Kiki, la petite sorcière


C'est une tradition chez les sorcières, lors de leur 13ᵉ année, de partir au moins un an loin de leur famille, dans une ville où aucune sorcière ne vit. Ce moment est arrivé pour Kiki qui, un soir de pleine lune, s'envole avec son chat Jiji vers l'inconnu. La jeune sorcière va devoir faire son chemin en pays humain...
Réalisé par Hayao Miyazaki en 1989, d'après un livre de Eiko Kadono, Majo no Takkyûbin (Kiki, la petite sorcière) raconte avec tendresse et fraîcheur l'histoire d'une jeune fille qui s'éveille à la vie, et qui à travers diverses rencontres s'emploie à gagner son indépendance et à s'intégrer dans un environnement inconnu. Cette fable sociale, mêlant avec une simplicité désarmante quotidien et merveilleux, est servie par un graphisme irréprochable et de magnifiques scènes de vol. Avec plus de 2,6 millions de spectateurs au Japon, Kiki, la petite sorcière est le premier gros succès du studio Ghibli et s'est placé premier au box-office nippon de 1989. C'est avec ce film que l'autofinancement des longs métrages du studio est atteint.
Film conseillé à partir de 4 ans (voir guide des parents)
Sources : Animeland hors-série n° 3 - Hayao Miyazaki, Master of Japanese Animation d'Helen McCarthy
Remerciements : merci à Tetho pour sa participation au dossier, ainsi qu'à Pedro pour la traduction de la note d'intention
Kiki, la petite sorcière : Résumé détaillé

Kiki est une jeune sorcière. Couchée dans l'herbe, elle écoute attentivement la petite radio à pile de son père. Le bulletin météo de la soirée annonce une nuit de pleine lune sans couverture nuageuse. Kiki a bientôt 13 ans et, comme le veut la tradition, elle va devoir quitter sa maison pour travailler pendant un an dans une ville sans sorcière. En entendant les prévisions météo, Kiki prend la décision de partir cette nuit même et retourne chez elle afin de prévenir ses parents.


La mère, étonnée de ce départ précipité, rate sa potion magique, laissant échapper de l'éprouvette un nuage noir. Quelques instants plus tard, Kiki prépare déjà ses affaires pour le départ. Jiji, son petit chat noir, n'est pas emballé à l'idée de partir si vite. Mais Kiki est bien décidée. Elle annonce d'ailleurs sans détour la nouvelle à son père qui vient de rentrer. Pour ce voyage Kiki reçoit en cadeau la radio de son père. Elle se voit aussi affublée d'une traditionnelle robe noire qu'elle ne trouve pas jolie mais comme dit sa mère l'apparence n'est pas le plus important ; ce qui compte c'est le cœur qui se cache derrière.


Le soir, dans le jardin de la maison, tout le village est réuni pour assister au départ de Kiki. Après une dernière discussion avec ses amies, la jeune sorcière va faire ses adieux à ses parents. A ce moment là, la mère se rend compte que sa fille voulait partir sur le petit balai qu'elle venait de fabriquer. Elle préfère lui donner son propre balai qui a fait ses preuves par tout temps. Un peu contrariée la fillette se résout à prendre le balai de sa mère qui, selon Jiji, est bien meilleur.


L'instant du départ est enfin arrivé : Kiki monte sur son balai, se concentre puis décolle maladroitement montrant que sa maîtrise du vol est loin d'être parfaite. En vol, Kiki annonce à Jiji qu'elle a décidé d'aller vers le sud afin de voir l'océan. En chemin, ils rencontrent une jeune sorcière en fin de formation. Cette dernière lui explique la difficulté de s'installer dans une ville étrangère mais ajoute que, comme son pouvoir est de prédire l'avenir, elle n'a pas rencontré de gros problèmes. Les deux jeunes filles se quittent lorsque la seconde arrive au-dessus de sa ville. Kiki commence alors à se demander quelle est sa spécialité de sorcière ; mais elle est interrompue dans sa réflexion par un orage qui la force à se réfugier dans un wagon rempli de paille. Ne se posant aucune autre question elle s'endort rapidement. Le train se met alors en marche.


Le lendemain Kiki se réveille en riant hystériquement ; elle avait dormi dans le foin destiné à des vaches et celles-ci commençaient à lui lécher le pied ! Après s'être excusée auprès des vaches de s'être endormie dans leur déjeuner, Kiki ouvre la trappe du toit du wagon et voit pour la première fois la mer. Elle est émerveillée, contrairement à Jiji qui pense que ce n'est qu'une grande flaque d'eau. C'est alors que la jeune fille remarque sur sa droite une grande ville portuaire au loin. La vue est magnifique et la jeune sorcière se demande alors si elle ne pourrait pas s'y installer.


Après avoir décollé du train, Kiki se dirige vers le point le plus élevé de la ville : le clocher. Là le gardien lui apprend qu'il n'y a pas eu de sorcières vivant ici depuis un moment. La jeune fille fait alors son choix : ce sera cette ville ! Elle se met alors à survoler les rues sur son balai au grand étonnement des citadins. Quand Jiji lui fait remarquer que tout le monde les regarde, elle lui répond de sourire et de faire bonne impression. Malheureusement elle manque de se faire percuter par un bus sous un porche et provoque presque un accident. Atterrissant en catastrophe, elle se présente aux personnes présentes autour d'elle. Celles-ci semblent gênées et partent rapidement. Arrive alors un agent de police qui menace de l'emmener au poste.


Heureusement, le policier est interpellé par quelqu'un qui crie au voleur. Profitant de son absence, Kiki se sauve par une petite rue. Là elle est rattrapée par un garçon en vélo, nommé Tombo : c'est lui qui l'a aidé en criant au voleur quelques instants plus tôt. Il voudrait devenir son ami mais la jeune fille, qui le trouve impoli, ne l'entend pas de cette oreille et s'en va. Tombo regarde avec fascination Kiki s'envoler avec son balai.


