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Le château de Cagliostro

Rupan Sansei : Kariosutoro no Shiro (Le château de Cagliostro) met en scène Lupin le Troisième, gentleman cambrioleur de génie et aventurier hors pair, qui décide d'aller enquêter dans le château de la petite principauté de Cagliostro qu'il soupçonne d'être le cœur et la plaque tournante d'un trafic de faux billets.

Le premier long métrage de Hayao Miyazaki fait partie des grands classiques des films d'animation japonais. Célébration d'un voleur au grand cœur immortalisé en pleine gloire, il influencera l'univers de Rupan Sansei / Lupin III (Edgar de la cambriole) dans son entier et le cinéma d'aventure en général.

En complément : « Bienvenue dans la tour fantôme », l'exposition temporaire 2015 / 2016 du musée Ghibli.

Film conseillé à partir de 6 ans (voir guide des parents)


Sources : Hayao Miyazaki, Master of Japanese Animation d'Helen McCarthy - bonus Le château de Cagliostro, Edition Collector (IDP Home Video Music) - magazine Animage N° 79 (novembre 1979) - Planete-jeunesse.com


Le château de Cagliostro : Résumé détaillé

Lupin et son complice Jigen, poursuivis par les gardiens du casino de Monte-Carlo, s'enfuient avec un impressionnant butin. Ils ne mettront pas longtemps à semer leurs poursuivants dans leur Fiat 500 jaune, juste assez grande pour les accueillir avec l'objet de leur délit. Mais, à peine ont-ils eu le temps de se réjouir de la fortune ainsi amassée, qu'ils se rendent compte que les billets qu'ils viennent de voler sont faux.

La déception passée, les méninges de Lupin tournent vite et, jetant les billets par la fenêtre, il décide de découvrir l'origine du réseau et de le contrôler. C'est un peu plus tard que l'on découvre nos deux amis à la douane de Cagliostro, un tout petit pays que Lupin soupçonne d'abriter le réseau de faux-monnayeurs.

Un peu plus loin, un pneu de leur voiture éclate et ils jouent la corvée à « pierre, feuille, ciseaux ». Intrigués par la course poursuite de deux voitures, une 2 CV et une limousine, qui viennent de les dépasser, Jigen se dépêche de changer la roue et Lupin redémarre en trombe pour sauver la jeune femme au volant de la 2 CV poursuivie.

Après une rocambolesque poursuite, ils arrivent à mettre hors d'état de nuire les hommes peu sympathiques au volant de la limousine. Mais la partie n'est pas gagnée : Lupin se rend compte que la jeune femme au volant de la 2 CV s'est évanouie. Il la sauve du précipice au prix d'une cascade périlleuse. Mais, la jeune femme, préoccupée par ses poursuivants, s'enfuit laissant derrière elle ses sauveurs ainsi qu'un de ses gants contenant une chevalière dont l'armoirie ressemble à un capricorne. Malheureusement, elle est capturée un peu plus loin sous les yeux de Lupin et Jigen, impuissants devant la situation.

La demoiselle est en fait Clarisse de Cagliostro, qui appartient à l'une des deux principales familles nobles du pays, mais qui est séquestrée par le comte de Cagliostro, représentant l'autre famille actuellement à la tête du pays. Depuis des générations, chaque représentant des deux familles a en sa possession une chevalière et la légende raconte que lorsque les deux chevalières seront réunies, un trésor sera dévoilé. Obsédé par ce trésor, le comte s'acharne à convaincre Clarisse de l'épouser afin d'avoir les deux chevalières à sa disposition.

Cet homme est cependant violent, arrogant et sans cœur. Il est satisfait que ses hommes aient pu rapidement ramener la fugueuse, mais il explose de colère quand il s'aperçoit que Clarisse ne porte plus sa chevalière. La bague est entre les mains de Lupin, à qui Clarisse a confié son destin. Lupin, toujours prêt à jouer les chevaliers servants, compte faire le maximum pour sauver la jeune fille des griffes du comte et dévoiler par la même occasion le trafic de faux billets.

Nos amis Lupin et Jigen s'en retournent, mais Lupin semble déjà avoir une idée derrière la tête : il emmène son compagnon jusqu'à un ancien palais détruit par les flammes d'un terrible incendie. Les deux hommes sont invités à déguerpir par l'ancien jardinier du palais. Jigen se doutant que Lupin lui cache quelque chose, le menace et tente de l'étrangler pour lui soutirer des aveux. Lupin lui avoue que s'il l'a amené jusqu'ici, c'est qu'il connaît bien le comte de Cagliostro pour avoir essayé de le cambrioler dans sa jeunesse.

C'est alors qu'un autogire, un engin volant, se pose non loin de là, sur le château de Cagliostro. C'est le comte lui-même. Celui-ci interroge son majordome sur l'identité des deux hommes qui ont tenté de sauver la princesse Clarisse et demande de les éliminer. Lupin et Jigen, après avoir pris un bon repas dans une auberge où ils ont déchiffré les inscriptions sur l'armoirie de la bague, prennent une chambre d'hôtel pour préparer leur plan d'action. Mais ils sont soudainement attaqués par les hommes de main du comte qui veulent les tuer et reprendre la chevalière. Lupin et Jigen ne peuvent que s'enfuir par les toits pour éviter ce combat inégal.

Les deux compères s'installent alors dans les ruines du palais dont ils font leur Q.G. et leur point d'observation du château. Le lendemain matin, un autre personnages les rejoint : il s'agit de Goemon, un samouraï ; il a été invité par Lupin pour l'aider à mettre en œuvre son plan. Lupin, l'œil rivé sur sa lunette télescopique, se rend compte qu'il y a de l'agitation au château : l'inspecteur Zenigata d'Interpol, mis au courant de la présence de Lupin dans les parages, vient de faire son apparition. Mais cela fait partie du plan de notre héros.

La nuit tombée, Jigen et Lupin se glissent dans l'aqueduc qui fournit l'eau au château. Mais ils sont rapidement séparés. Lupin est emporté par le courant et Jigen se voit contraint de faire demi-tour vers leur Q.G. Lupin, après un trajet semé d'embûches, parvient à s'introduire dans le château. En se faisant passer pour l'inspecteur Zenigata, il réussit à tromper la garde du comte. L'agent d'Interpol s'étant aperçu de la supercherie se lance à la poursuite de Lupin, mais ne réussit qu'à tomber dans les oubliettes du château.

