de lumières diffuses sur les nuages environnants.
L’obscurité

Pour Le vent se lève, Hayao Miyazaki avait en tête les maisons des années 20 et 30 de l’ère Shôwa. A cette époque, l’intérieur des habitations japonaises étaient peu éclairées (la puissance de l’éclairage était alors équivalente à 40 watts pour une pièce d’une superficie de 4 tatamis et demi). Les plafonds étaient notamment très sombres. Mais au cinéma, si on utilise un noir profond, le résultat à l’écran sera peu intéressant esthétiquement. Les intérieurs des maisons du film ont donc bénéficié d’un travail important sur les contrastes pour décrire les endroits sombres et lumineux.
La fumée de cigarette

À l’époque du film, fumer n’était pas mal vu au Japon. Beaucoup fumaient et notamment la plupart des hommes. Pour Hayao Miyazaki, montrer des personnages en train de fumer est une caractéristique inévitable si on réalise un film qui se déroule à cette époque.
Cependant, pour éviter d’ajouter des nuages de fumée dans n’importe quel lieu public montré dans le film, le studio Ghibli a choisi de limiter cet effet à quelques décors uniquement, comme dans les scènes de café. Actuellement, au Japon, si on peut toujours fumer dans les cafés, ces endroits sont séparés en zone fumeurs et non fumeurs. A l’époque du film, cette distinction n’existait pas encore et ce genre lieu était toujours noyé dans des nuages de fumée. Pour ces scènes, le studio Ghibli a donc intentionnellement ajouté numériquement des nuages de fumée. Tout comme dans les scènes de train, où la fumée de cigarette est animée traditionnellement et complétée par un effet d’évaporation numérique.
Camera mapping

Le seul recours notable à la 3D sur le film a été pour des paysages en mouvement, comme ceux visibles à travers les fenêtres du train qui mène Jirô vers Tôkyô. Ils ont été traités par la technique du camera mapping qui consiste basiquement à projeter une image sur une forme 3D. Cette technique permet notamment de résoudre tout ce qui est problème de traveling dans un film d’animation traditionnelle, évitant le long travail fastidieux de dessiner image par image un décor qui défile et qui se déforme sous des effets de mouvements et de perspective.

La même technique a été utilisée pour la scène ou Kayo observe Nahoko à travers la vitre arrière du bus en mouvement ou lors de scènes à la gare de Nagoya.
Les effets sonores du film
Un choix audacieux a été fait quant aux effets sonores du film : ce sont des voix humaines qui les ont créés. Hayao Miyazaki a exprimé un intérêt particulier pour les effets sonores générés par la voix dès les tout premiers stades de ce projet. Des sons comme le grondement des moteurs d’avion, le sifflement de la vapeur d’une locomotive, ou le ronronnement d’un moteur de voiture, jusqu’au rugissement terrifiant du Grand Tremblement de terre de Kantô, ont été produits par des voix humaines.
Le court métrage La chasse au logement, réalisé par Miyazaki et visible au musée Ghibli depuis 2006, comportait lui aussi des effets expérimentaux réalisés grâce à la voix humaine. C’est la première fois que cette approche est appliquée à un long métrage.
Le son de la voix humaine apporte une personnalité particulière à de nombreux véhicules présents dans le film et également à des environnements et des lieux importants dans l’histoire, comme s'ils avaient leur propre existence, sans possibilité pour l'homme de les contrôler. Miyazaki lui-même a tenté de faire les effets sonores d’une scène : il a passé une audition, mais son équipe ne lui a pas donné son aval et il a dû renoncer à cette idée...
Doublage
Hideaki Anno, la voix de Jirô

À la surprise générale parmi les collaborateurs et les fans du studio Ghibli, c’est à Hideaki Anno, le réalisateur de la série phénomène Evangelion, qu’est revenu la tache de doubler Jirô.
Début décembre 2012, à seulement quelques mois de la sortie du film en salles japonaises, le rôle n’est toujours pas attribué. Si les caractéristiques du personnage de Jirô sont assez claires pour tout le monde, le studio Ghibli ne trouve cependant aucun doubleur professionnel qui corresponde à sa personnalité. C’est finalement le producteur Toshio Suzuki qui proposera à Hayao Miyazaki de se tourner vers quelqu’un qui ne vient pas du monde du tournage, comme Hideaki Anno.
Les deux réalisateurs sont des amis et Miyazaki est rapidement convaincu par le parallèle entre Jirô et Anno dans leur façon de travailler : en faisant avancer leurs projets dans la douleur. Il accepte de faire passer un test à Anno. « Un jour, j’ai reçu un coup de fil de Toshio Suzuki » explique Anno. « Il m’a dit : « On voudrait que tu sois la voix de Jirô. J’ai d’abord pensé que je n’en serai pas capable. Mais on m’a précisé que c’était une demande personnelle de la part de Hayao Miyazaki, alors nous avons décidé de faire un essai, pour voir. » »

