Spécial Angoulême 2004
Ma quête du Totoro ne pouvait que me conduire à Angoulême, capitale de la bd et ville internationale le temps d'un souffle festivalier. Un périple vivant, riche en rencontres et en chopines de bières et on en repart la tête pleine de souvenirs. L'ennui, c'est que quand vous rentrez chez vous, c'est vous qui n'êtes plus riche. Vous êtes plumé, vous avez acheté des tas de bds et vous n'êtes plus en mesure de payer vos factures et votre loyer. Ainsi, vous partez vivre dans un camphrier. C'est de là que j'écris en ce moment même d'ailleurs...
Loïc

Little Némo in Slumberland selon André Juillard sur un mur d'Angoulême
- Mercredi : Campoy
- Jeudi : Mourier, Bianco, Montgermont, Vanyda, Poupon, Duprat
- Vendredi : Munuera, Vandermeulen, Vanyda, Filippi et Etienne, Parme
- Samedi : Makyo, Frezzato, Di Felice, Labourot, Marco, Sfar
- Dimanche : Bessadi
Mercredi 21 janvier 2004
Campoy
J'arrive à Angoulême le mercredi et je n'ai pas grand-chose à dire car cette journée est un silence. En effet, le festival ne commence que le lendemain, du coup, il y a encore des gens normaux dans la ville.
Je suis un touriste stagiaire parmi les 61 qu'accueille le CNBDI pour la somme modique de 450 euros, et le thème de la formation cette année porte sur le manga. Il est 09h00 quand j'arrive et je dois passer devant une partie de l'expo Loisel pour rejoindre le second étage où se déroule mon stage. Je souris parce que le vernissage a lieu le soir et l'expo est encore en chantier (courage les gars !). Je m'attarde néanmoins et me délecte devant quelques planches originales lorsque tout à coup, une pensée s'impose comme une évidence : il faudrait que je remercie cet homme pour le bonheur qu'il m'a donné. En effet, La quête et Peter pan résonnent en moi depuis une douzaine d'années maintenant, et ont, depuis tout ce temps, enrichis mon imaginaire. C'est quand même pas rien ça, nourrir l'imaginaire de quelqu'un...
Le stage en lui-même pour cette première journée est blagnablasant et m'intéresse peu (oups, j'ai le droit de dire ça publiquement ?). A 17h00, je suis donc heureux de retrouver Guilhem, ma petite marmotte Paloise avec qui je passerai les 4 jours du festival. On ne reste pas pour le vernissage de l'exposition car il n'a pas encore son badge professionnel, sésame du décoinçage de bulles à Angoulême. Je ne vois donc pas M. Loisel mais je me dis que j'aurai d'autres occazes dans le festival, et j'ai raison. Je ne sais pas encore que je le verrai 2 jours plus tard...
La soirée, sans intérêt autre que nos retrouvailles, n'a pas à être évoquée. Quoique, à Quick, un gars nous encourage à venir le voir sur le stand de son fanzine parce qu'il nous prend pour des auteurs, et en regagnant la voiture nous croisons Lewis Trondheim et Joann Sfar dans la rue. Deux petites anecdotes sans grand intérêt, certes, alors je conclue. En arrivant chez mamie Girod, la proprio de notre chambre d'hôte (une femme super, adorable et énergique J'espère que vous lirez ça mamie ; ), Guilhem m'offre pleins de cadeaux, notamment Little Big Joe de Lupano et Fred Campoy, dédicacé par ce dernier.

Comme il n'avait pas de modèle, Campoy a mis en scène Totoro d'après ses souvenirs du film
Le résultat, comme vous pouvez le voir, est un croisement entre un gros chat et un totoro. Une fusion originale... Quoi qu'il en soit, c'est un super cadeau donc merci la marmotte !
Jeudi 22 janvier 2004
Quand on arrive sur le Champs de Mars, il est 09h30 et le public n'a pas encore le droit de pénétrer dans les bulles. Du coup, avec le badge pro on en profite pour sillonner les allées sans personne, c'est agréable. Surtout quand on a connu les mêmes lieux, emportés par la foule qui traîne nous entraîne, écrasés l'un contre l'autre... Pas de doute, Edith a souvent dû arpenter le festival d'Angoulême pour le chanter si bien.
Mourier ou l'attente en milieu agité
Quand il est presque 10h00, nous arrivons dans la bulle sud direction Soleil pour voir Jean-Louis Mourier. Il y a déjà 6 ou 7 sacs posés alors que seuls les professionnels ont le droit de rentrer. Je ne savais pas que les sacs aussi étaient des amoureux de bd ?! D'ailleurs, je ne savais même pas qu'un sac ça sait lire, alors... Quoi qu'il en soit, je me pose dans la file et Guilhem poursuit sa balade au pays du 9ème art. Pour être poli, j'essaie d'engager la conversation avec les sacs à dos et les valises mais je n'obtiens aucune réponse...
10h00 est passée et les festivaliers ont maintenant investi les lieux. Autour du stand Soleil, les gens ne sont pas contents : « c'est dégeulasse » se plaint un festivalier, « j'arrive pour Tarquin et il y a déjà dix professionnels qui sont dans la file !! » Abuser de son passe-droit c'est vrai que c'est pas très classe mais je me surprends aussi à me dire que je suis peut-être con, j'aurais sûrement dû en profiter. Mais non, en fait je suis intègre. Ou bien je suis con. Ou alors je suis intègre. Enfin, intègre ou con (ou les deux), pendant que je suis plongé dans mes pensées, la queue Tarquin a grossi et a doublé de volume. Elle est maintenant gorgée, prête à éclater (sans mauvaise interprétation SVP). C'est une mini émeute qui se déclenche et je me dis qu'ils sont fous.
Le temps passe, Guilhem revient fréquemment me voir car je m'ennuie un peu. Mais bon, j'ai vraiment envie que Mourier me fasse un Totoro alors je compte mes poils sur les doigts pour que ça passe plus vite. Quand je lève la tête, les sacs et les valises devant moi ont retrouvé leurs propriétaires et je comprends : les « professionnels » de la file Tarquin, une fois leur dessin fait, rejoignent ma file pour attendre Mourier. Je me dis que c'est pas glop et pas poli mais en les entendant parler entre eux, je m'abstiens de tout commentaire. Ben oui, je comprends très vite que ce sont de gros cons. En les écoutant, je saisis que ces messieurs avec un fort accent belge sont des arpenteurs de festivals. Ils se déplacent pour des auteurs « cotés », des « gros », comme ils disent, et ils énumèrent leurs derniers trophées respectifs. C'est ce genre de type qui garnit ensuite les sites comme Ebay, d'albums bds dédicacés, vendus à des prix écœurants. Extension du domaine de la bêtise... Je me dis qu'il y a une thèse à écrire sur ces gens-là lorsque la marmotte arrive avec Julia, Cyril et Olivier.
Ils sont venus passer la journée à Angoulême. Olivier est mon ami vendeur de bd chez Virgin qui ne lit plus de bd ; Julia, c'est ma bonite à moi, récemment convertie à la bande dessinée ; quant à Cyril, c'est un collègue de bureau à elle, passionné de supers héros, il rêve sûrement de rencontrer Peter Parker. Ils vont tous manger ensemble mais moi j'attends toujours M. Mourier.
Il finit d'ailleurs par arriver avec sa bonne tête de troll débonnaire. Très vite, je suis frappé de voir que certains des blaireaux devant moi ne lui parlent même pas et regardent ailleurs pendant leur dédicace. C'est enrichissant comme rencontre ça, tiens... De toute façon, je ne m'insurge pas plus que ça parce que sur les écrans du stand, passe un florilège des sketchs des humoristes Canal +. Même au bout de 10 fois, certains me font toujours rire et sur le « Toniglandyle » de Chabat, c'est enfin mon tour.
Je lui demande en lui montrant ma chemise pleine d'illustrations collées, s'il connaît Totoro.
- Oui.
Là, je lui explique ma démarche de mettre en scène cette bestiole dans son propre univers à lui. Il cherche un peu puis se lance.
Le truc, c'est que je suis tellement intrigué par son dessin qui prend forme, que moi non plus je ne lui dis pas grand-chose. Crotte de bique, serais-je un blaireau aussi ?!
- Voilà.
- La vache, c'est un vrai carnage !!!
- Meuh non, on dit « le troll, c'est un vrai carnage ». Faut pas déconner, hein, faut bien que ça serve les ptites dents pointues...
En tous les cas, quand on voit le résultat, on se dit que Mourier a vraiment compris ce que je voulais. Il ne m'a pas fait juste un dessin de plus de totoro, il l'a vraiment incorporé dans l'univers de ses bds.