Après s'être fait refuser l'accès dans tous les hôtels de la ville, Kiki et Jiji en arrivent à discuter de la possibilité de repartir chercher une autre ville. C'est alors qu'une femme enceinte sort de la boulangerie proche. Une cliente y a oublié la tétine de son bébé et la boulangère s'apprête à partir la rattraper pour la lui rapporter. Kiki se propose d'y aller à sa place. La commerçante, qui s'appelle Osono, est très surprise de voir la jeune fille chevaucher son balai et se jeter dans le vide, pour aller rejoindre la cliente avec son landau.


De retour à la boulangerie, Kiki rapporte à Osono un message de la cliente lui priant de remercier sa jeune amie. Osono invite alors Kiki dans l'arrière-boutique pour prendre un chocolat chaud. Après s'être présentée, la commerçante devine que la jeune sorcière est en formation et elle lui propose de s'installer dans une pièce vide du grenier. Kiki accepte avec joie et s'installe dans sa nouvelle chambre. Avant de s'endormir, elle annonce à Jiji qu'elle restera dans cette ville.


A son réveil, la jeune sorcière sait déjà ce qu'elle va faire comme travail pendant sa période de formation : un service de livraison. Osono trouve l'idée excellente et, en plus d'héberger Kiki gratuitement, elle lui prête le téléphone de la boulangerie pour ses affaires. En contrepartie, Kiki pourra aider sa nouvelle propriétaire à la boulangerie. De retour de ses courses Kiki est interpellée par Osono qui lui annonce qu'une première cliente est arrivée. Elle doit livrer une petite peluche (ressemblant à s'y méprendre à Jiji) dans sa cage.


Mais Kiki, dans sa livraison, est malmenée par une rafale de vent et tombe dans une forêt de pins. Elle atterrit près d'un nid de corbeau. L'oiseau, furieux, la chasse de l'arbre à grands coups de bec. La jeune sorcière s'excuse et reprend rapidement son envol. Quelques instants plus tard, Jiji se rend compte que la peluche n'est plus dans sa cage. Paniquée, Kiki retourne à son point de chute mais les corbeaux lui réservent un accueil houleux et la jeune fille est obligée de battre en retraite. Jiji propose d'aller chercher la peluche à la tombée de la nuit mais la sorcière serait en retard. Il lui vient alors une idée : Jiji remplacera la peluche le temps qu'elle la retrouve.


Arrivée à destination, Kiki sonne et le jeune garçon à qui était destinée la peluche, accourt pour s'emparer de son cadeau. La livraison terminée, Kiki s'empresse de partir chercher la vraie peluche. De son côté Jiji, qui fait de son mieux pour rester immobile, n'est pas du tout rassuré : il y a un énorme chien dans la maison.


En cherchant dans la forêt, Kiki trouve une cabane. Elle peut y voir à travers une vitre la peluche qu'elle a perdue. Ursula, la propriétaire de la maison est une jeune artiste peintre vivant en solitaire. Lorsque celle-ci rend la peluche, Kiki s'aperçoit que la tête du chat est décousue. Ursula lui propose un marché : elle recoud la peluche à condition que Kiki nettoie sa maison.


Une fois la poupée remise à neuf, Kiki s'envole pour récupérer Jiji. Pendant ce temps Jeff, le chien qui fait tant peur à Jiji, s'avère tout à fait pacifique et s'est même pris d'affection pour le chat. Le prenant dans sa bouche, il sort de la maison pour le libérer. Kiki effectue alors l'échange avec la peluche et remercie le chien qui retourne à l'intérieur.


Le lendemain après midi, Kiki s'occupe de la boutique mais il n'y a personne à servir. Alors qu'elle commençait à s'ennuyer le téléphone sonne. C'est un nouveau client pour Kiki qui s'empresse de regarder la carte pour situer le lieu de livraison. A ce moment Tombo entre dans la boulangerie mais Kiki feint de l'ignorer. Le garçon ne se démonte pas et lui tend une lettre contenant une invitation pour une soirée organisée par le club d'aviation dont il fait partie. Si elle accepte, il passera la prendre ce soir. Alors que Kiki hésite à répondre à l'invitation, un nouveau client vient déposer un colis pour une livraison. Tombo quitte la boulangerie mais repassera à 18 h.


Kiki aimerait bien aller à cette soirée mais elle a d'abord deux livraisons à effectuer. Après une première livraison d'un paquet très lourd, elle se rend chez une vieille dame. Mais son paquet à livrer, un pâté en croûte pour l'anniversaire de sa petite fille, n'est pas prêt... à cause d'un four électrique récalcitrant. La cliente est désolée d'avoir fait déplacer Kiki pour rien et décide de lui donner l'argent, mais Kiki ne peut accepter et propose de l'aider à faire cuire le plat dans un vieux four à bois présent dans la cuisine. Après avoir préparé le feu, Kiki effectue même quelques autres petits travaux dans la maison.


Un peu plus tard, en prenant le thé, la vieille dame s'inquiète de savoir si Kiki n'est pas en retard pour sa soirée, mais la jeune fille en regardant l'horloge de la cuisine la rassure. La vieille dame lui explique alors que l'horloge de la cuisine retarde de 10 minutes. Kiki est prise de panique. Heureusement le plat est cuit et elle peut partir livrer sa commande. Mais dehors le temps a changé, un orage éclate et Kiki est littéralement arrosée. Quand elle arrive à destination, Kiki est accueillie froidement par la petite-fille de la vieille dame qui se plaint de recevoir une fois de plus une de ses affreuses tartes. La jeune sorcière repart affectée. Il est déjà 18 h passées et Tombo attend Kiki devant la boulangerie. Bientôt il se résigne à partir sans elle. Mais Kiki ne tente pas de le rattraper. De toute façon, elle est toute trempée et elle ne peut pas se présenter dans cet état à la soirée.