En visitant le château, Lupin rencontre une vieille amie : Fujiko, qui se fait passer pour une gouvernante et dont on ignore alors les motivations. Fujiko indique a Lupin l'emplacement où se trouve la princesse Clarisse : une tour isolée, quasiment inaccessible du château. Notre héros grimpe sur les toits afin de pouvoir tirer une corde de la tour de la prisonnière jusqu'à lui en utilisant une fusée de sa conception, mais le vent s'en mêle et fait tomber la fusée. En tentant de la récupérer, Lupin glisse et commence à courir sur le toit emporté par son élan. Il joue le tout pour le tout : il saute de toit en toit et finit sa course accroché miraculeusement du bout des doigts à une pierre de la tour. C'est au prix d'un effort surhumain qu'il parvient à se hisser et à retrouver la princesse.

Il lui rend la bague qu'elle avait laissée dans son gant lors de leur première rencontre. Puis il promet à Clarisse de la sauver des griffes du comte de Cagliostro. Mais la princesse n'y croit pas, malgré la bonne volonté de son preux chevalier. Vexé, Lupin use de sa magie et de son charme pour offrir une rose à la princesse qui reprend espoir. Soudain, le comte, accompagné de ses hommes de main, s'introduit dans la pièce, s'empare de Lupin et le jette dans les oubliettes du château. Le comte tente d'arracher la bague de Clarisse que Lupin venait de lui rendre. Mais ce dernier entend la conversation du comte avec Clarisse grâce à un émetteur-récepteur dissimulé dans la bague. Il interrompt le comte et lui révèle qu'il est toujours en possession de la vraie chevalière. Le comte, fou de rage, ordonne à son majordome d'inonder les oubliettes et de récupérer la bague sur le cadavre de Lupin. Mais ce dernier n'a pas dit son dernier mot et s'en sort une fois de plus.

Lupin découvre dans les oubliettes tout un tas de cadavres, victimes de crimes politiques. En déchiffrant des inscriptions sur un mur, il apprend que depuis plusieurs siècles, les Cagliostro perpétuent des crimes politiques et fabriquent des faux billets pour gouverner l'économie mondiale. Lupin ne met pas longtemps à rencontrer l'inspecteur Zenigata qui se jette sur lui pour l'arrêter. Mais ce dernier se rend compte qu'il sont tous deux prisonniers. Lupin explique les méfaits de la famille Cagliostro et lui demande de s'associer pour révéler au grand jour ce vaste complot. Zénigata accepte à contrecœur. Pendant ce temps, les hommes ninja envoyés par le comte descendent dans les oubliettes pour récupérer la bague, mais ils sont surpris par Lupin et son nouvel associé qui les attendaient. Effrayés, les hommes du comte s'enfuient par les tunnels inondés, mais ils sont vite rattrapés par Lupin qui connaît maintenant la sortie.

En s'enfuyant, Lupin et Zenigata découvrent la salle du château qui contient toutes les presses servant à imprimer les faux billets. L'agent d'Interpol, effaré, essaie de rassembler les preuves alors que Lupin brûle les presses pour que les gardiens du château viennent ouvrir la porte qui leur bloque l'accès au château.

S'ensuit une course infernale qui se finit sur la plate-forme de décollage de l'autogire. Mais Lupin refuse de se rendre et, toujours en compagnie de l'inspecteur, part aux commandes de l'autogire sauver la princesse et Fujiko, enfermées dans la tour. Lupin laisse provisoirement Zenigata conduire l'engin pendant qu'il fait sortir Clarisse et Fujiko par le toit. Mais le comte et ses hommes sont là. Ils blessent Lupin par balle et récupère la bague. Tout semble perdu, quand Zenigata, par une manoeuvre maladroite sur l'autogire, réussit à sauver Fujiko et Lupin. Mais Clarisse n'a pas pu s'enfuir.

Quelques jours plus tard, on retrouve Lupin au lit, le corps couvert de bandages, affaibli par ses blessures. A son chevet, Jigen, Goemon et Carl, un vieux chien qu'il connaît bien, accompagné de son maître : l'ancien jardinier du palais. Lupin raconte alors comment il a connu Clarisse alors qu'elle n'était encore une enfant ; lorsque, il y a bien des années, il est sorti blessé de sa tentative de cambriolage du château de Cagliostro, elle l'a sauvé en lui apportant à boire. Soudain, Lupin reçoit un message ; c'est Fujiko qui le prévient du mariage prochain de Clarisse et du comte de Cagliostro.

Lupin, à peine remis de ses blessures, parvient a s'introduire dans la cérémonie du mariage en se déguisant en prêtre de cérémonie. Alors que tous les médias sont présents pour célébrer l'événement, il dévoile au grand jour les crimes politiques que les Cagliostro ont perpétué pendant des siècles ainsi que la fabrication de faux billets. Avec l'aide de Jigen et Goemon, Lupin réussit à s'enfuir avec la princesse, mais ils sont vite pris en chasse par le comte qui veut définitivement faire taire le héros. Ce dernier s'enfuit avec la princesse dans la tour de l'horloge.

Le comte veut récupérer la chevalière de Clarisse afin de trouver le trésor dont Lupin a élucidé le mystère. Lupin propose au comte la chevalière et son secret, en échange de quoi il devra les laisser partir. Mais le comte réussit à surprendre Lupin et à récupérer la bague. Lupin et Clarisse tombent dans le lac au pied de la tour.

Impatient de découvrir le trésor, le comte, à l'aide des deux alliances, actionne un mécanisme caché dans la tour de l'horloge, mais au lieu d'ouvrir un passage secret, les aiguilles des heures et des minutes se mettent a bouger brusquement et se rapprochent pour marquer midi. Emporté par les aiguilles, le comte meurt écrasé. Mais le mécanisme ne s'arrête pas là : il entraîne l'effondrement de la tour de l'horloge qui, dans sa chute, détruit l'aqueduc. Le château est inondé. De retour sur le rivage, Clarisse et Lupin découvrent le trésor : une antique cité romaine cachée sous le lac qui vient de se vider.