Claude Guth fera la couleur deux jours plus tard. Sinon, c'est mignon un anus de totoro non ?
Une chose est sûre : avec les trolls, il ne doit pas en rester beaucoup de totoros sur le monde de Troy. Un génocide dont on ne parle pas assez dans Lanfeust magazine...
Bianco ou le beau gosse pasticheur
Julia revient et elle m'accompagne direction Guillaume Bianco, un autre auteur Soleil. Il y a quelques mois, j'avais acheté un album de Dutto et lui chez un bouquiniste, parce qu'il y avait une planche de gag avec les noireaudes :

© Soleil et Dutto
Même si le gag est de son comparse, je prends le pari que Bianco est un amateur de Miyazaki. Je lui demande donc un totoro et ça le fait sourire. Il m'explique que plus jeune, il avait commis avec un copain, une parodie nommée « Bitoro ». Une dérive à tendance pédophile qui n'avait fait rire qu'eux. C'est absolument ignoble et pourtant sur le coup, ça me fait marrer. Ben oui, il y a un tel consensus sur Mon voisin Totoro que personne ne peut envisager de détourner cette œuvre merveilleuse. Certes, rire d'un sujet aussi grave, c'est pas vraiment ma tasse de thé, mais je me surprends à me remémorer certains passages du film où Totoro regarde Mei et Satsuki avec des yeux un peu chelou, il faut bien le dire...
Pendant qu'on discute, Barbara Canépa vient montrer à Bianco un prototype de statuette de la papesse Ludovique de Sky Doll. Elle est comme une gosse toute heureuse de son nouveau jouet. J'explique à Julia que c'est la compagne d'Alessandro Barbucci, le papa de mon premier totoro dédicacé. C'est vrai que la statue est super jolie, mais Barbara aussi car son enthousiasme jubilatoire la fait rayonner.
En voyant que Bianco me fait un totoro, elle est très amusée, alors je sors de ma chemise celui de Barbucci et je lui montre.
- Oh ?!!! Dové ?!
- Paris.
- Tu veux pas lui mettre en couleur? lui demande Guillaume Bianco
- (petite moue dubitative) Hum... Non !
Et elle s'en va guillerette, montrer sa statuette à un autre Soleil boy.
Bianco termine péniblement son dessin et Julia et moi lui disons au revoir.

Admirez le regard brillant d'intelligence du chien Klébert, tiré de la bd Will de Bianco, chez Soleil
Il est près de 15h30 et je n'ai toujours rien dans le ventre mais malgré les gargouillis suppliants, je continue, je me rattraperai le soir :-) . Direction la bulle nord où je sais pertinemment quelles sont les personnes que je veux voir. Deux femmes, deux premiers albums.
Fanny Montgermont, maman de l'ange
Sur le stand Paquet, je rencontre Fanny Montgermont pour son magnifique Elle. Je lui demande un totoro avec Michelle son ange, et elle me répond que c'est sans problème, « c'est facile à dessiner un totoro ! » Je lui dis tout le bien que je pense de son album, de son graphisme, de ses couleurs... Elle me regarde droit dans les yeux et se contente d'un merci laconique. L'art d'aller à l'essentiel. Je lui pose quelques questions sur le prix « Décoincer la bulle » qui récompense le meilleur premier album et pour lequel elle est en course, mais elle se contente de me répondre brièvement. Je finis donc par observer la naissance d'un ange, si bel ange, en silence...

Certains reconnaîtront peut-être une illustration pour les calendriers Ghibli
Lorsque nous quittons le stand Paquet, Julia et moi nous nous séparons. Elle a en effet sa propre quête à accomplir car munie de son coffret Donjon, elle espère rencontrer Sfar, Trondheim ou Blain quelque part dans la bulle. Je passe devant Cyril qui, muni de la foi et d'un canson A4, espère une dédicace de Jim Lee sur le stand Sémic. Je me dis qu'il a autant de chance d'avoir son dessin que moi d'être cascadeur dans un film de Max Pécas, mais je lui souhaite quand même bon courage.
Au moment où j'arrive sur le stand Carabas, Guilhem la marmotte est en train de se faire dédicacer une bd que je ne connais pas. C'est amusant, parce que si l'on considère que des milliers de personnes sont probablement en train d'arpenter le festival, on pourrait vraisemblablement s'attendre à ce qu'un chat ne retrouve pas ses petits dans ce joyeux bordel, et pourtant... Et pourtant, je perds et retrouve mes amis sans difficulté et sans jamais m'inquiéter. J'ai raison de ne pas avoir de portable, la providence fait aussi bien et je n'ai pas besoin de forfait.
Vanyda, tout pareil que moi mais en fille
Elle vient juste d'arriver et n'a pas encore foule devant elle. Dans quelques années, quand Vanyda sera considérée comme une grande incontournable du 9ème art, ma phrase précédente sera collector. En attendant, elle termine pour un monsieur, le dessin de Bernadette, l'une des deux héroïnes de L'année du dragon. Ca me laisse le temps de l'observer un peu et de m'apercevoir qu'elle-même ressemble beaucoup à Kim, l'autre personnage féminin de la bd. On se « connaît » virtuellement pour avoir échangé quelques mails courant janvier et il faut que je me fasse connaître mais je ne sais pas trop comment...
Quand vient mon tour, je décide de lui montrer ma chemise totoro en lui demandant si ça évoque quelque chose pour elle. Elle me situe, je suis le gars qui veut offrir un album dédicacé à son frère et qui pour lui, voudrait un totoro. On commence par l'album dont je veux faire cadeau et j'explique à Vanyda que Franck, le protagoniste de la bd, est le portrait craché de mon frèrot. Physiquement déjà, il y a beaucoup de ça mais le reste est pas mal non plus :
Tous deux éducateurs d'enfants en centre aéré, tous deux passionnés de dessin, tous deux en peine sentimentale, tous deux un peu rêveurs. Je suis avide de savoir si en lisant L'année du dragon, il va se reconnaître ne serait-ce qu'un peu. Elle parait amusée et espère que la bd lui plaira.
J'en profite pour lui signifier l'immense coup de foudre que j'ai eu pour son travail mais j'ai peine à exprimer mon amour avec des mots. Déjà, en écrivant quelques jours plus tôt la notice critique de sa bande dessinée pour La Revue des Livres Pour Enfants, j'avais éprouvé les mêmes difficultés. Pas toujours facile de décortiquer les raisons de nos sentiments. Je tente quand même et puis en vrac, je relève les références disséminées dans son album qui me touchent :
- Les héros au cinéma devant Princesse Mononoké
- Une peluche de Hobbes dans un coin de case
- Un poster du Phare, de Yann Tiersen...
J'ai beau énumérer, « quoi que je fasse, c'est le même cercle qui ne conduit nulle part » : j'aime cet album, c'est tout et il n'y a rien à ajouter.
Elle m'explique qu'elle s'est beaucoup inspirée de la chambre de sa sœur pour l'histoire du poster, que Hobbes est un Tigrou qui a mué, et que Princesse Mononoké est sorti en l'an 2000, l'année du dragon selon l'astrologie chinoise et que comme c'est cette année là que se déroule l'histoire...Pendant qu'on discute, elle termine la dédicace pour mon frère qui représente Franck, son avatar de papier : ) puis commence la mienne (ce sera Kim avec la grosse bestiole). Elle me dit que cet album fait partie d'une série prévue en trois volumes, et qu'elle a vu le jour dans l'esprit de François Duprat lorsqu'il lui a piqué ses bouquins d'astrologie.
Tout à coup, ça fait tilt ! Je me souviens que si l'on excepte Le combat ordinaire de Manu Larcenet, et La nuit du chat de Franck Pé que j'ai découvert tardivement, mon dernier coup de cœur bd était déjà pour une bd de François Duprat : Mon cousin dans la mort. Déjà à Paris-bd, je lui avais fais une vraie déclaration d'amour. Note pour plus tard : penser à aller lui renouveler ces sentiments.
La conversation avec Vanyda dérive sur des sujets divers que j'affectionne : l'œuvre de Ghibli, Saint Seiya, les samouraïs de l'éternel que je n'ai pas vu depuis mes 12 ans :
- Je les ai tous en DivX
- Argh...
Captain Tsubasa alias Olive et Tom :
- J'ai commencé le foot quand j'étais petite à cause de ce dessin animé.
- Moi aussi, mais y a un truc qui m'étonne. D'habitude les garçons faisaient du foot à cause d'Olive et Tom et les filles du volley à cause de Jeanne et Serge...
« Ouaip, mais moi à la campagne, j'étais un vrai garçon manqué », me rétorque ce joli brin de fille. Hé bien... C'est si sympa de parler avec elle que j'en oublierai presque que je suis timide et gauche moi. Mais mon dessin est fini (elle a même rajouté un chibi totoro à côté de Kim) ! Ainsi, je vais prendre congé d'elle mais avant, elle jette un coup d'œil sur la chemise qui contient mes dédicaces. Elle est surprise de voir qu'il y en a autant et me conseille de les mettre toutes d'un coup sur Buta-connection. Je lui explique que je préfère prendre mon temps pour décrire la rencontre avec l'auteur de chaque dessin. C'est en tout cas ma démarche...
Je prends finalement congé de Vanyda en la prévenant de ma certaine visite le lendemain. Dès que je suis un peu éloigné, je ressors rapidement l'album et me régale avec le dessin :