Le 14 décembre 2012, Anno se présente donc pour l’audition. Miyazaki est immédiatement convaincu par la voix assez neutre du réalisateur. « Après l’audition, Miya-san est venu vers moi » explique Anno. « Il m’a fait un grand sourire comme je n’en avais pas vu depuis longtemps, et il m’a dit qu’il voulait que ce soit moi qui fasses Jirô. J’ai su que je n’avais plus le choix ! »
« Lors de l'audition, Miyazaki m'a dit que le rôle de Jirô était celui d'un homme assez réservé, économe en paroles » ajoute-t-il. « Mais quand j'ai regardé l’e-konte, il n'arrêtait pas de parler, de chanter et parfois même en Français et en Allemand ! Il s’est bien moqué de moi ! J'ai finalement accepté en me disant que même si je n'y arrivais pas, de toute façon, ce serait la faute de Suzuki et Miyazaki qui m'ont choisi. Néanmoins, j’ai fait tous les efforts possibles ! »
Excepté quelques petits travaux de doublage mineurs, c'est la première fois que Anno joue un rôle principal. « Pour les sessions d’enregistrement, j’ai conservé ma voix naturelle. Miya-san en était content, et cela m’a conforté dans mon sentiment que mon approche du personnage était la bonne. Créer de l’animation et des films, ou créer des avions donne peut-être un résultat différent pour le produit fini, mais je suis convaincu que ces deux métiers auxquels nous nous consacrons pleinement, Jirô comme moi-même, est de donner forme aux rêves, de les réaliser. Je me sentais très proche de Jirô, de ce qu’il vit au quotidien sous cet aspect-là. »
C’est un travail d’autant plus important que le film de plus de 2 heures comporte beaucoup de scènes avec Jirô. « Créer un film de plus de 2 heures est un travail immense, physiquement et mentalement. Lors de la dernière scène, j'étais vraiment bouleversé. »
Stephen Alpert


Stephen Alpert est un ancien collaborateur du Studio Ghibli qui a travaillé au Département International jusqu'à la fin 2011. À ce titre, il accompagnait Hayao Miyazaki dans ses déplacements à l'étranger et est très vite devenu proche du réalisateur. Il quitta le studio en 2011 pour raisons personnelles. Mais Miyazaki a voulu ensuite lui rendre hommage en dessinant un personnage qui lui ressemblait beaucoup physiquement, l'énigmatique Castorp. Il est amusant de constater qu'Alpert essaie de prendre un accent allemand lorsqu'il parle japonais, sans toutefois y parvenir pleinement. Cet écart est manifeste dans Das gibt's nur einmal, chanson populaire des années 30, que Castorp entonne avec un curieux accent aux intonations anglaises.
Le reste du casting
Miori Takimoto, qui double Nahoko, est une actrice, ancienne idole et membre du groupe J-pop SweetS. Mirai Shida, qui double Kayo, est une actrice déjà connue dans le monde du doublage, puisque c'est elle qui a précédemment doublé Arrietty dans le film Arrietty, le petit monde des chapardeurs.
La musique du film
La bande originale

Il s'agit de la dixième collaboration entre Joe Hisaishi et Hayao Miyazaki. On reconnaît le style inimitable du compositeur, alliant piano et musique symphonique, simplicité et envolées lyriques, langueurs romantiques et emportements épiques. La musique accompagne particulièrement bien la mise en scène de Miyazaki. Les passages de rêve avec Caproni prennent des accents d'Italie avec ses instruments à vents, sa mandoline et sa mélodie virevoltante et légère, non sans rappeler la musique de Porco Rosso. Mais cette musique se teinte aussi par moments de mélancolie et de gravité, comme pour rappeler les questionnements de Jirô. L'autre thème est lié à Nahoko, décliné autour de plusieurs variations. La mélodie est plus poignante, plus sentimentale et semble nous prévenir du funeste sort de l'amour de Jirô.
Hikôki Gumo, le générique de fin