La police commence à envahir le pays et Lupin doit faire vite s'il ne veut pas être coincé aux frontières. Mais Clarisse veut partir avec lui. Lupin, touché, lui répond qu'elle ne mérite pas de gâcher sa vie avec un malfaiteur et il rejoint Jigen et Goemon qui l'attendent avec la Fiat 500, poursuivis une fois de plus par les troupes de Zenigata...


Le château de Cagliostro : Personnages

Lupin III

Arsène Lupin, troisième du nom, mesure 1 m 78 pour 63 kg, et a les cheveux et les yeux foncés. Maître du déguisement, son apparence peut changer presque miraculeusement. Il a pu ainsi souvent tromper Interpol en prenant l'identité de policiers. Les origines de Lupin ne sont pas bien connues, mais, comme son prestigieux ancêtre français, il est intelligent, agile, courageux et fait preuve dans les moments délicats d'un sang-froid et d'une décontraction qui laissent pantois. Brigand au grand cœur, il fait de son mieux pour venir en aide aux plus faibles. Il aime particulièrement secourir les jeunes femmes, pour lesquelles il n'hésite pas à jouer au chevalier servant et à prendre les risques les plus absurdes !

Outre son penchant exacerbé pour l'argent et les femmes, un autre de ses défauts, qu'il partage avec son compère Jigen, est la gloutonnerie : chacun de leurs repas est une lutte pour s'accaparer la nourriture ! Avec son côté goguenard et insouciant, Lupin n'a pas toujours l'air très sérieux. Pourtant, le professionnel qu'il est prépare méticuleusement ses « méfaits » et fabrique des gadgets et autres accessoires d'une ingéniosité digne des meilleurs James Bond.

Clarisse

Clarisse est une jeune princesse qui a perdu ses parents dans un incendie. Elle a été écartée de Cagliostro de nombreuses années pour parfaire son éducation dans un couvent. Au moment où commence le film, elle vient juste de rentrer pour épouser un parent éloigné, le comte de Cagliostro. C'est un mariage arrangé par le comte, désireux d'unifier les deux branches de la famille.

Clarisse est une jeune femme d'apparence fragile mais courageuse. Elle n'a pas d'expérience du monde, mais sa nature douce et généreuse en fait un archétype de l'héroïne miyazakienne que le maître développe plus tard dans son œuvre. Le doublage de Sumi Shimamoto pour Clarisse a tellement impressionné Miyazaki qu'il lui confie plus tard le rôle de Maki Oyamada, dans le dernier épisode TV de la série TV Edgar de la cambriole - Seconde série, puis celui de Nausicaä dans le film de 1984.

Le comte de Cagliostro

Avec Lepka dans Conan, le fils du futur et Muska dans Le château dans le ciel, le comte de Cagliostro est un des seuls véritables « méchants » dans l'œuvre de Miyazaki. Il est inspiré des escrocs classiques comme Rupert de Hentzau dans le roman Le prisonnier de Zenda, une créature raffinée et cultivée mais avec un cœur de et des nerfs d'acier.

Arrogant, violent et cupide, le comte n'a aucune morale. Il exploite son rang et son titre de noblesse pour dissimuler les activités malhonnêtes que lui et auparavant sa famille ont menées dans la cave du château depuis le moyen-âge.

Daisuke Jigen

Le personnage de Daisuke Jigen est inspiré à l'origine par le bandit armé interprété par James Coburn dans le film Les sept mercenaires. Bras droit et ami de Lupin, Jigen est un expert dans le maniement des armes à feu, réputé en particulier pour ses talents de tireur d'élite.

Il a passé quelques années aux Etats-Unis pour s'être fait quelques ennemis au Japon et ce séjour a probablement beaucoup influencé ses goûts vestimentaires. Taciturne et ténébreux, on le voit rarement sans une cigarette à la bouche et il ne se sépare jamais de son chapeau qu'il enfonce sur sa tête de telle manière qu'on ne voit jamais ses yeux.

Jigen connaît Lupin depuis des années et, bien qu'il ait quitté la bande pour travailler seul à l'occasion, il est très loyal envers son vieil ami et lui vient en aide dès qu'il le faut. Toujours plus sérieux que Lupin, il lui déplore parfois sa désinvolture et son penchant pour les filles, car lui-même ne fait pas confiance au sexe opposé et en particulier à Fujiko. Clarisse parvient néanmoins à l'attendrir.

Goemon Ishikawa XIII

Avec ses longs cheveux noirs et son costume traditionnel de samouraï, Goemon Ishikawa XIII ressemble à un personnage venant d'une autre époque. Ses convictions et son attitude sont en accord avec cette image : c'est un combattant de l'ancienne école, réservé, fier et stoïque, caractérisé par un grand courage et une loyauté sans faille.

Goemon est un sabreur au talent hors du commun. Il n'utilise jamais d'armes à feu, faisant toujours confiance à son sabre, Zantetsuken, qui lui permet de trancher n'importe quel objet. Issu d'une ancienne famille de guerriers et voleurs japonais, il s'est promis de préserver les vertus traditionnelles du Bushido dans un monde moderne en pleine évolution.

Fujiko Mine

Le nom de famille de Fujiko Mine signifie « sommet », « pic » en japonais. C'est au public de décider s'il s'agit d'une référence à ses aptitudes professionnelles hors pair ou à ses atouts physiques exceptionnels. Issue d'une vieille famille japonaise de brigands, elle sait, quand il le faut, se convertir dans l'espionnage.

Fujiko a deux passions, l'argent et les hommes, qu'elle essaie de combiner en séduisant puis en dépouillant le plus grand nombre possible d'hommes fortunés. Elle est aussi agile et rusée que Lupin, mais bien plus impitoyable et acharnée. Tantôt associés, tantôt opposés dans les affaires, les deux entretiennent une relation faites de liaisons et de séparations. Le rôle de Fujiko est moins important dans Le château de Cagliostro que dans les séries TV, mais sa relation avec l'innocente Clarisse fournit une comparaison intéressante avec celle, plus tard, entre Gina et Fio dans Porco Rosso.

L'inspecteur Zenigata

L'inspecteur Zenigata représente la neuvième génération d'une longue lignée de détectives japonais remontant à l'époque Edo. C'est un bon policier, qui voue sa vie, au point de la gâcher parfois, à une mission qu'il s'est lui-même imposé : arrêter Lupin pour qu'il soit traduit en justice. Etant membre d'Interpol, il lui est possible de pourchasser Lupin à travers le monde entier, mais il n'est jamais parvenu à lui passer les menottes.

