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Princesse Mononoke

Mononoke-hime (Princesse Mononoke) est un récit épique et bouleversant se déroulant au Japon de l'époque de Muromachi (XVᵉ siècle). Il nous conte l'histoire du jeune prince Ashitaka qui, frappé d'une malédiction mortelle, doit quitter son village dans l'espoir de trouver une réponse à son mal. Dans sa quête, Ashitaka sera témoin de la guerre cruelle que se livrent les humains et les dieux de la forêt. Ce conflit entre civilisation et nature est symbolisé par la lutte sans merci opposant San, jeune fille élevée par les loups, à Dame Eboshi, chef du clan des forgerons et responsable de la destruction de la forêt. Ashitaka s'efforcera de concilier les intérêts de chacun. En vain... La guerre sera menée à son terme et le monde s'en trouvera à jamais changé.

Princesse Mononoke aura été l'événement cinématographique de la décennie au Japon et le premier film de Hayao Miyazaki à être distribué à l'échelle mondiale. Ce n'est que justice : ce long métrage est un prodigieux chef-d'œuvre, d'une richesse inépuisable et d'une gravité sans précédent.

Film conseillé à partir de 10 ans (voir guide des parents)


Sources : Animeland hors-série n° 3 - Hayao Miyazaki, Master of Japanese Animation d'Helen McCarthy - Princesse Mononoke - Le livre du film (version française de l'Art of japonais) - Princesse Mononoke - Making-of d'un chef-d'œuvre (version courte du Making-of du film) - Page consacrée à Princesse Mononoke sur Ghibli Online


Princesse Mononoke : Résumé détaillé

Alors que le Japon entre peu à peu dans l'ère moderne, une communauté traditionnelle Emishi vit cachée dans les reliefs du nord-est du Japon depuis un demi-millénaire. Si cet isolement lui a permis de s'affranchir de l'oppression du pouvoir en place, il est aussi la cause de son déclin progressif. La population a une moyenne d'âge très élevée. Elle place désormais tous ses espoirs en une personne : le jeune et valeureux Ashitaka, futur chef du village.

Totalement étrangers au développement du pays, les Emishis vont pourtant injustement payer le prix du progrès. Le film débute par le récit du drame qui va les toucher. Un beau jour, le village est attaqué par un Tatari-gami, un dieu que la souffrance et la haine ont rendu maudit. Cette malédiction se matérialise par une multitude de vers noirs grouillant sur lui, détruisant toute végétation à leur contact. Ne parvenant pas à apaiser la colère destructrice du dieu, Ashitaka se résout à le neutraliser.

Aussitôt, on se précipite vers Ashitaka, blessé au bras droit, et la dépouille du sanglier. La vieille Hii-sama, médium du village adresse des prières au dieu. Mais celui-ci, avant de mourir, fait part de son dégoût pour la race humaine et maudit les habitants.

Le soir, au conseil du village, Ashitaka apprend par Hii-sama que, par sa blessure, il a hérité de la malédiction. Celle-ci se nourrit de la haine et conduit à une mort lente et certaine. Pour tenter de conjurer son funeste destin et conformément aux règles du clan, le jeune guerrier doit quitter les siens la nuit même. Il va partir découvrir le monde à la recherche d'une explication et d'un remède à son mal. Il se dirigera vers l'ouest, guidé par les traces du sanglier et par un étrange projectile métallique retiré de l'animal, et qui a causé sa mort. Au moment où Ashitaka s'apprête à partir sur sa fidèle monture Yakkuru, Kaya, une jeune fille lui offre son pendentif, symbole d'un amour éternel.

Après une nuit de route, il découvre un pays en guerre. Pour sauver des villageois, il est obligé de tuer deux samourai et cet acte ravive son mal. Il réalise pour la première fois que la malédiction décuple ses capacités guerrières. Cette malheureuse péripétie l'amène à un village où il rencontre un mystérieux personnage, Jiko-bô, qui a remarqué ses prouesses sur le champ de bataille. Ashitaka passe la soirée avec lui et apprend l'existence à l'ouest de la forêt du Shishi-gami, où vivent les dieux-animaux. Par contre, il ne reçoit aucune explication quant au morceau de métal. Le lendemain matin, Ashitaka repart seul avant même le réveil de Jiko-bô.

Quelques jours plus tard, sur le flan de la montagne, un groupe transporte sous la pluie des marchandises pour l'approvisionnement de leur forge. Ils subissent soudain l'attaque de la déesse-louve Moro et de ses deux fils, dont l'un est chevauché par une petite personne masquée. La bataille est aussi brève que violente. Plusieurs forgerons, ainsi que des vaches et une partie du chargement, sont emportés dans le précipice. La louve géante est touchée par une balle tirée à bout portant et chute à son tour. Mais il en faut plus pour terrasser une déesse et sous l'ordre de Dame Eboshi, leader du groupe, la caravane s'empresse de quitter les lieux de peur que les loups ne reviennent à la charge.

Un peu plus tard, Ashitaka retrouve au bord de la rivière, en contrebas, deux survivants de l'attaque dont l'un est sérieusement blessé. Alerté par Yakkuru, il surprend le clan des loups arrivé de l'autre côté de la rivière. Il y a la jeune humaine qui a dirigé l'attaque. Cette dernière aspire et recrache le sang de la blessure de Moro pour retirer le poison du corps. Très vite Ashitaka est découvert. Il tente alors de les interpeller mais la jeune fille se retire avec les loups.

A cet instant, Ashitaka est rappelé par les cris de frayeur d'un des blessés, Kôroku. Des Kodama, de petits esprits de la forêt, apparaissent en effet autour de lui. Ashitaka essaie de rassurer Kôroku sur la nature inoffensive de ces petits êtres attachants. Ce sont eux qui d'ailleurs les guideront à travers la forêt.

Après une longue escalade, le groupe arrive dans le domaine du Shishi-gami, dieu-cerf régnant sur la faune et la flore. Pendant la pause, Ashitaka ressent fortement sa blessure. Cette crise coïncide avec le passage, au loin, du Shishi-gami parmi un troupeau de cerfs. La scène est d'une foudroyante beauté.

Le dieu-cerf parti, le groupe reprend son chemin et atteint enfin le lac les séparant des forges Tatara. Après une traversée en barque, les habitants de la forge les accueillent avec joie et étonnement. Ashitaka suscite néanmoins une certaine suspicion chez Gonza, fidèle bras droit d'Eboshi, qui se demande comment il a pu traverser la forêt des dieux.

Ashitaka découvre dans la forge une société très organisée et un mode de vie plus dur. Les hommes, anciens esclaves, paysans ou marginaux , acheminent les provisions nécessaires à la survie des habitants et font la guerre. Les femmes, qui travaillent à la fonderie, étaient des prostituées rachetées par Eboshi, ce qui explique leur franc-parler.

