Arrietty, le petit monde des chapardeurs


L'histoire est celle de Shô, un jeune garçon âgé de 12 ans, convalescent, qui vient s'installer chez sa grand-mère et sa domestique. Les deux vieilles dames vivent dans une ancienne demeure, au jardin un peu à l'abandon, à l'ouest de Tôkyô. C'est aussi là, sous le plancher, que résident les membres d'une famille pas plus haute que quelques centimètres, composée de Pod, le père, Homily, la mère, et de leur fille de 14 ans, Arrietty. Ils ont pour règle de ne jamais être vus par les êtres humains de taille normale. Cependant, le jeune garçon ne tarde pas à rencontrer Arrietty. À partir de là, commence entre eux une romance juvénile et il faudra bien du courage à la jeune fille pour parvenir à conserver son amitié avec le garçon appartenant au royaume des hommes, chose strictement interdite par les siens, sous peine de voir leur discrète survie compromise.
Karigurashi no Arietti (Arrietty, le petit monde des chapardeurs), qui est sorti au Japon durant l'été 2010 puis en France le 12 janvier 2011, est le 17ᵉ film du studio Ghibli. Adaptation du roman The Borrowers (connu sous le nom Les chapardeurs en France) de Mary Norton, il a est réalisé par l'animateur Hiromasa Yonebayashi, pour qui c'est ici la première expérience au poste de réalisateur.
Film conseillé à partir de 7 ans (voir guide des parents)
Sources : conférence de presse tenue par Toshio Suzuki le 16 décembre 2009 - blog consacré au film, ouvert le 19 décembre 2009, tenu par Junichi Nishioka, porte-parole / blogueur du studio Ghibli - site officiel du film (Karigurashi.jp) - émission spéciale NTV Les artisans qui ont porté Arrietty, juillet 2010 - dossier de presse du film (interview de Cécile Corbel)
Remerciements : merci à Yasuka Takeda pour les traductions
Arrietty, le petit monde des chapardeurs : Résumé détaillé

Shô, 12 ans, arrive chez sa grand-mère pour se reposer à la campagne quelques jours avant une opération délicate du cœur. À peine a-t-il mis le pied hors de la voiture que son attention est attirée par le chat de la maison qui s’agite dans le vaste jardin familial. Alors qu’il s’approche du fourré qui retient l’attention du félin, le garçon a juste le temps de voir s’enfuir une minuscule jeune fille, les bras chargés d’une longue branche en fleurs, à travers une grille d’aération dans les sous-sols de la maison.


La jeune fille s’appelle Arrietty, les sous-sols de la maison de la grand-mère de Shô sont son univers, puisqu’elle y vit avec sa famille. La fleur qu’elle a été chercher est d’ailleurs pour sa mère, Homily. C’est un jour un peu spécial pour la jeune adolescente, car son père, Pod, lui a promis de l’emmener pour son baptême de chapardage. La jeune fille est tout excitée à cette idée. En effet, sa vie dans les sous-sols de la maison de la grand-mère de Shô est bien monotone. Son univers se résume à sa seule famille et ni son père ni sa mère ne savent eux-mêmes s’ils sont les derniers ou non de leur espèce. Aussi, ce moment privilégié avec son père est important pour la jeune fille. Elle va choisir sa plus belle robe à cette occasion. Homily est évidemment très inquiète à cette idée et ne cache pas ses angoisses. Néanmoins elle n’oublie pas de demander à Pod de ramener des mouchoirs et du sucre lors de leur excursion.


Le grand moment arrive et Pod, suivi d’Arrietty, s’enfonce dans les sombres sous-sols de la maison. Le père de famille se déplace avec aisance dans cet univers hostile, car il en connaît tous les recoins et a même aménagé les endroits les plus dangereux afin de faciliter ses déplacements lors de ses chapardages. Premier arrêt : la cuisine. Débouchant tous les deux sur les hauteurs d’un buffet, Pod va devoir descendre jusqu’au sol pour remonter ensuite la façade d’un autre buffet, le tout afin de récupérer un carré de sucre.


Arrietty regarde avec fierté et admiration son père se mouvoir avec aisance dans la pièce. C’est au tour d’Arriety d’intervenir. Elle se laisse à son tour glisser jusqu’au sol et réceptionne le carré de sucre que lui laisse tomber son père des hauteurs. Avant de repartir de la pièce par un passage caché derrière une prise électrique, l’attention d’Arrietty est attirée par une aiguille à coudre. Ramenée à sa taille, voici une rapière de premier choix, mais aussi son premier trésor de chapardage !


La seconde étape de leur périple réserve une grande surprise à la fillette. Elle et son père arrivent dans une pièce aux murs et aux objets à leurs dimensions ! Il s’agit là en fait d’une pièce de la maison de poupée de la mère de Shô. C’est pour eux la maison parfaite. Mais interdiction de toucher à quoi que ce soit ici, sous peine d’éveiller des doutes quant à leur présence chez les habitants de la maison. Nouvel objectif, nouveaux obstacles : cette fois-ci, c’est un mouchoir en papier qu’est venu chercher Pod.


Mais alors qu’ils sont sur le point de s’emparer du mouchoir, Arrietty découvre avec stupeur que quelqu’un la fixe du regard. Un regard immense, car la pièce n’est pas vide, puisque Shô a été installé ici par sa grand-mère. Le temps semble se dilater pour la jeune fille. Finalement, comme offensée d’avoir été découverte, elle baisse le regard et s’enfuit rejoindre son père. Elle en oublie même le précieux morceau de sucre.


Le voyage du retour est silencieux et lourd, mais Pod rompt le silence pour rassurer sa fille. Ils n’en diront rien à Homily pour ne pas l’affoler. Car il y a la une règle tacite chez les chapardeurs : ne jamais se faire voir des humains au risque de devoir s’exiler.


Le lendemain de ses deux mésaventures, Arrietty s’ennuie près de la grille d’aération qui donne sur le jardin. Il pleut, il n’y a rien à faire. Soudain, de l’autre côté de la grille, une main immense vient déposer un carré de sucre accompagné d’un message. C’est Shô qui vient lui rapporter le mets oublié la nuit passée. Arrietty laisse le sucre sur place et décide d’informer ses parents de ce qui vient de se passer. Homily est apeurée, elle vient de comprendre ce qui est arrivé la nuit passée. Pod est catégorique, interdiction de toucher au morceau de sucre sous peine d’éveiller encore plus l’intérêt du garçon.


Le surlendemain, le beau temps est revenu. C’est jour de lessive. Arrietty aide sa mère à étendre le linge près de la grille d’aération pour profiter des rayons du soleil. La jeune fille regarde avec consternation le morceau de sucre laissé sur place maintenant à moitié dévoré par les fourmis du jardin. C’est décidé, elle va braver l’ordre familial pour aller parler à Shô.


Armée de sa rapière, elle déjoue la vigilance de ses parents et s’enfonce dans les sous-sols. C’est par le jardin qu’elle passera pour ensuite escalader la façade par les plantes grimpantes qui couvrent la maison. Arrivée sur le rebord de la fenêtre de la chambre de Shô, elle prend soin de ne pas se faire voir, camouflée par les feuilles et la moustiquaire de la fenêtre. Débute alors une conversation à couvert, où la jeune fille demande à Shô de laisser sa famille tranquille.


Leur conversation est subitement interrompue par la charge d’un énorme corbeau déchaîné. Attiré par Arrietty, il la manque de peu et vient se coincer la tête dans la moustiquaire de la fenêtre. Ses cris perçants attirent la domestique de la maison, Haru. Munie d’une pantoufle, elle repousse l’animal furieux à l’extérieur, tandis que Shô attrape discrètement Arrietty dans ses mains, en mauvaise posture sur le rebord de la fenêtre. « Qu’est-ce qui a pu ainsi attirer l’animal vers l’intérieur de la maison ? » s’interroge la fouineuse Haru. Le garçon se dérobe pour lui répondre. Resté seul, Shô ne peut que constater qu’Arrietty lui a à nouveau faussé compagnie.


Les tribulations de la jeune fille ne sont pas terminées, car Pod l’attend sur le chemin du retour. Cette fois-ci, sa témérité est allé trop loin. Revenus à la maison, Pod et Homily s’interrogent. Faut-il au non quitter la maison ?
Haru n’est pas du genre à se laisser berner pas les mensonges d’un jeune freluquet comme Shô. La gouvernante s’enquiert en secret auprès d'un livreur des coordonnés d’une entreprise de dératisation et fait allusion à la présence de petits êtres dans la maison.


Le soir, à table, Haru et Sadako déplorent le fait que la mère de Shô soit constamment en déplacement et qu’elle ne soit pas là alors que Shô est sur le point de subir une grave opération. Cependant, le garçon semble rester hermétique à ces reproches et perdu dans ses pensées. Sa grand-mère, en montant dans la chambre du jeune homme, lui explique qu’elle a fait construire la maison de poupées pour sa fille. En réalité, son propre père lui a raconté avoir vu des petits êtres minuscules dans la maison et depuis, elle a toujours rêvé que ces derniers viennent habiter un jour dans la maison miniature. Mais elle n’en a jamais vu et la maison est donc restée vide.


Le jour suivant, Shô s’arrête une nouvelle fois devant la grille et y dépose un nouveau message accompagné d’une fleur à l’attention d’Arrietty. Il va ensuite l’attendre dans le jardin sans se douter que Haru veille... Mais Arrietty ne vient pas. Le soir, une surprise attend la jeune fille et Homily. Pod qui s’est blessé à la jambe en chapardant est accompagné de Spiller. Le jeune garçon reçoit tous les remerciements et surtout toute l’attention de la petite famille. Il est la preuve vivante qu’ils ne sont pas les derniers représentants de leur espèce. Plus tard dans la soirée, c’est Arrietty qui est chargée de raccompagner le jeune sauvageon à la grille. Il s’envole à l’aide sa cape, porté par le vent qui s’y engouffre.


Mais Shô n’a pas dit son dernier mot et sans se douter qu’il a maintenant un rival, il va marquer des points... Alors que tout est tranquille dans le foyer d’Arrietty et sa famille, les murs se mettent subitement à trembler, puis bientôt c’est le plafond qui semble s’envoler. Rapidement tous les meubles de la cuisine s’envolent à leur tour. Homily est effondrée et manque de s’évanouir. Heureusement, un magnifique divan vient s’interposer entre elle et le sol à la dernière seconde. Le temps de réaliser ce qui arrive et Homily passe ensuite rapidement de l’effroi, à la surprise, puis à la joie la plus complète. En effet, Shô vient de leur offrir le mobilier et la cuisine de la maison de poupée ! Mais dans cet élan d’enthousiasme, il ne s’aperçoit pas qu’Haru le surveille et le voit remonter les escaliers. L’attention de la vieille femme est immédiatement attirée par un des objets de la maison de poupée que Shô a laissé tomber.


Pour Pod, la situation de sa famille n’est plus tenable. Malgré les demandes de sa femme de reconsidérer la situation (il est quand même dommage d’abandonner de si beaux meubles !), il décide qu’il est temps pour eux de partir. Leur rencontre avec Spiller les réconforte dans l’idée de se rapprocher des leurs. Pod décide de partir en éclaireur pour organiser leur départ avec le jeune sauvage. Pendant ce temps, Arrietty et sa mère doivent s’occuper de rassembler les affaires essentielles.
Avant le départ, Arrietty décide d’aller faire ses adieux à Shô. Elle le rejoint dans le jardin de la maison, là où il a l’habitude de s’allonger. Elle lui ramène sa fleur et ne se cache plus, bien décidée à faire comprendre au jeune garçon qu’il s’agit là de leur dernière rencontre. Shô apprend à la jeune fille qu’il va subir une grave opération au risque mortel. Leur conversation s’envenime, car Arrietty reproche aux humains de tout détruire, tandis que Shô affirme à la jeune fille que la race des chapardeurs est sur le point de disparaître...