Monkey Punch, le créateur des personnages de Lupin III confie avoir pensé à Tom et Jerry quand il a élaboré la relation entre Zenigata et Lupin. Il est vrai que leurs rencontres peuvent être aussi folles qu'entre le duo chat/souris. Dans le film, il collabore exceptionnellement avec Lupin, capable de s'allier à son pire ennemi au nom de la justice.

Autres personnages

Jodor

Fidèle serviteur et bras droit du comte. Il gère et intervient dans toutes ses affaires importantes.

Gustav

Le fier chef de la garde de Cagliostro. Aussi rustre qu'imposant physiquement, il est facilement berné par Lupin.

Christopher

Le jardinier de l'ancien palais. Vivant à l'écart du château, il s'occupe de Karl, le chien de Clarisse.


Le château de Cagliostro : Analyse

Le château de Cagliostro est une réussite toute à fait stupéfiante pour un premier long métrage. Hayao Miyazaki impose d'emblée son style et son talent : faire accepter au spectateur le beau, le magique, l'improbable, de façon tout à fait naturelle, sans insulter son intelligence ni sombrer dans le sentimentalisme. Le château de Cagliostro préfigure à bien des égards les futurs travaux du réalisateurs, ce dernier développant déjà les procédés et les thèmes fondamentaux qui caractériseront des films comme Le château dans le ciel ou Porco Rosso. Les pauses notamment sont des moments de contemplation d'une nature resplendissante de beauté, et s'intercalent avec bonheur entre les scènes d'action trépidantes, qu'il affectionne par ailleurs.

L'histoire se déroule dans cette Europe imaginaire qu'affectionnent les Japonais : un paradis étincelant avec ses lacs et ses montagnes, ses villes et ses châteaux sophistiqués, ses mystères et ses secrets, bref le cadre parfait pour l'aventure et la romance. Le château de Cagliostro est le film d'un jeune réalisateur, voulant faire partager sa passion du cinéma et offrant l'envie au spectateur de voyager, rire, rêver. Dans ce cadre idyllique, il nous offre un scénario d'une densité et d'une richesse remarquables qui balance le spectateur entre la comédie et l'action avec une facilité désarmante.

Les scènes dramatiques sont magistralement menées et mises en scène. On peut citer la délirante poursuite de voitures au début du film, le périlleux (et hilarant) exercice de funambule sur les toits du château qui permet à Lupin de retrouver sa princesse, ou encore le duel homérique entre Lupin et le comte dans la machinerie de l'horloge.

Le final du film est émouvant. La minute pendant laquelle le secret du trésor est dévoilé est un moment aussi intense que la découverte du château dans le ciel par Pazu et Sheeta dans le film du même nom. La mort du comte, victime de sa propre folie, marque le sacre de Clarisse et le commencement d'un nouveau Cagliostro. Quelque chose de merveilleux va émerger de ce qui a disparu mais le voleur et la princesse doivent se quitter... Le spectateur ne peut qu'éprouver ce sentiment ambigu du happy end teinté d'amertume et de mélancolie, sentiment qu'il éprouve dans Le château dans le ciel, Porco Rosso et autres Princesse Mononoke...

Prisonnier d'un casting en grande partie établi, Miyazaki parvient pourtant à faire justice à chacun des personnages. Jigen reste le compagnon d'armes indispensable, confident auquel Lupin peut révéler les informations vitales dont le spectateur a besoin pour suivre l'histoire. Zenigata, l'infatigable inspecteur, prend une nouvelle dimension lorsque confronté à la corruption des hautes instances internationales, il fait passer, pour une fois, Lupin au deuxième plan. Fujiko, malgré des apparitions relativement courtes, a un rôle dont l'impact psychologique sur Lupin est très important puisqu'elle lui rappelle que la vie qu'il a choisi ne laisse de places qu'aux garces sur qui on ne peut pas compter, et non à des jeunes filles innocentes. Finalement, seul le samouraï Goemon semble un peu sous-exploité dans cette histoire.

Mais c'est peut-être plus encore dans les relations entre personnages que dans leur caractérisation individuelle que Miyazaki excelle. La relation entre les trois personnages principaux, Lupin, Clarisse et le Comte, est particulièrement intéressante. Si Clarisse et le comte représentent respectivement la lumière et l'obscurité, Lupin est la pénombre, à mi-chemin entre le paradis de l'innocence totale et l'enfer de l'amoralité absolue. En fait, il n'est qu'un humain parmi tant d'autres, faillible et balançant entre deux opposés, faisant de son mieux pour protéger l'innocent et admettant son penchant vers « le coté obscur ».

Hayao Miyazaki impose ainsi son idée personnelle de Lupin III : celle d'un véritable héros humain, généreux et chevaleresque. Bref, le second visage complètement ignoré par Monkey Punch, dont le personnage original était un authentique antihéros à la physionomie simiesque, vil, libidineux, intéressé, méchant et teigneux. Le Lupin du Château de Cagliostro est très différent de celui de la première série. Il n'est ni insouciant ni vantard. Le personnage a presque le même âge que Miyazaki, il a passé un véritable cap, il est désormais plus mature. Il est arrivé au milieu de sa vie, a dressé le bilan de ses folles années. Bien qu'il éprouve des vrais sentiments pour Clarisse, il ne peut l'emmener avec lui, parce qu'elle n'a que 17 ans, et qu'il est déjà un homme d'âge mur...


Le château de Cagliostro : Origines

La franchise Lupin III

Les personnages de Rupan Sansei / Lupin III et ses partenaires ont été créés en 1967 par l'artiste et mangaka Monkey Punch (pseudonyme de Kazuhiko Katô). Ils comptent parmi les personnages les plus établis et les plus aimés dans le monde du manga et de l'anime.

Version américaine d'un des 314 épisodes du manga.