Le lendemain matin, Kiki ne s'est pas réveillée et Mme Osono s'inquiète en voyant Jiji gratter à la fenêtre de la chambre de sa maîtresse. En fait Kiki n'est pas sortie de son lit car elle a attrapé froid. Osono revient un peu plus tard lui apporter des flocons d'avoine et lui annonce que Tombo est passé à la boutique ce matin. Il repasserait la voir dans l'après midi, mais connaissant Kiki, Mme Osono a poliment refusé.


Quelques jours plus tard, Kiki est visiblement guérie et Osono lui demande alors de livrer une commande. Le client n'est pas loin et Kiki décide d'y aller à pied. Jiji, occupé avec la jolie chatte blanche avec qui il a fait connaissance, ne l'accompagne pas. En cherchant l'adresse de livraison, Kiki se recueille devant le paysage saisissant du port de la ville. Mais elle est interpellée par Tombo. La jeune sorcière lui indique qu'elle cherche quelqu'un portant le nom de Koppori pour sa livraison. Tombo étonné lui répond que c'est lui-même et l'invite à rentrer.


Kiki comprend alors qu'Osono avait planifié cette rencontre. Tombo en profite pour lui montrer dans son garage sa machine volante (un vélo à hélice auquel il manque encore les ailes et le fuselage). Il propose à Kiki d'aller voir le dirigeable qui s'est posé près de la plage, avec sa dernière invention. Kiki accepte et chevauche le porte-bagages. Dans la descente, ils peuvent déjà voir le dirigeable arrimé sur la plage.


Mais une voiture vient en face et Tombo ne peut l'esquiver. C'est à ce moment là que le vélo quitte la route et vole quelques instants avant de perdre son hélice ! Les deux enfants atterrissent avec fracas dans le parc qui longe la plage non loin du dirigeable. Après avoir discuté quelques minutes, Tombo est interpellé par ses amis qui viennent d'arriver en voiture pour visiter le dirigeable. Tombo s'apprête à faire les présentations mais Kiki prend peur et part en prétextant qu'elle a beaucoup de travail.


De retour dans sa chambre, Kiki s'en veut de son comportement et commence à perdre confiance en elle. Quand elle remarque que Jiji ne parle plus et ne fait plus que miauler, la jeune sorcière prend peur. Elle se rend compte que ses pouvoirs s'estompent. Elle essaie dans la nuit de s'entraîner à voler mais elle arrive à peine à planer. Dans une dernière tentative elle casse accidentellement son balai. Kiki est désespérée : en perdant ses pouvoirs, elle pense avoir tout perdu...


Quelques jours plus tard, elle reçoit la visite d'Ursula qui passait en ville et l'invite à monter dans sa chambre pour se reposer un peu. Quand son amie lui demande si ses affaires de livraisons marchent toujours, Kiki lui avoue qu'elle n'arrive plus à voler. La voyant déprimée, Ursula l'invite à venir se ressourcer quelques jours dans sa cabane.


A leur arrivée, Kiki découvre en ouvrant la porte une superbe toile. Ursula lui avoue que le visage, sur le tableau, a été inspiré par le souvenir du sien lors de leur première rencontre, mais elle a du mal à le terminer et voudrait que Kiki pose pour elle. Plus tard, dans la soirée, les deux jeunes filles partagent leurs impressions sur les difficultés respectives qu'elles ont parfois pour peindre et pour voler dans les airs. Finalement, les pouvoirs de sorcière et les dons artistiques c'est un peu la même chose...


Le lendemain, en donnant de ses nouvelles à Osono, Kiki apprend que la vieille dame qu'elle avait aidée lors d'une de ses dernières livraisons, la demande. La jeune fille écourte alors son séjour et se rend directement chez sa cliente. Celle-ci l'a fait venir pour lui offrir un gâteau afin de la remercier d'avoir été si serviable la dernière fois. Très émue Kiki essuie une larme avant de remercier chaleureusement la vieille dame. Martha la servante allume alors la télévision pour assister au décollage du dirigeable. Mais de grands vents le secouent et ce dernier se détache et s'envole malgré la foule qui essaie de le retenir.


Kiki en regardant de près aperçoit Tombo accroché au dernier amarre qui vient de se rompre. Paniquée, la jeune sorcière part en courant vers les lieux de la catastrophe. Dans la rue elle aperçoit le dirigeable qui dérive. C'est alors qu'elle remarque un vieil homme avec un balai. Elle le lui emprunte mais peine à décoller avec. Quand elle y arrive enfin, elle a encore plus de difficultés à le manier.


Pendant ce temps, le dirigeable s'est écrasé sur une tour et commence à perdre beaucoup d'hélium. Quand Kiki parvient à rejoindre Tombo, celui-ci est suspendu à une corde dans le vide. Mais la sorcière a beaucoup de mal à diriger son balai et n'arrive pas à saisir son ami. Malgré les encouragements de la foule, Tombo, épuisé, ne peut plus tenir et lâche prise ; Kiki plonge alors et parvient à le rattraper in extremis en plein vol. La foule en liesse accueille les deux héros. Jiji est aussi de la fête mais, lui, a définitivement abandonné la parole.


Pendant le générique de fin on apprend que Kiki s'est fait de nouveaux amis et est devenue très populaire dans la ville. Elle peut enfin écrire à ses parents pour leur annoncer que tout va bien et que, même s'il y a des moments où elle s'est sentie triste, elle adore sa nouvelle ville.


Kiki, la petite sorcière : Personnages

Kiki

Kiki est une jeune sorcière de 13 ans, gaie, ouverte et sociable. Quand elle doit quitter la maison familiale pour vivre un an par elle-même, elle part le cœur léger et rempli d'espoirs. Mais elle se rendra vite compte que vivre seule loin de ses parents est plus dur qu'elle ne l'imaginait et son optimisme naturel sera parfois mis à rude épreuve... Ainsi en arrivant en ville, elle manque de se faire renverser par des voitures peu habituées au vol de sorcières. Puis c'est le rejet : celui de la foule qui se détourne d'une Kiki pourtant chaleureuse, ensuite celui de la police chargée de rétablir un ordre perturbé par une « étrangère ».
Néanmoins, son enthousiasme, sa gentillesse et ses bonnes manières l'aident à se faire de nouveaux amis. Grâce à eux, elle élargit ses horizons et sa vie s'enrichit au fil des rencontres et des expériences. Dans l'adversité Kiki se découvre une détermination et un courage qu'elle ne soupçonnait pas et qui lui donneront la force de surmonter toutes les difficultés et d'avancer malgré les aléas de la vie.

