Pompoko


Dans une montagne résident les tanuki, canidés vivant au Japon. Comme dans les contes, cette espèce a la faculté de changer de forme et peut même prendre forme humaine. Leur vie insouciante entrecoupée de batailles entre tribus de tanuki ennemies leur fait ignorer la présence toujours plus proche des hommes, jusqu'au jour où ces derniers décident de faire de la montagne une ville. Pour éviter la perte de leur environnement, les tanuki vont tenter d'effrayer les humains en jouant avec leurs peurs et leurs superstitions. Cependant, il en faudra plus pour que les humains renoncent à s'approprier l'espace offert par les forêts... Et nos tanuki ne sont pas au bout de leurs peines !
Heisei Tanuki Gassen Ponpoko (Pompoko), film plutôt méconnu dans le paysage de l'animation internationale, n'en reste pas moins une œuvre magnifique, à la fois drôle et tragique, truffée de références à la mythologie japonaise. Sorti en juillet 1994 sur les écrans japonais, le troisième film de Isao Takahata au sein du studio Ghibli a reçu le Prix du long métrage au Festival international du film d'animation d'Annecy en 1995. Ce n'est que 11 ans plus tard que Pompoko connaitra les honneurs d'une distribution dans les salles françaises.
Film conseillé à partir de 10 ans (voir guide des parents)
Sources : Animeland hors-série n° 3 - Nausicaa.net - Dossier de presse - Dans le studio Ghibli, travailler en s'amusant de Toshio Suzuki
Pompoko : Résumé détaillé
Tanuki-san, Tanuki-san, viens jouer avec nous !
Je suis en plein repas.
Qu'est-ce que tu manges ?
Une prune séchée.
Donne-m'en un morceau.
Ah, tu es un gourmand.

Une femelle tanuki, Okiyo commence l'histoire de Pompoko : jusqu'au milieu du vingtième siècle, les tanuki vivaient en harmonie près des fermes, près des rizières et des champs, se nourrissant des petits rongeurs parasites, ou volant quelque nourriture. Quand les humains partirent, les tanuki s’installèrent dans les maisons abandonnées. Jusqu'au jour où les hommes revinrent avec des pelleteuses pour détruire les anciennes habitations...


À partir de ce moment, les tanuki commencèrent à se battre pour les territoires. La recherche de la nourriture était de plus en plus difficile et des groupes de tanuki désœuvrés pullulaient partout dans les forêts.


À l'automne de la 31ᵉ année de Pompoko se déroule l'ultime bataille entre les tanuki de Tamakyûrô sur un chantier, entre les forêts de Suzuka et Takaga. Alors que les tanuki s'élancent, ils se mettent sur deux pattes, se transforment en tanuki « humanisés », et brandissent des bâtons.


Les deux camps se narguent en se lançant des cailloux. Soudain, Gonta, le chef de l'armée rouge de la forêt de Takaga, assomme un de ses adversaires. Le chef de l'armée bleue de la forêt de Suzuga, Seizaemon, lance alors son armée dans la bataille. Le combat, cocasse, fait rage jusqu'à l'arrivée de la vieille Oroku qui fait cesser le combat, venant leur annoncer la disparition de la forêt de Takaga, provoquant un grave problème de surpopulation.


Alors que les tanuki, grimpant à un poteau, regardent en contrebas, ils ne peuvent qu'être sidérés : en effet leur montagne a bien disparu, rasée par les tractopelles des humains.


En effet, avec la forte croissance économique des alentours de Tôkyô, les humains ont décidé de détruire les fermes et les forêts, afin de satisfaire à la grande demande de logement : en 1967, le gouvernement annonce le projet de construction de la ville nouvelle de Tama, 3 000 hectares pour 300 000 habitants. C'est ainsi que les chantiers commencent à défigurer toute la région de la montagne de Tamakyûrô. Pour les tanuki abasourdis, la constatation est simple : les humains, jusqu'alors simples animaux comme eux, sont en fait d'une puissance divine.


Pour discuter de la situation, les tribus de tanuki de la région décident de se réunir une nuit au temple de Mampuku, sur la montagne de Botamochi. Le président, élu à l'unanimité, est Tsurugame, vieux de 105 ans. Alors qu'il fait son discours, les tanuki parlent, se reposent, pètent, mais aucun n'écoute le discours éclairé de son président. Il est tout de même décidé de saboter le projet de construction.


Après le départ des tanuki, les chefs de clan se réunissent à l'intérieur du temple pour établir un plan d'attaque. Le plan doit se dérouler en cinq ans, afin de se laisser le temps d'étudier les humains, et de réveiller leur pouvoir de transformation, oublié durant de longues années de prospérité. On décide d'inviter les tanuki de Shikoku et Sado, car eux pratiquent toujours les techniques ancestrales. Au moment de désigner des représentants, tous font semblant de dormir. Oroku apporte alors un sac rempli de hamburgers ; tous se jettent dessus. La réunion est alors ajournée.


Pour s'informer et se renseigner sur les humains, les anciens décident alors d'installer un poste de télévision dans le temple, lieu de réunion. La télévision est ramassée par une bande de tanuki après qu'un humain est venu s'en débarrasser sur une décharge sauvage. La première réaction des tanuki face à la speakerine leur souhaitant bonsoir est de lui répondre. L'intérêt des tanuki pour la télévision est tel qu'ils se mettent à se regrouper pour la regarder pendant la journée, sans autorisation, mais avec grand enthousiasme.


Pendant ce temps, la vieille Oroku enseigne la métamorphose à une équipe de tanuki triée sur le volet. À part elle-même, Gonta est un des seuls à déjà maîtriser les bases techniques. Pour leur faire une démonstration, Oroku se transforme en théière, sans l'aide d'une feuille utilisée par les débutants.


Le dur et exigeant entraînement physique débute alors pour les tanuki. Grâce à l'aide motivante d'Oroku, les progrès sont rapides, surtout pour Shôkichi, le narrateur. L'observation minutieuse de la nature et des humains est la base même de la métamorphose, et l'on retrouve des jeunes tanuki en train d'épier une famille humaine, ou aux prises avec un ballon de football.


Chaque tanuki progresse à son rythme, tous n'étant pas aussi doués ou aussi concentrés. Les tanuki, contrairement aux renards, sont trop paresseux pour assumer un entraînement strict de l'esprit, du corps et du cœur suffisant pour maîtriser cet art. Ponkichi, par exemple, le meilleur ami du narrateur, préfère cueillir des kakis que s'entraîner, ce qui lui vaut des réprimandes de la part de Tsurugame.


Mais l'entraînement est aussi l'occasion d'étudier des situations plus posément, notamment quand il pleut, comme le font les tanuki sous l'égide de l'ancien, qui leur enseigne une parabole sur la crédulité des tanuki.


Pendant ce temps, les saisons passent, et le printemps revient déjà, et avec lui la saison des amours. Pour éviter la surpopulation, Oroku demande aux jeunes de se maîtriser, ce qu'ils font sans discuter, en particulier les femmes. Sans enfants à élever, les femmes se mettent elles aussi à pratiquer la métamorphose, et se révèlent être plus douées que les mâles.