Le dragon et le totoro à droite seront rajoutés en fin de journée par François Duprat. Joli non ?
Je retrouve la marmotte et nous décidons de revenir dans la bulle sud direction Nicolas poupon et François Duprat au stand « Le cycliste / Petit à petit ».
Poupon et les poissons rouges
Quatre albums de Poupon, et que ça saute ! Guilhem et moi souhaitons compléter notre collection du Fonds du bocal et en outre en offrir un à Sarah, la petite fille de mamie Girod. C'est qu'on est des gentils garçons nous, polis et tout hein !
Nicolas nous réserve une excellente surprise, il va embellir nos albums avec une dédicace conceptuelle des plus intéressantes. Des dessins qui, mis bout à bout, forment une histoire :
Sympa non ? En tous les cas, j'en profite pour faire une parenthèse à propos de cet auteur et clamer qu'il est d'une gentillesse et d'un humour rares. Chaque fois que nous le rencontrons, il se montre toujours aussi disponible et chaleureux, et comme ses albums sont hilarants, ben, n'hésitez pas à aller le voir en dédicace. L'essayer c'est l'adopter ce garçon : )
Nous saluons le maître des poissons rouges et retrouvons les 3 autres larrons. Julia a fait du charme à Sfar pour se faire dédicacer un Donjon sur le stand de l'Association et Olivier est tout content parce que David B. lui a fait un crobar. De son côté, Cyril qui cache sa joie a obtenu un Spiderman d'un auteur comics que je ne connais pas. Tout le monde est satisfait de sa journée et moi aussi, mais je tiens à la terminer par François Duprat.
François Duprat et les maths
Quand je pense à son nom de famille, je me dis qu'on avait toutes les chances de partir du mauvais pied car c'est le nom de la prof de math qui me persécutait au lycée. La femme qui m'a appris la relativité. Je veux dire par là que grâce à elle, j'ai appris à relativiser la cruauté de Cruella, la férocité d'Attila ou le machiavélisme de Machiavel. A côté d'elle, tous passeraient pour d'inoffensives noireaudes. Duprat...Brrrrrrrr... C'est pas ta maman au moins François ?
Bref me voici devant ce fabuleux raconteur d'histoire, pour qu'il me complète les deux dessins de Vanyda. Contrairement à la première fois où je l'ai rencontré, il utilise l'aquarelle pour le dessin.
Notre rencontre est celle de deux timides mais on parvient quand même à discuter un peu. J'apprends que c'est lui qui dessine les phases où le héros de L'Année du dragon fantasme, phases où le graphisme se fait plus caricatural. Il m'annonce aussi que Mon cousin dans la mort va ressortir bientôt en couleur et m'explique comment Vanyda et lui se sont connus. C'est agréable comme moment.
En partant, je suis convaincu que ce type est quelqu'un de bien et ça me fait plaisir parce que c'est super d'apprécier l'œuvre de quelqu'un, et de savoir qu'il est dans la vie, tel qu'on se l'imagine.
La journée s'achève, et nous partons tous finir la soirée au restaurant. Quelque peu perturbé par la journée, je signe des autographes à mes comparses sur la nappe en papier et je regarde sur l'étiquette de ma bière si c'est une première édition.
Ca rend un peu fou Angoulême...
Vendredi 23 janvier 2004
Ouille ouille ouille. Trois jours seulement que je suis à Angoulême et déjà la fatigue vient me dire bonjour. Ca se ressent avant tout dans ma capacité à rester scotché sur mon café au lait au p'tit déjeuner, un peu comme s'il avait des choses passionnantes à me raconter.
On quitte mamie Girod, et la marmotte me dépose au CNBDI pour la fin de mon stage mangas. Parfait, je vais poursuivre ma nuit... Enfin, c'est ce que je crois, parce qu'en fait, les stagiaires sont beaucoup sollicités pour cette ultime partie, alors pas le temps de souffler. On enchaîne un atelier de création de bd avec une analyse d'album.
Dans le premier cas, il s'agit de créer un strip de 3 cases en se basant sur l'écoute d'une succession de bruitages. Ainsi, apparaissent autant de mises en scènes que de stagiaires.
Dans le second cas, nous étudions Gen d'Hiroshima de Nakazawa paru aux éditions Vertige Graphic. Il s'agit d'un récit semi autobiographique du fils d'un pacifiste japonais au moment de la seconde guerre mondiale. Lorsque leur avis sur la bd est demandé à l'assistance, les critiques s'avèrent toutes plus élogieuses les unes que les autres. Ainsi, même si je n'aime pas me faire remarquer, je me sens obligé de nuancer cette euphorie générale en exprimant mes impressions quelques peu mitigées. En effet, à la lecture des deux premiers tomes, je suis gêné par les phases où le ton et le graphisme se font plus caricaturaux. Le sujet, l'ambiance grave et le message de l'œuvre sont à mon sens desservis par ce recours au comique grotesque qui ponctue certaines pages. Le Maüs de Spiegelman ou Le tombeau des lucioles de Takahata me semblent tellement plus portés par leur sobriété, que je prends la parole pour le dire. La médiatrice de la séance entend mes arguments. Ouf ! Je ne suis pas blasphémateur en critiquant ce chef d'œuvre...
A 12h30, je retrouve Guilhem, non sans m'être auparavant attardé longuement sur l'expo Loisel.

Une scénographie signée Blaise Loisel, fils de.
N'empêche, superbe expo avec des repro de qualité.
J'y croise Alberto Varanda mais je n'ose pas l'aborder. Bin oui, qu'est-ce que je pourrais lui dire ?
«Salut ! Je vous ai rencontré à deux reprises en dédicace et on s'est tapé une bonne discute à chaque fois !?». Bof.
Je me dis cependant qu'il faudra que je le voie pour lui demander un totoro prochainement. Peint avec de la terre de Sienne, comme il a l'habitude de faire, ça aurait beaucoup de classe.
- Bon, on y va ?
Oui oui marmotte, allons grailler. Et deux miams plus tard, on y est, motivés, prêts à faire montre de patience pour obtenir les graals dessinés !
Munuera, gentillesse et talent!
Sur le stand Delcourt, il y a une floppée de gens qui attendent pour monsieur Buchet, l'auteur de Sillage. Personnellement, ça n'a aucune incidence sur mon programme car j'attends à côté pour José Luis Munuera afin qu'il me dédicace Nävis où il est question de la jeunesse de l'héroïne éponyme. Toutes ces personnes m'intriguent car elles semblent attendre désespérément quelque chose avec une avidité dans les yeux, m'évoquant un Picsou qui va prendre son bain de pièces d'or. J'engage donc la conversation avec un type pour savoir ce qu'il en est, et j'apprends qu'ils attendent le messie Delcourt qui apportera les papiers pour le tirage au sort, afin de désigner les apôtres dignes du miracle de la dédicace. C'est du bon sens : quelques privilégiés chanceux pour éviter une queue saturée. Enfin, ça me semble du bon sens jusqu'à l'arrivée du libérateur et sa corbeille de papiers messianiques. En effet, à ce moment-là j'assiste à un véritable tsunami qui emporte tout sur son passage. Les fauves sont lâchés et pour avoir un bout de bonheur, on se presse, se chevauche ou se piétine. Sympa !
Le type avec qui j'avais engagé la conversation revient bredouille.
- Alors pas de chance ?
- Non, non pas de bol mais demain, je remets ça. Je l'aurai...
- Ah oui, t'es genre fan acharné.
- Ouais, je fais tous les festivals où y a Buchet ! Je suis grave amoureux de Nävis (si vous avez suivi, c'est l'héroïne de la série Sillage), alors quand je peux avoir un dessin d'elle, t'imagines pas...
- Euh, tu sais que c'est du « pour de faux » ? C'est un personnage de fiction hein...
- Hé hé, ouais je sais mais quand même, c'est trop mon genre de fille !
- ...
- Ma copine m'a même quitté à cause de ça. Elle trouvait que j'en faisais trop pour Nävis. R'garde !
Bin là, j'aurai dû prendre la photo pour prouver la véracité de mes dires, mais le type me montre son mollet avec le tatouage de sa belle. Pas sa copine bien sûr, mais Nävis...
- Alors, il est beau non ?
- Heu, oui oui, mais heureusement que t'es pas fan d'Achille Talon hein...
- Ha ha, ouais, allez je te laisse, je vais voir les dédicaces de Buchet !
Bon, hé bien voilà le genre de doux allumés qu'on peut croiser à Angoulême. Cependant, je ne me hasarderai à aucun jugement puisque en « gars qui demande des totoros », j'ai juste à me faire tout petit. On est toujours le beauf de l'autre...
Quoi qu'il en soit, je n'ai pas eu le temps de trouver le temps long et mon tour arrive vite. Comme je sais que Munuera est espagnol, je me renseigne pour savoir s'il parle français ou non car ma rencontre avec Alessandro Barbucci m'a servi de leçon (cf. auteur de Décembre 2003). J'imagine déjà la scène :
- Hola, esta posible totoro con la pequena Nävis ?
- Euh ouais, mais parle français ptit gars parce qu'avec ton accent je comprends pas ce que tu dis...
Pas de ça aujourd'hui ! Munuera parle la langue de Molière et se montre ravi de dessiner Totoro.
- Je te dessine Totoro comme je le veux ou tu préfères qu'il soit comme Miyazaki le fait ?
- C'est vous qui le mettez en scène, vous le faites à votre manière et ça sera forcément super ! J'adore votre graphisme. Je vous ai découvert avec Merlin (scénario de Sfar puis Morvan) et je n'ai jamais vu quelqu'un traduire aussi bien le mouvement en bd. A part Franquin évidemment.
On pourrait penser que je passe la brosse à reluire mais il n'en est rien. Le dessin de Munuera est l'un des plus expressifs et des plus vivants de ces dernières années. Si j'avais pu me douter qu'au moment où je lui parlais de Franquin, cet auteur talentueux savait déjà qu'il reprenait la série Spirou et Fantasio ... Allez ! Cadeau ! Voilà Munuera comme si vous étiez avec lui :