Pendant ce temps, Haru passe à l’action. Un pied-de-biche est laissé négligemment devant le placard donnant accès à la maison d’Arrietty. Haru saisit très vite le lien entre cet objet et la présence des chapardeurs. Elle arrache à son tour la trappe, puis le plafond de la petite maison et tombe nez à nez avec une Homily encore une fois proche de la crise cardiaque. Homily est rapidement soulevée du sol et se retrouve à se débattre entre les doigts énormes de Haru. La domestique enferme ensuite la pauvre femme dans un bocal en verre et va le ranger à l’abri des regards indiscrets dans le cellier. Persuadée que Homily n’est pas le seul chapardeur à avoir élu domicile dans le plancher de la maison, elle s’empresse d’aller téléphoner au service de dératisation qu’on lui a recommandé. Sa découverte va faire grand bruit, elle en est certaine !


Sur ces entrefaites, Arrietty revient chez elle et trouve son foyer vide. Désespérée elle se résigne à aller chercher de l’aide auprès de Shô qui a regagné sa chambre. Ses soupçons se portent rapidement sur la domestique. C’est maintenant une course contre la montre pour faire disparaître les preuves de l’existence d’Arrietty et de sa famille. Mais Haru a anticipé leurs actes et a fermé à clef de l’extérieur la porte d’entrée de la chambre de Shô. Les deux amis vont alors s’entraider. Tandis que Shô se glisse hors de sa chambre par la fenêtre pour rejoindre la pièce d’à côté, Arrietty, par sa petite taille pénètre à l’intérieur de la pièce pour lui ouvrir la fenêtre bloquée par un mécanisme. Shô est à nouveau libre de se déplacer secrètement dans toute la maison. Il descend au rez-de-chaussée pour déplacer la maison d’Arrietty puis il remonte à l’étage afin de remettre en place les éléments de la maison de poupée. Mais maintenant, il reste encore à découvrir où Haru a bien pu cacher Homily !


Très vite, il songe à la cuisine, puisque la gouvernante refuse d’en sortir. Tandis que Shô occupe son attention en se montrant subitement à la vieille femme, Arrietty profite de sa stupéfaction pour explorer la pièce. Elle retrouve finalement la trace de sa mère dans le débarras jouxtant la cuisine. Elle la libère, mais Homily est à nouveau effrayée par la présence de Shô.


Les deux employés de l’entreprise de dératisation arrivent enfin suivis de Sadako, la grand-mère de Shô. Haru se précipite à leur rencontre, toute pressée de leur montrer sa découverte. Première déconvenue sous le plancher de la maison où il ne reste plus de trace du foyer d’Arrietty. Puis avec la maison de poupée où tous les objets ont réintégré leur place. Elle surprend même Shô qui a rejoint son lit, comme s’il ne l’avait jamais quitté de la journée. Mais il reste encore une preuve. Haru entraîne la grand-mère de Shô dans la cuisine. Mais là aussi, bien entendu, plus aucune trace d’Homily...


À la nuit tombée, Pod est de retour. Dans le jardin, il entraine à sa suite sa petite famille et les affaires qu’ils ont décidé de garder dans leur exil. Spiller les attend au bord d’un ruisseau, installé sur une théière qui va leur servir d’embarcation. Tous s’apprêtent à prendre place à l’intérieur de l’embarcation qui les emmènera vers leur nouvelle vie, dans la nature. Shô, guidé par le chat de la maisonnée, traverse le jardin en courant, à travers la nuit, pour les rejoindre. La course semble épuiser le jeune garçon, mais rien ne semble vouloir l’arrêter, il veut dire adieu à Arrietty.


La fillette s’élance et rejoint son ami. Spiller s’élance lui aussi à sa suite, prêt à en découdre avec l’intrus, malgré un affrontement qui serait bien disproportionné. Mais finalement, il se ravise, comprenant qu’il n’y a plus rien à craindre du garçon humain.


Arrietty rejoint sa famille et Spiller à bord de l’embarcation que Shô regarde bientôt s’éloigner sur l’eau, vers leur nouvelle vie.

Arrietty, le petit monde des chapardeurs : Personnages

Arrietty

Arrietty est une jeune fille de 14 ans, active, forte et curieuse. Cependant, elle est aussi rongée par la solitude, puisque sans ami et seulement entourée de son père et de sa mère. D'ailleurs, ni elle ni ses parents ne savent s'ils ne sont pas les derniers représentants de leur espèce.

Arrietty et sa famille, mais aussi les chapardeurs en général, ne sont pas des créatures magiques. Elles sont fragiles et leur existence est basée sur la survie, en chapardant aux humains ce dont ils ont besoin et ce qui leur est vital. Cette fragilité leur confère une volonté de vivre ou plutôt de survivre. C'est pour cela que la règle numéro un de leur espèce est de ne jamais se faire voir des humains. Cependant, pour rompre son isolement, la fillette enfreint la règle et se lie d'amitié avec un humain, ce qui mettra en danger toute sa famille et l'obligera à s'exiler.

Shô

Shô est un garçon de 12 ans, chétif, malade et fragile. Par une journée d'été 2010, il arrive dans la maison de sa grand-mère maternelle afin de se reposer quelques jours avant une lourde opération du cœur. Affaibli par sa maladie, ce n'est pas un personnage qui se définit dans l'action, même quand il se décide à aider Arrietty. Son intelligence est sa meilleure arme.

Shô est un personnage masculin qui change fortement de ceux auxquels nous ont habitué les films du studio Ghibli. Il est plus effacé, mais romantique pour Arrietty. Arrietty chaparde pour sa survie et Shô essaie de combattre sa maladie, les deux êtres, à travers ce combat commun pour la vie, se rapprochent et nouent un lien très fort.
Pod

Pod est le père d'Arrietty. Il est taciturne, secret, mais rassurant pour sa petite famille. Il veille à tous les besoins de celle-ci en allant chaparder pour leur survie. La maison de la grand-mère de Shô est son territoire. Il en connaît tous les recoins et a même installé tout un système d'ascenseur, de poulie et de portes dérobées pour faciliter son déplacement dans la maison.

Homily

Homily est la mère d'Arrietty. C'est la femme au foyer ordinaire, voire même d'un autre âge. Garante de l'harmonie de son foyer, son univers ne se résume qu'à lui et à son petit confort matérialiste. Peureuse et effrayée par l'extérieur, elle redoute à tout instant d'être découverte par les humains et de devoir quitter son doux foyer. Sa capture par Haru n'en est finalement que bénéfique car l'oblige aussi à sortir de sa vie monotone et à accepter le monde extérieur et l'exil.

Haru

Haru est la domestique âgée, fouineuse et mal attentionnée de Sadako. Comme Shô, elle a déjà entendu parler des chapardeurs. Mais si le garçon les accepte d'emblée et les considère à égalité avec les humains, Haru ne voit en eux que des parasites dont il faut se débarrasser.

Spiller

Spiller est un jeune chapardeur de 12 ans qui vit seul dans la nature. Son aspect sauvage est accentué par sa peau de bête et son quasi-mutisme. Sa rencontre avec Pod confortera ce dernier et sa famille dans l'idée qu'ils ne sont pas les derniers représentants de leur espèce. Spiller est un peu l'opposé de Shô. C'est un personnage dynamique et énergique qui a appris à survivre et même assujettir la nature. Mais sa vie solitaire le rend aussi moins sensible et plus bourru que Shô lorsqu'il est avec Arrietty...
Sadako

La grand-mère de Shô a été bercée petite par le rêve de son père. Ce dernier semble avoir vu des chapardeurs et a longtemps rêvé de vivre auprès d'eux. Il a donc fait construire la maison de poupée pour la mère de Shô, afin d'y accueillir les chapardeurs.
Niya

Le chat de compagnie. Effronté et pas très accueillant avec les humains, il sympathisera peu à peu avec Shô.
Arrietty, le petit monde des chapardeurs : Analyse
Arrietty, le petit monde des chapardeurs est un film paradoxal. Temps de réalisation court, mais ambition artistique réelle. Annonce de la véritable relève du studio, mais avec Hayao Miyazaki annoncé comme scénariste et superviseur. Originalité de la thématique et des musiques, mais de nombreuses références à ses prédécesseurs. De ces contradictions est né un premier film enthousiasmant, mais inégal, la première œuvre d'un réalisateur qui se cherche encore.
Un talent certain pour la mise en scène
Le film de Hiromasa Yonebayashi est certainement un film convaincant pour une première œuvre, mais est-il néanmoins à la hauteur d’un film du studio Ghibli, telle est finalement la question. Le film n’est pas exempt de qualités. Les scènes du début du film, avec la découverte du monde d’Arrietty, en sont la preuve. Jouant sur les différentes échelles de représentation et une verticalité de la mise en scène lors de l’ascension progressive des personnages le long de la maison, Yonebayashi donne le vertige dès les premières images. Les simples bruits du quotidien deviennent des machines étourdissantes et inquiétantes, à l’instar du bourdonnant et inquiétant frigo qui semble menacer la jeune et frêle Arrietty. Le talent est là, perceptible.



La découverte de la cuisine.
Il est confirmé par d’autres scènes très réussies, notamment lors des deux premières rencontres d’Arrietty et de Shô. Loin d’une banale découverte frontale de ces deux univers diamétralement opposés, Yonebayashi joue la carte de la subtilité et de l’intrigant. C’est ainsi que Shô découvre le petit peuple de la maison à travers la lumière mordorée d’une bougie et surtout la silhouette de la jeune fille à travers un mouchoir tendu. Les objets du quotidien deviennent alors poésie et Arrietty se mue en gracile ombre chinoise... Moment suspendu de la découverte, éphémère, sans cri, sans surprise. Tout simplement magique et poétique.


Jeux d'ombre lors des deux rencontres entre Shô et Arrietty.
La deuxième rencontre est tout aussi charmante et habilement mise en scène. Afin probablement de ne pas rompre le charme de la première « confrontation », Yonebayashi choisit là encore des artifices originaux. Arrietty se refusant toujours à être vue par Shô, elle se cache cette fois derrière la vitre de la chambre du jeune homme et n’apparaît là encore que comme une ombre. Elle se dissimulera ensuite dans le dos de Shô pour échapper à l’inquisitrice Haru. Yonebayashi fait fi de l’invraisemblance physique (la voix de Shô devrait être monstrueuse et celle d’Arrietty un simple couinement) et choisit résolument la poésie de la mise en scène. Jeu de cache-cache entre les deux protagonistes, cette rencontre toute en finesse est probablement une des belles réussites de ce film, portée par la musique envoûtante de Cécile Corbel.


Cette dernière propose une mélodie aux accents celtes qui n’est pas sans rappeler l’origine occidentale des Borrowers, même si le cadre choisi par Yonabayashi est résolument japonais. À la fois mélancolique et pleine d’énergie, cette mélodie est à l’image de ce couple condamné à ne pas vivre pleinement sa relation. À l’instar de Miyazaki, le jeune réalisateur choisit d’ailleurs une fin en demi-teinte, car si le jeune homme semble être hors de danger, si la famille d’Arrietty trouve un refuge et si leur race peut espérer une survie, on ressent la tristesse de la séparation entre ces deux mondes, celui des humains et celui du monde magique, comme un écho lointain à ses brillants prédécesseurs Princesse Mononoke ou Le voyage de Chihiro.
Le film ne comporte pas de faute de goût, les décors riches et foisonnants du jardin complètent à merveille le monde miniature et minutieux des chapardeurs. Yonebayashi crée une bulle de paix et de calme au sein de la ville, où les seuls éléments perturbateurs sont la volubile Haru et les inoffensifs et insignifiants dératiseurs. Dans le monde de Yonebayashi, on n’a jamais réellement peur, le danger est finalement vite oublié, même lorsque l’ombre de la maladie ou celle de la disparition des chapardeurs plane.