Pour le test final, les tanuki sont envoyés en ville, métamorphosés en humains, suivis par leurs trois instructeurs qui s'assurent du bon déroulement de l'épreuve. Mais le stress et la fatigue sont difficiles à gérer pour les jeunes, et les problèmes sont évités de justesse, grâce aux réserves d'énergie fournies par les anciens. Finalement on demanda à chaque tanuki de gagner 1 000 yens par ses propres moyens, ce qui donne lieu à toutes forme d'astuces ou de tricheries.


Un jour, Gonta découvre que sa forêt natale a été elle aussi transformée en « colline sans visage ». Il force alors Tsurugame à convoquer les autres chefs à une réunion, pour leur proposer un plan d'extermination des humains. Devant le refus du plan, Gonta décide de partir seul avec son clan, accompagné de Shôkichi.


C'est ainsi que l'été de la 32ᵉ année de Pompoko, dix jeunes tanuki suivent Gonta pour une attaque surprise contre les ouvriers d'un chantier. L'annonce à la télé du succès de l'opération remplit de joie tous les tanuki malgré le décès de trois humains. Une minute de silence est quand même décidée, mais se finit en fou rire général. Pour les tanuki insouciants, c'est la fête. C'est alors que le journal télévisé annonce que le chantier ne sera pas arrêté pour si peu. Gonta, jusqu'alors porté en triomphe par ses camarades, est oublié et piétiné. Il écope de multiples fractures, et un an de guérison lui sera nécessaire.


Tout au long de la soirée d'informations, le moral des tanuki n'en finit pas de chuter. Mais ils se rendent compte que les habitants ont peur des malédictions et sont très superstitieux. Un nouveau plan germe dans l'esprit des tanuki : ils décident d'utiliser leur don pour faire peur aux humains. Mais Gonta, déçu de ne pouvoir participer, demande à ses camarades d'être plus violents.


Effectivement, les opérations engagées n'ont pas stoppé les travaux ; les humains se mettent à bétonner la rivière. Mais les tanuki se consolent de voir qu'ils touchent au moins les journaux, et sont heureux de voir des émissions consacrées à ces évènements.


À l'automne de la 32ᵉ année de Pompoko, deux émissaires sont envoyés pour contacter les experts en transformation : Tamasaburô part à Shikoku, Bunta à Sado.


Les tanuki reprennent de plus belle leurs opérations d'intimidation. C'est ainsi qu'un soir, Shôkichi et Okiyo vont, en amoureux, réaliser l'opération « étoiles jumelles » qui sera couronnée de succès... jusqu'à l'arrivée de nouveaux ouvriers. Alors les tanuki se rendent à l'évidence : leur entreprise est inefficace. Désespérés, ils se mettent à préparer l'hiver pour ne plus penser à leur malheur.


Un jour un tanuki épuisé, venant de Fujino, est accueilli au temple. Chez lui, de la terre est déversée dans des décharges illégales et détruit l'environnement. Hayashi, le plus doué pour la métamorphose, a donc été envoyé pour découvrir d'où provenaient les déchets. Il a découvert que la terre est celle enlevée de la montagne de Botomachi !


L'hiver arrive, et les anciens de Shikoku et Sado ne sont toujours pas arrivés. Les médias, quant à eux, ont oublié les histoires de chantier hanté. Les ouvriers rentrés chez eux et la neige tombée aident les tanuki à oublier pour quelque temps leurs problèmes. Et le printemps revient. Les tanuki, ayant atteint la limite de leur patience à force d'abstinence, reprennent les jeux amoureux. Même Shôkichi et Okiyo, pourtant décidés, ne peuvent respecter longtemps les consignes de la vieille Oroku.


Pendant ce temps, Tamasaburô a atteint Awa, et a demandé l'aide des anciens de Kinchô Daimyoujin. Il s'est marié avec Koharu, la fille de l'ancien Rokudaime. Les anciens cependant n'arrivent pas à se décider : faut-il aider les tanuki de Tôkyô ou non ? Bunta, quant à lui, parcourt les champs de Sado sans parvenir à trouver Danzaburô.


À Tôkyô, les tanuki doivent faire face à de graves problèmes de nourriture, car la surpopulation et la sécheresse ont rendu rares les kakis et les noix. Alors, les moins adroits sont capturés ou renversés par des voitures en se rendant dans les zones habitées.


C'est le moment pour organiser une nouvelle réunion, à l'issue de laquelle Shôkichi parvient à calmer Gonta, partisan d'une guerre totale. Il propose alors de s'organiser pour chercher de la nourriture, apprendre les dangers de la route aux plus jeunes, et d'aller libérer les tanuki prisonniers, tout cela en attendant l'arrivée éventuelle des anciens. Gonta choisit ce moment pour tenter un coup d'état, tentative vite avortée grâce à l'esprit enfantin des tanuki.


Au même moment, les anciens de Shikoku, déguisés en vieillards humains déjantés, arrivent à Tôkyô. La joie au temple est intense à l'arrivée de Tamasaburô, épuisé, venant les présenter. Les anciens en profitent pour faire une représentation spectaculaire, en se posant au milieu des tanuki après un vol plané.


La réunion de l'automne de la 33ᵉ année de Pompoko peut alors commencer. Après s'être présentés, les vieux tanuki en viennent au fait : ils ont décidé d'organiser une « Opération Poltergeist », qui demandera une concentration extrême à tous les participants. La confiance est totale, et les anciens sont applaudis. À nouveau, un dur entraînement débute. Il faut maintenant s'entraîner à faire apparaître des illusions, et non plus se transformer. Ainsi les tanuki apprennent à amplifier l'énergie du feu et de l'électricité, ou encore à stocker leur énergie pour la réutiliser.


Enfin le jour de l'Opération Poltergeist est arrivé. Le temps est idéal pour les apparitions : nuageux et sans vent. Les tanuki se transforment en toutes sortes de fantômes et créatures fabuleuses des temps anciens. Ainsi, le soir-même, dans une proche banlieue de Tôkyô, trois jeunes garçons voient apparaître des ombres gigantesques.


Puis le défilé commence par l'arrivée d'un ancien sur un cheval. Suivent une procession de renards, des lampions, des diables, des danseuses minuscules, des dieux faiseurs de pluies. Les humains sont enchantés par ces magnifiques apparitions. C'est l'occasion pour deux vieux de se remémorer les défilés de renards de leur jeunesse.


Soudain, c'est le drame, et le vieux Inugami Gyôbu, qui, contrôlant les apparitions, est soumis à une concentration extrême, meurt d'une crise cardiaque. Chez les tanuki, c'est la débandade, sous les applaudissements de la foule ravie, qui ne s'est en rien aperçue de la supercherie. Le défilé se termine aussi subitement qu'il avait débuté. Alors que les humains rentrent chez eux les tanuki pleurent le décès de leur maître. Tout à leur danse de la victoire, les tanuki ignorent les véritables réactions qu'ont eues les humains à propos de leur opération.