C'est donc une communauté marginale de laissés-pour-compte qu'Eboshi cherche à rendre indépendante par la production de fer et de fusils. Cette indépendance est coûteuse. La forge se fait des beaucoup d'ennemis, entre les seigneurs des contrées voisines envieux de ces nouvelles richesses, et surtout les dieux de la forêt menacés par le déboisement. En particulier les attaques des sangliers, puis celles du clan de Moro dirigées par San (appelée princesse Mononoke par les villageois) ont déjà fait beaucoup de victimes.

Le soir, Ashitaka raconte son histoire à Eboshi et la questionne sur l'étrange morceau de métal trouvé dans le corps du sanglier maudit qui a attaqué son village. Eboshi décide alors de lui révéler son secret : dans son jardin privé, elle lui fait découvrir un atelier où des lépreux, qu'elle a recueillis et qu'elle soigne, fabriquent des armes à feu. Le mystérieux projectile provient de l'une de ces arquebuses capables de blesser et condamner un dieu. En réalisant les desseins de conquête d'Eboshi, Ashitaka s'insurge et sa colère est telle qu'il doit retenir son bras qui, sous l'emprise de la malédiction, tente d'assassiner Eboshi. Mais les paroles d'un malade victime du même sort l'apaise.

Sur le balcon, Eboshi fait part de son rêve à Ashitaka : une société heureuse dans un pays rendu prospère par l'exploitation des richesses naturelles. Le Shishi-gami et autres dieux, principaux obstacles à ce projet, doivent disparaître.

Peu après, la forge est attaquée par la princesse Mononoke, qui parvient avec l'aide de ses frères loups à franchir le rempart. Plus déterminée que jamais à tuer Eboshi, la jeune fille est néanmoins victime sur les toits des effets dévastateurs des arquebuses. Bien qu'elle s'en soit prise à lui lors de cette bataille, Ashitaka lui sauve la vie. San en profite pour attaquer Dame Eboshi et les deux femmes se livrent un duel féroce.

C'est alors que, devant tant de haine, la malédiction d'Ashitaka se manifeste dans des proportions alors jamais vues. De longs tentacules noirs translucides jaillissent de la plaie. Le jeune homme s'interpose entre les deux combattantes et les neutralise rapidement sous les yeux des habitants hébétés.

Ashitaka laisse Eboshi aux bons soins des villageois et emporte avec lui le corps inerte de la princesse. Mais une des femmes du village, voulant venger son mari tué par les loups, le blesse mortellement par un tir d'arquebuse. Le pouvoir de la malédiction agissant toujours, il traverse impassible le village. Les forgerons ne savent pas comment réagir et laisse partir Ashitaka avec les loups, San demeurant toujours inconsciente.

Très vite, Ashitaka, très affaibli, tombe de sa monture. San, qui a repris conscience, veut connaître, avant de le tuer, les raisons de son intervention. Le couteau sur la gorge et agonisant, le jeune homme lui avoue ses sentiments. Cela a pour effet de paralyser de surprise la princesse et l'incite à avoir une réaction moins hostile. Ils sont alors interrompus par des jets de pierres. Ce sont les singes des montagnes de la forêt, venus replanter les arbres et qui ne peuvent supporter de voir le clan de Moro faire preuve de compassion envers un humain. Ils vont même jusqu'à insinuer que San n'est pas de leur coté puisqu'elle est elle-même humaine. Excédé, un des loups charge les orang-outans qui prennent la fuite.

Intriguée par celui qui semble si différent des autres humains, San décide de l'emmener avec Yakkuru dans l'antre du Shishi-gami. Elle dépose Ashitaka au bord de l'îlot central du lac sacré. Puis elle coupe une tige et la plante devant sa tête. Enfin elle libère de ses rênes Yakkuru, avant de repartir dans la forêt avec les siens.

Non loin de là, des Kodama perchés sur la cime des arbres guettent l'arrivée du Didarabocchi, forme nocturne du Shishi-gami. Des membres de l'organisation de l'énigmatique Jiko-bô espionnent également les lieux. A l'horizon, se profile un géant au corps bleu et translucide. C'est le Didarabocchi qui se dirige vers son antre.

Arrivé au dessus d'Ashitaka, il reprend sa forme diurne, celle d'un cerf au visage étrangement humain. A chacun de ses pas, la végétation émerge puis se fane instantanément. S'approchant du héros, à travers cette manifestation de l'équilibre entre la vie et la mort, il procède à un échange : d'un simple souffle, il ôte la vie à la tige placée par San, puis annihile la blessure du jeune homme et lui rend la vie.

Pendant ce temps-là, Jiko, à la tête des meilleurs chasseurs de l'Empire, assiste à l'agitation qui s'empare des sangliers venus en grand nombre de plusieurs contrées. Menés par leur légendaire dieu, Okkotonushi, ils préparent un assaut d'envergure contre les forges de Tatara.

Le lendemain, Ashitaka est réveillé par une goutte de rosée qui lui tombe sur le visage. Il se rend compte que sa blessure a disparu mais pas le maléfice sur son bras, qui a maintenant gagné jusqu'à la paume de la main. Accablé par cette réalité, Ashitaka retombe, inconscient. Plus tard, San vient le nourrir, décidée à aider celui que le dieu-cerf a ressuscité. Elle lui amène de la viande séchée, mais elle est trop dure pour Ashitaka qui arrive à peine à ouvrir les yeux. San va devoir la lui mâcher. Ashitaka, désespéré par son sort, et également bouleversé par tant d'attention de la part de celle qu'il aime, ne peut alors contenir ses larmes.

Les deux héros vont bientôt être surpris par les sangliers venus demander de l'aide au Shishi-gami. Moro intervient et une vive discussion s'engage opposant les sangliers et le clan des loups sur la manière d'agir face à la menace humaine. Les sangliers prônent la manière forte, aussi désespérée que suicidaire. San a peur que ces derniers ne s'en prennent à Ashitaka encore trop faible pour bouger.

Mais celui-ci raconte alors son histoire : c'est lui qui a achevé le dieu-sanglier, devenu un Tatari-gami, menaçant son village. Il leur explique qu'il en paie désormais le prix et leur montre son bras. Okkotonushi regrette que l'un des leurs soit devenu un dieu maudit. Par contre, il est bien décidé à attaquer les humains de Tatara malgré les mises en garde de Moro.

Parallèlement, la guerre bat son plein entre les habitants des forges et les armées de samourai manipulées par le seigneur Asano. Mais grâce à leurs armes à feu, les troupes d'Eboshi l'emportent. L'organisation Shishô-ren représentée par Jiko-bô pactise avec Eboshi et les deux troupes vont se battre côte à côte. Les forgerons ne sont pas très rassurés d'accueillir ces nouveaux soldats dans leurs enceintes ; ils ne comprennent pas trop ce qui les motive à combattre à leurs côtés. En fait, Jiko-bô a convaincu Eboshi de l'aider à tuer le dieu-cerf pour ramener sa tête à l'empereur, qui espère qu'elle lui donnera une jeunesse éternelle. En contrepartie, ce dernier aidera les forges Tatara à accéder à son indépendance.