Contrairement à d'autres sorcières Kiki n'a pas de pouvoirs particuliers ; elle ne sait ni concocter des potions magiques ni dire la bonne aventure, son seul talent est de savoir voler sur son balai. C'est ce qui l'amène à monter son service de livraison volant. Cette faculté de voler, Kiki la perdra après une courte période de maladie. A vouloir à tout prix s'intégrer, Kiki en arrive à perdre ses pouvoirs, sa culture, tout ce qui fait d'elle une sorcière. Son don extraordinaire va revenir à la faveur d'un fait divers exceptionnel (où elle sauve Tombo d'une chute mortelle) qui lui permet de gagner son statut social sans pour autant renier ses origines.
Jiji

Jiji est le petit chat noir de Kiki (toutes les jeunes sorcières en ont un). Il a été élevé depuis sa naissance avec la jeune sorcière et tous deux peuvent se comprendre. Faisant régulièrement des remarques ironiques voire désobligeantes à Kiki, Jiji est toutefois très attaché à son amie comme le prouve son dévouement lorsqu'il prend la place de la poupée-chat perdue.
A Koriko, Jiji aura l'occasion de rencontrer une chatte blanche dont il tombera amoureux et avec laquelle il fondera une famille. Ce changement mettra fin à la relation spéciale entre Kiki et lui car à partir de ce moment, ils ne seront plus capables de se comprendre. Ceci n'est néanmoins qu'une évolution logique de leur amitié, chacun gagnant de plus en plus son indépendance.
Tombo

Tombo vit à Koriko. Passionné par l'aviation, c'est un garçon persévérant, ingénieux et déterminé qui rêve depuis toujours de voler. Il a d'ailleurs expérimenté un vélo-volant avec un groupe d'amis dans son club d'aviation. C'est en partie pour cette raison que Tombo est fasciné par Kiki lors de leur première rencontre. L'autre raison est que sa propre grand-mère était une sorcière. Il n'hésite pas alors à aider l'apprentie sorcière lorsqu'elle est questionnée par un policier, ce qu'elle lui rendra très mal !

Bien que Kiki soit très froide avec lui au début, il saura gagner son amitié de par sa nature chaleureuse et attentionnée. Car s'il se sent concerné par les préoccupations de Kiki, ce n'est pas seulement parce qu'elle sait voler mais parce qu'il l'aime beaucoup.
Osono et son mari

Osono est une femme chaleureuse et ouverte. Elle attend son premier bébé et ses forts instincts maternels lui font prendre en affection immédiatement Kiki. Ainsi Osono est un peu la mère de Kiki dans sa nouvelle ville. Quand la petite sorcière est arrivée, elle n'avait aucun endroit pour vivre, aucun travail et ne connaissait personne. Osono a adopté la jeune étrangère, lui a donné une chambre et l'a aidé à démarrer son service de livraison. En plus de ce soutien matériel, Osono a encouragé Kiki à se faire de nouveaux amis dans la ville (elle a notamment contribué à faire progresser sa relation avec Tombo).
Bien qu'elle arrive presque au terme de sa grossesse, Ososno travaille toujours très dur à la boulangerie aux côtés de son mari. Ce dernier est un homme à l'allure frustre mais a beaucoup de cœur. Il est très discret et surtout très silencieux ! Comme Osono, il est conquis par la gentillesse et la détermination de Kiki et pour témoigner de son affection, il a fabriqué une enseigne pour le service de livraison de Kiki qu'il a disposée dans la vitrine de sa boulangerie.
Ursula

Ursula a rencontré Kiki la première fois quand cette dernière est venue dans sa cabane dans la forêt afin de rechercher la poupée-chat qu'elle a perdue. Les deux filles sont rapidement devenues des amies. Agée de 18 ans, Ursula a cinq ans de plus que Kiki. Elle vit toute seule dans sa petite maison d'été et passe son temps à peindre. Elle est une artiste extrêmement douée et peint toutes sortes de tableaux (nature vivante, nature morte, fantaisie...). Elle sera d'une grande aide pour l'apprentie sorcière lorsque cette dernière perdra ses pouvoirs. Elle aime beaucoup Kiki et s'est sentie inspirée par elle pour une de ses peintures.
Les parents et Dora

Kokiri, la mère de Kiki, et Okino, le père, forment un couple heureux dévoué l'un à l'autre et à leur fille. Le père est un humain « ordinaire », sans pouvoir surnaturel quelconque. La mère est une sorcière qui est arrivée dans le village dans le cadre de la formation traditionnelle que s'apprête à effectuer Kiki. Kokiri est spécialisée dans la concoction de potions et dans la guérison et les habitants lui font confiance pour soigner leurs maux et douleurs.
Les parents de Kiki font de leur mieux pour préparer leur fille à l'aventure de vivre indépendante, mais même l'assurance de leur amour inconditionnel ne peut épargner Kiki de ses peines et de ses anxiétés que provoque le passage dans le monde des adultes.

La vieille Dora habite le village où Kiki est née. C’est une fidèle cliente de Kokiri. Elle la consulte pour soigner ses rhumatismes.
Madame et Bertha

Madame est une adorable vieille dame gracieuse et raffinée qui vit avec Bertha, sa domestique dévouée, dans une belle vieille demeure en ville.