Hélas, le lendemain les tanuki ont une bien mauvaise surprise au réveil : un président d’une entreprise sans scrupules a fait passer leur défilé pour un promotion pour son parc d'attractions, Wonder Land. La conférence de presse de ce dernier, rondement menée, convainc parfaitement les médias ; les tanuki doivent se rendre à l'évidence : ils se sont fait berner.


Chez les tanuki, c'est la panique. Cependant, le président du Wonder Land cherche désespérément les auteurs du défilé dans le but de les engager. Ryûtarô, un renard qui vit désormais en tant qu'humain, lui demande de lui faire confiance : il pense en effet être le seul à pouvoir discuter avec « l'imprésario » des tanuki.


Le soir même le renard invite Kinchô pour discuter de la situation. Tous les tanuki sont si désespérés qu'ils ne remarquent en rien la disparition de ce dernier. Devant un dîner dans un club, entouré de renardes, Ryûtarô propose à son invité de convaincre les tanuki d’une insertion en douceur dans la société humaine, en s'engageant au Wonder Land par exemple. Ne voulant pas abandonner les tanuki qui ne savent pas se transformer, la décision pose un véritable problème de conscience à Kinchô.


Au temple, les habitués des réunions se sont à nouveau réunis pour trouver une issue à leur situation délicate, en maudissant les anciens. La réunion, qui commençait à mal tourner, est interrompue au moment où Kinchô revient. Les tanuki ne sont guère intéressés par la vie au milieu des humains, et la réunion est une fois de plus ajournée après que Tsurugame s'est éclipsé. L'unité des tanuki en est fortement ébranlée, et Gonta n'a plus qu'une idée en tête : rassembler des volontaires pour attaquer les humains. Hage, vieillard sénile, se met à prêcher une nouvelle religion et rassemble les tanuki ne pouvant se transformer.


Tamasaburô et Kinchô, de leur côté, décident de faire venir le président qui les a bernés dans un faux restaurant créé grâce à leurs pouvoirs conjugués. C'est alors à leur tour de le berner, sous les yeux du renard, en lui dérobant une somme d'argent conséquente, destinée aux besoins futurs des tanuki de Tama.


Gonta, aidé de ses camarades, mène entre-temps des attaques contre les bûcherons, pour ralentir la déforestation. Puis, déguisé en humains, le groupe de rebelles bloque la forêt contre la venue des gendarmes, appelés pour faire cesser les attaques. Au temple, c'est la consternation : Shôkichi, suivi de Tamasaburô, décide d'aller arrêter Gonta. Mais à l'orée du bois, le drame est déjà joué : d'autres gendarmes sont appelés en renfort, cette fois-ci en vue d'une intervention musclée.


Gonta et ses tanuki prennent les devants, avec une attaque aérienne sur les forces de l'ordre en étirant leurs testicules en parachute, puis en poids pour écraser leurs ennemis. Mais rapidement le combat tourne en leur défaveur, et la poignée de tanuki est rapidement contenue et massacrée. Pendant ce temps, dans une autre partie de la forêt, une équipe de tanuki non transformistes tentent d'apitoyer une équipe de la télévision venue les rencontrer.


La nuit se termine sur un bien triste spectacle ; les tanuki fidèles à Gonta, morts, sont entassés par les policiers. Seul Gonta et quelques braves ont survécu. Hage conduit les tanuki ordinaires, adeptes de sa religion vers un destin inéluctable, à bord du légendaire navire au trésor, créé à partir de ses testicules. Alors que ceux voguent vers la mort au son du tambour et de la fête, Gonta, dans un élan désespéré, conduit une ultime attaque contre un chantier et meurt à son tour tragiquement.


Spectateurs malheureux, les tanuki survivants (dont Shôkichi, Ponkichi, Tsurugame, Kinchô, Oroku, Seizaemon et Tamasaburô) rencontrent le pauvre Bunta, qui, bredouille, avait décidé de rentrer. Pour lui, le choc est très dur : où sont donc passés sa montagne et ses champs, qu'est devenue la forêt qu'il avait quittée quelques années auparavant ? Inspirés par sa réaction, et dans un élan désespéré pour revivre la joie des jours anciens, tous décident d'unir leurs pouvoirs pour ressusciter les magnifiques paysages d'antan le temps d'un lever de soleil.


La ville nouvelle continue d'avancer, mais les médias interviennent en faveur des tanuki, et la construction de parcs est entreprise. Et finalement...


Un soir, rentrant chez lui depuis son travail, un petit salaryman du nom de Shôkichi, se remémorant les plus belles années de sa vie et la fin de son insouciance, aperçoit un tanuki traversant la route. Après avoir décidé de le suivre à travers les fourrés, c'est pour lui une véritable joie de retrouver son ami Ponkichi dansant et chantant au milieu d'un parc, avec les derniers tanuki ordinaires, survivant dans un monde toujours plus hostile.

Pompoko : Personnages

Shôkichi et Okiyo

Shôkichi est le narrateur, et le personnage principal. Elève sérieux et appliqué, il s'investit énormément dans l'entraînement qui permettra à une poignée de tanuki de maîtriser la métamorphose. Réfléchi et tolérant, il est toujours de bon conseil quand il participe aux réunions dans le temple, et s'oppose toujours à Gonta le fougueux, pour trouver un terrain d'entente et des moyens d'action moins violents et radicaux. Ce que veut Shôkichi, c'est faire partir les humains sans avoir à recourir à la force.

Un soir en badinant avec Okiyo, jeune tanuki douce et attentionnée qui deviendra sa femme et lui donnera quatre beaux petits tanuki, il décide de tenter avec elle l'opération « étoiles jumelles », visant à mystifier les ouvriers d'un chantier en se déguisant en esprits-jumeaux.

Après la fin de la guerre, Shôkichi devient salaryman (employé de bureau japonais), et Okiyo travaille dans un bar. C'est en rentrant du travail, un soir, plus désespéré que jamais par la morne routine de la vie humaine, qu'il retrouve son ami Ponkichi et les derniers tanuki non-transformistes survivants en train de danser dans un parc.

Ponkichi

Ponkichi est le meilleur ami de Shôkichi, mais il est son parfait opposé. Quand vient l'heure de l'entraînement, Ponkichi se révèle bien peu talentueux pour la transformation, et représente parfaitement le tanuki moyen, préférant se prélasser, faire la fête, ou cueillir de bons gros kakis bien juteux au lieu de travailler.