Dans la nuit, Ashitaka se réveille dans une caverne au côté de San endormie. Son bras le fait terriblement souffrir. Il sort et trouve Moro qui surveille l'entrée. Une discussion s'engage dans laquelle la louve, qui attend sereinement la mort depuis sa blessure dans l'attaque du convoi, argumente sa haine envers les humains. Elle raconte comment San, après s'être faite abandonner, est devenue sa fille spirituelle. Si Ashitaka veut vivre avec elle, il devra combattre les humains à ses côtés ; ce qu'il se refuse à faire. Voyant qu'il est impossible de détourner le clan des loups de la logique de guerre, le jeune homme retourne se coucher.

Le lendemain matin, San et Moro sont déjà partis quand Ashitaka se réveille. Yakkuru attendait son maître à la sortie de la caverne et un des loups leur montre la route pour rejoindre la rivière asséchée d'où ils pourront retrouver leur chemin. Ashitaka charge le guide de remettre à San le pendentif-couteau que lui avait donné Kaya à son départ.

Pendant ce temps, San a rejoint Moro en bordure de forêt. Ils guettent les mouvements humains et redoutent le pire. Moro propose alors à San d'aller rejoindre Ashitaka. Mais celle-ci a choisi son camp et décide même d'aider les sangliers à mener l'attaque. C'est alors qu'elle reçoit le pendentif. Elle l'accroche à son cou et part au combat.

De son côté, Ashitaka cherche à rejoindre les forges. Au bout d'un long trajet, il se rend compte que le village fortifié, où il ne reste plus que les femmes (puisque les hommes sont partis en guerre contre les dieux-animaux), est attaqué à nouveau. Malgré leur courage, les forgeronnes semblent en bien mauvaise posture puisqu'elle sont assaillies de toutes parts. Au milieu du combat, Ashitaka parvient à atteindre les remparts des forges. Les femmes et lui conviennent à la hâte qu'il retourne alerter les hommes et Eboshi le plus vite possible... Il va surtout faire son possible pour empêcher la tragédie qui se prépare. Dans sa fuite, il est poursuivi par des soldats. Croyant les avoir semer, il baisse sa vigilance. C'est à ce moment que Yakkuru est touché par une flèche. Ashitaka doit se battre pied-à-terre. Il arrive à se défaire de ses agresseurs, mais sa monture blessée retarde maintenant sa course.

Quand il arrive enfin sur les lieux du combat, celui-ci a déjà cessé et il ne reste plus que les traces d'un épouvantable carnage où se mêlent corps humains et dépouilles des dieux de la forêt. Des habitants de la cité sont en train d'enterrer les corps de leurs amis. Ils racontent à Ashitaka comment ils ont servi d'appâts pour attirer les sangliers sur un terrain que les mercenaires de Jiko avaient préalablement miné. Face aux explosifs, les fantastiques animaux n'ont rien pu faire. Le jeune homme alerte à son tour les hommes des forges Tatara sur les dangers que courent leurs épouses.

Peu après, Ashitaka retrouve un loup coincé sous les monceaux de cadavres. Voulant l'aider à sortir, il se heurte à quelques hommes de Jiko restés sur les lieux, mais les villageois se rebellent et neutralisent les mercenaires. Ashitaka confie alors Yakkuru aux forgerons et part rattrapper Eboshi en compagnie du loup. Quand ils parviennent à la rejoindre, Ashitaka s'arrête pour la persuader de revenir aux forges mais il n'y a rien à faire.

Parallèlement, San se replie avec Okkotonushi gravement blessé et seul survivant parmi les sangliers. Ils sont bientôt accompagnés par les soldats de Jiko-bô déguisés avec des peaux qu'ils ont récupérées sur les dépouilles des sangliers. Ils savent que Okkotonushi les mènera au Shishi-gami. San essaie de raisonner le dieu mais celui-ci croit ses soldats revenus du pays des morts pour combattre à nouveau. Mais lorsque ceux-ci tentent de l'achever alors qu'il agonise, sa souffrance est telle qu'il commence alors sa transformation en dieu maudit. San affolée essaie de dégager les sortes de vers qui se forment autour de lui mais elle est assommée par l'un des chasseurs. Inerte, elle tombe dans la gueule du dieu-sanglier qui accélère sa dernière marche vers le repère du Shishi-gami.

En arrivant au lac, Ashitaka voit Okkotonushi accompagné des chasseurs déguisés. Avec l'aide des louveteaux, il repousse les soldats et tente ensuite d'extraire San de la gueule du monstre. Mais malgré ses efforts, il se retrouve projetté dans le lac. Utilisant ses dernières forces, Moro, elle-même agonisante, arrache sa fille des tentacules maléfiques et la confie à Ashitaka.

Apparait à cet instant le Shishi-gami, marchant lentement sur l'eau. Eboshi et Jiko-bô également arrivés sur les lieux, le guettent. Une première balle atteint le dieu mais il semble invulnérable. D'un baiser il absorbe la vie de Okkotonushi puis de Moro. C'est alors que la nuit tombe et le Shishi-gami débute sa transformation en Didarabocchi. C'est le moment choisi par Eboshi pour tirer à nouveau. Le dieu fait jaillir des plantes sur l'arquebuse mais le coup part quand même et le décapite.

Du reste de son corps commence à s'échapper une forme noire translucide qui prend de plus en plus de volume. Les hommes de Jiko-bô parviennent à récupérer la tête et l'enferme dans un récipient métallique qu'ils scellent. Tout ce que touche la substance noire meurt. Les Kodama tombent par centaines. La tête de Moro, animée par ce même maléfice, va arracher un bras à Eboshi. Ashitaka va immédiatement porter secours à la patronne des forges. Cette réaction du jeune héros révolte San qui veut immédiatement lui rendre le pendentif, mais en voyant le malheur d'Ashitaka qui ne peut pas choisir son camp, elle admet sa position.

Tout le monde fuit à présent devant la croissance destructrice de la masse protoplasmisque qui a anéanti la forêt puis détruit les forges. Les habitants de Tatara se réfugient au milieu du lac. De leur côté, Ashitaka et San poursuivent Jiko-bô et ses hommes pour tenter de récupérer la tête et arrêter le désastre en cours. Quand tous se retrouvent finalement isolés sur un rocher et entièrement cernés par la substance, Jiko-bô accepte enfin d'ouvrir le récipient puisqu'il n'y a plus d'autres issues possibles.

San et Ashitaka rendent la tête au Didarabocchi qui reprend son apparence normale. Mais les premiers rayons du soleil font leur apparition et terrassent le dieu. Sa chute provoque une grande tempête. Quand le calme revient, à la place des forêts détruites, repoussent à vue d'œil des prairies.