C’est en décembre 2012, lors d’une émission pendant laquelle étaient présents Toshio Suzuki et Yumi Matsutôya, célèbre auteur-compositeur-interprète japonaise, que le producteur est allé trouver l’artiste. Alors qu’elle était sur scène, il lui a soudain fait une offre : « Votre chanson, Hikôki-gumo (terme désignant les traînées nuageuses laissées par un avion), s’accorde à la perfection à l’univers du film sur lequel nous travaillons actuellement » lui a-t-il dit. « Je suis en train de discuter avec notre réalisateur, Hayao Miyazaki, de la possibilité de l’utiliser comme chanson-thème du film. »
Cette offre a surpris tout le monde parce qu’elle est intervenue avant même l’annonce publique de la création du Vent se lève, et par conséquent ni l’équipe, ni Matsutôya elle-même, ne l’avaient anticipée. Yumi Matsutôya a accepté sans hésiter, en disant : « Vous me donnez le frisson... Il me semble que mes quarante ans de carrière dans la musique n’ont existé que pour ce moment... »
Ainsi, 24 ans après avoir collaboré une première fois sur Kiki, la petite sorcière, le studio Ghibli et l’artiste se retrouvent sur Le vent se lève. Yumi Matsutôya porte un attachement particulier à sa chanson, car Hikôki-gumo est une des chansons de son tout premier album, sur lequel elle portait son nom de jeune fille, Yumi Arai. Hayao Miyazaki a lui-même approuvé le choix de cette chanson, en disant « qu’elle épousait le film à merveille. » il est vrai que la musique avec son synthétiseur et la voix tantôt douce et tantôt impétueuse de Yumi Matsutôya ajoutent à la fin du film une note mélancolique, nostalgique et poignante, sans jamais sombrer dans le pathos. Or cette chanson, elle l'a écrit après la mort subite d'une de ses amies, évoquant le passage furtif de la jeune fille comme « un chemin blanc » et « une douce brume » ondoyant vers le ciel, à l'image de la frêle Nahoko emportée par le vent et la maladie à la fin du film.

Hideaki Anno, Hayao Miyazaki et Yumi Matsutôya.
1 000 jours dans la production
du Vent se lève


Pour la 3ᵉ fois, l'émission Professional Shigoto no Ryûgi a suivi durant 3 ans Hayao Miyazaki dans le processus de création d'un de ses films. Depuis 2010, c'est 300 heures de rushes qui ont été filmés par le réalisateur Kaku Arakawa. Le 26 août 2013, la chaine japonaise NHK a proposé un passionnant documentaire de 72 minutes, faisant suite à la sortie du film Le vent se lève en salles japonaises.
Voici une adaptation française de son contenu.
Janvier 2011


Hayao Miyazaki a commencé à songer au Vent se lève il y a deux ans déjà. Seule la première page du projet est terminée. Et pour moment, le réalisateur voit tout en noir : « Pour l'instant, ce n'est pas du tout intéressant. Je dois faire mieux. »
Ce nouveau projet de film est un défi pour le réalisateur car son histoire est basée sur un personnage ayant réellement existé durant la Seconde Guerre mondiale. C'est une histoire quasi autobiographique, contrairement à toutes celles qu'il a créées, toujours teintées de fantastique. Pour la première fois, à 72 ans, Miyazaki met les pieds dans un monde qu'il ne connaît pas.
Dans les premiers temps, il jette beaucoup d'esquisses à la poubelle. « Je suis nul. Je ne comprends pas comment décrire une foule de gens. Il y a plein de raisons pour ne pas faire ce film. Mais la vérité, c'est que j'ai envie de le faire. »
À cette époque, le réalisateur se bat contre deux sentiments contradictoires : la crainte que le public ne vienne pas voir le film et son désir de le mener à terme.
Automne 2012


C'est un moment charnière pour la production, car il reste moins d'un an avant la sortie du film. Mais Hayao Miyazaki traîne. Il enseigne à une collaboratrice des mouvements de stretching de son invention. Le lendemain, il rabroue un décorateur : « Ce que tu as fait ne va pas du tout. Tu n'es pas là pour dessiner ce que tu veux. Dans un décor, tu as une limitation de l'espace dans lequel tu dois y dessiner de bonnes choses. Si tu n'y parviens pas, on devra te renvoyer. » Se mettre en colère après quelqu'un et montrer à tout le monde son mécontentement est plutôt dans les habitudes du réalisateur. « Sais-tu combien de temps j'ai mis dans ce projet ? » ajoute-t-il. « Je perds beaucoup de temps dessus. Et il ne m'en reste pas beaucoup, parce que j'ai 72 ans. »
Mais ce n'est pas seulement le décorateur qui met le réalisateur de mauvaise humeur. C'est tout le projet en lui-même qui est assez délicat à faire avancer. La raison principale est qu'il est basé sur Jirô Horikoshi, un personnage historique japonais ayant réellement vécu. Et, qui plus est, dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale. Le problème principal est que l'avion Zéro, créé par Horikoshi, a été utilisé pour donner la mort durant le conflit. Le prendre comme personnage principal, c'est donc s'exposer au risque de glorifier la guerre. Des collaborateurs du studio ont même émis des réserves sur le choix de ce projet. La propre femme de Miyazaki lui a également signifié son désaccord, lui suggérant plutôt de s'orienter vers un projet plus proche de Mon voisin Totoro. « Mais Totoro est un film qui a déjà été fait » proteste le réalisateur.
Alors, pourquoi a-t-il choisi de s'éloigner du fantastique qui a fait sa renommée pour prendre un chemin aussi difficile ? « Pourquoi je crée un film sur l'inventeur de l'avion de chasse Zéro ? » réplique-t-il. « C'est la réponse que je dois trouver. »
Juillet 2010