Nävis enfant, avec Totoro avant de devenir un tatouage sur la jambe d'un fan...
Vandermeulen, humour maraîcher...
L'air de rien, voilà déjà deux heures que je suis sur le stand Delcourt. Je dois retrouver la marmotte dans l'autre bulle car il est censé embêter David Vandermeulen. C'est le moment de faire de la pub là, parce qu'il m'apparaît évident que ce type est méconnu proportionnellement à son talent. Alors voici, petit retour dans le temps :
Festival d'Angoulême 2003, Guilhem achète par hasard une bd petit format appelée En montant Godot, d'un certain Vandermeulen paru chez les Requins Marteaux. Il s'agit d'une parodie du classique de Beckett dont les héros sont des légumes, avec en guest Pierre Bellemarre et Alain Delon...Je découvre donc cet O.L.N.I et me fends la gueule comme jamais auparavant avec une bd dans les mains. C'est absurde, rythmé et l'auteur dessine des légumes plus expressifs qu'un clown Pinder sous acide. Impayables...
Au moment de rejoindre mon pote, j'ai encore le souvenir de ma lecture, les larmes aux yeux et le mal au ventre.
- As-tu dis à monsieur Vandermeulen tout le bien que l'on pense de son travail, mon ptit Guilhem ?
- Oui c'est fait, c'est fait, mais ne te gênes pas hein...
Là, je découvre un petit bonhomme, les cheveux en vrac, l'accent belge, le sourire sincère.
Après les salutations d'usage, je lui fais part de mon hilarité à la lecture de son 5ème agrum comix, la relecture de Godot. Il me conseille alors de lire le 3ème qui paraît-il fait « marrer les gens »...
- Ok, je le prends, mais vous pouvez me dessiner un totoro dedans ?
- Ah ! Totoro ! Mes enfants adorent !!!! Je ne regarde jamais la télé pour éviter de m'abrutir, mais je dois dire que ce dessin animé est une merveille !
Ses enfants à lui aussi regardent Mon voisin Totoro? Ceux de Défali, Trondheim, Moréno itou... Hé bien, ils ont bout goût les enfants d'auteurs bd !
- Bon, je ne suis pas un expert en dédicace moi. A quoi ça ressemble déjà cette bête là ?
Là, je lui tends mon inséparable chemise verte où tel un mannequin de défilé, Totoro apparaît sous tous les angles. Et voici :

Mais quelles grosses patates ! C'est TOTORO ! Pas compliqué pourtant...
Bin vive, Toto le taureau alors... On salue notre ami belge et je me dis que tant que je suis dans les stands indépendants, j'irais bien à la Boite à bulles pour acheter L'immeuble d'en face de Vanyda. Après notre rencontre d'hier, mon envie de découvrir cet autre album d'elle est décuplée.
Vanyda, le jour d'après
- Ah non ! Vanyda, elle est encore sur le stand Carabas ! Elle y est presque tout le temps même...
Me voici donc avec mon bel album dans les mains, mais pour le beau dessin, ce n'est pas ici. Guilhem part se promener dans la bulle, pendant que je retourne voir Vanyda chez l'éditeur de L'année du dragon. Quand j'arrive, il y a trois personnes qui patientent, ce qui me laissera le temps de commencer la lecture de ma nouvelle acquisition Commencer ...
Je vais littéralement dévorer la bd oui ! Cette histoire de locataires d'un même immeuble dont les vies se croisent et s'entremêlent est tout simplement un bijou. Heureusement que Vanyda dialogue avec chaque personne et peaufine leur dédicace car cela me laisse le temps de presque finir l'ouvrage. Comme pour son premier album, ce qui me fait entrer dans l'histoire, ce sont ces petits détails qui me parlent car ils font partie de mon univers :
- Claire et Louis ont l'affiche de L'étrange Noël de Monsieur Jack de Tim Burton, et d' « Un air deux familles » au dessus de leur lit.
- Les potes jouent à la Playstation pendant que les filles papotent.
- Un magazine ciné qui traîne par terre avec en couverture Viggo Mortensen puis le petit couple qui visionne La communauté de l'anneau.
- La peluche Kiki (le plus grand ami de tous les kikis !!!) de Claire.
Ca, c'est pour le détail référentiel mais il y a surtout que chaque personnage est plus vrai que nature. Je m'attache particulièrement au petit Rémi, le fils de la jolie locataire du 1er étage.
Un type fait passer son ami devant moi l'air de rien dans la queue. Je lui fais une remarque mais je m'en fous, je continue à lire. Y a juste que, Vanyda qui m'entend faire mon sermont (« c'est pas poli de passer devant les gens sans même demander la permission monsieur ! ») doit me prendre pour un blaireau. Et 20 minutes plus tard, c'est mon tour. On se salue, et elle me demande qui je veux en dessin. J'hésite un peu parce que j'aime bien le couple mais je penche quand même pour le gosse.
- C'est la première fois que je fais Rémi en dédicace tiens !
- Bin alors, j'ai fais le bon choix.
Elle me demande comment se passe pour moi le festival depuis hier, et je lui explique à quel point je trouve ça sympa, même si c'est épuisant. Hé oui, rester debout toute la journée, mon corps de fainéant est pas vraiment fait pour ça... Elle aussi n'arrête pas vraisemblablement, mais multiplie les rencontres chaleureuses. Ainsi, tout comme hier la conversation s'alimente naturellement et c'est très agréable. Pendant qu'on papote, elle n'en continue pas moins son dessin et prend ses feutres.
- Dis moi Vanyda, ton chevalier du zodiaque préféré toi c'est lequel ?
J'ai une théorie toute personnelle pour en savoir plus sur la psychologie des gens selon leur chevalier préféré (oui, oui, cherchez pas). D'où ma question...
- Celui que j'adore c'est Shiryu, le chevalier du dragon !! Et toi, je suis sûr que comme tous les garçons c'est Ikki.
- Raté ! Mon préféré c'est le torturé-blondinet de service, Hyoga, le chevalier du cygne !
Sourires, puis elle me tend la bd ornementée non sans rajouter un chibi totoro à côté du petit garçon. Je la remercie à nouveau et lui souhaite une bonne suite de festival en espérant la croiser de nouveau. C'est chouette Angoulême...

« C'est la première fois que je fais Rémi en dédicace tiens ! »
Filippi et Etienne sont sur un bateau...
La marmotte et moi décidons de finir la journée ensemble. Du coup, il m'accompagne voir près du forum Leclerc si Etienne et Filippi répondent à l'appel. Leur album Gargouilles chez les Humanoïdes Associés est en course pour le prix décoincer la bulle, prix dont je parlais hier avec Fanny Montgermont. C'est tout d'abord Filippi, le scénariste, que je rencontre. Quand on voit son texte de dédicace on pourrait s'imaginer qu'il a écrit ça une fois le dessin de Totoro fait. Mais non.
Quant à Etienne, je constate qu'il a l'air préoccupé et tendu. Après ma demande de mettre en scène Totoro, on ne s'adressera plus la parole car il passera le quasi reste de son temps sur son portable. Pas grave ! Et puis leur album est très plaisant alors...

« Allo, oui, non non. Bin si mais non. Oui, allo ? »
Parme et le roi
Il est plus de 18h00 et ça sent la fin de journée là. On retourne faire un dernier saut dans la bulle sud, juste histoire de dire que l'on aura arpenté les deux chapiteaux jusqu'au bout. Sur le stand Delcourt, une surprise m'attend : Fabrice Parme est seul à sa table à dessin. Je lui demande s'il fait encore des dédicaces ou non et il me répond qu'il est encore là pour deux minutes. Plus vif que Flash qui aurait bouffé Speedy Gonzalez, je me lance dans l'achat du tome 1 du Roi Catastrophe et reviens aussitôt. Il s'agit de sa série pour enfants réalisée avec Lewis Trondheim au scénario, qui narre les aventures du pédant Adalbert dont l'égoïsme n'a d'égal que la démesure de ses caprices. C'est très rigolo et je sais que les enfants de ma bibliothèque sont clients de cette bd. Parme sourit de me voir revenir aussi vite et essoufflé, et me demande :
- Tu veux quoi comme dessin ?
- Pouf... fiouuu... euh... serait possible... fiouuu... euh Totoro ?
- Totoro, c'est quoi ça ?
Je sors ma chemise et lui montre, le temps de retrouver une élocution normale.
- En fait, c'est un personnage de dessin animé de Miyazaki et je demande aux auteurs dont j'apprécie le travail de le mettre en scène.
- Y a pas de problème. En tous cas, je ne le connaissais pas celui-ci. Et tu me le conseilles ? Qu'est-ce qu'il a de si particulier ?
- Arf, il ne faut pas me demander ça à moi, je pourrai vous saouler tant j'ai de choses à en dire.
- Ha ha, vas-y dis moi.
- Bin Totoro, c'est un peu comme du Pagnol ou du Yves Robert dans le Grand chemin. Il n'y a pas vraiment d'histoire, c'est juste la découverte des merveilles de la nature par des enfants qui emménagent à la campagne. Première rencontre avec des tétards, des arbres centenaires et... Totoro ! Lui, c'est le bon esprit de la forêt qui ressemble vaguement à un ours croisé à un raton laveur et qui va devenir l'ami des fillettes. La musique est splendide, les couleurs éclatantes, c'est beau et tendre, ARGH ! J'arrête là mais enfin, faut le voir quoi...
- Ok, je penserai à toi quand je le verrai.
Bon, niveau résumé du film, on peut faire mieux, mais j'espère néanmoins l'avoir assez intéressé pour le pousser à visionner le film. Le reste de la rencontre sera l'occasion de lui poser des questions sur son travail, lui demander pourquoi il ne réalise pas un Donjon Monster (« j'ai déjà trop de boulot mais ça se fera, c'est sûr »), parler de Lewis Trondheim (« je ne sais pas comment il fait pour être aussi productif. C'est inhumain... »), bref d'avoir une conversation typique sur un festival bd.
Et pis il me tend mon dessin et je le salue en le remerciant car à défaut de 2 minutes c'est 20 minutes qu'il est resté...