Tout ce que veut Ponkichi, c'est mener une vie normale, au milieu de sa forêt natale et entouré de ses amis, ce qui deviendra vite impossible, à cause de l'avancée rapide des humains.
Tamasaburô

Tamasaburô (de la forêt d'Oniga) est un jeune et beau tanuki fougueux, plein d'allant, volontaire et intelligent, que le conseil des anciens envoie rechercher les légendaires maîtres transformistes tanuki dans la région de Shikoku. Pendant les débats interminables de ces derniers, Tamasaburô fait connaissance avec la fille de Rokudaime Kinchô, avec laquelle il fonde une famille. Le retour au pays après la fin du printemps en sera d'autant plus difficile. Parti lors d'une nuit de pleine lune, c'est presque un an après qu'il revient accompagné par trois anciens.
Quand tout espoir a définitivement quitté tous les tanuki de la région de Tamakyûrô, il demande à son « beau-père » de rentrer à Shikoku, dans le but de devenir son disciple, et pour revoir sa femme.
Bunta

Bunta du marais de Mizunomi est un grand tanuki, fort et déterminé, qui est choisi à l'issue du grand tournoi de Janken, comme émissaire pour retrouver les maîtres transformistes de la région de Sado. Parti plein d'espoir, il doit finalement faire demi-tour, bredouille et la mort dans l'âme : les tanuki de Sado semblent avoir eux aussi disparu. Son retour au pays après trois ans de pérégrinations est la dernière joie pour les tanuki désespérés, et la montagne a tellement changé qu'il ne la reconnaît plus.
Tsurugame Oshyo

Tsurugame est le plus vieux personnage de la région de Tama. Il siège à tous les conseils de guerre, au même titre que Gonta, Shôkichi et Oroku, mais sa faible autorité lui vaut bien souvent de se laisser marcher sur les pieds par l'un de ces derniers, même s’il a parfois de bonnes idées. Seul Shôkichi évite de lui couper la parole quand il entame un discours.
Mais sous des apparences modestes, Tsurugame reste une éminence du groupe, et sa voix est indispensable pour les grandes décisions, comme pour les tests de transformation des jeunes tanuki.
Oroku Baba

La vieille Oroku est la femme la plus importante du groupe de tanuki de la région de Tama. L’union des clans rivaux survient grâce à son intervention, et c’est elle qui sensibilise la première les autres tanuki au problème des humains. Autoritaire et râleuse, elle entreprend d’entraîner tout le monde à la transformation, exercice difficile que tous ne semblent pas maîtriser. Et même si les jeunes rient d’elle en la traitant de vieille chouette, ou même en composant une chanson moqueuse, elle reste une sorte de maman respectée par les tribus auparavant divisées.
Gonta

Gonta est le chef de l'armée rouge de la forêt de Takaga, située sur la montagne de Tamakyûrô. Il est courageux, violent et impulsif, comme beaucoup de chefs de guerre. Sûr de lui et n'aimant par la contradiction, il engage sur un coup de tête, à la désapprobation générale des autres chefs, une série de violentes escarmouches contre les ouvriers d'un chantier humain, causant trois morts. Alors qu'on le fête au retour de sa campagne d'un jour, il est accidentellement piétiné par une foule qui se précipite sur la télévision pour les informations. Cela lui vaudra un an d'immobilisation, pendant lequel il est soigné par sa femme, désespéré de ne pouvoir participer aux expéditions sur les chantiers.

Tsurugame dit de lui qu'il a le bon état d'esprit pour étudier les humains, ce qui ne l'empêche pas de les détester, et de tout tenter pour convaincre les tanuki de prendre les armes, tel un coup d'état rapidement avorté. Sa fin tragique, lors d'une attaque suicidaire définitive, contre des gendarmes était presque prévisible, et Shôkichi assiste impuissant à ce dernier combat.
Les trois anciens

Les trois anciens qui viennent aider les tanuki de Tamakyûrô viennent de Shikoku, l’un des derniers refuges sûrs pour les tanuki. En effet ils vivent là-bas tous dans des temples, et sont couverts de donation par les humains qui les vénèrent.
Yashimano Hage

Yashimano Hage est un des plus ancien tanuki encore vivants : il fête ses 999 ans lors de l'entraînement destiné au défilé de fantômes dans les rues de la ville nouvelle. Après la mort de son ami Gyôbu, il devient complètement sénile, et se met à prêcher une sorte de religion dansante et chantante pour emplir de joie les tanuki non transformistes qui le suivront, jusqu'à leur départ tragique sur le légendaire bateau au trésor, au son du tambour, les guidant vers leur mort promise.
Daimyôjin Kinchô

Daimyôjin Kinchô, sixième de la lignée des Kinchô, est un meneur d'hommes. C'est le chef des tanuki de Shikoku, et dès son arrivée à Tama il prend en main la direction des opérations. Pendant les longues délibérations des anciens, sa fille s'est mariée avec Tamasaburô, qui est devenu son ami.
Après le défilé des fantômes, le renard transformiste Ryûtarô traite avec Daimyôjin, en vue de la reconversion des tanuki dans l'attraction de parc à thème (le même parc à thème qui a repris à son compte la formidable publicité fournie par le défilé). Daimyôjin accepte son offre, pour mieux berner le directeur sans scrupules en lui volant tout son argent. A la fin du film il retourne dans sa région natale avec Tamasaburô, devenu son disciple.
Inugami Gyôbu

Inugami Gyôbu, chef des 808 tanuki de Matsuyama est le troisième ancien originaire de Shikoku. Grâce à son expérience, il décide de lancer la grande opération d'intimidation des humains lors d'un grand défilé de fantômes, et démons, kami en tous genres. Malheureusement l'énergie demandée lors de cette aventure sera trop grande, et il meurt subitement d'une crise cardiaque en plein milieu de la cérémonie, laissant les autres tanuki totalement démunis.
Pompoko : Analyse
Comme beaucoup de films du studio Ghibli, Pompoko peut s'apprécier selon plusieurs niveaux de lecture. Avec l'histoire d'un peuple d'animaux, Pompoko pourrait ressembler à une fable enfantine replacée dans le Japon moderne. Représentés la majorité du temps sous leur forme anthropomorphe, facilitant l'identification et la communication de leurs émotions, les tanuki sont de parfaits héros animaliers pour les enfants. D'autant que les petites « faiblesses » qui les caractérisent -gourmandise insatiable, libido exacerbée, penchant pour la fête et les farces, paresse coupable- les rendent ô combien sympathiques !




Mais très vite on se rend compte que le sujet est sérieux : ces joyeux protagonistes luttent pour leur survie. Et le film de prendre des accents de gravité de plus en plus fréquents au fur et à mesure que l'on se rend compte que malgré les étonnants pouvoirs des tanuki, la lutte est inégale et vaine. Les quelques longueurs que l'on peut ressentir du fait des quelques répétitions (les tanuki passent d'espoirs en désillusions à maintes reprises) sont nécessaires pour rendre compte de l'évolution du moral des tanuki et renforcer la tragique conclusion de plusieurs années de lutte. Derrière le ton comique et badin se cache en fait la certitude que le monde des tanuki est désormais révolu et voué à la disparition. On reconnaît dans ce triste constat le ton doux-amer de Isao Takahata.
Grâce à l'alternance de ton dans le récit (le réalisateur passe instantanément d'un style documentaire à des moments d'émotions et d'humour), le film ne se contente pas d'être une simple histoire pour enfants, aux animaux anthropomorphisés. Il devient une œuvre poignante, émouvante et universelle. Takahata propose également une véritable réflexion sur les effets de l'urbanisation sur notre environnement, la désertification des campagnes, l'exclusion et une modernisation broyant progressivement les identités culturelles, grâce à l'utilisation d'un narrateur extérieur, véritable héraut de cette sombre fable.