Deux ans après la sortie en salles japonaises de Ponyo sur la falaise, Hayao Miyazaki a un peu de temps pour lui. Il n'est pas enclin à penser à un nouveau projet. D'humeur légère, il distribue des sucreries à ses collaborateurs. « Même si j'ai envie de faire quelque chose, ma tête et mon corps ne réagissent pas » explique-t-il. « Une chose est sûre, je ne veux pas faire la même chose qu'avant. À mon âge, c'est le moment où j'ai envie de faire quelque chose de plus difficile techniquement, qui sera peut être moins évident à accepter par le public. C'est comme ça les vieux réalisateurs. »
Ponyo sur la falaise, qui a pourtant été un énorme succès au Japon, n'a pas fait l'unanimité chez les collaborateurs du studio. Le producteur Toshio Suzuki lui-même avoue ne pas aimer le film : « En vérité, on a déjà fait ce genre de chose par le passé. Non ? »


Les scènes de poursuite en voiture sont un bon exemple dans lequel Miyazaki est plutôt brillant. Mais des gens les ont trouvé fades dans Ponyo, mettant en cause l'âge avancé du réalisateur. Tout le contraire de la scène de poursuite située au début du film, et bien connue, du Château de Cagliostro, fraiche et dynamique à l'époque de sa réalisation. « Dans un film de Miya-san, je veux voir des choses intéressantes » explique Suzuki. « Je refuse de le voir péricliter. »
C'est en tout cas à cette époque que Miyazaki a présenté son nouveau projet. « Quand il y a du vent, il faut agir » a-t-il déclaré. Le titre sera donc Le vent se lève.


Cependant, le projet n'est pas totalement inédit. Il s'agit en fait de l'adaptation de son manga éponyme, publié dans le magazine de modèles réduits Model Graphix, qu'il dessinait quand il avait un peu de temps libre. Le manga, très documenté, avait déjà pour sujet Jirô Horikoshi et pour cadre la Seconde Guerre mondiale. Miyazaki l'a dessiné pour son propre plaisir. Mais c'est Suzuki qui aurait poussé Miyazaki à concrétiser ce projet. Le producteur était curieux de voir comment le réalisateur adapterait son style sans avoir recours au fantastique. Il espérait que la frustration de ne pas pouvoir utiliser ses habitudes de mise en scène habituelles rajeunisse ses idées.
Automne 2010


Miyazaki rédige le synopsis du film. Mais toutes ses pensées tournent autour du fait qu'il va devoir parler de la guerre. Et dans sa tête, il croit toujours aussi fermement qu'un film d'animation doit s'adresser aux enfants.
Le réalisateur Kaku Arakawa pense que ce serait intéressant de faire un film sur l'époque de Jirô Horikoshi. Ce à quoi Miyazaki lui répond de ne pas lancer ça à la légère, car ça ne sera pas facile. « Prendre ce genre de film comme sujet me donne déjà mal à la tête » bougonne-t-il. « Avancer est de plus en plus difficile. »
29 décembre 2010


C'est la fête de fin d'année du studio Ghibli. Hayao Miyazaki n'est toujours pas enthousiasmé par le projet. C'est ce jour-là qu'il apprend de la bouche de Toshio Suzuki que Isao Takahata a commencé à travailler sur un nouveau film, Le conte de la princesse Kaguya, et qu'il est en pleine création d'un pilote d'une centaine de secondes. Takahata est un bon ami du réalisateur, mais c'est aussi en même temps son plus grand rival. Pour ce projet, Takahata s'est lancé le défi artistique de révolutionner le medium de l'animation. « J'ai compris » seront les seules paroles de Miyazaki avant de retourner à la fête. En lui faisant cette annonce, Suzuki espère secrètement donner au réalisateur matière à réfléchir et le motiver pour créer quelque chose d'intéressant.
8 Janvier 2011


Hayao Miyazaki s'est enfermé dans son studio pour rédiger la note d'intention du projet. « Je peux énumérer toutes les bonnes et toutes les mauvaise raisons de faire ce film » explique-t-il. « Mais au final, il n’en reste qu’une : je veux faire ce film, c'est tout. Je l'ai compris en écrivant. »
Jusqu'à présent, dans sa tête, existait une théorie sur la création. Mais à chaque fois, il ne l'a jamais respectée. Et cette fois-ci, ses théories vont définitivement êtres brisées : « Je ne pense plus aux enfants. Mais je ne suis pas certain d'y arriver. »
Famine, privation et catastrophe naturelle, le film décrit une période difficile de l'histoire du Japon. Aussi, le fantastique doit complètement être mis de côté.
11 mars 2011


Et brusquement, le monde qu'il cherche à décrire dans son film devient réalité.
14 mars 2011


