M. Pâte et la princesse Œuf


Résumé
Dans un moulin à eau, isolé au fin fond d’une forêt de ronces et de broussailles, vit une sorcière nommée Baba Yaga. C’est là qu’elle y garde captive sa minuscule servante, la princesse Œuf, assujettie à toutes les corvées quotidiennes du moulin. Une nuit, un énorme morceau de pâte pétrie, au repos dans une auge, revient soudainement à la vie. La princesse Œuf et son nouvel ami, M. Pâte, décident alors de s’enfuir. Quelles péripéties les attendent ?



M. Pâte s’enfuit
« J’aime beaucoup ce tableau de Brueghel. Mais ce n’est que récemment que j’ai su que le blé récolté dans ce tableau était en fait du seigle. Les gens de l’époque mangeaient donc du « pain noir ». Nous consommons beaucoup de pain, de nouilles et de pâtes, mais nous ne savons que vaguement comment ils sont fabriqués. Alors, j’ai eu envie de créer un film qui se passerait dans un endroit comme celui du tableau de Brueghel.

Les moissonneurs, peinture à l’huile sur bois datant de 1565, du peintre flamand du 16ᵉ siècle, Pieter Brueghel.
Le tableau se trouve actuellement au Metropolitan Museum of Art (New York).
Dans les pays où l’on consomme du pain, je sais qu’il existe des histoires de pains qui s’enfuient, comme dans le conte Omusubi Kororin (La boulette de riz qui roule) dans notre pays. Ces pains qui disparaissent sont généralement des pancakes ronds, ou des pains longs ou plats. La forme change selon le lieu, mais immanquablement, ces pains s’enfuient tous. Si il s’agit de pains, ils s’enfuient donc en roulant. Alors, je me suis demandé : « mais si il s’agit de pâte à pain, elle s’échappera donc de manière collante et gluante... »
C’est en réfléchissant à tout cela que j’ai finalement trouvé l’idée de ce film. »
Hayao Miyazaki
Création du film
M. Pâte (à pain) et la princesse Œuf est le huitième court métrage du musée Ghibli. Il est produit dans la foulée du court Les souris sumo. Dès les premiers jours de projection du septième court métrage réalisé par Akihiko Yamashita, fin janvier 2010, le producteur Toshio Suzuki annonce dans son émission radio Ghibli Asemamire qu’un autre film est déjà en cours de production et qu’il sera encore une fois réalisé par Hayao Miyazaki. Le court est prévu pour durer 10 minutes et ne contiendra aucun dialogue.
A cette période, comme la presque totalité des animateurs travaillent sur le premier long métrage de Hiromasa Yonebayashi, Arrietty, le petit monde des chapardeurs, Miyazaki lui-même participe au travail d’animation.
Pour ce court métrage, Miyazaki s’est inspiré du tableau de Pieter Brueghel, Les Moissonneurs, et a situé son cadre quelque part dans une Europe imaginaire, peuplée de lapin, de cochons (un peu) et d’œufs vivants !
Avec ce film, il semble vouloir également visiter les figures de la mythologie slave. Bien connue, la Baba Yaga apparaît dans de nombreux contes russes et polonais. Elle est représentée comme une vieille femme affreuse et cruelle flanquée d’une sœur au caractère à l’exact opposé.

La Baba Yaga d’Ivan Bilibine…
Cette description rappellera bien sûr deux autres personnages célèbres de la filmographie du réalisateur : la sorcière Yubâba et sa sœur jumelle Zeniba dans Le voyage de Chihiro.

… Et celle de Hayao Miyazaki.
Si l’homme en pain d’épice est un personnage de conte anglais bien connu, dans la tradition populaire russe, on trouve également la trace d’une histoire où une boule de pain prend la fuite alors qu’elle sèche sur le rebord d’une fenêtre.