Le film a donc de véritables atouts et dénote un talent certain pour la mise en scène, a fortiori pour un premier film au sein de ce studio. Arrietty est plus convaincant et plus égal que Les contes de Terremer, plus ambitieux que Le Royaume des chats. Toutefois, le film souffre de quelques défauts non négligeables qui peuvent décevoir les fans du studio.
Une véritable relève au sein du studio Ghibli ?
Le personnage d’Arrietty est à l’image de toutes les héroïnes créées par Hayao Miyazaki : courageuse, charismatique, volontaire, elle incarne la fougue de la jeunesse et son impétuosité à merveille. Le film repose en grande partie sur ce personnage omniprésent, qui fait le lien entre le monde des humains et celui des chapardeurs.

Toutefois, on peut regretter que le personnage de Shô soit complètement en retrait. Certes, on sait très vite qu’une maladie l’affaiblit, mais le jeune homme ne captive pas le spectateur. Pire, on ressent même une certaine indifférence alors qu’il frôle la mort à la fin du film. Il faut dire que Hiromasa Yonebayashi choisir d’ouvrir le film sur une voix off, celle de Shô. Outre le fait que cette voix off ne réapparaîtra jamais dans le film, pas même à la fin, elle dévoile d’entrée de jeu que la vie du jeune homme ne sera finalement pas menacée et qu’il survivra à l’épopée. L’enjeu est donc moindre et rend de suite le sort du personnage moins palpitant. De plus, les réactions de Shô sont parfois inattendues et le rendent peu charismatique. Lors de la première véritable rencontre avec Arrietty, alors qu’il la découvre pour la première fois de visu, Shô s’emporte et lui annonce que la race des chapardeurs est sur le point de s’éteindre. Pourtant, les principaux concernés (et nous-mêmes spectateurs) ignorant presque tout de ce peuple minuscule, on voit mal ce qui pousse Shô à de telles invectives, lui-même découvrant tout juste l’existence de ce peuple.

Les personnages secondaires sont peu nombreux et tout aussi effacés. Les parents d’Arrietty incarnent le couple japonais caricatural, avec un père mutique, mais viril et une mère au foyer exaspérante et prompte à l’évanouissement facile. Le kidnapping de cette dernière est censé être l’acmé du film, mais son attitude horripilante rend l’enjeu du film moindre. On ne comprend guère les actes d’Haru et les raisons de sa malveillance.

Quant à Spiller, le chapardeur venu des bois, si son style évoque irrésistiblement Gimpsy dans Conan, le fils du futur, il n’en a ni le charisme ni le talent comique.

L'espèce des chapardeurs ne comporte que ces 4 personnages.
Il s’agit du souci principal d’Arrietty : tout est léger, trop léger. Le propos est certes charmant, mais les ressorts dramatiques sont faibles. On pourrait rétorquer que Mon voisin Totoro non plus n’a guère de suspens ou de scénario à rebondissement, néanmoins il ne joue finalement que très peu la carte du merveilleux et sublime les petits instants du quotidien. Yonebayashi, lui, choisit dès le début de voir le monde à travers les yeux d’Arrietty et donc du monde féerique et c’est le réel qui parfois se rappelle au spectateur. Il est en cela à l’opposé d’un Totoro. Or les détails de la vie des chapardeurs ne sont pas finalement si foisonnants. On sait peu de choses de leur quotidien, cloisonné dans leur minuscule maison, sans aucun autre personnage extérieur, sans aucune autre vie que la leur là où le livre proposait de décrire le quotidien de plusieurs familles de chapardeurs. On s’attendrait également à mille et une trouvailles concernant la réutilisation de nos objets quotidiens et l'on doit se contenter de quelques petits clins d’œil et découvertes visuelles. Tout reste en arrière-plan dans ce film, sans réelle ambition scénaristique, alors que tous les éléments sont réunis pour faire un grand film. On reste donc un peu frustré de ne voir que l’ébauche d’une intrigue, a fortiori quand de nombreux plans rappellent le travail des deux grandes figures du studio.
C’est là d’ailleurs le plus inquiétant concernant ce film et plus généralement l’avenir du studio. Évidemment, lorsqu’on regarde Arrietty, on sait immédiatement qu’on est devant un film du studio Ghibli. Thématique de la nature, peuple en perdition, character design reconnaissable, on sent que la patte du maître est là, omniprésente. Yonebayashi multiplie d’ailleurs les clins d’œil aux œuvres du studio japonais : la scène d’ouverture où un corbeau se chipote avec un chat évoque irrésistiblement Le Royaume des chats, la scène d’adieu et l’accolade affectueuse entre Arrietty et le félin est quasiment une citation de Mei et le chaton-bus, l’envol de Spiller dans sa cape de poil rappelle furieusement Pompoko et ses tanuki volants, sans compter des emprunts de mise en scène au Voyage de Chihiro (le jeu des champs/contrechamps, du rapprochement des gros plans et du décor mouvant lors des confrontations Arrietty/le chat et Haku/Zenîba).
Références inconscientes (?)


au Royaume des chats


et à Mei et le chaton-bus.
Ce qui est inquiétant, c’est que lorsqu’on lui demande confirmation de ces clins d’œil (1), Yonibayashi s’étonne et affirme n’avoir pas fait le rapprochement avec les œuvres précédentes du studio. Langue de bois ou réelle inconscience ? La question demeure. Si la deuxième hypothèse est confirmée, elle est préoccupante. Car dès lors, le studio est-il capable de faire de l’imitation de Hayao Miyazaki et de Isao Takahata, mais sans le véritable talent des deux maîtres nippons ? Auquel cas, est-ce dû à la scénarisation de Miyazaki qui baliserait trop le terrain pour l’équipe de réalisation ? À moins qu’il s’agisse d’une forme d’autocensure, où l’on s’interdirait toute originalité afin de rester fidèle à l’œuvre de Miyazaki et balayant ainsi d’un revers toutes les tentatives de renouvellements visuels de Takahata ? Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’à la question « quelles sont vos influences artistiques ? » (2), Yonebayashi réponde « l’œuvre de Miyazaki » et déplore sa faible culture artistique, là où ses prédécesseurs au sein du studio se targuaient au contraire d’une grande connaissance de la littérature et de l’animation internationale. Quelle ambition a dès lors le studio Ghibli pour sa relève : s’agit-il de gérer un patrimoine, celui de Miyazaki, ou bien veut-on réellement laisser leurs chances à de jeunes réalisateurs ?
Arrietty, le petit monde des chapardeurs est assurément un film honnête et plaisant à regarder, avec de vraies réussites visuelles, mais son principal défaut réside finalement en sa faible prise de risque : sujet léger, thèmes déjà vus, mais surtout une absence de renouvellement artistique du studio. On espère toutefois que Hiromasa Yonebayashi saura prendre définitivement son envol et son indépendance lors de son prochain film, afin de proposer une réelle relève au sein du mythique studio.
(1) Conférence lors de l'avant-première à l'UGC des Halles le 30 novembre 2010
(2) Ibid
Arrietty, le petit monde des chapardeurs : Production
Origines du projet
Au début de l’été 2008, le producteur Toshio Suzuki et Hayao Miyazaki se sont livrés à un bras de fer pour décider quel serait le prochain film du studio Ghibli. Si le producteur et ancien président du studio avait déjà programmé un nouveau film, le réalisateur comptait bien défendre un autre projet qui lui tenait à cœur. Après maintes discussions, aucun des deux hommes ne semblait vouloir abandonner son projet au profit de l'autre. Mais au final, Toshio Suzuki finit par s’incliner face à son aîné :
« À l’époque, je prévoyais un autre projet et nous avons discuté de celui qui devait être choisi à plusieurs reprises. Beaucoup d’entre nous n’auraient pas reculé, mais au final, j’ai du céder à mon aîné et le projet a été adopté. »
Cependant, Hayao Miyazaki porte déjà en lui le projet d’adapter le roman Les chapardeurs depuis bien plus longtemps que cet été 2008. Il y a environ 40 ans, Miyazaki a lu le livre et a déjà eu l’idée d’en faire un film alors qu’il n’était âgé que d’une vingtaine d’années.
« À cette époque, ce projet a déjà été pris en considération à la fois par Hayao Miyazaki et Isao Takahata », ajoute Suzuki. « Miya-san s’en est soudainement rappelé et m’a recommandé de lire le livre. Alors, pourquoi déterrer Les chapardeurs aujourd’hui me direz-vous ? À cette question, Miya-san a répondu : « La situation des karigurashi (chapardeurs) est très agréable. Ils s’intègrent simplement à notre époque actuelle. L’âge de la consommation de masse en est à sa fin dorénavant et l’idée de « l’emprunt » prouve l’avènement de celui-ci avec la crise. » »
Les chapardeurs de Mary Norton
The Borrowers (Les chapardeurs) compte cinq volumes parus entre 1952 et 1982 et la libre adaptation du studio Ghibli se limite au premier, paru en 1952 aux éditions Dent. Le livre obtint la médaille Carnegie cette même année. 55 ans plus tard, la même institution classa le livre parmi les 10 œuvres les plus importantes de la littérature enfantine pour les 70 années passées.

C’est l’éditeur Iwanami Shoten qui détient les droits du roman pour le Japon. Le studio Ghibli entretient de bonnes relations avec cet éditeur depuis Les contes de Terremer, qui détient aussi les droits de l’œuvre. Au Japon, la première traduction date de 1969 sous le titre Yukashita no Kobitotachi (Les petits hommes sous le plancher) et c’est sans doute celle-ci qu’a eue à l’époque Hayao Miyazaki entre les mains. Plusieurs rééditions virent ensuite le jour dans le pays et un total de 600 000 exemplaires du livre, au format poche ou relié, ont été vendus jusqu’à maintenant au Japon. Mais lorsque le studio Ghibli a annoncé qu’il allait adapter le roman en décembre 2009, l’éditeur s’est empressé de commander un nouveau retirage de 30 000 exemplaires.
Aussitôt après la décision d’adapter cette œuvre, le 30 juillet 2008, Miyazaki écrit la note d’intention relative au projet du film où il explique que l’action se déroule, non plus dans l’Angleterre des années 50, mais dans le Japon des années 2000. Plus exactement, l’histoire prend place dans les alentours de Koganei, ville où se trouve le studio Ghibli en banlieue de Tôkyô et dont les détails sont familiers. Il donne les grandes lignes de l’histoire et les traits de caractère principaux des personnages. Il précise également le but du film : « réconforter et encourager les gens qui vivent en cette période chaotique et préoccupante. » À propos de cette note d’intention, le producteur Toshio Suzuki a tenu à ajouter :
« Comme vous le voyez, le titre original prévu par Miya-san était Chiisana Arietti (La petite Arrietty), un changement courageux effectué par rapport au titre du roman original. Je lui ai demandé pourquoi et il m’a dit qu’il aimait bien le son de « Arietti » et qu’il l’avait longtemps gardé en mémoire. Il avait aussi l’habitude de me parler de « la vie des chapardeurs », mais son titre n’y faisait pas référence. Quand je l’ai souligné, il a instantanément changé son titre pour celui actuel de Karigurashi no Arietti (Arrietty la chapardeuse). »
Pour autant, le réalisateur ne sera pas Miyazaki lui-même. Le choix se porte finalement sur Hiromasa Yonebayashi, jeune animateur de 36 ans qui travaille depuis 12 ans au sein du studio. De l’aveu même de Suzuki, il n’y avait pas de raison particulière pour cette nomination :
« Lorsque Miya-san et moi-même avons pris la décision de réaliser Arrietty, le petit monde des chapardeurs, nous étions en train de discuter des orientations à prendre pour l’histoire et soudainement, Miya-san m’a demandé qui devrait en être le réalisateur. Maintenant que je le connais mieux, je sais qu’il attend toujours des réponses concrètes, donc une idée a surgi dans mon esprit et sur un coup de tête j’ai dit : « Maro », le surnom de Yonebayashi au studio. En entendant ma réponse, Miya-san sembla être un peu surpris et renfrogné et je savais pourquoi : pour son propre projet de film à venir, il comptait lui aussi l’utiliser au poste d’animateur principal. Si Maro devenait réalisateur, Miya-san devrait donc se passer de lui.