Le studio Ghibli est resté fermé durant les 3 jours qui ont suivi le séisme, interrompant la production du film La colline aux coquelicots. Réunion de crise. Hayao Miyazaki est en colère car il estime que malgré le drame, certains collaborateurs auraient quand même pu venir travailler. « Pourquoi a-t-on fermé le studio ? On pouvait quand même venir ici, fulmine-t-il.
- C'était pour éviter la confusion, lui répond-on.
- Quelle confusion ? Si on s'arrête, c'est ça la confusion. Malgré les difficultés, il ne faut jamais arrêter le travail. »
Le réalisateur rejoint ensuite des collaborateurs présents, à qui il distribue des viennoiseries. Miyazaki avoue ensuite avoir quand même été bouleversé par le drame : « C'est plus difficile de travailler comme avant. Je me sens un peu changé. Je réfléchis beaucoup, notamment à la pertinence de créer ce film. »
Il se demande également s'il peut encore inclure une séquence de séisme dans le film. Après le drame, certains de ses collaborateurs ont refusé de jeter un œil aux pages de l'e-konte (storyboard) décrivant ce moment.
30 juin 2011


Réunion de l'équipe du studio Ghibli en présence de Hayao Miyazaki et Toshio Suzuki. « La période du fantastique est révolue » annonce le réalisateur à l'assemblée. « La question centrale de notre époque est dorénavant « Comment on vit face aux incertitudes de notre époque ? » Le vent se lève signifie « Comment vivre lorsqu'il y a du vent qui souffle ? » Voici la véritable signification de notre film. »
2 juillet 2011


Presque 3 mois après le séisme, Hayao Miyazaki se rend à Kesennuma, dans la préfecture de Miyagi, pour une projection spéciale de La colline aux coquelicots et une séance de dédicace. Pour le réalisateur, la ville, gravement touchée par le tsunami consécutif au séisme du 11 mars, ressemble à Tôkyô après les bombardements durant la Seconde Guerre mondiale qu'il a connu à cette époque.
Son retour à Tôkyô marque ensuite le début des choses sérieuses pour la production du film. Il doit maintenant vraiment se mettre au travail.


Produire un film signifie faire avancer tout le monde ensemble dans le même sens. 200 personnes travaillent dessus. À la base, il y a l'e-konte de Miyazaki. Puis les animateurs donnent vie aux personnages. 160 000 dessins seront nécessaires pour les 2 heures du film. Miyazaki les contrôle un par un et les finalise. Parallèlement à cela, il doit avancer l'e-konte pour de nouvelles scènes. Sa technique de travail est de réfléchir et encore réfléchir, jusqu'à l'épuisement. En plus de cela, il doit aussi diriger les décorateurs et contrôler la colorisation.


Mais ce qu'il veut par dessus tout pour ce film, c'est réussir les scènes de foules. « Les personnages qui composent la foule autour des personnages principaux ne sont pas n'importe qui » explique le réalisateur. « Ce sont des personnages qui ont leur propre existence à l'intérieur du film. Il ne faut pas les animer n'importe comment, mais vraiment y mettre de la vie. »
Les scènes les plus difficiles sont celles du séisme. Et notamment dans les détails. Par exemple, à l'époque, les gens n'utilisaient pas de sac, mais plutôt un grand bout d'étoffe nommé furoshiki, dans lequel on mettait ses effets personnels. Un animateur a dessiné ce sac traditionnel loin du corps d'un personnage. Miyazaki le redessine plus prêt.
En animation, dessiner en détail une foule grouillante de personnages prend du temps. La plupart des autres productions ne rentrent pas autant dans les détails. Mais pour ce film, Miyazaki n'hésite pas. Chaque semaine a lieu une projection des rushes. Pour une scène de foule de 4 secondes, il aura fallu 1 an et 3 mois de travail. Miyazaki est content du résultat. Quelqu'un s'étonne d'un tel résultat dans un temps aussi court. Miyazaki ajoute : « c'est plus que ça, c'était vraiment rapide. ».
« C'est une lutte permanente contre le sentiment que c'est chiant à faire. Même par le passé, ça n'a jamais été aussi dur. Mais même si quelqu'un venait me dire de m'arrêter, je sais que je ne m'arrêterai pas. Les tâches importantes sont sans doute les plus difficiles à faire. Mais si on s'en éloigne, au final on souhaite y revenir. »
Finalement, Miyazaki rentre de plus en plus dans la production.
Janvier 2012


Milieu de production, à un moment difficile. Jirô, dont le rêve a toujours été de voler, parvient à trouver un travail dans l'aéronautique mais pour travailler sur un avion de chasse. Hayao Miyazaki est toujours en plein doute. En réalisant un film ayant pour personnage central Jirô Horikoshi, il prend le risque de glorifier la guerre. Sa femme lui pose constamment la question : « Pourquoi te lances-tu dans un film ayant pour personnage principal l'inventeur d'un avion de guerre ? »
« Je dois répondre à cette question » conclu-t-il.
Le réalisateur est né durant la Seconde Guerre mondiale. Son père travaillait dans une usine qui fabriquait des pièces d'avion. Cette usine a sans doute dû travailler sur les pièces du Zéro. Miyazaki aime les avions mais déteste la guerre. Et jusqu'à maintenant, il vivait avec ce paradoxe.
13 janvier 2012