Un M. pâte à pain en fuite (et sa princesse) selon Hayao Miyazaki.
M. Pâte et la princesse Œuf contient environ 24 000 cellulos pour 10 minutes d’animation, ce qui constitue le ratio (nombre de dessins/seconde) le plus important de l’histoire du studio Ghibli. En comparaison, le film Ponyo sur la falaise contient 170 000 cellulos pour une durée de 110 minutes et Le voyage de Chihiro 112 000 cellulos pour 125 minutes.
Toshio Suzuki a expliqué dans un documentaire diffusé sur NHK que « personne ne sait quel film, thème ou technique marqueront le 21ᵉ siècle. Mais, avec Monsieur Pâte et la princesse Œuf, Miyazaki voulait explorer une piste. Il a donc dessiné, dessiné et encore dessiné. Il a beaucoup souffert en dessinant pour ce film. »
Suzuki a aussi précisé que Miyazaki a été animateur-clé sur M. Pâte et la princesse Œuf et qu’il a travaillé durant plus de 10 mois sur la production du court métrage.
Pour M. Pâte et la princesse Œuf, le studio Ghibli avait un moment envisagé de tester un nouveau mode de diffusion sur Internet, comme YouTube. Les coûts de production, fussent-ils ceux d’un court métrage, sont importants et le studio prit alors conseil auprès de la grande agence publicitaire, Dentsu, afin de trouver un modèle économique leur permettant de rentabiliser le film. Cette piste n’aura finalement pas de suite.
Suzuki expliquera qu’à l’ère d’internet, ils savent que leur modèle économique actuel (cinéma/vente en vidéo/diffusion TV) ne durera pas éternellement. Mais pour le moment, ils continuent à porter un grand attachement à la diffusion de leurs œuvres en salles de cinéma.
La musique, réarrangement moderne de La Folia de Vivaldi
Hayao Miyazaki a créé M. Pâte et la princesse Œuf tout en écoutant La Folia d’Antonio Vivaldi. Joe Hisaishi en a fait un réarrangement pour le film.

« J’ai songé à réarranger cette musique classique avec une approche moderne en suivant l’ « impact » ressenti par les images créées par le réalisateur Miyazaki » explique le compositeur. « J’ai senti que l’ambiance principale du film se rapprochait de la texture du tableau de Brueghel dont le réalisateur Miyazaki s’est inspiré pour la création du film. De plus, j’avais l’impression que le sujet était assez proche des contes européens. J’ai pensé que si je créais une musique baroque moderne tout en gardant les nuances du classique, cela conviendrait au film. Concrètement, j’ai utilisé la musique baroque de l’époque de Vivaldi et j’y ai ajouté de la musique minimaliste qui est mon point fort. J’ai progressivement métamorphosé la forme du son et l’ai répété. J’ai parlé de mon idée au réalisateur Miyazaki et ça l’a intéressé. C’est ainsi que l’orientation générale de la musique a été décidée.
Pourtant, au début, je m’inquiétais de savoir si le côté sombre de La Folia conviendrait au film. Une fois la musique écrite, j’ai demandé à mes musiciens habituels de la jouer avec les images du film et ça a donné une sorte de décalage musical, un contraste avec le côté joyeux des personnages. Au final, ça a donné une certaine profondeur au film. Le résultat était bon.
En général, dans le monde de la musique de film, on compose plusieurs morceaux, correspondants à chaque scène. Mais cette fois-ci, le film dure 12 minutes, la musique est donc d’un seul morceau. Pour cette raison, la musique est plus facile à appréhender. »
Crédits
| Titre | パン種とタマゴ姫 (Pan-dane to Tamago-hime) Mr. Dough and the Egg Princess / M. Pâte et la princesse Œuf |
|---|---|
| Histoire originale, scénario, réalisation | Hayao Miyazaki |
| Directeur artistique | Yôji Takeshige |
| Directeur de l'animation | Kitarô Kôsaka |
| Contrôle de l’animation | Hitomi Tateno |
| Couleurs | Michiyo Yasuda et Yukie Tamura |
| Directeur de la photographie | Atsushi Okui |
| Musique et direction de l’orchestre | Joe Hisaishi Variations sur La Folia d’Antonio Vivaldi par le groupe Miura Strings |
| Producteur | Toshio Suzuki |
| Production | Studio Ghibli |
| Date de sortie | 20 novembre 2010 |
| Durée | 11 minutes 37 secondes |
Sources : fascicule du court métrage M. Pâte et la princesse Œuf - vidéo de l'émission Professional Shigoto no Ryûgi, « Le nouveau défi de Hayao Miyazaki : Reportage rapproché ! Un nouveau film étonnant. » (NHK) - GhibliWorld.com - Nausicaa.net - AnimeNewsNetwork.com
Remerciements : merci à Yasuka Takeda pour les traductions
M. Pâte et la princesse Œuf :
Le nouveau défi de Hayao Miyazaki