En effet, tous les films de Takahata sont des leçons d'histoire d'une certaine façon ou plutôt des portraits sociaux et humains à des époques spécifiques. Le mot Heisei dans le titre japonais de Pompoko réfère à la période démarrant avec l'accession de l'empereur Akihito au trône en 1989. Bien que les protagonistes soient des tanuki, l'intention du réalisateur est bien de montrer le comportement de l'homme à travers leurs yeux, offrant ainsi en particulier une perspective différente sur les conséquences de nos actions sur un environnement toujours plus fragilisé.
Au delà de son message écologique la résistance désespérée des tanuki pour préserver leur habitat et par là même leur mode de vie est aussi celle des minorités que l'on veut voir intégrer à l'encontre de leur culture et de leurs traditions. Les tanuki qui peuvent s'adapter se laissent absorber par le système tandis que les autres tentent de survivre et garder leur identité dans l'exclusion et la clandestinité.
« Je voulais montrer le monde actuel par les yeux des tanuki. Finalement, ce qui leur arrive, c'est ce que nous vivons : nous sommes des tanuki obligés de nous déguiser en citadins ! C'est particulièrement vrai, par exemple, pour les ruraux qui viennent travailler à Tôkyô et qui sont victimes du stress, des maladies cardiaques... Un autre point important est que le tanuki est une espèce minoritaire. Au Japon, au nord d'Hokkaidô, vit l'ethnie des Aïnous. Ce sont les premiers habitants de l'archipel, installés bien avant l'arrivée des Japonais. Ils subissent aujourd'hui un sort comparable à celui des Amérindiens d'Amérique du Nord et des Indios d'Amérique du Sud. Ces races minoritaires parquées dans des réserves sont confrontées à la race dominante. Cela peut se traduire par des positions extrêmes comme le terrorisme ou encore par le refuge dans la religion. Les tanuki représentent ces minorités opprimées, et le film décrit les différentes voies qui s'offrent à eux. »
C'est sûrement une des raisons pour laquelle Takahata a fait de son film est véritable tour d'horizon du folklore populaire japonais. Un moyen de montrer combien cette culture est riche et identitaire. Takahata revisite ainsi l'histoire, la culture, l'imaginaire japonais, sans toutefois sombrer dans un étalage systématique du folklore local. Le réalisateur cherche avant tout, à l'instar de Mon voisin Totoro de Hayao Miyazaki, à faire partager à une nouvelle génération la mémoire d'un passé absent de son existence (la scène où les tanuki reproduisent les campagnes disparues est à ce titre un grand moment d'émotion).


D'une richesse visuelle, culturelle et thématique inouïe, Pompoko est surtout une œuvre à la fois drôle et cynique, réjouissante et bouleversante.



Takahata revendique ses messages mais tempère l'ambition de son film :
« Si je ne crois pas qu'un film a le pouvoir de changer les choses, je pense qu'individuellement, on peut éprouver de la sympathie pour ces problèmes. Cela peut donner une meilleure compréhension du danger qui nous menace. J'essaye de donner à voir un « chemin » par rapport aux choix que les êtres humains doivent faire... J'espère secrètement qu'ainsi, quelques personnes, après la vision de mon film, par leur attachement émotif, se sensibilisent et seront encouragés à prendre des initiatives personnelles. Grâce au réconfort intérieur et à l'encouragement, des actions peuvent naître... Mais je ne crois pas qu'un film puisse changer le monde ! Loin de là... »
En tout cas, il peut ne rendre que meilleures les personnes qui l'ont vu !
Pompoko : Production
Origines
Après Porco Rosso, Hayao Miyazaki se demandait quel serait le prochain animé du studio. Le cheminement de sa pensée fut simple : « Buta, buta... Tanuki ! ». Et il décida donc qu'après un cochon, le film suivant mettrait en scène des tanuki et Isao Takahata en serait le réalisateur.
Dans un entretien en 1996, Takahata a raconté, qu'en fait, il lui aurait plu de réaliser un film dont l'histoire se serait déroulé dans le Japon féodal, à l'époque des grandes batailles. Mais, en se référant à Princesse Mononoke, il a ajouté : « Le problème est que Miyazaki est déjà en train de réaliser une œuvre très similaire et je ne crois pas que le studio Ghibli soit disposé à produire quelque chose qu'on a déjà vu. » Le film de costume que Takahata aurait voulu réaliser depuis plusieurs années déjà n'était ni plus ni moins qu'une adaptation partielle de l'Heike Monogatari, duquel il tirera néanmoins une scène qui a donné lieu à une magnifique référence dans Pompoko (voir la page sur les références culturelles). Il voit également une filiation entre les récits épiques et Pompoko par leurs aspects de chroniques. On aboutit donc à un narrateur, qui nous raconte une histoire sur plusieurs années, avec parfois quelques répétitions, comme dans les grands récits d’autrefois.
L'idée d'un film sur les tanuki vient de Miyazaki, sans qu'il s'inspire d'un roman ou d'un manga en particulier. Dans cette optique, l'écrivain Hisashi Inoue a été contacté par Toshio Suzuki et Takahata suite à Fukkoki, son roman sur les tanuki publié en 1985. Après une longue discussion sur le sujet, l'auteur propose plusieurs scénarios et idées que Takahata refuse. Finalement, le développement dramatique et le manifeste politico-écologique sont l'œuvre de la pensée et de la plume de Takahata : « Au Japon le déboisement prive les tanuki de leur habitat naturel et pour ces animaux, il s'agit d'une véritable tragédie. Une poésie japonaise d'il y a un siècle et demi dit : « Quel divertissement ! Pourtant, qui sait comment et qui sait quand, tout est devenu triste » ».
Le titre Pompoko est une idée de Takahata, la transcription du son émis par leur ventre quand les tanuki les frappent. Cette idée a toujours déplu à Miyazaki, qui le trouvait trop vulgaire et trivial. Il ira même jusqu’à en parler à Inoue pour que celui intercède en sa faveur auprès de Takahata. Cependant le réalisateur, soutenu par Suzuki, ne cédera pas. Le choix de ce titre est en fait révélateur de la réflexion profonde de Takahata quant à ses films. Derrière l’apparente bonhommie du titre se cache une œuvre profonde et complexe, qui rejette l’idée d’héroïsme par le choix d’un récit collectif, et qui ne symbolise rien d’autre que la lutte des tanuki pour leur survie.
Production
Dans Pompoko, la plus grande partie de l'animation a été réalisée par la jeune équipe qui avait été engagée après Souvenirs goutte à goutte et qui avait littéralement grandi au sein de Ghibli. Miyazaki est à nouveau producteur sur le film et a semblé avoir trouvé la formule pour galvaniser son équipe de tanuki…