Ashitaka, guéri du maléfice, et San se réveillent après être restés un moment inconscients. Malgré son amour pour Ashitaka, la jeune fille ne peut pardonner aux humains. Ainsi, les deux héros repartiront chacun de leur côté mais prévoient de se revoir. Eboshi raconte comment elle a été sauvée et décide que le village prendra un nouveau départ.

La dernière scène du film montre un petit Kodama au milieu de la jeune végétation.


Princesse Mononoke : Personnages

Ashitaka

A cause d'un sortilège hérité d'un dieu-démon, celui qui était destiné à devenir le chef de son village se voit contraint à quitter les siens sans espoir de retour. La malédiction qui pèse sur lui et qui n'a d'autre issue que la mort, se nourrit de la haine, que chacun a en soi.

En partant à la recherche d'une explication à son mal, Ashitaka sera témoin de la folie du monde. Un monde totalement nouveau pour lui, puisqu'il vient d'un village traditionnel complètement isolé. Plus qu'une simple aventure, son histoire est donc celle d'une bouleversante quête initiatique, dans laquelle il apprendra à gérer sa souffrance et à porter sur le monde un regard sans haine.

Ashitaka est le personnage auquel on s'identifie naturellement. D'abord du fait de son destin tragique qu'il affronte avec un courage et une sagesse qui forcent l'admiration, mais aussi parce qu'il fait preuve tout au long du récit d'aptitudes exceptionnelles. Ses prouesses au combat déjà impressionnantes sont rendues surnaturelles par sa malédiction. Alliées à un héroïsme remarquable, elles lui permettront de sauver San, puis Dame Eboshi, et enfin de mettre un terme à la guerre.

Un autre élément clé favorisant l'identification au personnage est le fait que c'est à travers ses yeux que le spectateur découvre les évènements tragiques frappant le pays. Mais Ashitaka est un justicier impuissant, un témoin déchiré par les forces antagonistes du monde. Il ne peut se résoudre à choisir un camp. En effet, prendre parti et combattre ne ferait que répandre la souffrance et la haine, synonymes d'une évolution fulgurante de son mal.

Le rôle d'Ashitaka sera donc celui d'un trait d'union, d'un conciliateur entre les humains auxquels il appartient et les dieux de la forêt qu'il apprend à connaître par amour pour San et par besoin d'approcher le dieu-cerf. Il est le seul, tout au long du film, à professer de manière utopique un monde où pourraient coexister les humains et les dieux.

Hayao Miyazaki affirme avoir un peu d'Ashitaka en lui, et notamment son côté à la fois mélancolique et généreux. Mais malgré sa sagesse et sa droiture, Ashitaka ne peut s'empêcher à plusieurs occasions d'éprouver des sentiments mauvais, qui ont pour effet de raviver le mal de façon spectaculaire.

A la fin du film, c'est aux côtés de San qu'Ashitaka va réussir à se libérer de la malédiction. Il faudra la collaboration des deux héros pour sauver les hommes et les animaux de la mort, et mettre fin au conflit, faisant ainsi disparaître la haine et la colère.

Yakkuru

Yakkuru est la monture d'Ashitaka. Sa race (Yakkle) n'existe pas. C'est un mélange de yak et de bouquetin inventé par Hayao Miyazaki. Yakkuru est l'exemple même de la dévotion pour son maître. Il veillera sur le corps du jeune homme jusqu'à ce que celui-ci soit ressuscité par le dieu-cerf. On le verra aussi continuer à marcher après avoir reçu une flèche dans le flanc. Yakkuru a un rôle assez important dans le message du film : il symbolise ce que peuvent être aussi les rapports hommes-animaux. On voit d'ailleurs Ashitaka partager sa propre nourriture avec sa monture.

Les Emishi

« Un peuple à la dérive » selon Hayao Miyazaki, le village Emishi est la communauté traditionnelle dont est issu Ashitaka. Vivant à l'écart du monde et du progrès, elle s'oppose en tous points à la communauté du Tatara-ba. C'est un peuple sans avenir, qui meurt petit à petit. Vaincu et chassé par l'empereur il y a plus de cinq cents ans, le peuple Emishi a quasiment disparu. Un village traditionnel continue à survivre, caché dans les reliefs du nord-est des terres japonaises, pour s'affranchir de l'oppression du pouvoir en place.

Le déclin inéluctable qui découle de cet isolement semble condamner cette société sclérosée, totalement enfermée dans ses règles et ses superstitions. Ils sont totalement étrangers aux changements que connaît le reste du pays mais vont pourtant injustement payer le prix du progrès.Un dieu-démon vient attaquer le village sauvé in extremis par le valeureux prince Ashitaka. Mais celui dans lequel les Emishi avaient placé beaucoup d'espoir est blessé durant le combat. Victime d'une malédiction mortelle, il doit quitter le village le privant ainsi d'une de ses dernières forces vives.

Le constat est amer. La seule société vivant en harmonie avec la nature et respectant la forêt et les dieux, semble condamnée, victime de ses peurs et d'un passé douloureux. Ce peuple est également une référence historique au peuple Ainu, minorité ethnique vivant dans le nord du Japon, persécutée par l'empereur pendant des siècles. Ce peuple, assimilé de force à la culture nippone et contraint d'oublie ses racines, essaie désormais de défendre et de faire reconnaître son histoire, ses traditions et son mode de vie.

Kaya

Kaya est une jeune fille Emishi et comme les autres filles de sa communauté elle porte une tenue traditionnelle. Kaya admire et aime beaucoup Ashitaka. Elle l'appelle ani-sama ce qui signifie « frère » mais c'est purement une marque d'affection et de respect. Elle lui donnera son petit couteau pendentif, symbole d'amour éternel, avant son grand départ.

Hii-sama

Hii-sama est le médium du village, une vieille femme qui vénère les dieux et lit l'avenir dans de petites pierres et de pièces en bois qu'elle jette sur un tapis. Si elle comprend la malédiction frappant Ashitaka, la balle retrouvée dans la dépouille du Tatari-gami reste pour elle un grand mystère. C'est la preuve du décalage entre ses connaissances et les nouvelles réalités du Japon.

San (Princesse Mononoke)

San est une jeune fille recueillie par les loups après avoir été abandonnée par des humains dans leur fuite. Elle est la fille adoptive de la déesse-louve Moro et la considère comme sa véritable mère. Elle lutte auprès d'elle et de ses deux frères avec acharnement, afin de protéger la forêt des humains et de Dame Eboshi en particulier, qu'elle s'est jurée de tuer. Sa rencontre avec Ashitaka, dont elle tombera amoureuse, ne la détournera pas de ses convictions. Son clan est sa seule famille et la forêt est sa maison.