Madame a une petite-fille détestable qui ne sait pas apprécier ses attentions et n'a aucune considération pour sa grand-mère. Il n'est pas étonnant que la vieille dame reporte son affection sur Kiki dont la gentillesse et la bonne éducation la touchent beaucoup. Bien qu'elles n'aient que peu d'occasions de se voir, un lien très fort de grand-mère à petite-fille s'est tissé entre elles.
Kiki, la petite sorcière : Analyse
La magie du quotidien
Kiki, la petite sorcière n'est pas un film épique comme Nausicaä de la Vallée du Vent ou encore Princesse Mononoke. Il se rapprocherait plutôt de Mon voisin Totoro quant au ton et au rythme de l'histoire. C'est d'ailleurs le tour de force que réussit Hayao Miyazaki : faire du quotidien une aventure.
Ce n'est pas pour autant qu'il n'y a pas d'action. Les décollages souvent capricieux de Kiki, son vol à travers une horde d'oiseaux hostiles, la descente avec Tombo sur le vélo à hélice et surtout le sauvetage à la fin du film, sont des séquences toutes remarquablement rythmées et mises en scène, et se regardent avec une réelle excitation. Mais ce qui fait le charme et l'attrait de ce film au rythme posé est la description du quotidien de Kiki, héroïne particulièrement attachante. Qui n'est pas touché par la tendresse et la passion avec laquelle Miyazaki nous conte les péripéties et les rencontres de sa petite sorcière dans son voyage d'apprentissage ?




Si l'on se sent si proche de Kiki, c'est parce que Miyazaki a su capturer à merveille ce qui fait les joies et les peines de son héroïne adolescente. C'est également avec une incroyable justesse que le réalisateur retranscrit ses espoirs et ses doutes quant à sa capacité à s'intégrer en lieu étranger. Tous ces sentiments sont ceux qu'a connus n'importe quelle jeune fille cherchant à gagner son indépendance et à s'affirmer.
Chaque spectateur a vécu les préoccupations et éprouvé les sentiments de Kiki lorsqu'il a eu son âge. Combien de films destinés à un jeune public évoquent, par exemple, les longs après-midi d'été durant lesquels rien ne se passe et montre que les choses sont parfois ennuyeuses pour tout le monde, même pour ceux qui possèdent des pouvoirs magiques ? Car, malgré ses pouvoirs magiques, Kiki n'en reste pas moins une fille ordinaire habitée par le même sentiment de torpeur que les adolescents connaissent lorsque le temps semble s'arrêter.


Ce même public comprendra aussi les angoisses soudaines qui peuvent frapper la jeune fille face à l'indifférence générale de la population. Enfin il reconnaîtra ce comportement contradictoire de Kiki rejetant parfois la main que l'on veut bien lui tendre.
Avec une délicatesse infinie, le film remémore aux parents et rassure les enfants sur la gène que l'on peut éprouver lorsqu'on s'installe dans la maison de quelqu'un d'autre, les peurs que l'on ressent lorsque les choses ne vont pas comme on l'avait prévu ou qu'un problème semble sans solution. Les jeunes filles regardant Kiki réussir peuvent espérer, elles aussi, se faire une place dans la société et être reconnue tout en restant elles-mêmes.
La recherche de l'autonomie
Dans Kiki, la petite sorcière, le vol est une triple métaphore, évoquant aussi bien l'indépendance, la solitude ressentie lorsqu'on est différent, que le talent sous toutes ses formes. Ursula, l'amie de Kiki est une artiste-peintre et le tableau qu'elle a réalisé (qui joue un rôle déterminant dans le fait que Kiki parvienne à retrouver sa confiance en soi) a été composé par des élèves d'une école spéciale pour enfants handicapés de la ville de Hachinohe. Il a ensuite été retouché par une équipe du studio Ghibli et Miyazaki a rajouté le visage de Kiki. Il est intitulé Le vaisseau volant au-dessus de l'arc-en-ciel. Sa présence dans le film et son rôle central dans l'histoire veulent nous convaincre que même ceux dont l'indépendance est réduite à son niveau le plus élémentaire, sont capables, à leur façon, de voler de leurs propres ailes, si on leur en donne l'opportunité et si on les encourage.

Kiki, la petite sorcière est la célébration des personnes ordinaires (les personnages sont tous très attachants) et de la vie de tous les jours. Mais les faits à première vue anondins sont plus significatifs qu'il n'y parait...
Miyazaki signe là un très beau film, souvent injustement présenté comme une simple parenthèse dans sa carrière. Comme Mon voisin Totoro, c'est un film débordant de tendresse et comme Porco Rosso, c'est une œuvre à laquelle on ne fait pas forcément attention, avant d'en tomber littéralement amoureux...
Qu’est devenue Kiki après la fin du film ?
Cette couverture du magazine Animage, signée de Katsuya Kondô et datant de septembre 1989, nous donne une piste. Le character designer du personage s’amuse à imaginer la petite sorcière devenue complètement citadine et intégrée à sa ville, 3 ans plus tard.

Quant à Jiji, finit-t-il par retrouver la parole ? Pour Hayao Miyazaki, la réponse est non. Pour le réalisateur, la perte de sa faculté de communiquer avec Kiki à la fin de film n’est pas due à la perte des pouvoirs magiques de la petite sorcière. Miyazaki a expliqué, qu’à la base, Jiji a toujours été une voix dans la tête de Kiki. La voix de Jiji est la voix de Kiki elle-même. A la fin du film, Kiki a grandi, elle n’a donc plus besoin de la voix de Jiji. C’est donc Kiki qui a changé et non son chat Jiji.
Kiki, la petite sorcière : Production
Origines et production
En 1989, après le succès d'estime de Mon voisin Totoro et du Le tombeau des lucioles l'été précédent, sans connaître encore l'incroyable manne financière que représenteront ensuite les produits dérivés de Totoro, le studio Ghibli lance la production d'un nouveau film. Basé sur un livre japonais pour enfant écrit par Eiko Kadono, le film est adapté et réalisé par Hayao Miyazaki.