Lupin III est en partie inspiré par son aïeul français, Arsène Lupin, le gentleman-cambrioleur créé par le romancier Maurice Leblanc. Monkey Punch a adoré les romans et a décidé de faire de son propre personnage le descendant du légendaire voleur. Mais si Lupin III est bien une création de l'artiste japonais, le nom de Lupin, ainsi que l'histoire originale, sont la propriété de la famille Leblanc qui n'a pas hésité à faire valoir ses droits à plusieurs reprises.
Pour cette raison, le voleur de génie japonais a souvent utilisé des pseudonymes variés lors de sorties vidéos : Rupan III (inspiré par la prononciation japonaise) ou The Wolf (provenant de l'origine latine de loup : « lupus ») aux Etats-Unis, Vidocq en France, ou le plus connu chez nous, Edgar de la cambriole.

A l’origine un manga, Lupin III est devenu au fil des années une véritable franchise se déclinant sur différents médias : de nouveaux mangas repris par d’autres mangakas, plusieurs séries TV, films et téléfilms, ainsi qu’un film en prises de vues réelles, et de nombreux produits dérivé ou jeux vidéos...

Lupin III dans son premier costume vert. Celui-ci sera repris dans Le château de Cagliostro.
Et la veste rouge caractéristique du Lupin III de la deuxième série.

En 1979, lorsque Tokyo Movie Shinsha demande donc à Hayao Miyazaki de réaliser Le château de Cagliostro, la deuxième série TV continuait à être diffusée, aussi il est confronté à la pression du jeune réalisateur qui s'attaque à un monument de la culture populaire japonaise.
La principale contrainte était l'intégration obligatoire dans l'histoire de tous les personnages habituels de Lupin III : les fans n'auraient pas accepté de voir Lupin sans ses acolytes Jigen et Goemon, l'indécrochable inspecteur Zenigata et la belle Fujiko.
Néanmoins, étant en charge de l'écriture du scénario et du storyboard, Miyazaki disposait finalement d'une certaine liberté, dans les limites que lui imposaient les personnages. C’est ainsi l’occasion de constater que dès son premier long métrage, Miyazaki pliait déjà un univers et des personnages codifiés à sa propre convenance et affirmait ainsi une personnalité forte de réalisateur. Monkey Punch trouvera lui logiquement le résultat trop enfantin et trop éloigné de sa création.

« Hayao Miyazaki à une manière de travailler très destructive » explique Yasuo Ôtsuka, le directeur de l'animation du film. « Il trouve sa motivation dans le fait de casser le matériel original pour mieux tout reprendre à zéro, même si c’est lui l’auteur de l’œuvre originale. C’est aussi pour ça qu’il refuse de revoir ses anciens travaux. Il ne veut pas refaire la même chose. »

Inspirations

A cet effet, Hayao Miyazaki a utilisé les mythes de Maurice Leblanc et Monkey Punch, mais s'est inspiré aussi de sources historiques, littéraires et cinématographiques, qui toutes contribuent à enrichir et personnaliser le film.

Il existait réellement un escroc, courtisan de Louis XVI, qui se faisait appeler le comte Alessandro de Cagliostro. Leblanc a publié en 1924 un livre s'intitulant La comtesse de Cagliostro. Son héroïne, Clarisse, était la petite-fille du comte et allait plus tard épouser Lupin. L'idée d'un trésor noyé apparaît également dans un roman de Leblanc, La demoiselle aux yeux verts, en 1927.

Il existe également des réminiscences des écrits du romancier japonais Edogawa Ranpo et de son livre Yûrei-tô (La tour fantôme). Ce texte s’inspirant lui-même des écrits de Ruikô Kuroiwa, journaliste, romancier et traducteur (il a notamment traduit Le comte de Monte-Cristo et Les misérables en japonais). Preuve supplémentaire de l’influence de ce roman, en 2015, Hayao Miyazaki lui dédiera une exposition temporaire au musée Ghibli.

Le château de Cagliostro s'inspire aussi plus largement des vieux films de cabrioles qui offraient rires, cascades et romances. Notamment, les scènes d'ouverture, comme le cambriolage du casino, et de poursuite sur les toits un peu plus tard, rappellent le film To Catch a Thief (La main au collet) avec Grace Kelly et Cary Grant dans le rôle d'un gentleman cambrioleur sur la Riviera.

Miyazaki et Lupin III

Avant de réaliser Le château de Cagliostro, Hayao Miyazaki avait déjà croisé la route du personnage de Lupin III. Au tout début des années 70, lui-même et Isao Takahata sont appelés à la rescousse pour travailler à la mise en scène d’un certain nombre d’épisodes de la seconde moitié de la première série TV lancée par Tokyo Movie (futur Tokyo Movie Shinsha).
On leur confie le travail ingrat de faire remonter les taux d’audience en corrigeant, à partir de l’épisode 6, le travail de mise en scène et d’animation déjà entamé par le réalisateur Masaaki Ôsumi. Les épisodes du manga se prêtant mal à une adaptation directe en dessin animé, Lupin III a été plus ou moins « réinventé » dans cette série, aussi bien du point de vue du character design des personnages (plus arrondi et plus humain) qu'au niveau des histoires, moins crues et destinées à un public plus large et hétérogène.
Malgré ce changement d’équipe, la série sera tout de même interrompue au 23ᵉ épisode (sur 26 prévus). Edgar de la cambriole / Lupin III – 1ère série est une série incomprise lors de sa première diffusion car elle se distinguait totalement de la production animée enfantine qui dominait alors. Mais fait étrange, aussitôt retirée de l’antenne, les protestations du public affluent de tout le Japon. Par la suite, cette première série totalement jubilatoire finira par connaître la popularité et elle reste encore la plus appréciée du public japonais.

Ce n’est que quelques années après qu’une seconde série TV est lancée avec une équipe différente. De 1977 à 1980, 155 épisodes ont été diffusé sur les ondes hertziennes japonaises, en parallèle avec la deuxième série d'épisodes du manga de Monkey Punch et a connu un succès fracassant. La qualité du graphisme et de l'animation est corrigée. L'aspect comique, mais aussi le romantisme sont exaltés, au détriment de l'érotisme et de la violence, plus présents dans la première série.
Et c’est en 1980 que Hayao Miyazaki, sous le pseudonyme de Tsutomu Teruki, réalise deux épisodes inoubliables : l'épisode 145, Shi no Tsubasa Arubatorosu (Albatros, les ailes de la mort), axé sur la prise d'assaut d’un immense bombardier volant, et l'épisode 155, Saraba Itoshiki Rupan yo (Adieu, Lupin bien-aimé), qui marque la fin de la série et qui met en scène avant l’heure deux personnages connus du réalisateur.