Si son cœur est du coté des animaux et des dieux, elle a gardé toutes les caractéristiques congénitales des humains. Son intelligence, sa capacité d'analyse (c'est elle qui dirige les attaques des animaux) et sa sensibilité sont celles d'un humain. Mais sa vision extrêmement partiale de la situation et l'incroyable instinct de sauvagerie dont elle peut faire preuve lui donnent une personnalité quasi animale.

L'histoire de San n'est pas seulement celui d'une lutte mais d'une personne qui ouvre son cœur. En tant que personne, elle a évolué tout au long du film, pour à la fin admettre son amour pour Ashitaka dont elle a appris à respecter les convictions.

A l'instar d'Ashitaka, on peut considérer San comme le personnage principal du film. Elle n'est pas au centre du récit et on la voit beaucoup moins qu'Ashitaka (elle n'apparait qu'au bout de 20 minutes et ne parle qu'après trois quarts d'heure). Mais cette relative absence ne fait que renforcer la fascination qu'elle suscite, rendant chacune de ses apparitions bouleversante. San est l'emblème du film car elle incarne les deux combats les plus engagés de Hayao Miyazaki : le féminisme et l'écologie. Ainsi, malgré l'apparente impartialité de ce film, San est là pour nous rappeler le penchant du maître pour un écologisme militant.

Moro

Moro est une déesse-louve âgée de 400 ans. Elle est reconnaissable à sa grande taille et ses deux queues. Son intelligence supérieure et sa force surnaturelle en font une combattante redoutable. Avec son clan, elle a choisi de mener contre La communauté du Tatara-ba une sorte de guérilla, ponctuée de raids fulgurants.

Bien que le clan Moro ne soit composé que de la déesse elle-même, de ses deux fils et de sa fille spirituelle San, ses attaques sont particulièrement efficaces. C'est pourtant durant l'une d'entre elles que la louve est blessée par Dame Eboshi. La balle, comme celle qui a atteint Nago, a l'effet d'un lent poison. Mais, contrairement à Nago, Moro ne cède pas à la haine et attend la mort avec courage et sérénité. Elle espère vivre assez longtemps pour tuer Eboshi, mais elle devra utiliser ses dernières forces pour sauver sa fille.

Moro est en effet une véritable mère pour San. En particulier, elle respecte les choix de sa fille au sujet d'Ashitaka qu'elle n'aurait sinon pas hésité à égorger. Cet amour maternel contraste avec la cruauté dont elle peut faire preuve envers les humains. En cela Moro ressemble à son ennemie jurée...

Avec Moro, plus encore qu'avec les sangliers, Hayao Miyazaki nous montre que le monde animal est aussi dur et intransigeant que peut l'être l'homme, quand il se sent menacé.

Les fils de Moro

Les deux fils de Moro seront les derniers dieux survivants de la catastrophe finale. S'ils ont combattu avec courage, ils ne semblent avoir ni l'intelligence, ni la force, ni la personnalité de leur mère. Ils parlent beaucoup moins, et ne font que suivre les instructions de Moro et de San. Leur petite taille comparée à celle de leur mère témoigne de leur perte de pouvoirs.

Okkotonushi

Okkotonushi, 500 ans, est un des dieux les plus mythiques. Il est reconnaissable par son pelage blanc et ses quatres défenses. Originaire du Chinzai (l'ancien nom pour l'île de Kyûshû), il a traversé la mer avec toute sa troupe pour venir protéger la forêt du dieu-cerf.

Il est venu avec l'intention de tuer les humains qu'il rend responsables des ravages que subit la forêt et du déclin de sa race. En effet, les sangliers voient leur taille et leur intelligence diminuer inexorablement. De peur de n'être bientôt plus en mesure de combattre, Okkotonushi décide de tout jouer sur un unique assaut d'envergure.

D'ailleurs, il s'oppose fortement au clan Moro dans la façon de faire la guerre aux humains. Il reproche à la déesse-louve d'être trop passive. Elle lui reproche d'être inconscient. En fait, elle sait bien que les sangliers se rendent compte de la nature suicidaire de leur attaque. Mais c'est dans leur nature de se battre ainsi et ils tenteront de faire le maximum de dégats, même s'ils doivent tous mourir.

Comme prévu le clan sera décimé par des humains moins nobles mais plus malins. Dernier survivant, Okkotonushi, gravement blessé conduira dans sa retraite les humains au dieu-cerf. Sa douleur et sa colère sont telles qu'il débutera sa transformation en dieu-démon, mais l'apparition du dieu-cerf le subjugue et il mourra apaisé.

Nago

Nago était un autre dieu-sanglier qui a longtemps écarté les hommes de la forêt sacrée. Mais, comme Moro, il a été victime des arquebuses des forgerons. Le poison de la balle lui a causé une souffrance atroce. Accumulant la haine dans sa fuite, il est devenu rapidement maléfique et il attaque aveuglément le village Emishi. Stoppé par Ashitaka, il maudira les humains avant de mourir.

Dame Eboshi

Avant de diriger le village des forgerons, Dame Eboshi était aristocrate à la cour impériale. Ecartée du pouvoir, elle a pris en charge les laissés-pour-compte de la société (esclaves, exclus, prostituées...) et a fondé une communauté indépendante qui vit de la production de fer. Mais cette émancipation a un prix. En plus de la gestion de la forge, Eboshi doit affronter les dieux de la forêt menacés par le déboisement, ainsi que les seigneurs des contrées avoisinantes qui souhaitent s'approprier la production.

Eboshi a soif de reconnaissance ; mais son ambition est aussi de faire le bonheur de son peuple. Elle se bat pour assurer la survie et l'indépendance de sa communauté. Elle est aussi bonne avec ses protégés que féroce et déterminée face à ses ennemis. C'est ce qui fait toute l'ambiguïté de ce personnage capable d'accueillir et de soigner les lépreux et en même temps de piller la forêt et de massacrer les dieux.

Qu'on l'aime ou qu'on la déteste, on ne peut qu'admirer Dame Eboshi pour son charisme, son sang-froid, sa volonté et ses qualités de chef. Les forgerons lui vouent une confiance et une admiration sans borne. A l'image de Gonza, ils seraient prêts à mourir pour elle.

Eboshi incarne le progrès autant social qu'économique (début de la production industrielle) ou technologique (les arquebuses). Elle a organisé une communauté sans exclusion où chacun a sa place. Profondément féministe aussi, elle donne beaucoup de responsabilités aux femmes. Elle leur apprend par exemple à utiliser les armes à feu, fonction qui leur était traditionnellement interdite. Ainsi, plus que tout autre personnage du film, Dame Eboshi symbolise l'époque Muromachi qui fut une période de profonds bouleversements.

Dans sa guerre l'opposant aux dieux de la forêt, elle réussit à décapiter le dieu-cerf. Dans le cataclysme qu'elle déclenche par cet acte elle perdra un bras et les forges.