A l'origine, Miyazaki ne prévoit d'endosser que le rôle de producteur. Mais il décide de s'impliquer davantage dans le processus créatif car le script présenté par son jeune collègue Nobuyuki Isshiki ne semble pas en phase avec l'esprit des petites filles et adolescentes qui constituent le public espéré pour ce long métrage. Puis, le réalisateur débutant pressenti à l'origine, Sunao Katabuchi, est remplacé par Miyazaki lui-même car trop de responsabilités pesaient sur ses épaules. En effet, le studio, encore fragile financièrement, a besoin d'un succès en terme d'entrées. Sunao Katabuchi aidera finalement Miyazaki en tant qu'assistant réalisateur. L'année suivante, Katabuchi quittera le studio Ghibli avec quelques-unes de ses figures pour fonder le studio 4°C et, selon ses propres termes, « travailler de manière indépendante, sans avoir à [se] reposer sur la personnalité de M. Miyazaki. »
Depuis le début, Kiki, la petite sorcière est un film destiné aux jeunes filles. Le réalisateur, dans son introduction de l'Art of du film, a évoqué les difficultés que rencontrent les petites japonaises aujourd'hui pour gagner leur indépendance. En tant qu'ancien étudiant en littérature pour enfants, Miyazaki considère le livre de Kadono comme « une belle œuvre de la littérature enfantine qui dépeint avec chaleur le fossé qui sépare l'indépendance et la dépendance, dans les espérances et l'état d'esprit des jeunes japonaises contemporaines. »
Néanmoins, il doit transformer l'œuvre originale en une histoire adaptée à un long métrage. Le roman de Kadono est épisodique et traité sur un ton calme et léger. Kiki est loin d'y subir des épreuves difficiles ou des expériences traumatisantes. Elle n'a pas de crise de confiance ou ne perd pas ses pouvoirs comme c'est le cas dans le film et le dénouement dramatique avec le dirigeable n'existe pas. Pour Miyazaki, un film pour jeunes spectateurs doit comporter des enjeux dramatiques plus importants et l'héroïne doit lutter et traverser des moments de doute et de solitude.

Illustration de Akiko Hayashi pour le roman original.
Kiki et Jiji font une pause sous un arbre. Kiki doit livrer le cadeau d'anniversaire que fait une fille à un garçon.
Kiki ne peut s'empêcher de lire le poème qui accompagne le cadeau. Jiji refuse de regarder mais demande : « Lis-la moi s'il te plait. »

Illustration de Akiko Hayashi pour le roman original.
Kiki livre des instruments à un orchestre.
Note d'intention du réalisateur - Espoirs et état d'esprit des jeunes japonaises d'aujourd'hui
L'histoire originale de Majo no Takkyûbin (publiée par Fukuinkan Shoten) est une belle œuvre de la littérature enfantine écrite par Eiko Kadono. Elle dépeint avec chaleur le fossé qui sépare l'indépendance et la dépendance, dans les espérances et l'état d'esprit des jeunes japonaises contemporaines.

Naguère les protagonistes d'histoires pour enfants obtenaient, après maintes difficultés, leur indépendance financière qui équivalait alors à leur indépendance spirituelle. Dans la société actuelle, où n'importe qui peut gagner de l'argent en passant d'un petit boulot à l'autre, il n'y a pas de lien entre l'indépendance financière et l'indépendance spirituelle. Aujourd'hui, le dénuement n'est pas tant matériel que spirituel. A une époque où s'éloigner du cocon familial n'a rien d'extraordinaire et où vivre parmi les inconnus ne veut rien dire de plus que d'aller à la supérette chercher ce dont on a besoin, il se peut que cela soit plus difficile que jamais d'appréhender le vrai sens de l'indépendance qui consiste à partir à la découverte de ses propres talents et à s'affirmer.
La seule chose extraordinaire que sait faire Kiki, notre jeune héroïne de treize ans, est de voler dans les airs. De plus, dans son monde, les sorcières ne sont pas plus douées que les petites filles ordinaires. Kiki a le devoir d'aller vivre une année entière dans une ville qui lui est inconnue et d'y faire valoir ses talents pour être reconnue comme sorcière à part entière.
Cela ressemble à quelqu'un qui arrive seul à Tôkyô pour devenir créateur de dessins animés. Aujourd'hui, on dit qu'il y aurait 300 000 jeunes garçons et filles espérant réussir dans ce métier. Dessinateur est un métier assez répandu. Il est relativement facile de débuter et d'en vivoter. Mais une des caractéristiques de la vie moderne est, qu'une fois les besoins courants satisfaits, l'accomplissement de soi devient le vrai centre d'intérêt.
Kiki est sous la protection du balai de sa mère, vieux mais bien entretenu, elle a une radio donnée par son père et un chat qui lui est si proche qu'il est presque une partie d'elle-même. Mais le cœur de Kiki vacille entre la solitude et le besoin de compagnie humaine. La vie de Kiki reflète celle de tant de jeunes Japonaises d'aujourd'hui qui sont aimées et aidées économiquement par leurs parents, mais qui sont attirées par les lumières de la ville et sont sur le point d'y aller pour être indépendantes. La faiblesse de détermination et sa naïveté se retrouvent également dans la jeunesse actuelle.
Dans l'œuvre originale, Kiki surmonte les difficultés grâce à sa bonne nature et son grand cœur. Dans le même temps son cercle d'amis s'élargit. Pour l'adaptation cinématographique, nous avons dû introduire quelques changements. L'évolution de l'apprentissage de ses dons est certainement plaisante à suivre, mais l'état d'esprit des jeunes filles de notre capitale n'est pas si simple. Le gros problème de beaucoup d'entre elles est la lutte pour accéder à l'indépendance et beaucoup trop ont le sentiment qu'elles n'ont pas reçu le moindre encouragement. Nous nous sommes donc sentis obligés dans le film d'insister sur cette problématique. Comme le cinéma procure des émotions plus réalistes, Kiki va donc ressentir des déceptions et des moments de solitudes plus forts que dans le livre.
La première apparition de Kiki nous la présente en petite fille volant de nuit au-dessus de la capitale. Des myriades de lumières scintillent mais aucune ne lui est destinée. Quand elle vole dans le ciel, Kiki est coupée de tout. On s'imagine couramment que pouvoir voler permet de s'affranchir des problèmes terrestres, mais cette liberté s'accompagne d'anxiété et de solitude. Notre héroïne a décidé de forger son identité au travers de son don du vol. Assez peu de dessins animés parlant de jeunes sorcières ont été produits avant celui-ci. Mais la sorcellerie a toujours été un moyen de combler les rêves des jeunes filles, les sorcières devenant sans difficulté leurs idoles. La sorcière de Majo no Takkyûbin ne dispose pas de pouvoir de fascination avantageux.
Les dons de sorcière dans le film dépassent toutefois un peu ceux des vraies petites filles.
Nous prévoyons un Happy End. Alors que Kiki survole la ville, elle ressent un lien fort entre elle et les habitants dessous, et elle se réjouit d'être elle-même. Nous espérons faire un film suffisamment persuasif pour que les spectateurs concluent à une fin heureuse, plutôt qu'ils ne la souhaitent.
Je pense que ce film devrait atteindre ses objectifs : développer un sentiment de solidarité auprès du jeune public, les jeunes filles d'aujourd'hui qui ne renient pas les joies de la jeunesse, sans pour autant se laisser emporter, tiraillées entre liberté et dépendance (parce que nous-mêmes avons été jeunes à une époque et les jeunes membres de notre équipe connaissent ce même problème). Parallèlement, il me semble que le succès potentiel du film en tant que divertissement s'appuie sur cette problématique et que cela va susciter la sympathie des spectateurs.
Hayao Miyazaki
Une curiosité que ce manga de Yoshitô Asari, publié dans les pages du magazine Animage, en mai 1989, et qui revient sur la conférence de presse donnée à l’occasion de la production du film Kiki, la petite sorcière, en mars 1989.
Cliquez pour agrandir les planches.
Eiko Kadono était si mécontente des changements proposés à son œuvre qu'il a fallu les efforts de persuasion communs de Hayao Miyazaki et Isao Takahata pour éviter qu'elle fasse avorter le projet avant que celui-ci ne dépasse l'étape du storyboard. Kadono n'a pas été la seule à trouver à redire : le titre qu'elle a choisi pour son livre est le nom de la marque de l'entreprise de transport Yamamoto pour leur nouveau service de livraison à domicile. Elle emprunte également le symbole du chat noir, logo de la marque. La compagnie n'était pas très heureuse de ces emprunts non autorisés. Takahata a dû user encore de sa diplomatie pour résoudre le conflit et Yamamoto est devenu un des sponsors du film ! Au final, aussi bien l'auteur que la compagnie ont pu tirer profit de leur association avec le film : une suite du roman a connu un immense succès et la compagnie a bénéficié d'une publicité très favorable.