Albatros, les ailes de la mort et Adieu, Lupin bien-aimé, l'univers de Lupin III à nouveau plié à la sensiblité de Miyazaki.

Le château de Cagliostro : Production

Miyazaki, enfin réalisateur de long métrage !

Le château de Cagliostro est produit dans la foulée de Rupan Sansei vs Fukusei-ningen (Edgar de la cambriole / Lupin III : Le secret de Mamo), premier film consacré au personnage, sorti fin 1978 au Japon, et alors que la deuxième série continuait à être diffusée à la télévision. Il est d’abord prévu pour une toute autre équipe sans que Hayao Miyazaki y soit attaché.
Celui-ci, après avoir gouté à la réalisation sur Conan, le fils du futur, série TV très ambitieuse comparativement aux standards des séries d’animation TV de l’époque, rejoint Isao Takahata sur la série Anne, la maison aux pignons verts. Comme pour Heidi et Marco / 3 000 lieues en quête de mère, Miyazaki prend en charge le layout. Il n’occupera finalement ce poste que sur les 15 premiers épisodes de la série, car début 1979, il est débauché par le superviseur du projet Yasuo Ôtsuka pour réaliser Le château de Cagliostro, en plein désenchantement quant à l’orientation prise.

« Quand Hayao Miyazaki a commencé sa série Conan, le fils du futur, il a exigé que je vienne travailler dessus » explique Ôtsuka. « Il m’a dit qu’il ne pouvait pas mener le projet à bien si je ne rejoignais pas l’équipe. Il a beaucoup insisté. Moi, à cette époque, je travaillais à la Shinei Dôga. Et pour Conan, j’ai du démissionner pour venir les rejoindre. Du coup, il avait une dette envers moi. Et quand pour Le château de Cagliostro, je lui ai demandé de nous rejoindre pour diriger le film, il s’est du coup un peu senti obligé de venir. »

Yasuo Ôtsuka et Hayao Miyazaki à l'époque de la production du film.

A 38 ans, Miyazaki saisit surtout enfin sa chance de devenir réalisateur de film d’animation. Il a passé de nombreuses années à seconder Takahata à la mise en scène et, il ne le sait pas encore, mais cette décision marquera la fin d’une longue collaboration fructueuse avec lui à qui il a apporté tout son talent artistique. Les deux hommes se recroiseront sur d’autres projets mais Miyazaki ne sera plus jamais le « crayon » de son ainé.
Takahata sera à son tour débauché par Ôtsuka au début des années 80 pour réaliser Kié, la petite peste, toujours pour le studio Telecom et avec la même équipe.

Miyazaki rejoint donc le projet du Château de Cagliostro en mai 1979. Il a à peine deux mois de pré-production pour mettre en place l’histoire et commencer à dessiner le storyboard.
La production démarre début juillet et le film est achevé fin novembre. Avec à peine sept mois entre le début du projet et la sortie, la performance est remarquable (et n’a encore jamais été égalée).
En 4 mois et demi et avec une équipe de 10 animateurs clé, une trentaine d’intervallistes et 2 studios en renfort (Ajiado et Oh! Production), tout le travail d’animation est achevé.
Au début du mois de juillet, lorsque commence le travail d’animation, à peine un quart des 550 pages du storyboard en 4 parties est achevé. Tel un marathonien, Miyazaki continuera seul, au fur et à mesure, ce travail en parallèle à la supervision de l’animation et des décors, ce qui se révélera très dur à gérer nerveusement pour toute l'équipe.

Miyazaki avouera regretter de ne pas avoir bénéficié de plus de temps.
« Le château de Cagliostro est ce que je voulais faire depuis l’école primaire » explique-t-il. Je l’ai réalisé. Je l’ai amené à un niveau convenable. En d'autres termes, nous sommes arrivés à l'endroit où l’on voit une mosquée dorée, le but à atteindre au delà de l’horizon. Cependant, j'ai été obligé de me retirer cet endroit. À la dernière minute, j’ai du faire des compromis. Si seulement j’avais eu un peu plus de temps... Mais il fallait terminer à temps pour la date butoir. Ca m'a fait mal. Pendant un moment, je me suis senti perdu, comme si je rampais contre le sol. »

Si l’équipe avait eu un an de délais de production, Ôtsuka prétend qu’il était possible que Le château de Cagliostro reste indémodable pendant 100 ans. Avec un temps aussi limité et un budget serré, le directeur de l’animation louera les qualités de réalisateur de Miyazaki : « Un animateur rapide et un génie de la simplification des tâches. »

Calendrier de production du Château de Cagliostro (Animage n°79 de nov. 1979)

  • 10 juin : Présentation de la version finale du scénario.
  • Fin juin : Un quart de l’e-konte (storyboard) est finalisé. A partie de cette date, l’e-konte progresse en même temps que les genga (poses clés).
  • Début juillet : Démarrage des genga.
  • 23 juillet : Démarrage des dôga (intervalles).
  • Mi-septembre : Le tournage a commencé. A partie de cette période, e-konte, genga, dôga et les prises de vue avancent en même temps. Le studio est devenu un champ de bataille.
  • Du 2 au 3 novembre ou du 6 au 7 novembre : Doublage (l’article ayant été écrit avant novembre, dates incertaines).
  • 20 novembre : livraison prévue du film (le volume prévisionnel des cellulos s’élève à plus de 50 000 car la réalisation de Hayao Miyazaki et Yasuo Ôtsuka est très élaborée).

Coût de production du film : 500 millions de yens (soit 10 fois moins que Le vent se lève).

Sortie du film au Japon

Le château de Cagliostro sort le 15 décembre 1979 dans les salles de cinéma Tôhô, au moment du boom de la S.F. au Japon, et ne rencontre que très peu de succès en salles. Il sera moins bien reçu que le premier film de la franchise Lupin III et ses résultats ont continué à confirmer la rumeur que les travaux nés de l’association Yasuo Ôtsuka / Hayao Miyazaki ne remportaient pas de succès public.