La communauté du Tatara-ba

La population du Tatara-ba, des forgerons dirigé par Dame Eboshi, est une communauté en marge de la société et en quête d'indépendance où la solidarité et l'intérêt commun prévalent. Les forges s'apparentent à un village fortifiée. De hautes murailles protègent cette micro-société des menaces extérieures. La communauté du Tatara-ba est composée d'ex-prostituées, des lépreux et autres marginaux chassés de la société japonaise et forcés de vivre dans des endroits reculés. Même si le travail est dur, ils ont trouvé aux forges et auprès d'Eboshi, une vie plus acceptable qu'à l'extérieur. Les forgerons témoignent envers Eboshi d'une loyauté et d'une admiration à la hauteur de leur reconnaissance. Plus qu'un leader, ils en ont fait une mère spirituelle.

Les femmes recueillies dans les villes par Eboshi occupent une place importante dans cette société résolument féministe. Dans les forges, elles travaillent en actionnant des soufflets géants qui entretiennent la fonderie qui permet de produire le fer. Eboshi leur donne aussi un rôle militaire de premier ordre : ayant appris à utiliser les arquebuses, elles participent aux batailles et, en l'absence des hommes, protègent la ville.

Les hommes ont aussi des tâches variées : approvisionnement de la forge, protection des convois, guerre, élevage, extraction...) Ils font souvent pâle figure devant les femmes mais inspirent beaucoup de sympathie à l'image de Kôroku, mari de Toki.

Gonza

Gonza est le chef des meneurs de buffles et des arquebusiers mais aussi le lieutenant de Dame Eboshi. D'allure et de manières assez frustres, il est néanmoins d'une loyauté totale envers sa maîtresse.

Toki

Toki est le symbole de la femme émancipée. Dotée d'une forte personnalité, elle fait figure de leader parmi les femmes. Elle n'hésite pas à tourner les hommes en dérision.

Les lépreux

Les lépreux sont les véritables forgerons car ce sont eux qui utilisent le fer fabriqué pour la fabrication d'armes notamment. Les forgerons travaillent dans un atelier à l'écart. Ils sont recueillis et soignés par Dame Eboshi, qui semble témoigner pour eux d'une véritable compassion.

Les arquebusiers

Ils ne font pas à proprement parler partie de la communauté des forges puisqu'ils ont été prêtés à Dame Eboshi par l'organisation de Jiko-bô pour combattre les dieux et autres ennemis des forges. Eboshi les utilisera aussi pour la production du fer.

Eboshi et les siens pourraient faire figure de « méchants » dans l'histoire avec l'abattage des arbres et la pollution des torrents. Mais ils n'en sont pas moins des parias tentant courageusement de s'organiser et de survivre dans un monde hostile et chaotique.

Jiko-bô

On ne sait pas grand chose sur le moine Jiko et sur la mystérieuse organisation qui l'envoie : le Shishô-ren. Est-ce une secte ? Jiko est-il un membre dirigeant, un simple lieutenant ? Une seule chose est sûre : son but est de rapporter la tête du dieu-cerf, dont la légende dit qu'elle procure la vie éternelle.

Jiko-bô est la première rencontre que fait Ashitaka. On découvre de prime abord un personnage cocasse qui semble porter un regard désabusé sur le monde. « L'important est de ne pas se laisser rattraper par la mort » dit-il à Ashitaka. Si on se souvient de cette phrase, on comprend que Jiko est angoissé par la mort et que, bien qu'il s'en défende plus tard devant Dame Eboshi, il croit au pouvoir de jouvence de la tête du Shishi-gami.

Ainsi pour remplir sa mission, Jiko est particulièrement motivé et prêt à tout. Particulièrement malin et retors, il n'hésite pas à utiliser des manœuvre politiciennes pour convaincre Eboshi de l'aider. En fait, il la manipule et son plan pour vaincre les sangliers et trouver le dieu-cerf se fera au prix du sacrifice de nombreux forgerons.

Pourtant, malgré ses actes infâmes, ce moine à l'aspect débonnaire et au physique peu avantageux n'inspire pas l'antipathie. Car pour Hayao Miyazaki : « Jiko est comme beaucoup de japonais d'aujourd'hui : individuellement, ce sont des personnes parfaitement belles, mais quand ils joignent une organisation, ils deviennent cruels. Assez cruels pour couper la tête d'un dieu. »

Le Karakasen

Le Karakasen (Société des ombrelles de papier) est un groupe de chasseurs sous les ordres de Jiko-bô. Ils portent la même tunique que le moine et appartiennent donc aussi au Shishô-ren. Ce sont des combattants d'élite. Leur principale arme est la sarbacane aux fléchettes empoisonnées, mais ils utilisent aussi les mines et les grenades.

Les Jibashiri

Les Jibashiri (« Ceux qui rampent ») sont des chasseurs/éclaireurs recrutés par Jiko-bô. Ils utilisent des peaux d'animaux pour camoufler leur odeur. Ce sont eux qui suivront la progression d'Okkotonushi dans la forêt et amèneront Jiko et Dame Eboshi à l'antre du Shishi-gami.

Le Shishi-gami (le dieu-cerf)

Le Shishi-gami est le dieu de la forêt et par conséquent de toutes les créatures animales et végétales qui y vivent. Pivot de l'histoire, c'est une divinité ambiguë, à deux visages, qui fait peur et qui fascine.

Le dieu-cerf peut revêtir deux formes. De jour, il a l'apparence d'un cerf à visage humain et aux bois enchevêtrés comme les branches d'un arbre. La nuit, il se transforme en un géant translucide. Sous cette dernière forme, les humains le surnomment Didarabocchi (« Le faiseur de montagnes » dans la version française) et une croyance non-fondée veut qu'il retire la vie à tous ceux qui l'aperçoivent. Tel le Ying et le Yang, Le dieu-cerf possède deux côtés qui à la fois s'opposent et se complètent. Il est à la fois humain et animal, à la fois d'essence divine et mortel. C'est un dieu de vie et de mort. Il est terrifiant et magnifique de voir, à chacun de ses pas, la végétation jaillissant et se flétrissant aussitôt.

Selon des règles obscures que lui seul semble connaître et observer, il dispense la vie ou la mort aux autres êtres vivants. Ainsi il guérit Ashitaka de sa blessure par balle mais reprend les vies de Okkotonushi et de Moro, qui se sont battus pour lui. Les autres dieux et animaux le considèrent comme leur chef alors qu'il ne prend pas part au conflit. En fait, il n'effectue aucun jugement de valeur ; il incarne simplement le cycle de la vie.