Une publicité dans un magazine japonais pour :
1. quelques produits dérivés du film - B.O., peluches, livres (à gauche),
2. le service de livraison à domicile de la Yamamoto (en haut à droite),
3. l'œuvre originale de Eiko Kadono (en bas à droite).
Kiki, la petite sorcière devient le premier vrai succès national du studio Ghibli avec un total de 2 640 000 entrées et la première place au box-office nippon de 1989. Ce résultat inespéré va permettre à Miyazaki de faire accepter quelques propositions profitables à tous les « acteurs » du studio qui, jusqu'à présent, n'avaient que des postes d'intérimaires. L'argent récolté permet donc, dès novembre 1990, d'engager à plein temps une partie de l'équipe afin de bénéficier de l'expérience qu'elle a acquise. De même, cela aboutit à la création d'une section d'apprentissage qui accueillera de nouveaux talents.
Carrière internationale
Kiki's Delivery Service est sorti aux Etats-Unis en K7 vidéo en 2003, selon les termes de l'accord Tokuma-Disney. Des dialogues (notamment ceux avec Jiji) et des musiques ont été rajoutés et les génériques de début et de fin ont été remplacés. La modification la plus choquante reste pourtant celle de la dernière intervention de Jiji, qui perd définitivement la parole dans la version originale et la retrouve dans la version US pour que le happy end soit total... Néanmoins, il semblerait qu'aucun de ces changements n'ait été effectué sans l'accord du studio Ghibli.

Enfin, Gaumont-Buena Vista International (Disney) distribue le film dans les salles françaises, le 31 mars 2004. D'abord sous le nom de La petite sorcière, puis Kiki, la petite sorcière (le premier titre existant déjà). La petite sorcière attire quelques 600 000 spectateurs. La sortie du DVD, un an plus tard, remporte elle aussi un grand succès.
Kiki, la petite sorcière : Art et technique
Les couleurs
Doté d'un graphisme et d'une animation irréprochables, Kiki, la petite sorcière nous entraîne dans un cadre lumineux, et coloré, dans un univers d'un raffinement et d'une fraicheur confondante. Un monde où on aimerait vivre, en somme ! La palette de couleur du film (ci-contre, une partie les couleurs choisies par Michiyo Yasuda) est à prédominance estivale, le vert et le bleu étant les teintes les plus prononcées. Là où des tons plus sombres s'insinuent, la nuit bleue/violette pour le départ de Kiki, la forêt de pins autour de la cabane d'Ursula, et les cieux pluvieux accompagnant les vols les plus difficiles de Kiki, c'est pour remplir une fonction spécifique dans l'histoire : cristalliser les pressentiments de Kiki, que ce soit la délicieuse appréhension devant l'inconnu ou l'affreuse anticipation de la peur et de l'échec.