Hiromasa « Maro » Yonebayashi
Nous avons demandé à Maro de nous rejoindre et lui en avons parlé. Bien sûr, il était très surpris. Sur le coup, mon idée était juste irréfléchie, mais maintenant je peux expliquer la raison qu’il y avait derrière cela. Hiromasa Yonebayashi est un animateur extrêmement qualifié et de grand talent. De plus, depuis qu’il a commencé à travailler sur la production, j’ai également fini par savoir qu’il avait suffisamment de talent en tant que réalisateur. En outre, c’est une bonne personne et il est aimé par tous au studio. Lorsque j’ai informé tout le monde sur sa nomination à la tête du projet, le studio a d’abord été surpris. Toutefois, tout le monde est maintenant d’accord sur ce choix. Bien qu’il existe de nombreux animateurs vétérans et plus âgés au studio, ils n’hésitent pas à l'aider. »
Le producteur Toshio Suzuki a rapporté que c’était là une promotion à laquelle il ne s’attendait pas. « Je me suis dit que c’était une bêtise, a expliqué Yonebayashi en rigolant après la fin de la production. Je n'avais aucune expérience avec l’e-konte (le storyboard), j'ai d’abord pensé que quelque chose n’allait pas bien dans la tête de M. Miyazaki et M. Suzuki (rire). Je pense qu’une personne qui choisit de réaliser un film doit avoir un message et des principes, mais ce n’est pas mon cas. J’ai donc décliné la demande. Alors, ils m’ont dit à l'unisson : « pas d’inquiétude, tout cela est déjà dans le livre original » (rires). Je m’y suis donc mis avant tout parce que je pensais qu'ils m'arrêteraient si mon travail était mauvais. »
Scénario et storyboard
En décembre 2009, dès la conférence de presse pour l'officialisation du film, la production était déjà bien avancée. Le scénario était prêt. Sommairement écrit par Hayao Miyazaki, ce dernier s'est ensuite adjoint la collaboration d'une co-écrivaine, Keiko Niwa, qui avait déjà travaillé sur Les contes de Terremer. Elle le rejoint pour ajouter quelques détails.
À ce sujet, le producteur Toshio Suzuki confesse que Miyazaki a écrit le scénario sans même relire le roman et il s'est uniquement fié à ses souvenirs. Selon lui, le réalisateur à une bonne mémoire mais il lui arrive néanmoins de faire souvent des fautes de lecture et de réinterpréter les choses ou de donner de l'importance à des détails négligeables. Par exemple, s'il y a un joli jardin dans le livre, comme c'est justement le cas dans Les chapardeurs, il va instantanément adorer. « Il aime vraiment les jardins », explique-t-il. « Et ceux qui sont à l'abandon ont encore plus ses faveurs. Si bien qu'il a d'abord fait un plan du jardin avant de se lancer dans le scénario d'Arrietty. »

De son côté, à la même période, Hiromasa Yonebayashi avait intégralement terminé l’e-konte se basant sur le scénario de Miyazaki. L’élaboration de ce document, qui oriente ensuite toute la production du film, a été l’une de ses toutes premières difficultés en tant que réalisateur. « C’est la première fois que je dessinais un storyboard », explique-t-il. « Même si je me sentais un peu perdu, j’ai commencé à dessiner en me disant que je pourrai toujours demander de contrôler mon travail. Quand j’ai voulu le montrer à M. Miyazaki, il m’a répondu qu’il ne le souhaitait pas. Ça m’a angoissé car si il avait accepté de le contrôler à ce moment-là, le film n’en aurait été qu’encore meilleur. »
Lors de l’entrevue finale entre Miyazaki, Suzuki et le jeune réalisateur, précédent le début de la production de l’animation, Yonebayashi n’apporte finalement pas son travail au maître car « ça aurait finalement pris deux fois plus de temps et, au final, ça n’aurait fait qu’impacter la production même. Finalement, c’était une bonne chose d’avoir eu une liberté totale. » Miyazaki ne s’en vexe pas et au contraire le félicite pour sa fermeté. Au total, Yonebayashi aura passé 5 mois en solitaire à dessiner 996 plans à lui seul.

Une page de l'e-konte dessiné par Hiromasa Yonebayashi.
Comme l’explique Suzuki, dans les films du studio Ghibli, tout est orienté par ce document de production et tout dépend de lui. L'e-konte intégralement finalisé avant le début du travail sur l’animation, dès lors, la production de d’Arrietty tranche déjà radicalement avec les dernières productions dirigées par Miyazaki, qui préfère travailler sur une histoire dont il ignore encore la fin.
« Chez Ghibli, nous avons deux manières de faire du cinéma », explique Suzuki. « La première est que ce soit un réalisateur qui dirige tout, l’autre est que ce soit le projet qui prime. Dans ce cas, c’est un producteur qui dirige et le projet Arrietty doit prévaloir, d’autant que nous ne pouvons difficilement recommander la façon de travailler de Miyazaki à un réalisateur débutant. »
Une production marquée par de fortes contraintes de délais
Très tôt, au studio Ghibli, tous sentent que les délais seront serrés. Dès la conférence presse de décembre 2009, la question des délais de production est déjà posée à Toshio Suzuki : « Pour être franc, je ne préfère pas qu’on me pose cette question », explique t-il alors. « Sans doute, le film va avancer lentement et Maro, lui, devra être rapide. Lorsque la nouvelle année sera là, nous n’aurons déjà plus beaucoup de temps. » La pression et le doute sur les capacités du jeune réalisateur étaient telles que le producteur crut bon d’ajouter : « Maintenant, je sais que vous vous demandez pourquoi M. Yonebayashi n’assiste pas à cette conférence de presse. Et bien c’est parce que M. Miyazaki lui a recommandé de ne pas se montrer en public. Selon lui, la réalisation d’un film peut fondamentalement prendre deux directions : soit être produit avec succès, soit finir par être mis en suspens. Parfois même, il peut aussi purement être annulé à mi-chemin. N’oublions pas qu’il est juste débutant en tant que réalisateur. Si la production n’aboutie pas, il risque d’être humilié publiquement. Le mieux pour lui est de ne pas en parler en public pour l’instant. »

Toshio Suzuki lors de la conférence de presse annonçant la production d'Arrietty en décembre 2009.
C’est au détour d’une vidéo, postée sur le blog du film par Junichi Nishioka au milieu du mois de février 2010, qu’est évoquée une première période d’incertitude que subit l’équipe du film liée au manque de temps. Hayao Miyazaki lui-même intervient avant le blogueur (ce qu’il ne faisait jusqu’à présent jamais) pour afficher son inquiétude à propos de l'avancement de la production.
La date de sortie s’approche jour après jour et la tension se fait de plus en plus sentir sur le moral et la santé de l’équipe. Tout le monde est fatigué et notamment les directeurs de l’animation Megumi Kagawa et Akihiko Yamashita mais aussi Yôji Takeshige, le directeur artistique. Cependant, la date de sortie d'Arrietty est déjà fixée au le 17 juillet 2010, il est donc inenvisageable de la repousser.
En date du 18 février 2010, sur les 995 plans prévus pour la totalité du film, 332 plans sont prêts. Ce qui équivaut à environ un tiers du film.


Hayao Miyazaki et Junichi Nishioka confirmant sur le blog officiel du film
les contraintes de délai que va subir l'équipe de production.
Les 10 et 15 mars, deux nouvelles vidéos annoncent qu'à deux mois de l'échéance, l’équipe des dessins est surchargée. Malgré tous les efforts consentis, il y a beaucoup de choses qu’elle doit malheureusement abandonner, notamment les corrections des dessins effectuées par le directeur de l’animation. Beaucoup d’animateurs tombent malade ou se blessent (selon Megumi Kagawa, une des raisons principales est le vieillissement des animateurs du studio). Cependant, en ce qui concerne la qualité de l’animation, Yonebayashi peut heureusement compter sur sa seconde directrice de l’animation. Kagawa travaille en tant qu’animatrice pour le studio Ghibli, avant même sa création, depuis Nausicaä de la Vallée du Vent. Avec plus de 25 ans d’expérience, elle connaît précisément les œuvres du studio, ce qui fait d’elle une spécialiste du style graphique Ghibli.
Les nouvelles postées un peu plus d’un mois après, se veulent plus rassurantes. Le 20 mars 2010, le studio dispose maintenant de 45 minutes, 5 secondes et 9 cs d’animation finalisée, ce qui correspond à peu près à la moitié du film (490 plans filmés soit 49,2 % de la totalité du film). Nishioka est plutôt confiant, car en comparaison avec la production de Ponyo sur la falaise, à la même période, ce chiffre est miraculeusement plus élevé. Il pense que si l’équipe continue d’avancer comme cela, le film sera prêt dans les temps.
Finalement, après qu’une dernière vidéo consacrée à l’avancement de la production, le 18 avril, annonçant que 634 plans étaient maintenant filmés (soit 63,7 % de la totalité du film), Junichi Nishioka annonçait sur le blog que la production de l’animation d’Arrietty s’était achevée le 29 mai 2010. Sur une période d’un an, c’est 74 761 feuilles de dessins qui auront été dessinées et noircies par l’effort commun des animateurs du studio pour que le film soit en salles à la date prévue. A cette date, l’enregistrement des voix était déjà terminé et la finalisation de la bande son était prévue pour la fin juin.
L'avant-première du film pour l’équipe de production a également eu lieu à la fin du mois de juin et une projection de presse a eu lieu le 1er juillet au Tokyo International Forum Hall. Miyazaki n’a rien vu du film jusqu’à l’avant-première. C’était sa façon à lui d’encourager l’équipe. « Je ne veux donc pas intervenir, même s’il est plus jeune que moi. »
« Je pense qu’il a bien fait son travail malgré une carrière aussi jeune », commente Kagawa. « Comme on ne communique pas forcément beaucoup dans notre métier, on n’est pas très doué pour choisir les mots exacts pour expliquer les choses. Pourtant Maro a fait beaucoup d’efforts malgré sa brève carrière. Alors, je le félicite ! »
Promotion et réception du film
La prévente des billets du film débute le 17 avril 2010 au Japon. Un livret est offert pour chaque place achetée (deux livrets furent prévus à l'origine, d'où le « 1 » noté sur celui offert). Il s’agit d’un mini Art-of mélangeant recherches de personnages et de décors. Grâce à ce petit geste, la prévente a été un franc succès : 50 000 billets furent vendus 30 jours avant la première, soit 3 fois plus que pour Ponyo sur la falaise.

C’est à partir du 1er juillet que la communication autour du film commence à s’intensifier au Japon. Participant à cette promotion, un concert de Cécile Corbel est organisé. Elle participera ensuite à un festival de musique en août.
Le studio Ghibli crée une réplique à l'échelle 1/12ᵉ de la maison de poupée qui apparaît dans le film. On peut même y voir une figurine représentant Hayao Miyazaki lui-même, assise dans la maison. La maison a fait le tour du Japon, participant également à la campagne promotionnelle autour du film.
Enfin, une exposition de layout du film a eu lieu au Musée d'art contemporain de Sapporo.