Quand Dame Eboshi le décapite, l'équilibre est rompu. Son corps devient alors une entité de mort à la croissance démesurée et qui tue tout être qui entre en contact avec lui. En cherchant sa tête, il détruit la forêt et les forges. Lorsque que San et Ashitaka parviennent à lui rendre sa tête, le dieu s'apaise mais les premiers rayons du soleil le terrassent. Son ultime présent est la guérison de tous les blessés et malades, et surtout une jeune végétation qu'il laisse en héritage aux hommes et animaux. La mort du dieu-cerf est bouleversante car elle marque la fin d'une époque qui remonte à la nuit des temps. Une époque où la nature et les dieux avaient le dessus, où la forêt était protégée de la folie des hommes.

Les Kodama

Dans Princesse Mononoke, la forêt n'est pas qu'un décor. Elle est quasiment un personnage à part entière et le cœur du conflit. Son âme, ce sont les Kodama qui semblent habiter chaque arbre. Créatures totalement inoffensives et attachantes, ils incarnent le côté merveilleux et poétique de la nature.

Ces esprits pacifiques apparaissent et disparaissent quand bon leur semble. Ils prennent l'aspect des petites créatures blanches anthropomorphiques, qui émettent un cliquetis en faisant vibrer leur tête. Par leur taille et leur comportement, ils ressemblent à des enfants. Timides, ils disparaissent si on les approche. Curieux et joueurs, ils s'amusent à singer Ashitaka quand celui-ci transporte un forgeron blessé. D'ailleurs une autre traduction de Kodama serait « écho ». Ils représenteraient alors ce que la nature et l'homme ont de pur et d'innocent. Car avec le Shishi-gami, ce sont bien les seuls êtres qui ne connaissent pas la haine.

Avec la destruction de la forêt, on voit les Kodama périr. Ils tombent des arbres par milliers. La mort violente de ces êtres d'apparence fragile mais que l'on pensait insaisissables renforce cette impression que l'on vit une immense tragédie.

Dans la dernière scène du film, l'apparition d'un petit Kodama (survivant ou nouveau-né ?) au bord de l'eau est touchante. Il est seul et à l'image de l'espoir de renouveau qu'il symbole, il semble bien fragile.


Princesse Mononoke : Analyse

Le triomphe de Princesse Mononoke peut paraître paradoxal. En prenant le contre-pied de ses travaux précédents et en livrant une œuvre plus complexe et plus hermétique, Hayao Miyazaki obtient en effet son plus gros succès jusque là, pulvérisant tous les records au box-office.

Ancré dans la culture et la mythologie japonaise, Princesse Mononoke fait s'entremêler une multitude de significations cachées et autres symbolismes religieux (notamment shintoïstes). Mais il n'y a pas de quoi rebuter le spectateur qui a un minimum d'ouverture culturelle. Il n'est en effet pas nécessaire d'être japonais pour apprécier les beautés et les richesses inépuisables de ce chef-d'œuvre. Au contraire, chacun peut y voir ce qui le touche le plus, sans pour autant se « perdre ». Peut-être parce que ce nouvel hymne à la tolérance et à la vie, est d'abord une expérience unique et bouleversante qui va au delà des frontières culturelles.

Un récit épique et bouleversant

La presse a souvent insisté sur la complexité du scénario mais on ne peut pas dire que l'histoire de Princesse Mononoke soit compliquée, même s'il est déjà moins évident d'en apprécier toute la symbolique. Beaucoup de spectateurs peu habitués à l'animation japonaise ont en fait surtout été déroutés par le traitement, inhabituel pour un dessin animé. Notre vision manichéenne du monde est en effet mise à dure épreuve... Ce n'est pas l'habituelle lutte entre le bien et le mal. Il n'y a ni « méchants » ni « gentils », mais juste des protagonistes qui ont une vision différente du futur et qui défendent leurs intérêts. Ils ont chacun leurs défauts, mais les animaux comme les forgerons combattent pour leur survie. Le conflit naît de l'incompréhension et de l'absence de dialogue, chacun restant sur ses positions.

Ce n'est pas souvent qu'un film d'animation nous montre que, dans le monde, rien n'est blanc ou noir. L'exemple de Dame Eboshi est frappant. Que penser de cette femme ? Notre sentiment envers elle oscille entre colère et profonde admiration. Et comme elle, les autres protagonistes sont placés sous le signe d'une troublante ambiguïté.

Même Ashitaka, l'âme la plus pure de l'histoire, n'est pas exempt de sentiments haineux par moments. C'est en fait un personnage qui évolue mentalement et physiquement tout au long du film. Son parcours est celui d'un jeune homme qui cherche à se soigner, à se purifier. C'est une des conditions qui lui permettra d'atteindre l'harmonie intérieure. Dans son périple, il rencontre la haine, l'amour, le désespoir et perdra son innocence originelle. On vibre, on souffre avec lui. Comme lui, on se sent concerné par cette lutte de civilisation. Comme lui, on aimerait pouvoir concilier les intérêts de chacun. Comme lui, on se rend compte comme il est difficile de porter sur le monde un regard lucide...

Ashitaka n'est pas ce genre de héros qui réussit tout, mais devant chaque difficulté il tente quelque chose. Sa quête est d'abord spirituelle, mais elle inclut aussi l'action. C'est toute la force des œuvres de Miyazaki comme Princesse Mononoke ou Nausicaä de la Vallée du Vent d'exprimer une philosophie à travers les actes. Mais à la différence du « messie » vêtu de bleu qui avait une destinée toute tracée, Ashitaka crée plus la sienne.

Princesse Mononoke est un spectacle visuel éblouissant mais il appartient aussi à cette catégorie de films que l'on a toujours plaisir à revoir, rien que pour la richesse de son contenu. Sa longueur est assez inhabituelle pour un film d'animation. Mais le tout est d'une cohérence parfaite. Aucune scène n'est superflue, chacune participant à la signification générale du récit.

Si tout le monde est d'accord pour qualifier Princesse Mononoke de récit épique, beaucoup de spectateurs ont reproché une absence d'émotion. Peut-être faut-il apprécier (sans forcément la comprendre) la culture asiatique pour ressentir les torrents d'émotion qui traversent le film... Dans cette œuvre, le souffle nous transporte, les personnages sont bouleversants d'humanité et la tragédie qui nous est contée nous touche au plus profond de nous-mêmes.

Sans aucun sentimentalisme, Miyazaki arrive en effet à nous faire sortir du cinéma empreints d'un indescriptible sentiment de mélancolie. Même si le dénouement comporte de nombreux aspects positifs (les conflits prennent fin, chacun est libéré de sa malédiction, le sol refleurit), ce n'est en effet pas la joie qui l'emporte. En premier lieu, l'amour impossible entre les deux héros est d'autant plus touchant qu'ils ont appris à se respecter (dans leurs convictions) et qu'ils ont ouvert leur cœur l'un à l'autre.