Le texte ci-dessous est tiré de l’émission japonaise Professional Shigoto no Ryûgi sur la chaîne NHK, habituée depuis plusieurs années à suivre le studio Ghibli dans la création de ses films. Les images ont été tournées durant la production du film Arrietty, le petit monde des chapardeurs.
Sur ce film, Hayao Miyazaki, seulement crédité à la planification, est écarté de la réalisation pour laisser sa place à une jeune pousse nommée Hiromasa Yonebayashi. Le réalisateur en profite, non sans une pointe d’orgueil, pour se lancer un nouveau défi et tenter de repousser le niveau de qualité de l’animation traditionnelle auquel le studio a habitué son public.
Koganei (Tôkyô), studio Ghibli



Deux ans après la fin de la production de Ponyo sur la falaise, Hayao Miyazaki s’est lancé un nouveau défi et a commencé à travailler discrètement sur un tout nouveau projet.
« Je ne sais pas ce que ça va donner. Pour l’instant, il n’y a pas de paroles. »
M. Pâte et la princesse Œuf est prévu pour être diffusé au musée Ghibli en novembre 2010. Pour ce court métrage d’une dizaine de minutes, Miyazaki veut s’essayer à quelque chose d’extraordinaire, quelque chose que le studio Ghibli n’avait jamais tenté jusqu’à présent.
Une animation traditionnelle fabuleuse



Hayao Miyazaki travaille dans le milieu du cinéma d’animation depuis 48 ans maintenant et sa carrière est jalonnée de défis. C’est sur Princesse Mononoke que le réalisateur a commencé a utilisé le numérique pour la première fois (NDT : en fait, plutôt depuis le clip musical On Your Mark). Jusqu’au Château ambulant, il a approfondi cette technique pour donner du relief à ses images. Mais pour Ponyo sur la falaise, il a décidé de se passer du numérique et il est revenu à l’animation traditionnelle. Il a essayé de faire bouger un maximum d’éléments à l’image juste avec des dessins créés à la main.
Pour ce nouveau court métrage, il a souhaité aller encore plus loin qu’avec Ponyo dans cette voie. M. Pâte et la princesse Œuf compte au total 24 000 dessins pour juste 10 minutes d’animation. C’est un travail qui génère une pression énorme.
« J’aurai 70 ans l’année prochaine et c’est un tournant pour moi. Quand je travaille, je comprends quand un dessin n’est pas très bon et quand je dois le refaire et comment le refaire. Mais si je le refais, ça me prend encore plus de temps et ça me fatigue. Finalement, je dois continuellement me convaincre. Donc, c’est dur. »
A cause de son âge, la fatigue corporelle se fait de plus en plus ressentir. Mais Hayao Miyazaki ne baisse pas les bras. Il est en lutte permanente pour tenter de trouver une réponse à sa question.
Quelle œuvre marquera le 21ᵉ siècle ?



« On ne sait pas quel film, thème ou technique, marqueront le 21ᵉ siècle » explique le producteur Toshio Suzuki. « Mais, avec M. Pâte et la princesse Œuf, il voulait explorer une piste, sans savoir où il allait, sans aucune visibilité. Il a donc dessiné, dessiné et encore dessiné. Il a beaucoup souffert en dessinant pour ce film, sans être sûr du résultat. »



Ce jour-là, Miyazaki est en train de dessiner une scène importante, celle où M. Pâte sauve la princesse Œuf, retenue prisonnière. Cette scène se situe vers la fin du film.
Il est en train de réfléchir à la position que doivent adopter les énormes mains de M. Pâte pour saisir la frêle princesse. Il n’a pas beaucoup de choix et doit dessiner minutieusement trait par trait. À la fin de la journée, il a enfin fini de dessiner son plan et uniquement celui-ci. 115 dessins seront nécessaires au final, pour 5 secondes d’animation.
27 août 2010, projection interne



Hayao Miyazaki est reconnu mondialement pour être l’un des plus grands réalisateurs contemporains. Mais qu’est-ce qui le pousse encore à relever ce genre de défi ?
« L’obstination et la vanité » répond avec sérieux le réalisateur avant de s’en aller en riant. « Il ne me reste que ça. Je n’ai pas mieux à répondre. »
Exposition temporaire 2010 (partie 2)
M. Pâte et la princesse Œuf