Cependant, c’est un film qui sera très apprécié des critiques. La même année, il est récompensé par le prix Ôfuji, prix décerné une fois par an à un seul et unique film d’animation, son jury reconnaissant ses qualités et prophétisant ainsi son futur statut de classique après plusieurs remises en avant ultérieures. Les lecteurs d'Animage l'élieront ensuite ainsi meilleur film d'animation japonais de tous les temps, jusqu'à la sortie en 1984 de... Nausicaä de la Vallée du Vent. La rencontre de Lupin et Miyazaki aura donc été de manière continue malheureuse puisque son travail sur le personnage ne sera reconnue à sa juste valeur que plusieurs années après.
La période qui va suivre sera un moment de creux pour Miyazaki. Il aura les plus grandes difficultés à proposer des projets de longs métrages. Il mettra plusieurs années avant de réaliser un nouveau long métrage, Nausicaä de la Vallée du Vent.

Sortie du film en France

L’exploitation du Château de Cagliostro dans notre pays aura pour le moins été complexe. Le premier long-métrage de Hayao Miyazaki aura d’abord eu droit à de multiples sorties vidéo aux formats VHS, DVD et Blu-ray, entachées par de nombreux conflits avec les ayants droit de Maurice Leblanc pour le nom « Lupin III », avant de connaître les honneurs d’une sortie nationale en salles presque 40 ans après sa sortie japonaise.

Sa première édition, en VHS, date de 1982, chez Adès Vidéo, dans un premier doublage français. Il sort sous le titre de Vidocq contre Cagliostro dans une version tronquée de près de 20 minutes.
Le château de Cagliostro est ensuite réédité par Manga Vidéo en VHS en 1996 et pour la première fois sur support DVD en 2001, avec un second doublage français et cette fois en version intégrale. Le film retrouve aussi son titre original, mais dans cette nouvelle version, Lupin devient Wolf !
C’est ensuite au tour d’IDP en 2006 de le proposer en version intégrale dans un troisième doublage avec une partie des doubleurs de la série diffusée autrefois en France sous le titre de Edgar, le détective cambrioleur. Lupin y récupère au passage son nom français le plus connu : Edgar !
C’est à nouveau ce troisième doublage que l'on retrouve en 2011 chez Kaze qui récupère les droits du film. En plus du format DVD, celui-ci sort cette fois aussi sur support Blu-ray.

Le château de Cagliostro sera le tout dernier film de Miyazaki a sortir en salles en France. Excepté en festivals, il aura donc fallu attendre janvier 2019, soit presque 40 ans après sa sortie au Japon, pour voir le premier long métrage du réalisateur sur grand écran dans notre pays grâce au distributeur Splendor Films. Le film sera non seulement exploité en VF (troisième doublage) mais aussi en VOSTFR dans un nouveau sous-titrage. Et Ô surprise, Lupin redevient Lupin et retrouve enfin son nom japonais !

Après Cagliostro...

Il est inutile d’énumérer ici toutes les suites de la franchise Lupin III sorties a postériori, que ce soit au cinéma, en téléfilms ou en série TV, trop nombreuses et dont la liste ne cesse de s’agrandir.
Citons néanmoins deux autres films notables. Le premier, Rupan Sansei : Fûma Ichizoku no Inbô (Edgar de la Cambriole : Le complot du clan Fuma), en 1987, est supervisé par Yasuo Ôtsuka, directeur de l’animation du Château de Cagliostro. Il reste le film le plus réussi après le film de Hayao Miyazaki.
Le second est Rupan Sansei : Dead or Alive (Mort ou vif), en 1996. Ce film marque le retour aux sources du manga car réalisé par Monkey Punch lui-même.


Le château de Cagliostro : Art et technique

Conception graphique

Bien qu'aucun voyage spécifique n'ait été entrepris pour le film, la principauté de Cagliostro est inspirée des premiers voyages de repérages en Europe de Hayao Miyazaki : la Scandinavie pour le projet de série TV Fifi Brindacier en août 1971, la Suisse pour la série TV Heidi en juillet 1973 et l’Italie pour la série TV Marco / 3 000 lieues en quête de mère en 1975.

Le réalisateur mentionne aussi un livre qu'il a aperçu dans une vitrine et sur lequel il s'est précipité : Les villes de montagne italiennes et l'estuaire du Tibre. Monkey Punch qui adorait placer ses personnages dans des cadres étrangers excitants a du être ravi de voir ce pays des merveilles créé par Miyazaki et son équipe.

Avec ce film, Miyazaki a également saisi l'occasion d'avouer l'influence du célèbre animateur et réalisateur français Paul Grimault. Le palais du roi de Takicardie dans Le Roi et l'Oiseau, et plus exactement La Bergère et le Ramoneur, la version désavouée par ses auteurs Paul Grimault et Jacques Prévert, a largement inspiré le château du comte de Cagliostro avec ses flèches s'élançant vers le ciel, ses tourelles, ses toits vertigineux, ses donjons, ses portes dérobées ou encore ses oubliettes.

Dans la période de pré-production, Miyazaki avait dessiné les plans du château avec le plus grand soin. Pas seulement les environs et l'architecture extérieure mais également tout l'agencement intérieur, afin que les déplacements des personnages soient cohérents et que le château paraisse réel.

Plan du château du comte de Cagliostro dessiné par Miyazaki et localisé en français.
(Cliquez sur la vignette pour afficher le plan en grand format.)

Le directeur de l’animation et collègue de longue date de Miyazaki, notamment sur Conan, le fils du futur, Yasuo Ôtsuka, a fait partie de l'équipe d'animation de Lupin III depuis le tout début. C'est à lui que l'on doit le design des personnages et des véhicules dans le film. Connaissant le style du réalisateur, il adoucit et rajeunit les traits des personnages, les rendant plus sympathiques et plus romantiques qu'à l'accoutumée.

Animation

La scène de course-poursuite en voiture

Le château de Cagliostro reste célèbre pour ce morceau de bravoure animé d’anthologie ouvrant quasiment le film. Très largement citée comme source d’inspiration par John Lasseter, cette scène a été supervisée par l’animateur clés Kazuhide Tomonaga, formé par Yasuo Ôtsuka à la Tôei Dôga et ensuite pilier du studio Telecom.