Peut-être le nouveau copain d'Adalbert le roi tortionnaire ? Pauvre Totoro...
Au moment de partir, j'aperçois Marine, une stagiaire Delcourt avec qui j'avais sympathisé sur le salon à Paris Bercy, et qui est membre de Cœur de canard, la mailing-list de la bd Donjon. Je suis content de la revoir car elle est super sympa. Elle me le prouve d'ailleurs une fois encore en me faisant cadeau de sous bocks et de PLVs Donjon. Chouette des ti cadeaux tout jolis !!
Puis, il est presque 19h00, et on a maintenant soif de bières réparatrices pour organismes fatigués. Direction « Le bureau » pour parler philosophie, droit international et bioéthique. Arf, bien sûr que non, en bon lobotomisés du festival on y parlera quasiment que bd la marmotte et moi. Qui a le plus de culture du 9ème art? « Quoi tu ne connais pas tel auteur? Pourtant c'est super connu !».
Mais qu'on est bête entre copains passionnés des fois...
Une pizza, beaucoup de bières, beaucoup de blasblas et nous repartons chez mamie Girod qui nous accueille avec une tarte au citron et une tisane. Faudrait l'inventer cette mamie si elle n'existait pas. Puis, dodo.
Samedi 24 janvier 2004
BIP – BIP – BIP – BIP – BIP – BIP – BIP...
Ah, la vache!!! C'est à coup sûr ce réveil-ci qui est le plus difficile. Le festival, ses auteurs, ses expos et les dédicaces, à 7h30 du matin, je dois avouer que je m'en tamponne un peu. Tout ce que je désire à ce moment-là, c'est retrouver mon pote Morphée pour lui parler de la pluie et du beau temps. Et puis surtout ces jambes lourdes là ! Qui donc me les a greffées ?! Argh, et Guilhem qui est toujours aussi vaillant...
- Gnein ? Mui mui, va t'doucher l'premier marmotte...
Fioooouuuuu. Pas facile la vie de festivalier. En outre, aujourd'hui est le jour le plus pénible d'Angoulême. En effet, c'est là qu'il y a le plus de monde et il est impossible de circuler dans les bulles. Qu'à cela ne tienne, on en profitera pour aller dans les autres chapiteaux où l'on ne s'est pas encore rendu. Et puis demain, ce sera les expositions. Ouais, chouette programme... Vraiment chouette... Mais pour l'heure, JE VEUX DORMIR !!!
Makyo, tout simplement un grand
Je parlais hier de la bd qui m'a fait le plus rire (cf. Vandermeulen) mais aujourd'hui, dans la voiture qui m'emmène au festival, c'est à la première qui m'a faite pleurer que je suis en train de penser. J'avais 17 ans et faisais un stage à la bibliothèque du Jardin public de Bordeaux. Leur fonds bd assez ancien me permettait de découvrir nombre de classiques et c'est dans ce contexte que j'ai découvert Grimion gant de cuir de Pierre Makyo. Une chronique campagnarde narrant les aventures d'un jeune garçon nommé Grimion et de son amour de jeunesse Tiennette. Une pincée de fantastique, beaucoup de mélancolie et des couleurs automnales... J'avais été littéralement captivé et ému. Et si je pense à ça aujourd'hui, c'est que pour la seconde année consécutive, Guilhem et moi avons décidé d'aller embêter Makyo ensemble.
Lorsque nous arrivons sur la bulle sud, nous sommes surpris de voir que les vigiles refusent l'entrée aux professionnels. Ils rentreront en même temps que tout le monde ! Personnellement, ça me fait plaisir car cela permettra peut-être d'éviter à « la congrégation des blaireaux » de squatter les files d'attente avec leurs sacs (cf. Angoulême jeudi).
- Dis marmotte, fais moi penser à appeler David et Aurélie pour qu'on se fixe un rencard !
Les deux larrons sus nommés sont des amis parisiens, grands amateurs du 9ème art devant l'éternel et accessoirement de passage à Angoulême. Je les ai connu par le biais de la mailing-list Donjon et je trouverais sympa que l'on passe un bout de festival ensemble.
- Doucement, doucement...
Pauvres vigiles, quand les bulles sont ouvertes, c'est chaque fois la même chose : une marée humaine qui traîne nous entraîne... Je commence vraiment à connaître le refrain par cœur.
Et nous voici dans la queue sur le stand Glénat, portés par un enthousiasme béat. Je compte me faire dédicacer l'intégrale du second cycle de La balade au bout du monde, et si Makyo n'en est que le scénariste, je ne doute pas une minute qu'il y fera quand même un joli dessin.
- Bonjour à vous deux ! Mais je vous connais non ?!
- Oui, oui. Il y a juste un an, on était venu deux fois vous embêter et parler un long moment avec vous.
Il se souvient de nos têtes et ça c'est toujours agréable comme impression. Le sentiment qu'il y a bien eu une rencontre humaine et non pas une simple entrevue-dédicace... Enfin quoi qu'il en soit, je me sens bien décider à l'engueuler car le volume 13 de La balade au bout du monde est un vrai ratage niveau couleur et surtout, j'attends encore le tome 2 de Graine de paradis ! Nondidju !
- Alors, la couleur c'est un vrai mystère... C'est le même coloriste que pour les autres volumes de la série, et on ne parvient toujours pas à comprendre pourquoi le dessin de Laval, qui est une merveille en noir et blanc, est si dénaturé lors de la mise en couleurs ! Quant à Graine de Paradis qui sera mon dernier album dessiné...
- Dernier ? Vous allez arrêter le dessin ?
- Oui, après je me consacrerai aux scénarios. L'écriture est un plaisir tandis que le dessin a toujours été une souffrance. Ainsi, le tome 2, qui sera mon dernier album en tant que dessinateur, sortira dans l'année, en même temps qu'un roman et qu'une ressortie du premier. Mais rien n'est encore sûr.
Beaucoup de nouvelles à assimiler d'un seul coup là... Déception aussi de savoir qu'il arrête le dessin... Mais on parle, on parle et je ne lui ai toujours pas demandé de totoro. Connaît-il ?
- Tiens, je ne connais pas non. Qu'est-ce que c'est ?
Un dessin animé qu'il faut absolument voir. La marmotte acquiesce. Il sourit.
- Ok, je vais te faire ça. Je le dessine comme je veux ?
- Oui oui, c'est le but.
Si on m'avait dis que Pierre Makyo, qui est à mes yeux un monument de la bande dessinée, me dessinerait un jour un totoro, j'aurais cru à une bonne blague. Et pourtant...
Guilhem et moi lui posons des tas de questions sur son travail, ses projets, et même sur la santé de Laurent Vicomte, qui n'a pas sorti d'album depuis les années 90 avec Sasmira. Bref, on ne voit pas le temps passer et tout comme l'année précédente, au moment de partir, on s'aperçoit que la queue est pleine de gens qui attendent, et qui tueraient bien ces petits cons qui sont si longs pour une dédicace...
- Alors à l'année prochaine messieurs !
La marmotte et moi, on se promet que oui, dans un an, on reviendra le voir.