Les décors
En dépit de la réputation de Hayao Miyazaki en tant que défenseur passionné de la cause environnementale, celui-ci adore les villes et les met en scène magnifiquement dans ses œuvres. La ville de Koriko est aussi splendide et étincelante que la mer et les cieux bleus qui l'entourent. En préparation à la production du film, Sunao Katabuchi et les directeurs de l’animation se sont rendus en Suède pour prendre des photographies. La Suède a laissé une forte impression à Miyazaki depuis qu’il a accompagné Yutaka Fujioka, fondateur du studio Tokyo Movie, en 1971, dans sa tentative infructueuse d'acquérir les droits pour la série Fifi Brindacier. Lors de ce voyage, Katabuchi et son équipe ont pris 80 rouleaux de pellicules de Visby dans l'île suédoise de Gotland et de Stockholm.

La ville de Koriko, où Kiki s'installe, est imaginaire, mais intègre des éléments de nombreuses villes du monde entier. Naples, Paris, Lisbonne, Amsterdam, Saint-Tropez, et même San Francisco ont été avancées par ceux qui croient reconnaître leur coin de rue favori dans une des scènes du film. Mais Stockholm reste la principale inspiration. Le film rappelle Le château de Cagliostro et annonce Porco Rosso dans son évocation des étés parfaits d'une Europe romantique idéalisée. Koriko possède de grands squares et parcs, des bâtiments publics majestueux, des petites ruelles fascinantes, des quartiers résidentiels calmes et des banlieues verdoyantes autour de la ville. Bref, l'Europe qu'il n'y a jamais eu mais qui aurait dû exister !

Ah, Paris Koriko ! Ses terrasses de café, son glacier Berthillon...
Difficile également de situer l'époque et l'avancement technologique dans Kiki, la petite sorcière. Miyazaki dit avoir placé l'histoire dans une version mythifiée des années 50, dans laquelle la Seconde Guerre mondiale n'aurait pas eu lieu. Mais l'architecture dans Koriko inclut des blocs de tours des années 60-70, des villas de style 18ᵉ siècle dans lesquelles des vieux fours à pain côtoient des fours électriques. Les voitures rappellent celles des années 40, la télévision est en noir et blanc. Miyazaki remet en outre au goût du jour le dirigeable, qui a brutalement disparu de nos cieux à nous après l'accident de l'Hindenberg en 1934. Enfin, les boutiques élégantes et distinguées ressemblent à celles que l'on peut trouver dans les vieux quartiers chics mais quelque peu démodés !
La bande-son
Joe Hisaishi nous gratifie d'une bande originale belle et variée, mélange de thèmes orchestraux, abandonnant définitivement le synthétiseur. L'ensemble est très harmonieux avec des consonances un peu italiennes, mais peut-être moins original que les précédentes créations. Les chansons des génériques de début et de fin Rûju no Dengon (Message en rouge) et Yasashisa ni Tsutsumareta Nara (Si tu m'avais enveloppé de ta tendresse) sont des oldies des années 60-70 écrites et chantées par Yumi Arai. Connue sous le surnom affectueux de Yuming, elle était une des chanteuses/compositrices les plus appréciées à l'époque.
Le casting japonais du film est, comme à son habitude, de grande qualité, avec une mention particulière pour la voix de Jiji (Rei Sakuma) totalement irrésistible.
Kiki, la petite sorcière : Fiche technique



Crédits
| Titre | 魔女の宅急便 (Majo no Takkyûbin) Kiki's Delivery Service / Kiki, la petite sorcière |
|---|---|
| Année de création | 1989 |
| Œuvre originale | Eiko Kadono |
| Scénario, réalisation | Hayao Miyazaki |
| Assistant réalisateur | Sunao Katabuchi |
| Directeur artistique | Hiroshi Ôno |
| Character design | Katsuya Kondô |
| Directeurs de l'animation | Katsuya Kondô, Shinji Ôtsuka, Yoshifumi Kondô |
| Contrôle de l’animation | Yasuko Tachiki, Hitomi Tateno |
| Couleurs | Michiyo Yasuda |
| Directeur musical | Isao Takahata |
| Musique | Joe Hisaishi |
| Chansons des génériques | Rûju no Dengon (Message en rouge) et Yasashisa ni Tsutsumareta Nara (Si tu m'avais enveloppé de ta tendresse), composées et interprétées par Yumi Arai |
| Producteur exécutif | Yasuyoshi Tokuma, Mikihiko Tsuzuki, Morihisa Takagi |
| Producteurs | Hayao Miyazaki, Tôru Hara |
| Responsable de production | Eiko Tanaka |
| Production | Studio Ghibli, Tokuma Shoten, Nippon Television Network Corporation, Yamato Transport |
Doublage japonais
| Kiki / Ursula | Minami Takayama |
| Jiji | Rei Sakuma |
| Tombo | Kappei Yamaguchi |
| Osono | Keiko Toda |
| La mère de Kiki | Mieko Nobusawa |
| Le père de Kiki | Kôichi Miura |
| Dora | Shô Saitô |
| Madame | Haruko Katô |
Doublage français
| Kiki | Adeline Chetail |
| Jiji | Christophe Lemoine |
| Tombo | Olivier Martret |
| Osono | Dolly Vanden |
| Ursula | Laura Blanc |
| La mère de Kiki | Françoise Cadol |
| Le père de Kiki | Patrice Baudrier |
| Madame | Anne-Marie Haudebourg |
Quelques chiffres
| Date de sortie du film au Japon | 29 juillet 1989 |
| Date de sortie du film en France | 31 mars 2004 |
| Durée du film | 1 heure 42 minutes 46 secondes |
| Budget initial du film | 800 millions de Yens |
| Nombre de cellulos utilisés | 67 317 |
| Nombre de couleurs utilisées | 462 |
| Nombre d'entrées au Japon | 2 640 619 spectateurs |
| Nombre d'entrées en France | 595 195 spectateurs |
| Box-office Japon | 2,17 milliards de Yens |
Récompenses
- 1990 - Japanese Academy Awards : lauréat du Prix du public
- 1990 - Mainichi Film Concours : lauréat du Meilleur film d'animation