Arrietty, le petit monde des chapardeurs a connu un succès important, engrangeant aux alentours de 10 milliards de yens (environ de 110 millions de dollars), soit près du double des Contes de Terremer ou du Royaume des chats. C'est donc une remarquable performance pour un jeune réalisateur, d'autant que le film a également bien mieux été accueilli par les critiques que l'a été par exemple le premier film de Gorô Miyazaki.
Arrietty, le petit monde des chapardeurs : Art et technique
Arrietty, le petit monde des chapardeurs n'est sans doute pas un film à comparer avec ceux de Hayao Miyazaki ou Isao Takahata. Le film n’a pas bénéficié du même confort en termes de temps de production, ni du même niveau d’exigence que les films dirigés par les réalisateurs vedettes du studio. C'est donc un film à rapprocher et surtout à comparer en termes d’ambitions techniques et artistiques à des titres comme Les contes de Terremer ou Le Royaume des chats. Ce nouveau film peut être vu également comme un moyen d’occuper la scène médiatique japonaise alors même que Hayao Miyazaki ne réalise pas. Mais il démontre aussi sa volonté de faire émerger de nouveaux talents capables de prendre la relève des deux fondateurs historiques du studio, mais tout cela à moindre coût...
L’animation
Selon le directeur de l’animation Akihiko Yamashita, le travail sur Arrietty fut difficile car ce n’est pas un film dynamique avec beaucoup d’actions. Il parle de la vie quotidienne. Les animateurs ont donc été très attentifs au dessin et au moindre détail afin de rendre crédibles les gestes du quotidien. Mais c'est un travail exigeant qui prend beaucoup de temps. Et si ce n’est pas bien fait, le spectateur le remarquera immédiatement.

Les directeurs de l'animation Megumi Kagawa et Akihiko Yamashita.
Pour Megumi Kagawa, également à la direction de l'animation, la difficulté sur le film, en termes d'animation, est que l’équipe a dû travailler beaucoup même si le personnage ne bouge pas. Il y a encore quelques années, un personnage statique n’était pas étrange pour le public. Mais avec l’habitude de l’animation numérique, si on se contente d’un dessin, cela ne passe pas.
Kagawa s’est occupée du personnage d’Arrietty et d’une manière générale des personnages au « physique agréable ». Yamashita s’est occupé des autres personnages. Notamment de Haru, la domestique. C’est le personnage sur lequel il a aimé le plus travailler, car il partage sa façon de penser. Haru est ce genre de personnage un peu spécial, pas forcément méchant, mais qui pimente les histoires. Yamashita est également très fier de la scène où Arrietty monte sur des plantes grimpantes le long d'un mur. C’est, d'après lui, une scène fantastique et l’une des plus représentatives du film du point de vue de l'animation.
De son côté, l'animateur Kenichi Yamada trouve très détaillé le travail effectué sur l'acting des chapardeurs et comment ils interagissent avec un environnement démesuré. Comme lorsque Pod, le père, escalade un mur et qu’il manque plusieurs fois de tomber et se rattrape. Ou lorsqu'il pleut, les gouttes ressemblent alors à des ballons. Ou encore quand Homily, la mère, fait du thé et que le liquide manque de déborder.
Les décors
Bien qu’il ne s’agisse pas de son travail, lorsqu'on interroge l'animateur Kenichi Yamada sur les points forts du film, ce sont les décors qu'il pointe en premier et trouve très réussis, notamment ceux dans l'univers des chapardeurs, sous le plancher de la maison.



Sur la production d'Arrietty, Hiromasa Yonebayashi a pu compter sur la grande expérience de ses deux directeurs artistiques, Yôji Takeshige et Noboru Yoshida. Takeshige est considéré comme l'un des meilleurs dessinateurs de décors dans le milieu de l'animation japonaise (on dit au Japon que ses décors sont plus beaux que la réalité elle-même). Le public japonais a été émerveillé par le champ de fleurs de Hauru dans Le château ambulant. En 2010, il a, en outre, gagné le prix de la meilleure direction artistique à la neuvième édition du Tokyo Anime Award pour son travail sur le film Summer Wars de Mamoru Hosoda. Le second directeur artistique, Noboru Yoshida, a notamment imprimé à Ponyo sur la falaise ce style de décor au rendu crayonné, si caractéristique des livres illustrés pour enfants.



En règle générale, une fois un décor finalisé, le réalisateur contrôle à chaque fois s'il lui convient ou non. Or, sur Arrietty, Yonebayashi leur a fait une confiance aveugle. « Comme ils ont une grande expérience de décorateur au studio, ils savent mieux que moi quel décor est meilleur », explique-t-il. J'avance donc sur mes tâches de réalisateur en écoutant les anciens. »

Quand on parle de sous-sol, on a l'impression que l'on parle d'un endroit humide où tout est moisi et rempli d'insectes. Mais Yonebayashi ne voulait pas de ces images pour le film. L’univers d'Arrietty n'est pas décrit de manière glauque. Ainsi, le réalisateur évoque les trouvailles des chapardeurs pour obtenir de la lumière : « Par exemple, pour avoir de la lumière, ils utilisent le verre des bouteilles pour la concentrer comme une lentille. Ils utilisent ensuite des feuille d'aluminium pour réfléchir cette lumière. Cette lumière arrive ensuite sur une fenêtre en trompe l'œil, comme si la clarté venait vraiment d'une fenêtre normale. Evidement, le soir ou quand il ne fait pas beau à l'extérieur, ils ont besoin de lumière artificielle. Pour cela, ils « empruntent » donc directement l'électricité aux être humains normaux. C'est comme cela que leur vie est organisée et qu'elle est gaie et agréable.»




L’ingénieux système d’Arrietty et sa famille pour rappeler les différentes périodes de la journée sous le plancher de la maison.
La musique
Comme c’est maintenant devenu la coutume lorsque que Hayao Miyazaki ne réalise pas, ce n’est donc pas Joe Hisaishi qui s’est chargé de la bande originale du film, mais la harpiste celtique et chanteuse française d’origine Bretonne, Cécile Corbel. Elle a coécrit la chanson thème du film et l’interprète également.

Cécile Corbel
Lors de la conférence de presse, Toshio Suzuki s’est aussi expliqué sur le choix de cette artiste française :
« Je reçois beaucoup de CD de partout à travers le monde qu’on me demande d’écouter. Ils sont trop nombreux pour que je puisse tous les écouter et généralement je les laisse sans même les ouvrir. Cependant, j’étais plutôt soucieux pour La chanson d'Arrietty et comme toujours un CD est arrivé. Comme emporté par un élan, j’ai ouvert le CD. Il y avait un morceau de papier avec un court texte écrit à la main, en anglais. Je ne suis pas bon dans cette langue, mais Cécile-san l’a écrit dans un anglais facile : « Ceci est mon nouvel album. Toutes ces chansons ont été influencées par les films du studio Ghibli. » Ces mots ont capté mon intérêt. En l’écoutant, j’ai d’abord entendu une harpe celtique puis sa voix a suivi. En un instant, j’ai pensé qu’elle pourrait décrire l’univers d’un « petit peuple ». Maro aussi a beaucoup aimé et nous lui avons demandé de nous rejoindre pour travailler avec nous. »
Pourquoi musique celtique et fantasy se marient-elles bien ? « La fantasy est basée sur la culture celtique », explique Hiromasa Yonebayashi. « L'œuvre dont est issue le film est née en Angleterre, terre où la culture celtique, et donc la fantasy, est profondément enracinée. La croyance dans l'existence d'êtres minuscules n'est pas liée au monde chrétien, car cette religion n'accepte pas d'autres formes intelligentes en dehors de l'être humain. Des histoires fondées sur le christianisme se marient très bien avec une musique jouée à l'orgue, ou accompagnée de cœurs, comme les chants grégoriens. En revanche une histoire avec des petits êtres fantastiques se mariera très bien avec la musique celtique, qui trouve déjà ses racines sur le continent européen. Demander la musique du film à Cécile Corbel est donc en ce sens quelque chose de très naturel. »
Arrietty, le petit monde des chapardeurs : Souvenirs de production
En août 2020, pour accompagner la diffusion TV d’Arrietty, le petit monde des chapardeurs, Hiromasa Yonebayashi livrait sur son compte Twitter ses souvenirs, anecdotes et documents de production de sa première réalisation, sans langue de bois, dans une série de tweets quotidiens.
Nous en avons tout d’abord proposé la traduction sur notre compte Twitter. Les voici réunis sur cette page du dossier consacré au film.

Le projet
Hayao Miyazaki et Isao Takahata ont essayé de concrétiser l’adaptation du roman Les chapardeurs de Mary Norton il y a longtemps, mais le projet n'a pas pu être réalisé pour diverses raisons.

Des décennies plus tard, l’idée de l’adaptation est réapparue en se disant qu’il était possible de décrire des personnages de façon réaliste qui vivent modestement en « empruntant ».
J’ai tout d’abord refusé car je ne voyais pas de ligne directrice. Mais M. Suzuki et M. Miyazaki m’ont dit que je la trouverai dans l'œuvre originale. Alors, si c’est comme ça…
Entrer dans un monde inexploré m’intéressait, j’ai donc débuté la préparation. Et de toute manière, si cela ne fonctionnait pas, on m’arrêterait.
Le 25 octobre 2008, en plein recrutement de nouveaux collaborateurs pour Ghibli Nishi (Ndt : « Ghibli Ouest », le centre de formation du studio), alors que j’étais formateur, on m’a appelé à Nibariki, le studio privé de M. Miyazaki. Il y avait là le président (Kôji) Hoshino, le producteur Suzuki et M. Miyazaki.
Ils m’ont demandé de réaliser le prochain long métrage, adaptation de ce livre de Mary Norton.
Comme c’était la première fois que j’étais formateur aux tests d’entrée chez Ghibli, et que je voulais me concentrer sur cette tâche, alors j'ai laissé le livre de côté.
MM. Suzuki et Miyazaki sont venus me voir à tour de rôle pour me demander : « Alors, est-ce que tu l’as lu ? »
Désolé, mais je l’ai lu seulement ensuite…
Les illustrations des romans étaient magnifiques. La lumière se révélait parfaitement grâce aux hachures et aux ombres.
L’illustration préférée de M. Miyazaki était celle où Arrietty observe un poisson dans une bouilloire. Elle se trouve dans le tome 3, mais il voulait absolument la retrouver à la fin du film.




Le cadre anglais du roman a été remplacé pour celui du Japon et le titre choisi dès le départ.
La pré-production
Pour le film, j’ai déménagé de la salle des sakuga du second étage du studio principal pour la salle de l’équipe de préparation au troisième. Être au milieu des titans était excitant quotidiennement.
Le 17 novembre 2008, j’ai commencé à travailler en salle de préparation. Sur la porte, une feuille a été affichée par M. Miyazaki où il a écrit « Maro et Nayo ».

Nayo est le surnom du scénariste Taku Kishimoto, à qui on a demandé de s’occuper du scénario du film. Aujourd’hui, il est très demandé. Mais à cette époque, c’était presque son premier projet.
Nous avons commencé par une présentation hebdomadaire de notre travail à M. Miyazaki qui était au poste de la planification.
C’était en août de la même année que Kishimoto-san avait demandé à M. Suzuki de s’occuper du scénario d’Arrietty et d’abandonner l’écriture de celui de M. Takahata sur lequel il travaillait déjà depuis un certain temps (Ndt : vraisemblablement celui du Conte de la princesse Kaguya
).Parallèlement au lancement de cette production, M. Miyazaki avait mis en place un plan quinquennal pour Ghibli qui consistait à confier 2 films à 2 jeunes réalisateurs et de terminer par un projet plus important. Arrietty était le premier film de ce plan.
C’est Gorô Miyazaki qui m’a recommandé pour sa réalisation. M. Suzuki et lui ont discuté de mon travail sur Ponyo sur la falaise. C’était un coup de chance. Et tout cela sans que je le sache.
M. Miyazaki est quelqu’un qui ne peut pas s’empêcher de donner son avis sur un projet qu’il ne réalise pas. Il a déjà repris un certain nombre de travaux après que ses réalisateurs se soient désistés. Je l’ai déjà vu demander de refaire des choses sur 2 courts métrages en cours qu’il ne dirigeait pas.
Nous avons commencé à travailler. M. Suzuki restait prudent sur l’avancée du projet. Il fallait écrire le scénario, dessiner les concept art et modèles de personnages en deux mois. Puis attaquer le storyboard dès le début de l’année suivante. Comment ça allait se passer ?