Arthis qui s'est fait un compagnon lors de sa balade au bout du monde.
Frezzato, toro ?
Il semblerait que je ne sois pas tout à fait en accord avec moi-même. En effet, tandis que le matin j'étais décidé à ne pas squatter les bulles sud et nord pour mieux profiter du reste du festival, maintenant que j'y suis, j'ai encore envie de voir des auteurs. C'est vrai que c'est plein de monde, qu'on peut à peine circuler mais allez, encore deux pour la route et après on s'en va. Guilhem est d'accord et il part direction les éditions Petit à petit pour se faire dédicacer Inspecteur Kate de Efix. J'ai donc champs libre pour rencontrer l'auteur des Gardiens du Maser aux éditions USA, j'ai nommé il signor Frezzato !
Je dois avouer avoir toujours apprécié cette bande dessinée sans en saisir cependant toutes les subtilités. Un scénario foisonnant et parfois obscur qui m'aurait laissé trop souvent en bord de route... Quant au dessin, il m'a toujours donné l'impression suivante :
Un sublime long métrage d'animation, à la beauté graphique digne d'un Nausicäa ou d'un Laputa, sur lequel on aurait fait des arrêts sur images, obtenant ainsi le découpage en cases pour en faire une bande dessinée. Un simple copié-collé d'un dessin animé magnifique auquel on ajoute les phylactères... Mais non ! Il y a vraiment un type qui est capable de faire ces dessins et il est en face de moi. Et quand je prononce le nom de « Miyazaki », ses yeux s'illuminent.
- Je connais bien sûr Totoro et j'apprécie beaucoup Nausicäa de la Vallée du Vent me dit-il avec un chaleureux accent italien. Miyazaki est un grand artiste.
Hé bien voilà qui ne me surprend qu'à moitié. Je ne peux qu'inviter les gens à lire un album des gardiens, pour se rendre compte qu'il y est beaucoup question de nuages, d'engins volants et de courses poursuites délirantes sur fonds de cité légendaire. Bref, un courant d'influence qui peut être aisément perçu.
En tous les cas, monsieur Frezzato exécute directement le dessin au feutre noir, sans crayonner au préalable. Au passage, je remarque une chose insolite, c'est qu'il dessine debout. C'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup ! Ca veut dire qu'il était libre, heureux d'être là malgré tout !...
Et le résultat me plaît pour une raison simple, c'est que la mise en scène est faite avec un cadrage très original. En effet, 90% du temps, les auteurs me dessinent Totoro de face et là...
Voici :

C'est quoi cette grosse bête ?
Au moment de partir, monsieur Frezzato me remercie. Exactement comme hier avec Munuera ! Ainsi, je finis par me demander s'il ne s'agit pas là d'une espèce de tradition méditerranéenne...
Di felice, parla italiano ?
Juste à côté, il y a une jeune femme qui signe son premier album : Siléa, toujours aux éditions USA. Bien que je n'aie jamais lu cette bd, les dessins me séduisent et je décide donc de me l'offrir. Mon portefeuille a beau être en désaccord, jusqu'à preuve du contraire c'est moi qui travaille pour le nourrir et non l'inverse, alors hein...
Après les salutations d'usage, je demande à la jeune femme si elle connaît Totoro et elle me répond un truc qui doit ressembler un peu à ça :
- Mi dispiacce ma non so parlare francese. Non capisco quello che me chiedi (je regrette mais je ne sais pas parler français. Je ne comprends pas ce que tu me demandes).
C'est rigolo, parce que depuis ma rencontre avec Alessandro Barbucci, j'essaie de ne plus faire de gaffe lorsque je rencontre un auteur étranger et de toujours me renseigner savoir s'il parle français ou non. Et là, alors que je tchatche confiant sans me poser de question, je ne me dis pas deux secondes que « Cinzia Di Felice » ça sonne quand même pas mal italien...
Bref, en baragouinant j'arrive à lui demander si elle peut me dessiner un totoro et elle me répond que c'est à Miyazaki qu'il faut que je demande, pas à elle. Elle, c'est la dessinatrice de Siléa, pas de Mon voisin Totoro ! Bon, ok, c'est pas gagné.
Je parviens non sans mal à bredouiller que je ne voulais pas l'ennuyer, mais « c'est juste que je demande ça aux auteurs que je rencontre, voilà tout ». Gentiment, elle accepte finalement de jouer le jeu et me fait la confidence qu'elle-même est une grande fan du studio Ghibli. On ne se raconte pas non plus nos vies, hein. Bin oui, il ne faut pas oublier que mon niveau en italien est aussi bon qu'un cycliste qui tournerait au jus d'orange. Pas exceptionnel quoi.
Une fois le dessin terminé, elle me demande si je rêve de rencontrer Miyazaki. Ma réponse est oui et j'ajoute même que cela me rage car je l'avais raté de peu au forum des images à Paris. Evidemment, j'aimerais énormément rencontrer cet homme. Je me demande juste si j'arriverais à lui dire quoi que ce soit... Par contre, je lui explique que j'ai déjà vu deux fois monsieur Takahata et là elle sourit et m'avoue apprécier grandement le travail de cet homme.
Puis, je la salue et je vous le donne en mille : elle me remercie!! Toujours cette « tradition »?...

Pauvres Mei et Satsuki, on leur a volé leur place sur la branche d'arbre...
Hé bien voilà pour la matinée. Désormais, nous n'avons plus qu'à aller manger avant d'entamer la visite du reste du festival. Par ailleurs, la marmotte et moi décidons qu'aujourd'hui c'est Byzance et finissons dans un restaurant chic, où notre complet jean-tee-shirt jurera avec la tenue vestimentaire des autres clients.
Puis, sur les coups de 14h00, c'est parti pour la visite des autres bulles d'Angoulême. J'éviterai de m'épancher dans la description de ce périple dans la mesure où il ne nous arrive pas grand-chose, exceptée la rencontre avec Régis Loisel.
Arrivés dans l'espace fanzine et boutique, nous passons devant le stand Granit et là, quelle stupeur de voir Loisel en train de faire des signatures. Il a l'air sombre et exécute les signatures de l'affiche du festival à la cadence d'un robot. Je me tâte : est-ce le moment idéal pour l'embêter à lui demander un dessin ? Sans être Freud, il est aisé de deviner sa réaction si un petit con l'embête pour lui demander un crobar. Alors un totoro qui plus est...
Je me hasarde à engager la conversation avec une fille du stand.
- Euh, vous pensez que monsieur Loisel accepterait de me faire un petit gribouillis sur mon album ?
- Je vous en prie, ayez pitié de lui, ce n'est pas une machine à dédicace. Déjà, là ce n'est pas facile avec toutes ces affiches qu'il doit signer...
- Oui, oui je comprends, je tentais juste ma chance. J'imagine qu'il doit être sans arrêt sollicité et que ça ne doit pas être facile.
- Hum... Bon, donne le moi ton album, je vais au moins essayer d'obtenir une signature.
C'est là que se pose un petit problème : l'album de Peter Pan avec lequel je me balade est déjà signé. En effet, il s'agit de l'un des rares tirages de tête que je possède, et comme tout spécimen, il est déjà signé par l'auteur. Damned ! La fille s'en aperçoit et s'esclaffe.
- C'est gentil mademoiselle mais tant pis alors.
Je me décide cependant avant de partir, à acheter le catalogue de l'exposition puis reprends la route avec la marmotte. Mais au moment de nous enfoncer dans la foule, j'aperçois Blaise Loisel sur le stand. Il y a tout juste un an, il s'était montré d'une gentillesse et d'une générosité rare. En effet, sans savoir qu'il s'agissait du fils de, nous avions eu une grande conversation sur Peter Pan, et après m'être porté acquéreur du fameux tirage de tête, il m'avait offert des tonnes de somptueux ex-libris. Pas seulement commerçant, j'avais senti à travers cet épisode, un type vraiment bien. Du coup, j'éprouve encore plus l'envie de le féliciter pour l'exposition sur l'oeuvre de son père.
- Bonjour, ben je voulais juste vous remercier.
- Me remercier ? Pour quelle raison ?
- Pour l'exposition. C'était fabuleux ! Quand on est comme moi amoureux du travail de votre père c'est un vrai bonheur de pouvoir découvrir tous ces travaux méconnus. Pénétrer dans son intimité d'artiste. Merci beaucoup.
Là, je vois que Blaise Loisel n'est pas le seul à m'écouter. Son papa a la tête tournée dans ma direction et s'est arrêté de signer.
- Vous êtes la première personne à me remercier pour l'expo.
- Ah... Bin, en tous cas c'est sincère.
Sourires échangés et je m'en vais le cœur léger.
Aujourd'hui, je me dis que je ne verrai jamais Régis Loisel en dédicace, mais ça n'a plus aucune importance. Ce samedi-là à Angoulême, je pense avoir réussi à le remercier de ce que son travail m'apporte depuis si longtemps. Maladroitement certes, indirectement certes, mais...
Labourot, mais où est Charlie ?

Mister Labourot au sourire ravageur ou... ravagé, je ne sais pas bien...
Nous voici arrivés en fin d'après-midi, de retour dans la bulle sud après avoir fureté un peu partout dans Angoulême. Je me dirige vers le stand Delcourt pour rencontrer Thomas Labourot afin qu'il me signe le tome 4 de Troll. Outre le fait que je sois lecteur de la série depuis le premier tome, du temps où elle était dessinée par Boiscommun et coscénarisée par Sfar, c'est parce que son nouveau dessinateur multiplie les références à Ghibli que je souhaite le connaître. En effet, durant tout l'album, le lecteur observateur pourra s'amuser à relever les nombreux clins d'œil faits à Miyazaki disséminés dans les cases.
La marmotte me laisse dans la queue, et en cette fin de festival plus que jamais, je dois bien dire que l'attente est pénible physiquement. Debout, je passe d'une jambe à l'autre, usant de tous les subterfuges pour m'occuper l'esprit, engageant la conversation avec mes voisins qui visiblement ont hâte eux aussi que ce soit leur tour. Bref, je fais mon petit Koh Lanta festivalier, en attendant 30 minutes par dédicace (mais ceci n'est pas une critique hein, je trouve au contraire que c'est plus humain comme rencontre).
Heureusement, tandis qu'il ne reste plus que deux personnes devant moi, j'engage la conversation avec l'auteur et lui fait part de ma demande imminente de dédicace un peu spéciale, et il me rétorque ceci :
- Oulalala, mais c'est que moi je te fais un totoro seulement si tu retrouves ceux qui sont dans les pages de l'album.
- ...
Ne sachant pas si c'est du lard ou du cochon, je m'exécute patiemment dans cette épreuve, nouvelle formule du « Où est Charlie ». Suis-je bien sûr d'avoir repéré toutes les références cachées ?