Après 20 mois de production au total, le film est prêt. Il sort au Japon le 16 juillet 1994. Il remporte un succès énorme, le plus gros du studio Ghibli jusque là et se classe n°1 au box-office japonais cette année (celle de la sortie d'un autre film d'animation animalier, Le Roi Lion).
Fort de ce succès et de ses qualités, Pompoko a été choisi pour représenter le Japon aux Academy Awards dans la catégorie Meilleur Film Etranger. Sa carrière internationale ne s'est pas arrêté là puisqu'il remporte l'année suivant le prix du long métrage au Festival international du film d'animation d'Annecy. Depuis cette date, l'œuvre attendait d'être distribuée en France et ailleurs et n'a malheureusement connu que des projections dans le cadre de festivals. Ce n'est que près de 11 ans plus tard, après les succès des films de Miyazaki, que Buena Vista (Disney) a sorti le film de l'anonymat pour le distribuer dans les salles françaises en janvier 2006.
Pompoko : Art et technique
Graphisme et animation
Comme tous les autres dessins animés du studio Ghibli, le film bénéficie d'une réalisation technique très soignée. Les décors, réalisés par Kazuo Oga, sont dans la veine de ceux de Souvenirs goutte à goutte, donc magnifiques. L'animation n'est pas en reste. Le pouvoir de métamorphose des tanuki présente, outre un formidable potentiel comique, des possibilités inépuisables offertes en terme d'animation : il suffit de voir dans le film le nombre incalculable de transformations en toutes sortes de créatures ou d'objets pour s'en rendre compte.
Le défilé des Yôkai, créatures surnaturelles du folklore japonais, est l'exemple parfait pour constater la minutieuse fidélité des représentations du bestiaire fabuleux du pays et la très grande précision des références culturelles en générale.
Isao Takahata s’est par ailleurs inspiré de l’œuvre d'un spécialiste en la matière, le fameux dessinateur et mangaka Shigeru Mizuki, maître incontesté de l'horreur au Japon et auteur dans sa carrière de plus de 2000 illustrations de monstres et autres esprits. Takahata avoue ne jamais l’avoir rencontré, mais admire cependant l’œuvre de ce grand dessinateur, qui, à l’instar du studio, possède son propre musée au Japon.

Le Bakezôri, le fantôme sandale, un de ses monstres les plus célèbres de Shigeru Mizuki.
Un des points les plus remarquables au niveau des partis pris en animation est la mise en place d'une triple représentation des tanuki :
- La première représente les tanuki de manière « biologique », tel que nous pouvons les voir dans la nature.


- La deuxième, la plus utilisée dans le film, propose une vision anthropomorphique des tanuki. Elle permet au spectateur de mieux s'identifier aux personnages. Dans Pompoko, les tanuki sont censés vivre sous cette forme (debout, éventuellement habillé) quand les humains ne les regardent pas. Si les tanuki s'étaient tenus debout et habillés devant les humains, le film aurait ressemblé à un dessin animé familial « à la Disney » et connaissant le sérieux et la gravité des problèmes soulevés dans Pompoko, cela n'aurait pas fonctionné.


- La troisième est une version simplifiée, plus « cartoonesque », copiée du manga de Shigeru Sugiura. Hayao Miyazaki adore l'œuvre de ce vieux mangaka. La première fois qu'il pense à faire un film sur les tanuki, il a en tête le manga 808 tanuki. Bien que Takahata ait d'autres idées que Miyazaki pour son film sur les tanuki, il veut lui aussi utiliser le design de Sugiura. Du fait de son coté caricatural à gros traits simplifiés, le réalisateur s'en sert comme variante « émotionnelle » de la représentation, apparaissant lorsqu'ils sont apeurés ou transportés de joie.


Ce traitement permet naturellement de varier le ton du récit et de passer instantanément du récit principal à un style documentaire ou, à l'opposé, à des moments d'émotions ou d'humour.
La musique et l'adaptation
Les musiques, confiées par Isao Takahata au groupe folklorique Shanshan Taifû (ou Shang Shang Typhoon), qui joue de toutes sortes d'inspirations, est marqué par la présence d'instruments et de formes musicales dits « traditionnels ». Les percussions sont dominantes et sont aussi bien utilisées pour les scènes d'actions que durant les moments de fête et de danse, nombreux dans le film. Le groupe interprète le thème principal du film, comme le fédérateur générique de fin.

Notons d'autre part que les warabe-uta (chants pour l'enfance) comme Shojoji no Tanuki Bayashi sont également légions. La chanson que Shokichi et Okiyo chantent lorsqu'ils jouent à la balle est Antagata Dokosa (D'où viens-tu?), une chanson enfantine pour les jeux de balles. Dans cette chanson, un chasseur tue les tanuki avec son fusil, les fait bouillir, les passe au barbecue et les mange. Une autre chanson, plutôt paillarde (et donc les enfants l'adorent!), parle de testicules de tanuki se balançant au gré du vent.
Au final, on est bien loin des thèmes orchestraux de Joe Hisaishi mais c'est justement à travers ce choix, très spécial, d'une bande originale sortant des sentiers battus que Takahata fait des films qui se distinguent.
L’adaptation française a par ailleurs fort bien réussi à retranscrire ses chants enfantins dans la langue de Molière. Sans sombrer dans un infantilisme à l’américaine, les traducteurs (dont l’inévitable Catherine Cadoux) et interprètes sont restés fidèles à l’esprit du film, sachant retranscrire la fraîcheur, la poésie et la joie de ces textes. Le même travail a été effectué pour l’ensemble de la VF. On sait que pour Takahata, cette retranscription est très importante, car, selon lui, un sous titrage pollue la vision globale du film. Tout comme lui, nous saluons donc ce véritable effort de traduction, qui permet d’apprécier l’œuvre dans son intégralité sans voir l’impression de perdre la force des paroles et pensées de nos chers tanuki !
Pompoko : Références culturelles
Dans Pompoko, l'imagination généreuse et l'esprit de référence de Isao Takahata sont mis au service d'un spectaculaire tour d'horizon du patrimoine culturel dit « populaire » de son pays. Nous citons ici quelques références parmi les plus connues.
Les tanuki
Le tanuki est un animal natif d'Asie (principalement répandu en Chine, en Corée et au Japon). Il s’agit d’un mammifère omnivore de taille moyenne, appartenant à la famille des canidés, dont il est le seul représentant hibernant (en fait, il tombe en hiver dans un sommeil profond, sans véritablement hiberner). Son nom scientifique est Nyctereutes procyonoides mais, plus vulgairement, il est appelé « chien viverrin » en français et Raccoon Dog en anglais. L'animal étant inconnu en France, les traducteurs transforment souvent le tanuki en animal d'apparence physique proche. Mais ce n'est ni un blaireau ni une variété de raton laveur.