Hayao Miyazaki travaille sur l'e-konte d'une scène importante. L'ingénieur italien Gianni Caproni apparait en rêve à Jirô et lui demande s'il est certain de vouloir créer un avion de guerre, au risque de voir le vieux rêve humain de voler dans le ciel se transforme en malédiction. Miyazaki hésite à ajouter une ligne de dialogue où Caproni demanderai à Jirô s'il est sur de vouloir faire un travail maudit. En posant cette question par la bouche de Caproni, c'est aussi à lui-même qu'il se la pose.
14 janvier 2012


C'est le week-end. Le studio Ghibli est vide mais Hayao Miyazaki est présent. Il va redessiner l'e-konte de la veille.
« Aujourd'hui, je vais trouver une bonne réponse. Il faut que je la trouve. Si j'avais la possibilité de demander aux divinités si ce que je dessine est bon, je le ferai. »
Il commence par dessiner quelque chose d'étrange : un avion sans moteur. Peut-être l'avion que Jirô a toujours rêvé de construire. « Il ne sera pas tout blanc... Toute la difficulté est de trouver les sentiments de Jirô. Si j'y arrive, ce sera la réponse aux questions que tout le monde me pose sur ma raison de faire un film sur la guerre. »
18 février 2012


Un événement inattendu retarde la production du film. Hayao Miyazaki est resté enfermé dans son atelier privé pour n'en ressortir que deux jours plus tard. Il ne se sent pas bien. Toshio Suzuki lui a conseillé d'aller voir un médecin par prudence. Mais le réalisateur a refusé, prétextant que c’est une perte de temps. « Même si je meurs, je me dois de laisser tous mes e-konte. Sinon, c'est un peu honteux. » Son ami et réalisateur Hideaki Anno lui aurait dit : « Si tu disparais, fini au moins tes e-konte et c'est moi qui finirait le film. »
Miyazaki a refusé de s’éloigner de la production, car par dessus tout, il avait Isao Takahata en tête. Le studio où la production du Conte de la princesse Kaguya s’est installée est distant d’une vingtaine de minute à pieds du studio principal. La relation qui unit Takahata et Miyazaki n’est plus celle dans laquelle ils se soutiennent mutuellement. Cependant, le projet de Takahata donne de la motivation à Miyazaki.
Octobre 2012


On peut lire sur une banderole affichée au dessus de la table de Hayao Miyazaki : « La partie D de l'e-konte doit être achevée fin novembre 2012. » Mais Miyazaki est maintenant obsédé par une nouvelle question : « Qu'est-ce qui peut motiver la création d'un avion ? » Il doit trouver une réponse. Que le Zéro parvienne à voler n'est pas forcement une finalité pour le film. Et il se pose toujours la même question : « Jirô construit un avion de guerre. Quel final doit-on écrire ? Sur quelle fin satisfaisante doit se clore le film, au delà de l'achèvement de cet avion ? »
Jour après jour, ses doutes sont de plus en plus profonds : « Dès le début, je savais que ce ne serait pas facile. Mais là, c'est vraiment difficile. » Mais ses doutes influencent la création du film même. Miyazaki a du mal à trouver les sentiments de Jirô face au paradoxe de son rêve de vouloir créer un avion, qui au final, se révèlera être un avion de guerre. De plus, les animateurs commencent à se plaindre de la difficulté à dessiner Jirô. Les consignes sont pour l'instant de le dessiner avec un visage neutre, sans lui donner trop de sentiments. Les animateurs trouvent cela difficile.
15 octobre 2012


Ce dimanche, Hayao Miyazaki est allé voir une exposition de photos sur le sanatorium national de Tama Zenshôen. La lèpre ne se transmet pas. Mais à l'époque, on pensait le contraire et on parquait les malades à l'écart. Malgré cet isolement forcé, les souffrants essayaient de vivre dignement. Cette visite l'a un peu abattu. Sur le chemin du retour, sa femme et lui n'ont pas du tout parlé de l'exposition. Mais à travers celle-ci, le réalisateur en tire l'enseignement qu'il ne faut pas vivre sa vie a moitié.
C'est un changement d'état mental pour Miyazaki. Auparavant, il était un peu embarrassé de mettre autant de temps pour faire quelque chose. Mais maintenant, il sait que ce n'était pas du temps perdu.
Du coup, il commence à retoucher les expressions de Jirô sur certains plans mis de côté par les animateurs. Ainsi, lors de la scène du test échoué du premier vol de son avion, Jirô découvre l'étendue du retard technologique du Japon dans le domaine de l'aéronautique. L'animateur a dessiné la figure de Jirô étonnée mais silencieuse. Miyazaki pense que Jirô doit ressentir quelque chose de plus fort face à son échec. Il doit prendre conscience du chemin qu'il lui reste à parcourir. Il modifie son visage, notamment en y dévoilant ses dents, pour accentuer sa détermination d'aller de l'avant. Son visage devient plus précis. « Pour les gens de cette époque, la guerre n'était pas un choix » explique-t-il. « C'était comme ça. Autrement dit, c'est comme maintenant. Chaque époque connaît des bouleversements, mais même avec cela, il faut vivre pleinement. »
Il revient également sur la note d'intension du film et écrit : « A chaque bouleversement dans une époque, les rêves de chacun sont pervertis. Les questions ne trouvent pas forcement de réponses. Mais malgré les obstacles de la vie, on doit quand même vivre avec force. »
« C'est exactement la même chose de nos jours » conclut-il.
3 novembre 2012