Page 32, 2ème case : les trois totoros sur la gauche, le Sans-visage à droite

Page 37, 8ème case : un totoro de dos ?

Page 39, dernière case : Totoro et le Sans-visage
(au passage, on remarque aussi l'ogre Tartine de Merlin,
Hébus le troll de Lanfeust de Troy, et le Rige de Loisel)

Page 47 : Oh !! Des Kodamas dans les arbres !
Ayé ! J'ai bien travaillé moi ! Il ne me reste maintenant plus qu'à attendre patiemment mon tour. Le temps de découvrir dans la file d'à côté, un olibrius tel que je les aime :
Un homme muni de son petit portfolio, explique à l'auteur qui est en face de lui qu'il demande toujours une dédicace du personnage de la bd, sur un monocycle. Evidemment, ça me fait mourir de rire et me conforte dans l'idée que je ne suis pas le seul débile léger qui traîne dans le festival...
- Voilà, j'ai tout trouvé m'sieur !
Ainsi, l'une après l'autre j'indique à Thomas Labourot les références que j'ai relevées. Pourtant, il en manque une. Hein ? Quoi ? Comment ? Est-ce possible ?
- Si, si, il t'en manque une. Allez, c'est pas grave, je te le fais avec plaisir ton dessin. En plus, vous n'êtes plus que deux alors je vais prendre mon temps pour faire un joli truc.
- Ok, c'est gentil, pendant ce temps moi je vais chercher celui qui me manque.
Et là, je taxe l'album du gars juste derrière moi pour trouver la dernière bestiole égarée. Et cherche et cherche et cherche... Et trouve pas et trouve pas et trouve pas...
Tout cela ne nous empêchant nullement de parler, nous en venons à évoquer l'accueil de ce premier album par la critique et le public.
- J'ai reçu beaucoup de critiques du fait que mon style graphique tranchait vraiment avec celui de Boiscommun. En même temps, ça tombe bien parce que justement, je ne suis pas Olivier Boiscommun... Et sinon, avec Jean-David, on est plutôt content. Ca s'est assez bien vendu.
- En tous les cas, pour un premier album c'est balaise.
- Je ne sais pas si c'est « balaise » mais ce qui est sûr, c'est que je me suis vraiment investi dedans. Bon, et tu le trouves ce dernier totoro ?
Arf, j'ai beau fouiller les pages, je suis comme sœur Anne, je ne vois rien venir. Point de joueur d'ocarina en vue...
- A ce propos, ce n'est même pas la peine de te demander si tu es un fan de Miyazaki.
- Hé hé, non c'est sûr. J'adore ce que fait cet homme, et ça me détend lorsque je travaille de gribouiller dans un coin de case un de ses personnages.
Nous évoquons alors le hors série Bodoï, qui consacrait une double page aux clins d'œil à Totoro dans la bd occidentale. Le troisième dessin ci haut de sir Labourot y était référencé.
- Ouais, j'ai vu ça, mais j'ai aussi vu qu'ils ont fait une coquille en mettant Boiscommun en auteur.
L'air de rien, le dessin avance, avance et c'est une petite merveille qui prend forme. Quant à moi, je finis par donner ma langue au chatbus. Impossible de trouver le dernier totoro. Du coup, Thomas me prend en pitié et me le montre :

Page 37, 6ème case : le voici !!!
Mais quel gros nul je suis : comment passer à côté en ayant regardé cette page une bonne dizaine de fois ?
- Tiens ton dessin, j'ai fini !
Le sourire aux lèvres je le regarde et m'aperçoit que je suis sa 441ème dédicace depuis la sortie de l'album. En quelques mois, c'est énorme...
Je remercie mille fois le gentil monsieur et lui souhaite une bonne fin de festival.
Toutes les images sont © Delcourt / Morvan, Labourot, Lerolle et les personnages de Totoro, du Sans-visage et des Kodamas sont © Ghibli mais ça tout le monde le sait, alors ça sert à quoi que je perde mon temps à l'écrire ? Ne ferais-je pas mieux de laisser mon pc respirer pour m'enivrer du chant d'amour des abeilles butineuses et aguicheuses. Quelles coquines ces abeilles ! Et à ce propos, vous ai-je déjà raconté comment je fis la connaissance de l'un de leur reine ? C'était par un bel après-midi de printemps où je ne savais plus qui, je ne savais plus quoi, j'étais perdu, j'étais perdoi...

Entré directement dans le top 3 de mes dédicaces préférées !
C'est la 2ème fois qu'on me dessine les trois Totoros en même temps.
Marco, les pirates, et moi
Guilhem vient à ma rencontre car David et Aurélie, mes copains de la ml Donjon ont laissé un message sur son répondeur. Je les rappelle donc et nous décidons de nous retrouver dans la bulle nord, vers le stand de l'Association. En effet, puisque ce soir c'est la nocturne, nous pouvons traîner nos guêtres plus longtemps pour continuer à importuner les auteurs.
Avant, j'ai quand même le temps de rencontrer Jean-Louis Marco. En effet, disposant d'un mauvais timing depuis le début du festival, je me suis toujours débrouillé pour le rater. Ainsi, direction le stand du Cycliste/Petit à petit pour enfin rencontrer l'auteur de l'hilarant Rosco le rouge. J'avais offert l'album dédicacé à la marmotte lors du salon du livre de Paris 2003, et c'est donc la seconde fois que je rencontre ce très sympathique garçon. Rapidement, il me demande d'ailleurs si c'est notre première rencontre, car ma tête lui dit quelque chose. Je lui explique que j'ai tellement rigolé en lisant sa bd achetée pour mon pote que je veux maintenant l'avoir pour moi. L'occasion de lui demander un totoro du coup, et ça tombe très bien car il connaît et semble apprécier ce dessin animé.
Tandis qu'il entame le dessin, Nicolas Poupon qui passe derrière, nous salue en souriant et s'en va dessiner des poissons à des gens qui patientent.
- Alors, le tome 2 est prévu pour bientôt ? demande Guilhem à Marco.
- J'y travaille, j'y travaille. On va justement pas tarder à sortir une version noir et blanc dans les mois qui viennent. Pour la couleur il faudra un peu plus patienter.
- Et vous, vous faites quoi dans la vie ?
- Je travaille au C.D.D.P. de Pau répond la marmotte.
- Je suis bibliothécaire jeunesse et depuis peu rédacteur dans la Revue des Livres pour Enfants, rubrique bd répond le blaireau.
Et c'est ainsi le début d'une discussion sur un peu de tout et beaucoup de rien.
Jean-Louis, il s'appelle Jean-Louis, on est fous de lui, c'est un garçon pas comme les autres, on aime ce qu'il fait c'est pas notre faute... et on s'est raconté nos vies, on a ri, on a pleuré, mais Jean-Louis, il s'appelle Jean-Louis, on est fous de lui...
Euh pardon, toujours cette (star)manie de glisser des paroles de chansons ringardes dans ce que j'écris. Je disais donc que nous entamons une petite discussion sympa, où nous en venons entre autres à dévoiler nos derniers coups de cœur bd. C'est peut-être en entendant les miens (Mon cousin dans la mort, Elle, Le combat ordinaire, L'année du dragon...) qu'il décidera de rajouter sur le dessin terminé : « Merci pour ton bon goût ». Enfin peut-être hein. Ou alors c'est pour ma façon de m'habiller ? Ma façon de rire de profil en me roulant une cigarette ? Ma manière classe de péter discrètement en laissant planer le doute sur le responsable ? En fait, je ne sais pas...