Premiers visuels d’Arrietty dessinés en me référant à une poupée traditionnelle japonaise. Comme nous avions décidé de déplacer l’action de l’Angleterre vers le Japon, je souhaitais m’inspirer d’objets de mon entourage.



M. A a ensuite intégré l’équipe de préparation en tant que directeur artistique. 2 jours plus tard, M. Miyazaki est rapidement venu voir ses premiers décors du jardin qui ne lui plaisaient pas. Il a été rebriefé par M. Miyazaki qui l’a emmené en repérage dans les parcs de Nogawa, de Hake no Komichi, de Koganei et de celui du musée d'architecture en plein air d'Edo-Tokyo.

Le 21 novembre, il a été décidé de nommer Megumi Kagawa à la direction de l’animation.
Le 25 novembre, M. Miyazaki a de nouveau déboulé. Il semblait vouloir nous dire quelque chose. Mais il s’est ravisé et il est reparti sans rien dire.
La première présentation hebdomadaire aura lieu dans 3 jours…
Je dessinais les personnages et les scènes. M. Kishimoto écrivait le scénario. A-san dessinait les décors de références.
Sur le dernier dessin, le garçon à l’air turbulent. Il semble dans l’attente de se saisir d’Arrietty. Cette composition en plongée est restée dans le film.




J’ai fait différents essais pour Arrietty. À cette époque, le scénario était encore en cours d’écriture.



28 novembre, présentation à M. Miyazaki.
Il a lu quelques lignes de l’intrigue imaginée par M. Kishimoto. Les échanges resteront abstraits.
M. Suzuki nous a dit : « qu’il (Miyazaki) n’avait pas encore de vision concrète. La semaine prochaine, après sa lecture, il nous amènera sa vision et peut-être qu’il aura même commencé à dessiner des storyboard. »
Au début de la semaine suivante, en fin d’après-midi, M. Miyazaki est venu en salle de préparation. Nous étions en train de travailler sur un passage où Arrietty se prépare pour sa mission. Mais M. Miyazaki nous a suggéré de plutôt nous orienter vers quelque chose de plus romantique et de plus mélancolique.
On ajoutera également un aspect romanesque aux décors de la maison pour leurs donner envie d’y vivre.

Pour les références décors de l’intérieur de la maison, on m’a proposé d’aller chez M. Shinohara, un animateur vétéran. Nous sommes allés tous les 3 chez lui. C’était une ancienne demeure, mais on voyait immédiatement l’attention portée à chaque objet qui la décorait. Il nous a raconté des souvenirs associés à chacun.
Pour obtenir une référence de tailles, nous avons décidé que les personnages porteraient un petit objet. Nous avons choisi une petite pince.
Pour Pod, le père, nous avons dessiné un personnage robuste. Pour Homily, la mère, un personnage craintif et mince. Ils sont plutôt d’un certain âge. À ce moment, le design restait encore vague.

Le design d’Arrietty n’a été validé qu’en 3ᵉ présentation. Ça m’a vraiment surpris.
J’ai finalement utilisé la pince comme barrette à cheveux. On peut lui donner tantôt un côté énergique tantôt romantique si elle la porte ou pas.
Le scénario aura besoin de retouches.

L’histoire est devenue claire dans l’esprit de M. Miyazaki. Pour le scénario, on a demandé à Mme (Keiko) Niwa, qui a écrit celui des Contes de Terremer, d’y participer.
Le scénario sera le travail parallèle de l’équipe composée de M. Miyazaki et de Mme Niwa.
Pour le personnage d’Homily, il existait déjà un croquis de M. Miyazaki. Il n’a donc pas été trop difficile à créer. Il voulait qu’elle ressemble à Olive Oyl, la femme de Popeye.
La mise au propre de Mme Kagawa et la voix de Mme (Shinobu) Ôtake ont ensuite beaucoup aidé. C’est un personnage mignon.


On a fait porter à Pod un Nikka pokka (Ndt : pantalon de travail ample japonais pour ouvriers du bâtiment) pour qu’il puisse bouger facilement.
Pour l’instant, il a l’air d’un mec sympa. Dans le roman, Pod parle pas mal, contrairement au film.


Le 25 décembre 2008, Kishimoto-san démissionne. C’est M. Miyazaki qui reprend le scénario. Le producteur Suzuki déclarera : « J'ai sauvé Nayo » (de Miyazaki ?).
C’était ainsi. Mais je reste reconnaissant envers M. Kishimoto de nous avoir aidé jusque-là.
Le design de Pod est validé.
M. Miyazaki m’a dit : « Lorsque tu dessines, ne reste pas dans ta zone de confort. De toute manière, tu reviendras naturellement à tes habitudes. »
Le visage de Pod est comme celui d’un philosophe sur une affiche d’art prolétarienne.


Au cours de la préparation du film, c’est peut-être le personnage de Shô qui a le plus changé. Son âge est progressivement passé à 12 ans, devenant un garçon de plus en plus beau. Ce qui n’est pas vraiment dans mes aptitudes en dessin...




Différence entre l’histoire originale (gauche) et le scénario de M. Miyazaki (droite). Spoiler !
Dans le roman, le « tournant copernicien » de l’histoire se produit alors qu’Arrietty découvre le monde extérieur pour la première fois et comprend que les chapardeurs sont en minorité par rapports aux humains. Le film, se concentre lui sur la relation interdite entre Shô et Arrietty.

Nous nous demandions comment créer la surprise lorsqu’Arrietty découvre le monde extérieur pour la première fois. Mais dans le scénario de M. Miyazaki, Arrietty en a déjà connaissance. Cela m'a étonné. Mais après l’avoir vu à l’écran, je comprends maintenant. On ne pouvait pas respectait l’histoire originale car celle-ci se passe d’abord pendant un long sous moment sous le plancher.
Le scénario de M. Miyazaki était très visuel. Sa structure était intéressante.
Au début, la bagarre entre le chat et le corbeau indique qu’il existe un grand nombre de danger pour Arrietty à l’extérieur. Puis Shô pénètre à son tour dans le jardin.

Croquis de la maison des chapardeurs par M. Miyazaki.
Ils « empruntent » des objets aux humains qu’ils utilisent ensuite à leur manière. Il fallait pouvoir dessiner des objets qui offrent un rapport de taille intéressant. Leur choix était difficile.


Fin janvier 2009, le scénario est terminé.
M. Kishimoto, qui était censé l’écrire, a rejoint le département édition, et M. A, des décors, a rejoint un autre projet.
L'équipe de préparation est démantelée. Je vais commencer le travail de storyboard dans un endroit assez éloigné de Ghibli.
La veille de ce déménagement, nous avons bu tous les 3 en nous remémorant les 2 mois et demi intenses passés...
Le storyboard

Bien que je sois presque débutant dans le travail de storyboard, ce qui est important, c’est de se lancer plutôt que de tâtonner.
Lorsque je dessine des genga (poses clé), je dois d’abord saisir la signification globale du plan. Il faut insister sur certains points et en omettre d’autres. Aussi, je me suis lancé et j’ai avancé de la même manière avec le storyboard.

Les principaux dessinateurs de Ghibli se sont rendus dans la préfecture d'Aichi pour former de nouveaux collaborateurs. Ces derniers devaient ensuite devenir les prochains animateurs clé débutants du film.
Avec cela, je devais terminer le film tout en gardant la qualité attendue d’un film Ghibli. Je me suis dit que ça allait être difficile.
On a tout d’abord décidé de mettre en valeur les décors. Les décors de Ghibli sont ce qui se fait de mieux au monde.
Nous avons décidé de nous appuyer dessus, d’y mettre beaucoup de couleurs et d’éblouir avec le vert du jardin et le rouge d’Arrietty (Ndt : 2 couleurs complémentaires).
Et pour que ce soit clair pour tous, ceci dès l’étape du storyboard, qui intégrait également la direction de la lumière.
Concernant les angles de caméra, M. Miyazaki a conseillé : « Lorsque vous dessinez une scène avec un chapardeur, la ligne d’horizon ne doit pas être mise en évidence simplement. »
De mon côté, et contrairement au rythme rapide des œuvres à la mode à cette époque, je souhaitais que le temps du film s’écoule lentement.

Le 26 février 2009, j’ai dit à M. Miyazaki que je ne lui montrerai pas mes storyboard. Je suis content de cette décision : à chacun sa manière de les dessiner.
Le 17 mars, j’ai entendu M. Miyazaki déclarer que « Maro devrait revenir au studio ».
Le 28 mars, les storyboard de la partie B sont terminés !
Dans sa seconde moitié, le scénario était moins détaillé. Si c’était M. Miyazaki qui dessinait les storyboard sur cette base, le résultat serait sans doute bon. Mais pour un débutant comme moi, c’était un peu compliqué.
J’ai demandé à Mme Niwa de réviser le script pour la partie C, notamment la scène de dispute entre Arrietty et Shô. Elle l’a corrigée immédiatement et je lui en suis reconnaissant !
C’est dans la partie C que Spiller apparaît. C’est un brave garçon en bonne santé physique. C’est un personnage à l’opposé de Shô.
Lorsque j’ai lu le scénario, il ressemblait à Gimsy (Ndt : de la série Conan, le fils du futur). Je voulais donc lui donner un côté cool qui puisse rivaliser avec Shô. Il est finalement devenu un personnage assez mignon...


Voici une série de dessins de Spiller signés par M. (Akihiko) Yamashita, directeur de l’animation. Mignons.

Mme Sadako est la propriétaire de la demeure où se déroule l’action du film.
Mme Haru est sa domestique. Dans l’histoire, cette dernière trouve la maison des chapardeurs sous le parquet et enferme Homily dans un bocal.
Son visage a été dessiné pour être impressionnant. En référence de personnes en âge avancé autour de moi, j’avais un peu en tête MM. Miyazaki et Takahata...


C’est la directrice de l'animation Mme Kagawa qui a finalisé Mme Sadako. Elle est devenue une magnifique grand-mère.
On a dit que Mme Haru ressemblait à l’actrice Kirin Kiki, sa doubleuse. Pourtant, je ne l’ai pas prise pour référence.

Le 27 avril 2009, le storyboard n’est pas encore terminé mais je retourne au studio.
Le 15 mai, une réunion de travail est organisée. Pour ce film, il faut montrer l’univers de petits personnages. Nous avons passé beaucoup de temps à discuter comment représenter les plantes ou la pluie. Il fallait que ce soit complètement différent du monde réel.

M. Miyazaki m'a mis en garde que si je devais dessiner Arrietty courant dans l'herbe, ce serait difficile. J'ai néanmoins intégré la scène dans le storyboard...
Je me suis souvenu d’une scène où un petit Totoro marche dans les herbes. J’ai revu le film. Mais c’est juste en tout début d’un plan (et on ne voit que ses oreilles).

La prochaine fois, j’aimerais néanmoins que vous prêtiez une attention toute particulière à ce passage car c’est une scène merveilleuse. Elle a été animée par Makiko Futaki qui a dessiné de nombreuses scènes célèbres dans les films du studio Ghibli.


Dans le plan qui suit, Arrietty est en pied et un mouvement de caméra suit sa course. On a utilisé des sakuga floutés pour éviter un effet de tremblement à l’image. De plus, Arrietty doit se frayer un chemin en écartant des herbes animées. Puis, elle rentre dans les fondations de la maison. Elle est également accompagnée d’un suivi caméra animé d’une dizaine de seconde.