Le 20 novembre 2010, premier jour de diffusion de M. Pâte et la princesse Œuf, une exposition temporaire consacrée au court métrage est également présentée aux visiteurs du musée Ghibli. Conjointement proposée avec l’exposition Les films de la forêt de Ghibli - Bienvenue au cinéma Saturne, consacrée à la fabrication des courts métrages exclusifs du musée, elle marque le lancement de la seconde moitié de l’exposition temporaire annuelle du musée pour sa saison 2010/2011.
Un nouvel espace est alors dédié au film, dans lequel ont pouvait retrouver un diorama et divers affichages sur lesquels Hayao Miyazaki s’exprimait à propos de la récolte du blé, son processus de transformation en farine, puis en pains moelleux cuit au four. Il revenait aussi sur le moulin à eau vu dans le film, et sa propriétaire, Baba Yaga, par le biais d’illustrations inédites dessinées spécialement pour l’exposition (nous en avons traduites certaines en français pour cette page).
Voici un aperçu de ce que pouvait découvrir le visiteur.
La récolte du blé

Diorama issu d’une scène du film, montrant le moment de la récolte du blé dans un vaste champ.
Des lapins paysans sont en plein travail alors que M. Pâte et la princesse Œuf, poursuivis, traversent leur champ.
L’ambiance de ce diorama est cependant sereine et humoristique. Comme dans le film, M. Pâte a gardé sa touche élastique. Le blé récoltées par les lapins sont d’authentiques gerbes.
Le battage du blé

Comme dans le film, on peut voir des paysans lapins transformer du blé.
Affichage expliquant le travail du battage du blé (séparation des grains de l’épi) que l’on observe dans une scène du film.
De vrais outils de récolte (faucille, faux) étaient exposés.
Le blé et ses variétés

Le blé est pour nous une céréale familière. Mais dans notre quotidien, nous n’avons pas de réelles opportunitées d’observer du blé véritable, ni de découvrir ses variétés. Comment sont la gerbe de blé et ses grains au touché ? Quel est l’usage de chaque variété de blé ?
Affichage présentant de façon ludique les spécificités et les variétés de blé. D’authentiques gerbes de blé étaient également exposées.
La farine de blé

Les grains de blé sont ensuite écrasés et transformés en farine dans une meule à grains.
A cet endroit, en plus de l’affichage, des démonstrations de grains de blé moulues en farine à l’aide d’une meule de pierre traditionnelle, étaient proposées au public.
Baba Yaga et son moulin

Baba Yaga et le moulin à eau où elle habite sont deux éléments importants du film.
Dans un premier affichage, Hayao Miyazaki s’est amusé à proposer le plan de coupe du moulin de la sorcière, illustrant notamment la singulière scène de transformation de grains de blé et d’ossements (pour le calcium !) en farine dans sa gigantesque meule, visible au début du film.
Un second affichage expliquait, quant à lui, qui est cette sorcière, d’où elle vient, et pourquoi elle habite un moulin perdu au fin fond d’une forêt de ronces.
Pan-dane devient Pan-o

Vers la fin du film, M. Pâte (Pan-dane en japonais) est enfermé dans un four et cuit. En sortant, il devient Pan-o (NDT : trait d’humour sur le fait, qu’au Japon, beaucoup de prénoms masculins se terminent par « o »).
Dans un premier temps, Hayao Miyazaki avait conçu un design compliqué pour Pan-o. Il était inspiré par un portrait du peintre italien Giuseppe Arcimboldo. Ce design n’a finalement pas été utilisé. Mais pour cette exposition, le Pan-o que Hayao Miyazaki voulait voir dans le film et qu’il avait abandonné pour des raisons pratiques (trop compliqué, il aurait été difficile à animer), devient finalement une vraie statue constituée de moulages imitants de vrais pains.
Malheureusement pour les visiteurs, ce Pan-o n’était pas comestible...
Cliquez pour agrandir la planches sur la création de Pan-o en français
dessinée et annotée par Hayao Miyazaki pour l'exposition.
9 questions posées par les lapins

Après avoir vu le film, vous vous poserez peut-être des questions ?
Le cochon avatar de Miyazaki répond à 9 questions posées par des lapins, comme autant de petits secrets du film révélés.
Cliquez pour agrandir la planches de documents de production en français
dessinée et annotée par Hayao Miyazaki pour l'exposition.