Dans sa relecture de l’univers de Lupin III, Hayao Miyazaki a souhaité supprimer le côté clinquant de la première série TV dans laquelle les personnages roulaient dans des voitures luxueuses. Dans son film, les personnages roulent dans les véhicules modestes et ordinaires. Lupin et Jigen traverseront le film au volant d’une Fiat 500 (voiture fétiche d’ Ôtsuka) et Clarisse au volant d’une Citroën 2 CV (voiture fétiche de Miyazaki).

Le réalisateur a expliqué avoir eu en tête cette course d’une « deux chevaux » poursuivie par d’autres voitures bien avant le film.
Il aura fallu un peu plus de 2 mois pour réaliser cette scène de poursuite. L’équipe de Tomonaga a travaillé sur la base du storyboard très détaillé de Miyazaki pour tenter de préserver à l’écran le mouvement de son dessin original, jeté à toute vitesse et empreint de son style et de son caractère.
C’était pour Tomonaga la première fois qu’il devait dessiner des voitures avec autant de soin, véhicules avec lesquels il n’était pas vraiment expert. Corriger chaque pose clé finalisée aurait pris trop de temps, aussi, Tomonaga réalisait une animation rough qu’il faisait ensuite contrôler par Miyazaki ou Ôtsuka. Ils regardaient les dessins de son animation en ajoutant des corrections, ainsi Tomonaga comprenait mieux comment animer ces véhicules.
Miyazaki et Ôtsuka lui ont demandé de rester très précis sur la vitesse à laquelle le décor devait défiler derrière les voitures, sur quelle distance exactement les animateurs de Tomonaga devaient le faire glisser à chaque image. Ils considéraient que la Fiat devait rouler entre 60 et 70 km/h dans cette scène. Il leurs fallait prendre en compte la taille de la voiture et en déduire de combien le décor était censé défiler entre chaque image. Comme il y a 24 images par seconde dans un film pour le cinéma, ils pouvaient calculer précisément la vitesse. Au final, ce souci de logique donne un résultat auquel le spectateur peut croire plus facilement.

Autres scènes notables

Les scènes de cambriolage du casino au tout début du film, celle sur les toits du château de Cagliostro, ou encore de diner autour d’un plat de pâtes entre Lupin et Jigen, ont été supervisées par Atsuko Tanaka. Cette animatrice clé fut un pilier du studio Telecom ou elle commence sa carrière. Elle y restera 20 ans avant de rejoindre le studio Ghibli.

La scène sur les toits du château notamment, jubilatoire et invraisemblable, porte la patte de la première période du travail d’animation de Hayao Miyazaki. Elle est marquée par une école dite « du mouvement », qui trouve sa source à la Tôei Dôga au tournant des années 50 et jusque dans les années 70, et dont l’un des principaux acteurs est Yasuo Ôtsuka, instigateur du film, figure forte du studio Telecom formé autour de lui, mentor de Miyazaki et formateur des principaux animateurs du film.

Musique

La musique, riche et évocatrice, est composée par Yûji Ôno, déjà en poste sur la seconde série TV de Lupin III. Le thème familier de Lupin III a été retravaillé et Ôno a fait appel à un large éventail d'influences pour soutenir efficacement l’action, du Jazz apprécié par Monkey Punch, aux morceaux d'orchestre classique majestueux et romantiques.
Dans ses ruptures, sa composition semble également avoir été influencée par celle d’Alain Goraguer pour le long métrage d’animation français La planète sauvage, réalisé par René Laloux et sorti en 1973, film que Hayao Miyazaki a vu.
Bien que Joe Hisaishi soit le plus souvent associé aux musiques des films de Miyazaki, il faut reconnaître que Ôno a fait du bon travail et sa bande originale s'écoute en tant que telle avec beaucoup de plaisir.


Le château de Cagliostro : Fiche technique

Crédits

Titreルパン三世 カリオストロの城 (Rupan Sansei : Kariosutoro no Shiro)
Lupin III: The Castle of Cagliostro / Le château de Cagliostro
Année de création 1979
Œuvre originale Monkey Punch / Maurice Leblanc
Storyboard, réalisation Hayao Miyazaki
Scénario Hayao Miyazaki, Haruya Yamazaki
Assistant réalisateur Shigetsugu Yoshida
Directeur artistique Shichirô Kobayashi
Character design Yasuo Ôtsuka, Hayao Miyazaki
Directeur de l'animation Yasuo Ôtsuka
Animateurs clés Kazuhide Tomonaga, Atsuko Tanaka, Tsukasa Tannai...
Couleurs Hiroko Kondô
Directeur de la photographie Hirokata Takahashi
Musique Yûji Ôno
Producteur exécutif Yutaka Fujioka
Producteur Tetsuo Katayama
Production Tokyo Movie Shinsha, Telecom

Doublage japonais

Lupin Yasuo Yamada
Clarisse Sumi Shimamoto
Le comte de Cagliostro Tarô Ishida
Daisuke Jigen Kiyoshi Kobayashi
Goemon Ishikawa XIII Makio Inoue
Fujiko Mine Eiko Masuyama
L'inspecteur Zenigata Gorô Naya
Jodor Ichirô Nagai
Gustav Tadamichi Tsuneizumi
Christopher Kôhei Miyauchi

Doublage français

Doublage IDP (2005)

Edgar de la cambriole Philippe Ogouz
Clarisse Agnès Gribe
Le comte de Cagliostro Jacques Frantz
Daisuke Jigen Philippe Peythieu
Goemon Ishikawa XIII Jean Barney
Magali Catherine Lafond
L'inspecteur Gaston Lacogne Patrick Messe
Jodor Michel Clainchy

Quelques chiffres

Date de sortie du film au Japon 15 décembre 1979
Date de sortie du film en France 23 janvier 2019
Dates de sorties vidéo du film en France 1982 en VHS chez Adès Vidéo (1er doublage) sous le titre Vidocq contre Cagliostro, en 1996 en VHS et 2001 en DVD chez Manga Vidéo (2ᵉ doublage) sous le titre Le château de Cagliostro, puis en 2006 en DVD chez IDP et 2011 en BD chez Kaze (3ᵉ doublage) sous le titre Edgar de la cambriole : Le château de Cagliostro
Durée de la réalisation 7 mois, de mai à novembre 1979
Durée du film 1 heure 40 minutes

Récompense

  • 1979 - Mainichi Film Concours : lauréat du Prix Noburô Ôfuji