L'histoire a beaucoup évolué. Il y a maintenant aussi un autre personnage important, Nahoko Satomi. La jeune femme et Jirô tombent amoureux. Mais Nahoko est atteinte de la tuberculose et sa maladie les sépare. Le désir de se voir est le plus fort, et Nahoko s'enfuit de l'hôpital pour rejoindre Jirô à la gare de Nagoya. Cette scène de retrouvaille sur le quai de la station est très importante. Comment montrer les deux personnages à ce moment là ?
7 novembre 2012


Sur le quai, dès que Jirô et Nahoko s'aperçoivent au loin, ils s'élancent l'un vers l'autre. Ce moment est quasiment la première scène d'intimité amoureuse que doit mettre en images le réalisateur de sa carrière professionnelle. Il ne faut pas que ce soit exagéré. Jirô parle peu mais prend bien soin de Nahoko. « Il ne faut pas trop en faire ici » explique le réalisateur. « Bien qu'en fait, je ne sais pas. Je ne suis jamais tombé amoureux de cette manière... »
14 novembre 2012


Une semaine plus tard, Hayao Miyazaki est énervé. Il doit encore avancer l'e-konte, mais il est toujours préoccupé par la scène de la station de Nagoya. Notamment par les dialogues entre les deux personnages.
« Ne repars pas » demande Jirô à Nahoko, étonnée par sa demande. « On va vivre ici. »
Jirô n'a pas d'autre choix selon Miyazaki. Ce sont les meilleures paroles à dire à Nahoko, descendue de son sanatorium pour le voir.
Avec ces scènes romantiques, le réalisateur espère aussi donner une autre direction au film et ne pas seulement proposer l'histoire d'un homme qui veut créer un avion dans le contexte de la guerre.
12 décembre 2012


À ce stade de la production, il reste cependant toujours une question en suspens : qui va doubler Jirô ? Pour Hayao Miyazaki, Jirô est un intellectuel. « À cette époque, les gens intelligents parlaient clairement et d'une voix assurée » explique-t-il. « Jirô ne parle pas beaucoup parce qu'il est brillant. Quand on est comme lui, on ne parle pas inutilement. Il est donc économe en paroles mais ce n'est pas parce qu'il est introverti. C'est quelqu'un de complexe. »
Si les caractéristiques du personnage de Jirô sont assez claires pour tout le monde, l'équipe ne trouve cependant aucun doubleur professionnel qui corresponde à sa personnalité. « Peut être qu'on peut se tourner vers quelqu'un qui ne vient pas du monde du doublage ? » tente Suzuki. « Comme Anno, par exemple. Ce serait intéressant de faire un test avec lui. »
14 décembre 2012


Deux jours plus tard, Hideaki Anno est présent pour l'audition. Hayao Miyazaki est immédiatement convaincu par la voix assez neutre du réalisateur. « C'est bien. C'est ça. Il n'y a pas beaucoup de gens qui ont ce genre de voix. Accepte, je t'en supplie.
- Si c'est Miya-san qui me le demande, alors je ne peux pas refuser » conclut Anno.
Jirô est quelqu'un qui a créé un avion au cours d'une période difficile. Anno crée également des longs métrages dans un contexte difficile. Pour Miyazaki, il est assez évident de rapprocher ces deux personnalités.
« C'est une décision tellement surprenante pour nous tous ! Est-ce que j’annonce la nouvelle à tout le monde ou je garde çà secret ? » Miyazaki passe finalement de bureau en bureau annoncer son choix. Il a maintenant une envie subite de se réserver le doublage de la voix de Kurokawa, le supérieur hiérarchique grincheux de Jirô dans le film.
17 décembre 2012


Hayao Miyazaki dessine les scènes d'intimité entre Jirô et Nahoko. Pour la scène où Nahoko se lève et s'occupe des affaires de Jirô, Miyazaki cherche ici le réalisme pour décrire la vraie vie d'un couple. Pour le réalisateur, les moments de réflexion intense sont maintenant terminés. Il est maintenant en roue libre.
29 décembre 2012