Mythes et folklores autour du tanuki
« Pompoko » est le son que les tanuki font quand ils frappent sur leur ventre, comme ils le font à la fête sur le terrain de golf dans la dernière scène. Dans une chanson pour enfant très connue, Shôjôji no Tanuki-bayashi, les tanuki tapent sur leur ventres, en chantant une chanson au clair de lune. Le refrain de la chanson dit : « Pom Poko Pom no Pom ! »
Les mythes et folklores japonais mettant en scène des tanuki sont légions. On lui attribue de nouveaux pouvoirs : ils peuvent ainsi à l'instar du renard, changer de forme à volonté, ainsi que transformer les objets qui les entourent. Ainsi ils aiment jouer des tours aux hommes. Par exemple, ils se transforment en humain et achètent du saké avec des feuilles qu'ils ont transformées en billets, monnaie qui retrouve son état normal après le départ du tanuki. Les tours sont la plupart du temps inoffensifs (mais provoquent souvent en retour de sévères représailles de la part des humains !), d'autres sont plus cruels.
Malgré cela, les tanuki restent pour les japonais des animaux sympathiques et sont même considérés comme des porte-bonheur. Les commerces japonais placent d'ailleurs souvent une statuette à l'extérieur de leur boutique : le tanuki y est toujours caractérisé par d'énormes testicules (Golden Balls, synonymes de prospérité), une coiffe sur la tête et une bouteille de saké à la main.


Au Japon, on croit que les tanuki mettent une feuille sur leur tête et chantent pour se transformer mais dans Pompoko, la vieille Oroku dément : « C'est réservé aux débutants ! » Si vous avez déjà joué à Super Mario Bros. 3, quand Mario attrape une feuille, lui poussent des oreilles pointues et la queue d'un tanuki. Cela provient de l'association que l'on fait entre les feuilles et les tanuki.

Les références folkloriques présentées dans Pompoko sont parfois assez bien connues. L'une d'elles est le Bunbuku Chagama (La bouilloire magique), un conte dans lequel un tanuki se change en bouilloire (et bien sûr, il a été mis au feu). Chagama (bouilloire) est l'ustensile rond et sombre dans lequel les tanuki essaient de se transformer quand ils s'entraînent.

Une autre référence est le conte Kachi Kachi Yama, qui est plutôt cruel. Dans celui-ci, un tanuki tua une vieille femme et le mari de cette dernière se vengea de cette mort avec l'aide d'un lapin. Ce qui conduisit le tanuki à sa perte est la fabrication et l'embarcation sur un bateau fait de boue. Le bateau coula, bien sûr et le tanuki se noya. Dans Pompoko, le chant des tanuki de Shikoku, « Notre vaisseau n'est pas fait de boue », vient de là.
Enfin, certains tanuki puissants sont très connus au point d'être parfois comparés à des dieux. Les vieux tanuki de Shikoku sont ces tanuki historiquement célèbres.
Au Japon, on croit que les renards, aussi bien que les vieux chats, ont des pouvoirs magiques comme les tanuki. Dans le mandala utilisé pour instruire les jeunes tanuki, on peut voir un tanuki, un kitsune (renard) et un neko (chat). Les kitsune sont aussi considérés comme les messagers du dieu Inari dans les croyances Shintô. Dans le film, un tanuki se transforme en renard blanc et marque les esprits des gens qui sont venus bouger un temple shintô pour développer la zone.

On trouve pêle-mêle dans le mandala de la métamorphose imaginé par Isao Takahata : tanuki, kitsune et neko, bien sûr, mais aussi caméléons, papillons et poissons variés, tous plus ou moins métamorphes. Les caractères yin et yang de la périphérie introduisent les deux caractères de la transformation, qui mènent au caractère central, gen (illusion).
Le tanuki dans l'animation
Le tanuki n'est pas nouveau dans le monde de l'animation : il suffit de penser au petit percussionniste du film Gauche le violoncelliste (1982), une autre œuvre d’Isao Takahata, au couple de tanuki dans une scène de la série Maison Ikkoku (1986), ou encore la statue interviewée dans les premières minutes du film Lamu, Beautiful Dreamer (1985). Mais la présence de cet animal dans l'animation japonaise remonte à bien plus loin. Il faut dire que le tanuki est l'animal rêvé de l'animateur : transformable à volonté, il autorise tous les délires. De plus, mignon, maladroit et farceur, il est le personnage idéal d'histoires amusantes et riches en péripéties.

Gauche le violoncelliste d’Isao Takahata.
Les courts métrages La bouilloire magique (1928) de Yasushi Murata, Le renard contre les ratons (1933) de Ikuo Ôishi, Les bonzes mélomanes (Chagama Ondo, 1934) de Kenzô Masaoka ou encore La chasse aux monstres (1935) de Yoshitarô Kataoka comptent parmi les premières œuvres mettant en scène des tanuki. Dès La bouilloire magique (Bunbuku Chagama), réalisé en papier découpé avec une grande économie de moyens, le tanuki voit ses transformations exploitées à des fins humoristiques. Transformable en bouilloire, le raton va causer les pires catastrophes et terrifier les humains. Avec l'introduction du cellulo au Japon, les transformations du tanuki se font multiples et plus réalistes. Kenzô Masaoka, qui fut précisément le premier à expérimenter cette technique, comprit parfaitement le potentiel du tanuki en terme d'animation.

La bouilloire magique de Yasushi Murata.

Les bonzes mélomanes de Kenzô Masaoka.
Quand Takahata réalise Pompoko, c'est consciemment qu'il s'inscrit dans la tradition. Le réalisateur, qui a une connaissance remarquable des premières heures de l'animation japonaise, rend ainsi hommage à tous ces vieux courts métrages. Outre la reprise des différents modes de représentation des tanuki, aperçus dans Le renard contre les ratons (l'un très stylisé et tout à fait « cartoonesque », l'autre semi-réaliste et plus fouillé auxquels Takahata ajoute un troisième mode, totalement réaliste celui-là), le film reprend la description sympathique des tanuki qu'en fait notamment Masaoka dans Les bonzes mélomanes – oisifs, gloutons et chapardeurs mais d'une gentillesse et d'une solidarité indécrottables – ainsi que la problématique de l'affrontement contre les humains. Enfin, le film regorge de clins d'œil à ses précurseurs. Un exemple : quand les tanuki, qui ont perdu leurs dons par paresse, doivent réapprendre à se transformer, leur premier exercice consiste à se transformer en... bouilloire !
Autres références
Histoires de fantômes
Les personnages sans visage qui terrorisent le policier dans le film sont appelés Nopperabô. Ils sont issus d'une vieille histoire de fantômes japonais bien connue. Ils sont à peu près identiques à ceux de l'histoire originale à l'exception bien sûr de l'époque du récit. Au lieu de se rendre au poste de police, l'homme terrifié de l'histoire originale se rend à un Soba (stand de nouilles japonaises), et le vendeur lui dit : « Donc, elle ressemblait à ça ? »...


Un autre thème emprunté aux vielles histoires de fantômes japonais est l’Oitekebori. Ce terme signifie aussi bien « Laisse-le dans le canal » que « Laissé derrière ». L'histoire est celle d'un homme qui attrape un poisson dans un canal. Soudain une voix venant du canal lui ordonne Oiteke (« Laisse-le ! »), et l'homme s'enfuit en courant aussi vite qu'il peut. Dans Pompoko, les tanuki ont d'abord donné des sueurs froides à un couple dans une voiture avec appel Yotteke (« Entrez ! ») et des signes clignotant Love Hotel. Dans une autre scène, quand des gamins jettent des déchets dans un buisson, les tanuki le leur renvoient, avec l'appel Motteke (« Prend-le ! »). Ensuite, pour l'homme qui s'apprête à couper un arbre, Hottoke (« Laisse-le tranquille ! »). Enfin, des tanuki observent une famille pique-niquer. Le père dit : « Ramenons nos ordures à la maison », et commence à ranger les restes du repas. Les tanuki crient alors spontanément Oiteke (« Laisse-le ! »).