À ce moment, il n’y a plus d’herbe. En comparaison, pour Le voyage de Chihiro, il n’y a qu’un seul plan où on peut observer des herbes courbées par le vent. Ce plan est resté gravé dans ma mémoire. J’ai ressenti toute l’habileté des storyboard de M. Miyazaki.
La production
Le 18 mai 2009, première réunion pour les sakuga (dessins, intervalles).
Plusieurs de nos animateurs sont à Aichi pour former de nouvelles recrues. Ceux qui restent, travaillent sur les genga pour la première fois. Il y a beaucoup d’erreurs mais ils sont enthousiastes. Si on trouve le bon consensus, le résultat à l’écran sera intéressant.

Le 27 juin, le storyboard est terminé ! (Enfin !)
Plan de réorganisation du 1er étage du studio 1 au début de la production d’Arrietty.

Rose : espace de travail de Hayao Miyazaki pour la production de M. Pâte et la princesse Œuf.
Bleu : espace de travail Arrietty.
Jaune : espace de travail d’Isao Takahata pour Le conte de la princesse Kaguya.
M. Miyazaki n’est jamais intervenu dans notre espace de travail, mais il nous observait souvent lorsque nous contrôlions les sakuga sur le QAR (Quick Action Recorder).

Espace de travail Arrietty.
M. (Junishi) Nishioka, le chargé des relations publiques du studio, mettait à jour YouTube quotidiennement, sans jamais manquer de matériel. C'était formidable.
L’animation

Arrietty retourne rapidement dans les fondations de la maison, ignorant le bout de papier placé sous le morceau de sucre.
Un dessin raffiné et précis est la marque de Mme Kagawa.



Exemples de dessins corrigés par les directeurs de l’animation du film.
Au moment le plus critique de la production, l’équipe de production m’a demandé de hiérarchiser les plans à corriger. J'ai dû choisir entre ceux avec Arrietty et ceux avec Shô. Tout le monde a voté pour Shô. Pauvre Arrietty…
Les couleurs
Croquis de références couleurs dessinés en parallèle au storyboard.

Sur ce film, Mme (Naomi) Mori travaillait à la couleur pour la première fois. Ces dessins permettaient de l’aider dans son travail. Et c’était pour moi aussi un bon exercice de clarification de ce que je voulais mettre à l’écran.
Dans ce film, il y avait beaucoup de scènes qui se passaient dans le noir. Il était difficile de décider des couleurs. Je n’étais pas habitué non plus. C’est seulement vers la fin que j’ai réussi à comprendre comment ça marchait.

À cette époque, pour les personnages, la tendance était d’utiliser des couleurs intermédiaires, difficiles à manipuler.
M. Miyazaki a suggéré de revenir à des couleurs plus vives, comme à l’époque du Château dans le ciel. J’ai sorti des cellulos du film et j’ai été surpris par la vivacité de leurs teintes.

J'ai adoré les couleurs de la dernière scène du film Le Dernier Empereur (Bernardo Bertolucci, 1987). J’ai décidé d’essayer la même chose pour Arrietty.
J'aime les couleurs flashy, alors j’ai varié les couleurs à travers les scènes du film pour donner une impression générale colorée.




Dans cette scène, M. (Yôji) Takeshige, le directeur artistique du film, a suggéré de différencier le bleu des étagères où se tient Arrietty de celui de la cuisine au loin.
Le celsian est utilisé pour ce qui est le plus proche et le cobalt pour ce qui est plus lointain. C’est un même bleu mais il donne plus d’espace. C’est une façon de montrer un espace ample avec la couleur.


La musique
À partir de juin 2009, les réunions concernant la musique se sont accrues.
C’est sur proposition de M. (Hiroshi) Kasamatsu, le directeur du son, que nous avons décidé d’intégrer beaucoup de chansons au film.
Je lui donnais des mémos comportant des thèmes. M. Kasamatsu regardait les décors, les images se multipliaient dans son esprit et la chanson apparaissait.
Les chansons ont ainsi été créées rapidement, y compris la chanson principale Arietty's Song.
La musique de Mlle Cécile (Corbel) est l'une des clés du film.
Pour Arrietty, nous avons utilisé la harpe, pour Souvenirs de Marnie, la guitare, et pour Mary et la fleur de la sorcière, le dulcimer. J’aime les instruments à cordes sensuels. Le piano de M. (Takatsugu) Muramatsu est également plein d'émotion.
La musique de Mlle Cécile est composée du son d’une harpe irlandaise accompagnée d’une voix douce.
Dès la préparation du film, j'avais en tête l'image d'une fille qui a hérité de sang irlandais comme dans Autant en emporte le vent (Victor Fleming, 1939) et La fille de Ryan (David Lean, 1970). La musique de Melle Cécile fonctionnait parfaitement avec ces images.
Alors que je dessinais le storyboard à l’écart du studio, j'ai reçu un CD du producteur Suzuki. Il avait été envoyé par Mlle Cécile Corbel, grande admiratrice de Ghibli, à M. Suzuki. J'ai particulièrement aimé le morceau intitulé Mary. Il a tourné en boucle alors que je dessinais le storyboard.

J’ai parlé de harpe « irlandaise », mais j'aurais plutôt dû dire harpe « celtique ». Il s’agit simplement d’une différence d’appellation, mais Mlle Cécile vient de Bretagne. Les 2 ont la même origine celtique mais avec un arrière-plan différent.
Le film terminé, j'ai parcouru tout le Japon avec Mlle Cécile et ses musiciens pour sa promotion. Mlle Cécile se produisant dans chaque salle et je pense que le public présent était à chaque fois content.
Les paroles d’Arietty's Song étaient à l'origine en anglais, mais à la demande du producteur Suzuki, il a aussi été décidé de les chanter en japonais.
Mlle Cécile a donc chanté dans différentes langues, dont l'anglais, le français et le breton. Elle a parfaitement tout chanté, même le japonais.

La personne qui a traduit les paroles était quelqu’un de chez Ghibli. Plutôt que de demander à un professionnel, nous avons pensé que ce serait plus facile pour une personne qui connaissait déjà le film.
Eh j’imagine, qu’en tant que producteur, M. Suzuki a considéré que ça reviendrait moins cher...
Le doublage
Le doublage a été réalisé au studio Ghibli.
Mlle Mirai Shida, rôle principal, a mis 3 jours pour enregistrer ses scènes. M. Ryûnosuke Kamiki a mis une journée. Tous les 2 ont le même âge et avaient déjà joué ensemble dans un drama. Leur collaboration fut donc parfaite ! M. Kamiki a déjà joué plusieurs fois dans des films du studio Ghibli. C’est un habitué. C’était donc rassurant pour Melle Shida qui était nerveuse pour sa première fois chez nous.

En haut, à gauche, Mme Eriko Kimura, en charge de la direction des acteurs.
Pour l’enregistrement, les acteurs sont dans une autre salle. Ils enregistrent individuellement.
Au 1er jour de doublage, Mme Keiko Takeshita jouait Mme Sadako. Elle a une voix élégante qui correspond parfaitement au personnage. Pour moi, Mme Sadako est restée une jeune femme et Mme Takeshita l’a joué comme une vieille dame charmante.
Mme Takeshita vient de la même région que le producteur Suzuki et ils se sont bien entendus.

Le rôle de Homily était tenu par Mme Shinobu Ôtake. Après avoir regardé une fois les images, elle a parfaitement joué toutes ses scènes sans lire le scénario... C'était impressionnant !
On lui a demandé ultérieurement de jouer le rôle de tante Charlotte dans Mary et la fleur de la sorcière.

Le rôle de Mme Haru, la domestique, était tenu par Mme Kirin Kiki. On m’a dit que le personnage dessiné lui ressemblait beaucoup, mais c'était une simple coïncidence. Bien que ce soit un personnage un peu fruste, elle a joué le rôle de façon comique, ce qui nous a beaucoup aidé. Il est maintenant impossible d’imaginer quelqu’un d’autre que Mme Kirin Kiki pour ce rôle.
On l’a vu arriver seule au volant d’une grosse voiture étrangère et c’était super cool !

C’est le casting de Spiller qui fut le plus compliqué. C’est un personnage pur et fort qui a l’air gentil. Ce fut difficile de trouver une voix correspondante à sa personnalité.
C’est finalement M. Tatsuya Fujiwara qui obtiendra le rôle. C’est un acteur confirmé parmi la jeune génération et c’était dommage qu’il n’ait pas plus de scènes. Mais le personnage est devenu le contrepoint parfait de Shô.

Le rôle de Pod était tenu par M. Tomokazu Miura. Je n’ai jamais rencontré d’homme d’un certain âge aussi cool. Pod ne parle pas beaucoup mais M. Miura a donné un poids à chacun de ses mots.
Après le doublage, nous avons discuté et je l’ai trouvé plus cool encore !

La fin de production
Le 29 mai 2010, tous les plans sont terminés !
Viendra ensuite le travail de post-production au Tokyo TV Center. Grâce au travail de M. Kasamatsu sur la bande son et les chansons, le film aura quelque chose de très dynamique.
Le 24 juin, projection interne du film.
M. Miyazaki était installé derrière moi et j’avais un peu le trac. Après la projection, il a déclaré : « C’était bien et j’ai pleuré. » Il avait l’air content et ça m’a soulagé. Il a particulièrement apprécié le champ de pavots, les framboises de Spiller et la façon dont Arrietty s’en va. (En fait, je suppose qu’il n’a rien dit de mauvais car il y avait des caméras ?)
Cette illustration a été publiée dans le magazine MOE.
Je voulais inclure ce genre de scène dans le film, mais il n'y avait pas de place pour cela, alors j’en ai fait une illustration.

La préparation du dîner
Le 25 juin, fête de fin de production.
Mlle Shida, M. Kamiki et M. Takeshita étaient là et fut un grand événement.
J'ai pu rencontrer des collaborateurs externes que je n’avais pas eu l’occasion de croiser pendant la production. J’ai été surpris par le nombre de personnes que je n’avais encore jamais vu. Je n’avais pour eux que des mots de gratitude pour m’avoir permis de finir le film.
Il ne me restait maintenant plus que sa promotion !
La promotion du film
Collection de mini-livres offerts en différentes occasions, comme à l’achat de billets à l’avance ou inclus dans des CD ou DVD.

Ils sont dénués de texte et composés uniquement de modèles de personnages, de décors... L’un d’eux ne propose que des motifs. Il est intéressant.




Même après la promotion du film, cette collection a continué.
Exposition Yôhei Taneda organisée à l’occasion de la sortie du film. Le monde d'Arrietty était reproduit. C'était magnifique !


Visite des lieux de production de la maison sous les fondations
Réplique d’un Bathynome géant que l’on m’a offert. Elle était exposée dans le cadre de l'exposition à Niigata.

On a voyagé à travers tout le Japon avec la réplique de la maison de poupées du film et les sympathiques musiciens de Mlle Cécile. Lors des présentations, on pouvait écouter sur scène sa jolie voix accompagnée de sa harpe. Et je suppose que le public était content.

Illustration pour le musée Ghibli. La maison de poupée d'Arrietty y fut exposée.
Grâce à cette tournée, j’ai aussi pu me rendre compte qu’il existait des personnes qui faisaient tout leurs efforts pour faire connaitre le film au public. Ce fut une bonne expérience que de les écouter faire sa promotion de région en région.