Il reste une centaine de plans à dessiner. Hayao Miyazaki aborde la scène de séparation des deux personnages mais il ne veut pas que le final du film soit larmoyant. Il dessine en se demandant quelle est la signification de vivre pleinement à cette époque pour Jirô et Nahoko.
« Je n'arrive pas à croire que c'est moi qui ai dessiné ça. » déclare-t-il en revoyant les e-konte des scènes d'intimité. Le sujet du film était une sorte de pari pour le réalisateur, l'entrainant sur des territoires qu'il n'avait jamais abordés. C'est la période du soulagement pour le réalisateur.
Juin 2013


Le film est enfin achevé. « Merci à tous pour votre travail. J'ai un peu honte de l'avouer mais c'est la première fois que je pleure pour un film que j'ai créé » déclare Hayao Miyazaki, ému, lors de la projection interne.
20 juillet 2013


Jour de sortie du film. Dans le complexe cinématographique Tôhô de Hibiya à Tôkyô, les séances affichent complètes. Ce jour-là, Le Vent se lève se placera comme le meilleur démarrage de l'année au Japon.
Le même jour, Hayao Miyazaki est seul et au calme dans son atelier à finir son repas. « J'ai déjà mangé un obentô mais je voulais aussi manger des râmen au curry. C'est incroyable ! J'ai même dû sortir pour ça » répond-t-il, en tentant d'éluder une réponse sur ses sentiments vis à vis du film. « Le film ? Je commence déjà à en être loin... »
Le quotidien reprend son cours.
Le vent se lève : Fiche technique



Crédits
| Titre | 風立ちぬ (Kaze Tachinu) The Wind Rises / Le vent se lève |
|---|---|
| Année de création | 2013 |
| Scénario, storyboard et réalisation | Hayao Miyazaki |
| Œuvre originale | Kaze Tachinu, publié dans Model Graphix |
| Directeur artistique | Yôji Takeshige |
| Character design | Kitarô Kôsaka |
| Directeur de l'animation | Kitarô Kôsaka |
| Genga (poses clés) | Katsuya Kondô, Akihiko Yamashita, Atsuko Tanaka, Makiko Futaki, Megumi Kagawa, Hiromasa Yonebayashi, Shinji Ôtsuka, Takeshi Honda, Kazuhide Tomonaga... |
| Contrôle de l’animation | Hitomi Tateno |
| Couleurs | Michiyo Yasuda |
| Directeur de la photographie | Atsushi Okui |
| Musique | Joe Hisaishi |
| Chanson du générique | Hikôki-gumo, composée et interprétée par Yumi Arai |
| Producteur exécutif | Kôji Hoshino |
| Producteur | Toshio Suzuki |
| Production | Studio Ghibli, Nippon Television Network Corporation, Dentsu Inc., Hakuhodo Inc., Buena Vista Home Entertainment, Mitsubishi Corporation, KDDI, Tôhô |
Doublage japonais
| Jirô Horikoshi | Hideaki Anno |
| Nahoko Satomi | Miori Takimoto |
| Honjô | Hidetoshi Nishijima |
| Kayo Horikoshi | Mirai Shida |
| Kurokawa | Masahiko Nishimura |
| Hattori | Jun Kunimura |
| Castorp | Stephen Alpert |
| Caproni | Mansai Nomura |
Doublage français
| Jirô Horikoshi | Paolo Domingo |
| Nahoko Satomi | Chloé Berthier |
| Honjô | Guillaume Lebon |
| Kayo Horikoshi | Adeline Chetail |
| Kurokawa | Julien Kramer |
| Hattori | Michel Ruhl |
| Castorp | Georges Claisse |
| Caproni | Philippe Catoire |
Quelques chiffres
| Date de sortie du film au Japon | 20 juillet 2013 |
| Date de sortie du film en France | 22 janvier 2014 |
| Durée du film | 2 heures 6 minutes |
| Box-office Japon | 119 513 192 $ |
| Nombre d'entrées en France | 768 998 spectateurs |
Récompenses
Le vent se lève a rapporté pas moins de 17 Prix et 20 autres Nominations parmi lesquels :
- 2014 - Academy Awards, USA : nommé pour l'Oscar du Meilleur film d'animation
- 2014 - Golden Globes : nommé pour le Prix du Meilleur film étranger
- 2014 - Japan Academy Awards : lauréat du Meilleur film d'animation et de la Meilleure musique
- 2014 - Annie Awards : Prix du Meilleur scénario
- 2013 - Blue Ribon Awards : nommé pour le Meilleur film et le Meilleur réalisateur
- 2013 - Lauréat du Meilleur film d'animation pour plusieurs prestigieux cercles de critiques nord-américain : New York, Boston, Chicago,
San Diego, Toronto, National Board of Review, Online Film Critics Society - 2013 - Festival international du film de Venise : nommé au Lion d'or