On se demande qui du pingouin ou de son comparse a la regard le plus inexpressif
Sfar...
Nous voici à proximité du stand de l'Association et :
Ouais youpi, on est content de se voir, « salut, ça va, tu vas bien ? Aurélie et David, voici Guilhem. Hein ? Qui ça ? Salut, enchanté Gaïs, moi c'est Loïc ». ? Voilà en gros à quoi doit ressembler mes retrouvailles cœur de canardiennes ainsi que les présentations mutuelles de nos comparses.
Aurélie vient de refuser que David B. lui fasse un dessin car elle n'a pas encore lu l'album qu'elle avait dans les mains. Elle considère qu'il vaut mieux qu'elle connaisse la bd qu'elle va faire signer par l'auteur, c'est une question de principe (oui oui, cette fille est l'anti-arpenteur de festival porteur de valise que je décris depuis le début de ce compte-rendu d'Angoulême). En vrac, derrière le stand s'agitent Lewis Trondheim, Joann Sfar, J-C Menu, David B. et d'autres que je ne connais pas physiquement.
Mon but à moi, c'est muni du dernier Donjon paru, obtenir un totoro de Sfar. Ca peut paraître simple à priori compte tenu de mes hauts-faits passés, mais me voilà rempli d'angoisse.
- Aurélie, je crois que je ne vais jamais oser. Il va encore me ridiculiser comme un vieux sac à patate qui pue la patate.
Je dis « encore », car au festival Delcourt de septembre 2003, je m'étais réellement senti humilié par le papa du Chat du rabbin. Loin de moi l'envie de reparler de cette histoire, mais pour situer : une bête question posée innocemment à Christophe Blain avait amené Sfar à me railler avec férocité, en y prenant visiblement un certain plaisir d'amuseur de galerie. Il avait ensuite fait quelques gribouillis infâmes en guise de dédicace sur mon bel album décoré par Trondheim et Blutch. Alors forcément, en attendant dans la file là, je n'en mène pas large et imagine déjà la situation.
- Bonjour, voilà, j'ai une demande un peu spéciale à vous faire. Pourriez vous me dessiner un ti Totoro avec Herbert ?...
- Mais bien sûr, et je peux te faire un Goldorak qui fout une Astérohache dans le cul d'un mousquetaire aussi si tu veux. Ca te dit ça ?
Bon, peut-être que j'en rajoute un tout petit peu, mais en patientant dans la file, je ne suis pas sûr que la fiction ne dépasse pas la réalité.
- Allez, donne le moi ton Donjon, me dit Aurélie. Je m'en fiche moi de lui demander ça. Je peux te rendre service.
D'un côté je me dis que c'est à moi de dépasser mes appréhensions et de lui faire ma demande, et de l'autre, il y a cette fille en vert avec ses lunettes violettes qui m'apparaît soudain comme un ange tombé du ciel. Et si je la laissais aller au charbon ? En même temps, je me dis que c'est vraiment pas courageux de ma part.
- D'accord Aurélie, si ça ne t'ennuie pas, je veux bien que tu y ailles pour moi.
Moi et le courage...
- Non, non, non !!! Je ne dédicace que les albums de Bréal et de l'Association ! Les autres vous pouvez partir, ça ne sert à rien !
Ok, bin nous voilà prévenus. Mon Donjon étant évidemment édité chez Delcourt, voici une belle occasion manquée. Et tandis que je me dégage de la file d'attente, je tombe sur « L'atroce Abécédaire » paru aux éditions Bréal. Lors du salon jeunesse de Montreuil, j'avais découvert cet album qui m'avait bien fait rire. Joann Sfar ou comment apprendre l'alphabet à ses mouflets avec des associations d'idées incongrues. Certes, j'ai pas de gosse mais j'ai très envie d'un totoro du monsieur, alors...
Et me revoici dans la queue, psalmodiant une litanie dans ma petite tête :
- Bonjour, est-ce que vous pourriez me faire un totoro, bonjour est-ce que vous pourriez me faire un totoro, bonjour est-ce que vous...
Je sens que le courage ne me fera pas défaut. Après tout, pourquoi aurais-je peur d'un dessinateur de bande dessinée ? Pfff, j'ai aucune raison d'angoisser. Il veut, tant mieux, sinon... Et c'est mon tour :
- Bonjour, est-ce que...
- Comment tu t'appelles ?
- Euh.. Loïc
- Ouais et je te disais donc que blablablablabla...
Sans que j'ai eu le temps de finir ma phrase, plus prompt qu'un vif d'or, Sfar s'est lancé dans un dessin à partir de mon prénom. De plus, comme il ne cesse de parler à Menu, je ne peux pas les interrompre et suis donc condamné à regarder le crobar prendre forme. Trente secondes plus tard, il me tend mon album et me dit au revoir.
Dépité le Loïc... Je vous laisse quand même admirer le chef-d'œuvre que lui inspire mon nom.

Ouuuuuuuuuais, un Loïc les couilles à l'air ! Youpi !!
Fiasco sur toute la ligne ! Le totoro Sfarien n'est encore pas pour aujourd'hui...
Comme la faim se fait sentir et qu'on a en outre tous envie de boire un coup, nous décidons d'aller terminer la soirée au restau. Là-bas, David me montrera ses dizaines de dédicaces qui ornent son Comix 2000 tandis qu'Aurélie parlera chaussure et que Gaïs, atteint d'une surdité étrange, nous fera répéter la moitié de ce que l'on dira ce soir-là. Quant à Guilhem en bout de table, il parlera surtout avec ses deux copains de la librairie Bachi-Bouzouk nous ayant rejoints en milieu de soirée.
Après avoir ripaillé, nous nous livrerons même à une séance « dessine moi un totoro » avec les crayons de couleur de David et des stylos. Des chefs-d'œuvre d'avant-garde, c'est certain. Hips !

Les deux seuls spécimens ayant survécus à mon bordélisme sont signés Aurélie
et c'est presque plus joli qu'un dessin de Sfar...
Dimanche 25 janvier 2004
Bessadi
Aujourd'hui est un au revoir à la folie Angoumoise ; dernier jour d'un périple sympathique mais éprouvant. Comme rien ne nous attend, nous nous levons vers 10h00 et avalons le dernier petit déjeuner préparé par mamie Girod.
La marmotte et moi promettons de revenir loger chez elle l'an prochain. Au moment de partir, elle nous offre une bouteille de Pernod et ses dernières recommandations sur les dangers de la route. Quand je dis qu'elle est super cette mamie...
Bessadi, pas broar
Ce qui est prévu pour cette ultime journée est un tour des expositions disséminées dans la ville. En effet, mis à part celle de Loisel nous n'avons encore guère pris le temps de nous attarder sur elles. Un tort à réparer.
Cependant, avant cela je tiens juste à rencontrer un dernier auteur : Bruno Bessadi, le dessinateur de Zorn et Dirna. Pourquoi lui ? Il y a plusieurs raisons à cela.
D'abord parce que dans la production Héroïc Fantasy de Soleil qui tourne en rond, cette bd est un peu différente et a attiré mon attention. C'est l'histoire d'un pays où la mort a disparu et où deux enfants messies peuvent rétablir l'équilibre de ce monde en décrépitude. Les dessins sont mignons et réussissent le tour de force de presque faire oublier le gore omniprésent dans l'album. Bref, un début de série intéressant.
Ensuite, je tiens à le rencontrer car au début de la bd, Bessadi remercie Hayao Miyazaki. De plus, page 17 à la 3ème et 4ème cases, se cachent des kodamas dans les branches d'arbres.

© Soleil / Morvan, Trannoy, Bessadi, Color Twins et un peu Ghibli quand même aussi
Ainsi, forts d'une passion commune, je me dis qu'on aura sûrement des choses à se raconter mais après avoir effectué ma demande, la réponse n'est pas forcément celle que j'attendais :
- Pfffffiiiiiou, tu me demandes de dessiner un truc compliqué sur un album promotionnel. Tu sais que je ne touche pas un rond sur une bd comme ça ?
- ???
Me voilà un peu décontenancé. Pour vous expliquer le truc, c'est que le Zorn et Dirna que j'ai entre les mains fait partie d'un pack de « 2 bds pour le prix d'une ». Comment pouvais-je savoir que Bessadi ne touchait pas d'argent sur ce genre d'offre promotionnelle ? Et quand bien même ? Je n'ai tellement pas l'esprit Mouradiste que ce genre de considération matérielle ne m'était même pas venu à l'esprit. J'aime bien une bd, je viens pour me la faire dédicacer en demandant un dessin tiré d'un univers que l'auteur semble apprécier, point. Je pensais même que ça le rendrait enthousiaste et que nous pourrions avoir un échange sur ce sujet. C'est mon côté Grogro benêt ça...
- Bon, c'est pas grave mais je te préviens, je le fais à ma façon ton Totoro.
- Euh, oui. C'est précisément ma demande.
Bien qu'on ne puisse pas dire que l'on parte du bon pied, nous en venons à trouver des trucs à nous dire. Il m'explique que la plaquette de présentation des 4 tomes de Zorn et Dirna distribuée par l'éditeur sur le festival est un peu une fumisterie. En effet, dans la mesure où l'histoire des derniers volumes est seulement écrite dans les grandes lignes par Morvan, il est un peu douteux de donner des infos précises sur quelque chose qui n'est pas encore achevé.
Il me donne également l'adresse Internet du Zarmatelier, son studio de bande dessinée.
- Tu verras, si tu cherches bien, tu y trouveras même un dessin de Totoro...
Alors qu'il termine le dessin, il décide de rajouter des noiraudes autour de Zorn en faisant de gros points noirs et des yeux au blanco. Je suis content, je me dis qu'il a envie de fignoler la dédicace. Et puis je m'aperçois que non.
En effet, il ne fera les détails que sur l'une des petites poussières et s'abstiendra pour les autres. Tchao messire Bessadi, je préfère penser que vous étiez dans un mauvais jour ce dimanche-là. De toute façon, avec le coup de Sfar la veille, je suis blindé...

13 noiraudes. Ca porte malheur ?
Et voilà, le festival est fini !
Enfin pas vraiment puisque nous passerons toute la journée à sillonner les expos. Mais en ce qui concerne mon Angoulême Miyazakien, c'est bel et bien la fin.
Epilogue
Je tenais à remercier tous les acteurs de ce festival qui se reconnaîtront (ou pas) dans le présent compte-rendu. Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existées est loin d'être fortuite. Elle est tellement pas fortuite que je vous engage même à me faire des procès pour diffamation si ça vous dit. Voyez cela avec mon avocat le chapelier fou.
- A ceux qui ont tout lu jusqu'au bout : z'avez du temps à perdre !
- A Buta, vous hébergez un drôle de loulou.
- A ma maman, merci de m'avoir emmené à Angoulême il y a 10 ans.
- A la bière : merci d'exister.
- A TOUS les auteurs, merci de nous faire rêver






