Illustration pour une carte de Noël. « J’imaginais que le flocon de neige serait beau s'il était adapté à la taille d'Arrietty. »
Le mot de la fin
Arrietty, le petit monde des chapardeurs était ma première réalisation. En la revoyant aujourd’hui, il reste beaucoup de points que j’aurais souhaité améliorer.
Avec cette production, j’ai voulu montrer l’espoir pour l’avenir des personnages principaux dans un monde magnifique.
Grâce à cette production, j’ai découvert que l’univers d’une œuvre se crée par l’addition et la multiplication des talents combinés de nombreuses personnes. Avec elle, j’ai également senti la joie mais aussi la difficulté d’une création commune. Je continue encore maintenant à chérir ce sentiment.
Grâce à un film, j’ai également compris que je pouvais toucher les sentiments du public (et notamment ceux des enfants).
À vrai dire, j'ai eu un peu peur de cela. J’ai eu peur de blesser quelqu’un avec mon film. Il est important de penser à tous ces gens qui risquent d’être touché par une œuvre.
Je suis tout simplement ravi lorsque je reçois des échos favorables à mon travail. Cette diffusion m’a permis de revenir à mes débuts de réalisateur et d’y réfléchir.
Arrietty, le petit monde des chapardeurs : Rencontre avec Cécile Corbel
Chanteuse, harpiste et artiste complète, Cécile Corbel est déjà très connue des amateurs de musique celtique. Depuis plusieurs années, elle multiplie les concerts à travers le monde et produit ses propres albums « pop folk celtiques » avec un succès qui ne se dément pas. De l'Australie à l'Allemagne, de l'Estonie aux Etats-Unis, en passant par tous les pays d'Europe et sa Bretagne natale, nombreux sont ceux qui viennent l'écouter faire surgir des univers dont elle a le secret. Ce n'est pas un hasard si sa voix envoûtante et ses mélodies ciselées ont séduit les créateurs du studio Ghibli, qui ont décidé de lui confier les chansons et la musique de leur nouveau chef-d'œuvre...

Comment avez-vous rejoint ce projet ?
C'est une belle histoire faite de hasards et d'élans. J'ai toujours adoré les films des studios Ghibli. Je les admire et ils sont pour moi une vraie source d'inspiration. Modestement, sincèrement, pour toutes les émotions qu'ils m'ont apportées, j'ai souhaité mettre le studio aux remerciements de mon album Songbook volume 2 et je leur ai envoyé un exemplaire de l'album. Je n'attendais rien, je n'espérais rien d'autre que faire peut-être plaisir. A peine une semaine plus tard, j'ai reçu un mail du producteur, Toshio Suzuki. Il m'a raconté plus tard qu'il recevait de nombreux albums d'artistes mais que mon envoi avait attiré son attention parce que l'adresse était écrite à la main, ce qui est très inhabituel dans l'univers formaté de ce milieu. Il a été tenté d'ouvrir, il a eu envie d'écouter, il a aimé et il m'a contactée pour savoir si je pouvais écrire une chanson pour le film. Une partie de l'équipe est venue me rencontrer à Paris et les choses se sont tellement bien passées que finalement, j'ai fait plus d'une dizaine de chansons et toute la musique !
Qu'appréciez-vous particulièrement dans les films du studio Ghibli ?
Chacun d'eux est différent et il me serait bien difficile de dire lequel je préfère, mais tous ont en commun une dimension onirique, une poésie et une originalité uniques dans le 7ᵉ art. À chaque fois, malgré des intrigues différentes, le lien à la nature est très présent et tous leurs films parlent de l'irruption de la magie dans le quotidien. Ce sont des thèmes qui me touchent et m'inspirent.
Bien qu'étant une artiste réputée, c'est votre première collaboration à un film. Comment avez-vous abordé ce projet ?
J'étais folle de joie à l'idée de travailler sur un film des studios Ghibli, mais cela m'impressionnait aussi. Je me suis dit que si ces grands artistes avaient eu envie de collaborer avec moi, il ne fallait surtout pas que je change ma manière de faire. J'ai travaillé avec mon complice, Simon Caby. J'ai écrit les chansons et la musique en faisant comme si c'était pour un de mes albums, puis j'ai travaillé avec mes musiciens et nous avons enregistré à Paris, comme d'habitude lorsque je produis mes albums.
On vous situe souvent dans la musique celtique. Comment avez-vous fait pour allier votre univers et celui du film ?
Je suis née et j'ai grandi en Bretagne. Je me suis nourrie de cette culture, qui m'imprègne. Pour moi, mes chansons me ressemblent plus qu'elles ne s'identifient à un genre précis. D'autre part, les cultures celtique et japonaise ont de nombreux points communs. Elles font la part belle aux créatures imaginaires, aux esprits et à une approche très humaine du merveilleux. L'histoire d'Arrietty est celle de lutins qui vivent dans une maison et dans un jardin et qui vont vivre une rencontre extraordinaire. Cela me rappelle les contes et légendes que l'on me racontait lorsque j'étais enfant. Je n'ai donc eu aucun mal à m'associer à cette histoire.
À partir de quels éléments avez-vous travaillé ?
J'ai commencé à composer alors que le film venait d'entrer en production. Je n'avais au départ que quelques dessins et le livre original de Mary Norton, dont est adapté le scénario. Très vite pourtant, le réalisateur Yonebayashi-san m'a envoyé des petits poèmes, parfois de quelques strophes, qui me guidaient sur les univers ou les scènes. Au final, j'ai composé plus d'une dizaine de chansons – qui sont d'abord sorties sur un album, Karigurashi, comme cela se fait là-bas. La plus importante est celle du générique de fin, la chanson d'Arrietty, Arrietty's Song. Nous avons aussi développé plus d'une vingtaine de thèmes avec pour fil conducteur sonore la harpe celtique, mon instrument de prédilection, dont je joue et qui fait référence au personnage d'Arrietty. La harpe offre un son cristallin qui correspond parfaitement à cette jeune fille.
Comment avez-vous travaillé avec les créateurs du film ?
Ils m'ont impliquée à chaque étape de la création du film. Je suis allée plusieurs fois au Japon. Découvrir l'endroit où ont été créés tous ces films que j'aime tant a été une expérience très forte. Pour moi, c'était à la fois la découverte d'une culture et d'une autre façon de travailler. Là-bas, les technologies high-tech côtoient un passé et des traditions millénaires.
Que représente ce film pour vous ?
Je n'en reviens toujours pas de tout ce qui est arrivé. Je n'oublierai jamais la découverte du film terminé avec ensemble, les images, les sons, les voix et mes musiques. C'était une projection à Tokyo, en présence de toute l'équipe et de Miyazaki-san. Tout le monde était à la fois heureux de présenter ou de découvrir le résultat, avec peut-être une certaine angoisse quant à la réaction du Maître. À la fin du film, il y a eu quelques instants de silence, le temps était comme suspendu, et puis Miyaezaki s'est levé et a chaleureusement félicité le réalisateur, Yonebayashi-san. Tout le monde a applaudi et ri. C'était un moment très fort. Le studio m'a associée à la promotion du film et j'ai parcouru le Japon, donné des concerts et répondu à beaucoup d'interviews. Depuis des mois, les Japonais ont entendu la chanson du film énormément et partout ! C'est étrange parce que du coup, je suis presque plus connue du grand public au Japon qu'en France. Être associée à un projet des studios Ghibli est quelque chose de très fort. C'est une véritable institution là-bas. Cela m'a permis de sortir mes albums au Japon. Et le film est distribué maintenant dans de nombreux pays, les uns après les autres, poursuivant l'aventure humaine.
Vous qui aimez les films du studio Ghibli, quel regard portez-vous sur Arrietty ?
C'est un film spécial pour moi, et le fait d'avoir été si étroitement associée à sa création m'a empêchée de le découvrir avec le même étonnement que les autres. Paradoxalement, c'est le seul film du studio que je ne pourrai jamais regarder comme une simple spectatrice. C'est une petite frustration largement compensée par l'immense plaisir d'avoir pu faire équipe avec ces artistes. En le découvrant, j'ai beaucoup aimé son univers visuel, et je trouve que plus que jamais, le film valorise les émotions des personnages, notamment au niveau des expressions du visage, remarquablement restituées. C'est une belle histoire, et j'aime particulièrement l'univers d'Arrietty et des siens. Chez eux, il y a une foule d'objets détournés pour devenir utiles à leur échelle, avec souvent beaucoup d'humour. En général, les enfants adorent se perdre dans les images pour étudier tous les détails. Ils vont avoir de quoi s'en donner à cœur joie.
Vous reste-t-il des moments de cette aventure japonaise que vous n'oublierez pas ?
Beaucoup, tellement... Il est difficile de n'en retenir que quelques-uns. Je me souviens particulièrement de la cérémonie de bénédiction du film par les moines au temple Zojoji. À l'issue de la cérémonie, je devais jouer un extrait d'Arrietty's Song pour Bouddha. Au début j'ai trouvé l'idée jolie, mais dès que la cérémonie a commencé, j'ai été emportée par la force de ce moment : la musique était omniprésente ; tambours, flûtes, orgues à bouche. Les moines jouaient une musique très codifiée mais puissante et mystique, comme sortie du fond des âges. J'avais le cœur qui battait tellement fort, et chaque coup de tambour m'emportait plus loin... J'ai rarement été aussi impressionnée et envoûtée par un moment. Voir comme les sons et la musique peuvent parfois prendre possession de vous est une expérience incroyable. Pour retrouver mes esprits, j'ai dû sortir « crier » un peu dans le couloir sur le côté du temple, avant de pouvoir jouer ma chanson devant l'autel. J'espère que Bouddha l'a aimée...
Arrietty, le petit monde des chapardeurs : Fiche technique


Crédits
| Titre | 借りぐらしのアリエッティ (Karigurashi no Arietti) The Borrower Arrietty / Arrietty, le petit monde des chapardeurs |
|---|---|
| Années de création | 2009-2010 |
| Œuvre originale | Les chapardeurs de Mary Norton |
| Planification | Hayao Miyazaki |
| Scénario | Hayao Miyazaki, Keiko Niwa |
| Storyboard et réalisation | Hiromasa Yonebayashi |
| Directeurs artistiques | Yôji Takeshige, Noboru Yoshida |
| Character design | Akihiko Yamashita |
| Directeurs de l'animation | Megumi Kagawa, Akihiko Yamashita |
| Contrôle de l'animation | Kaori Fujii |
| Couleurs | Naomi Mori |
| Directeur de la photographie | Atsushi Okui |
| Musique | Cécile Corbel, Simon Caby |
| Générique La chanson d'Arrietty | Paroles et interprétation : Cécile Corbel |
| Producteur | Toshio Suzuki |
| Production | Studio Ghibli, Nippon Television Network Corporation, Dentsu Inc., Hakuhodo Inc., The Walt Disney Company, Mitsubishi Corporation, Tôhô, Wild Bunch |
Doublage japonais
| Arrietty | Mirai Shida |
| Shô | Ryûnosuke Kamiki |
| Pod | Tomokazu Miura |
| Homily | Shinobu Ôtake |
| Sadako | Keiko Takeshita |
| Haru | Kirin Kiki |
| Spiller | Tatsuya Fujiwara |
Doublage français
| Arrietty | Adeline Chetail |
| Shô | Thomas Sagols |
| Pod | Pierre-François Pistorio |
| Homily | Brigitte Virtudes |
| Sadako | Hélène Otternaud |
| Haru | Michèle Bardollet |
| Spiller | Damien Ferrette |
Quelques chiffres
| Date de sortie du film au Japon | 17 juillet 2010 |
| Date de sortie du film en France | 12 janvier 2011 |
| Durée du film | 1 heure 34 minutes |
| Nombre d'entrée au Japon | Environ 7,5 millions de spectateurs |
| Box-office Japon | 110 millions de $ en 15 semaines d'exploitation |
| Nombre d'entrée en France | 868 407 spectateurs |
Récompenses
- 2011 - Japan Academy Awards : lauréat du Meilleur film d'animation
- 2011 - Tokyo Anime Awards : lauréat du Meilleur film d'animation
- 2012 - Golden Tomato Awards : lauréat du Film d'animation avec les meilleures critiques
- 2012 - Chicago Film Critics Association Awards : nommé pour le Meilleur film d'animation