Jidai-geki
Les références au registre cardinal du Jidai-geki, ce « drame historique », sont nombreuses, notamment au début du film avec la scène de bataille entre les samouraïs-tanuki. Un des conseils entre les chefs rappelle également une scène du film Ran d’Akira Kurosawa.



Scène de bataille traitée sur le ton de la comédie.

« Lorsque les tanuki débattirent pour désigner un représentant, aucun ne voulait s'engager pour un voyage dangereux,
alors ils firent tous semblant de dormir. » Une scène rappelant celle au début du film Ran (1985).
Yôkai
Les créatures surnaturelles de l' « Opération Poltergeist » proviennent du folklore japonais. Appelées Yôkai, elles sont issues de contes populaires, du théâtre Kabuki, de l'Ukiyo-e (estampes), ou encore des mangas de Shigeru Mizuki qui les a remis au goût du jour.




Echantillon des nombreux monstres surnaturels du défilé.
La plupart de ces monstres ont chacun un nom et une histoire. Certains d'entre eux proviennent de pièces d'art très célèbres comme Fûjin (Dieu du vent) et Raijin (Dieu de l'éclair). On trouve aussi quelques hommages à l'Emaki Chôjû-giga, considéré comme le plus ancien manga de l'histoire, et au recueil de nouvelles de Kenji Miyazawa Train de nuit dans la Voie lactée.


L'Umi-bôzu, un énorme Yôkai marin naufrageur
(illustration originale de Shigeru Mizuki et référence dans Pompoko).


Le Tsurube-otoshi, une « tête désincarnée » tombant sur les humains sans méfiance
(illustration originale de Shigeru Mizuki et référence dans Pompoko).
Nasu no Yoichi
La scène du samouraï-archer est fondée sur la célèbre histoire du samurai Nasu no Yoichi dans Le Dit des Heike (au départ, Isao Takahata caressait l'idée d'adapter ce récit en anime plutôt que de réaliser un film sur les tanuki). À la fin du 12ᵉ siècle, le clan Taira (Heike) et le clan Minamoto (Genji) se battaient pour diriger le Japon. Durant la bataille de Yashima, Taira fut mis en déroute et s'enfuit de l'île sur des vaisseaux. Une des femmes de Taira attacha alors son éventail sur un mât et l'éleva, défiant les samouraïs de Minamoto de le toucher. Mais comme ils étaient déjà trop loin de la côte et que la cible bougeait constamment, les samouraïs de Minamoto hésitèrent. Alors, pour préserver l'honneur et la fierté de Minamoto, un jeune samouraï du nom de Nasu no Yoichi s'avança. Il parvint à toucher la charnière de l'éventail, le séparant du mât. Tout le monde, aussi bien de Taira que de Minamoto, acclama le maître archer.



Le vieux tanuki (999 ans) vient de Yashima et il a vu cette bataille de ses propres yeux. C'est pourquoi les autres tanuki lui demandent de recréer la scène.
Takarabune
À la fin du film, les tanuki vont au Fudaraku (le Paradis), ce qui signifie qu'ils entreprennent un voyage vers le pays des morts. Ce voyage est fondé sur les croyances du Fudaraku, un des cultes bouddhistes anciens. Le culte affirmait l'existence de l'île de Fudaraku sur la mer de l'ouest. En montant sur le vaisseau, on pouvait laisser derrière soi sa douleur et sa souffrance et accéder au Nirvana. Il est déjà arrivé qu'un croyant soit placé vivant dans un cercueil en forme de vaisseau et soit jeté à la mer.


Le vaisseau représenté dans le film est inspiré du Takarabune (vaisseau aux trésors). C'est un vaisseau sur lequel voyageaient les Sept Divinités du Bonheur et qui embarquait de nombreux trésors. Il était supposé porter chance.
Pompoko : Fiche technique



Crédits
| Titre | 平成狸合戦ぽんぽこ (Heisei Tanuki Gassen Ponpoko) Pompoko |
|---|---|
| Année de création | 1994 |
| Œuvre originale, scénario, réalisation | Isao Takahata |
| Idée originale | Hayao Miyazaki |
| Storyboard | Yoshiyuki Momose, Shinji Ôtsuka |
| Layout | Yoshiyuki Momose |
| Directeur artistique | Kazuo Oga |
| Character design | Shinji Ôtsuka |
| Directeurs de l'animation | Megumi Kagawa, Shinji Ôtsuka |
| Contrôle de l’animation | Hitomi Tateno, Rie Fujimura, Rie Nakagome |
| Couleurs | Michiyo Yasuda |
| Directeur de la photographie | Atsushi Okui |
| Musique | Shang Shang Taifû |
| Chanson du générique de fin | Itsu demo Dare ka ga (A tout moment, quelqu'un...), composée et interprétée par Shang Shang Taifû |
| Producteurs exécutifs | Yasuyoshi Tokuma, Seiichirô Ujiie, Ritsuo Isobe |
| Producteurs | Hayao Miyazaki, Toshio Suzuki |
| Production | Studio Ghibli, Tokuma Shoten, Nippon Television Network Corporation, Hakuhodo Inc. |
Doublage japonais
| Shôkichi | Makoto Nonomura |
| Okiyo | Yuriko Ishida |
| Ponkichi | Kobuhei Hayashiya |
| Tamasaburô | Akira Kamiya |
| Bunta | Takehiro Murata |
| Tsurugame Oshyo | Kosan Yanagiya |
| Oroku Baba | Nijiko Kiyokawa |
| Gonta | Shigeru Izumiya |
| Le narrateur | Shinchô Kokontei |
Doublage français
| Shôkichi | Guillaume Orsat |
| Okiyo | Virginie Méry |
| Ponkichi | Patrick Mancini |
| Tamasaburô | Adrien Antoine |
| Tsurugame Oshyo | Henri Labussière |
| Oroku Baba | Perrette Pradier |
| Gonta | François Siener |
| Le narrateur | Patrick Floersheim |
Quelques chiffres
| Date de sortie du film au Japon | 16 juillet 1994 |
| Date de sortie du film en France | 18 janvier 2006 |
| Durée du film | 1 heure 58 minutes 59 secondes |
| Nombre de cellulos utilisés | 82 989 |
| Nombre de couleurs utilisées | 502 |
| Nombre d'entrée au Japon | 3 254 000 spectateurs |
| Nombre d'entrées en France | 248 890 spectateurs |
| Box-office Japon | 2,65 milliards de ¥ |
Récompenses
- 1995 - Festival international du film d'animation d'Annecy : Prix du Meilleur long métrage
- 1995 - Mainichi Film Concours : lauréat du Meilleur film d'animation
- 1995 - Awards of the Japanese Academy : lauréat d'un Prix spécial