Mais c'est surtout la mort du dieu-cerf et tout ce qu'il s'ensuit qui donne matière à méditer. Sa disparition marque la fin d'une ère, celle d'un monde peuplé de démons et merveilles. Plus rien ne sera jamais comme avant. Ce ne seront plus les mêmes forêts. Les animaux gigantesques et les esprits disparaîtront avec les derniers représentants du clan Moro et le Kodama de la dernière scène. On ressent un immense vide comme si on avait la nostalgie de ce monde imaginaire, quasi mythologique et pourtant plausible où le rapport entre la nature et l'homme était différent. L'héritage du dieu-cerf (la végétation qui a repoussé à vue d'œil) est plein d'espoir mais aussi tellement fragile...

Princesse Mononoke peut ainsi être vu comme une immense tragédie car c'est l'histoire d'un changement. Et comme tout changement, il ne peut être que douloureux. Miyazaki nous fait le récit d'un moment confus de l'histoire, celui de la rupture d'un équilibre qui aboutit fatalement à un autre. Meilleur ? A chacun d'en juger. Ce bouleversement qui, dans le film, concerne le Japon médiéval peut parfaitement être retranscrit à la réalité de notre époque.

De l'importance de la nature, de l'importance de l'amour

Comme dans Nausicaä, Mon voisin Totoro et Pompoko, Princesse Mononoke explore les relations entre les hommes et la nature. Le réalisateur a su éviter toutes les simplifications démagogiques inhérentes à ce thème. Il ne nous montre pas des hommes « méchants » maltraitant une nature pourtant accueillante et bienfaitrice qu'un gentil héros va sauver. Princesse Mononoke n'est pas un film écologique au message basique, ni même une œuvre militante. Il se contente de nous présenter les deux camps et leurs motivations (qui peut prétendre détenir la solution ?). Par le biais d'un récit allégorique chargé de symboles, l'auteur nous invite à une prise de conscience. Il nous montre comment l'homme, en « s'émancipant », peut s'exclure d'une dimension essentielle de son existence.

On a rarement vu une représentation aussi forte de la nature dans un film... Elle est montrée dans toute sa splendeur, son mystère, mais aussi sa cruauté quand elle se sent menacée. Excepté le Shishi-gami, les dieux sont représentatifs de l'hostilité de cette nature qui se sent agressée. Elle se révolte contre des hommes, pour qui l'affirmation de soi est devenue conquête et destruction, là où auparavant existaient le respect et la crainte des éléments naturels. Dans Princesse Mononoke, la nature est un impressionnant pouvoir, mais qui ne cesse de décroître au fur et à mesure que l'humanité s'émancipe. Ainsi, les divinités animales voient irrémédiablement leur taille et leur intelligence diminuer au fil des générations, certaines allant jusqu'à perdre la parole. Au fur et à mesure que le film avance, on sent le combat perdu d'avance pour la nature, d'autant que le dieu de la forêt reste en dehors du conflit.

Son comportement, qui pourrait passer pour de l'indifférence, cache en fait des intentions totalement étrangères à la pensée humaine. Le Shishi-gami est plus qu'une simple divinité. C'est l'incarnation de l'équilibre naturel. Il dispense la vie et la mort à sa guise, sans qu'aucun jugement de valeur n'entre en ligne de compte. L'agression de Dame Eboshi à son encontre brise l'équilibre et entraîne une cataclysme auquel rien ne résiste. Cette scène apocalyptique où la forêt meurt, où les Kodama tombent par milliers et où le corps décapité du Shishi-gami prend des proportions effrayantes, absorbant toute vie à son contact, est véritablement cauchemardesque. Tel un mauvais rêve, la scène paraît épouvantable et irréelle. Mais, lorsqu'il prend fin et que San et Ashitaka se réveillent, le monde a définitivement changé...

L'amour est un autre thème important de Princesse Mononoke, ce qui peut sembler surprenant pour une œuvre de Hayao Miyazaki. Exceptée plus tard, dans Le château ambulant, rarement une romance n'a été traitée de façon aussi explicite dans la filmographie du réalisateur. Mais loin de sombrer dans une bluette romantique, l'histoire entre San et Ashitaka symbolise en réalité cette alliance nécessaire entre l'homme et la nature. Si cette romance peut paraître frustrante dans son dénouement, elle ne reflète en fait que les relations entre la Nature et l'Homme, entre attraction et répulsion. De plus, cette conclusion inhabituelle rend la relation entre les deux héros étonnamment magnifique. Si Ashitaka et San se séparent, ce n'est pas par fatalisme, mais par respect du choix de l'autre. Ils n'appartiennent pas au même monde, ils n'ont pas les mêmes convictions, et pourtant ils ont réussi à s'ouvrir mutuellement leurs cœurs. Les deux amoureux ne se verront qu'occasionnellement, sans certitude que leur relation durera ; après ce qu'il ont vu et ce qu'ils ont vécu, ils ne sont plus assez naïfs pour demander des garanties ou faire des promesses...

Une autre grande relation d'amour qui illumine le film est celui contre-nature que se vouent San et sa mère, la louve Moro. Bien que San n'ait jamais été et ne sera jamais complètement louve, Moro l'aime comme sa propre fille. Et les preuves de cet amour sont nombreuses. Elle ne touchera pas à Ashitaka par respect des convictions de sa fille. Elle ira même jusqu'à proposer à San de partir partager sa vie avec le jeune homme. Enfin, alors qu'elle avait réservé ses dernières forces pour tuer Eboshi, Moro se sacrifiera pour arracher San des tentacules d'Okkotonushi.

Enfin, on ne peut qu'admirer la compassion que Dame Eboshi éprouve pour les personnes rejetées par le système féodal japonais. Elle a soigné elle-même des lépreux, accueilli de jeunes femmes destinées à la prostitution et de modestes vachers, et elle leur a donné à tous une dignité et des raisons de se battre. Dans sa quête d'une société utopique où ses protégés pourront vivre dans la prospérité et la sécurité, elle génère un désastre. Malgré cela, elle reste aimée et respectée de tous.

Dans Princesse Mononoke, bien que le combat homme/nature prenne une dimension onirique, il reste profondément humain car il est le théâtre de nombreux amours contradictoires. Plus que la haine féroce que se vouent les différentes parties, ce sont finalement l'amour de San et celui de Dame Eboshi pour leurs clans respectifs qui sont le pilier central du conflit. Mêler avec une telle profondeur tragédie monumentale et sentiments humains, destin collectif et moments d'intimité, constitue une des plus grandes réussites de Hayao Miyazaki.


Princesse Mononoke : Production

Origines

Ancien projet

A la fin des années soixante-dix, Hayao Miyazaki avait écrit un scénario et réalisé des croquis pour un film mettant en scène une princesse vivant dans la forêt avec une bête sauvage. L'histoire était ancrée dans l'histoire et le folklore japonais, mais faisait écho au conte de fée occidental La Belle et la Bête. L'histoire de la version de Miyazaki, quand même très différente, est la suivante :

Un samourai surpris par la tempête, trouve refuge dans une caverne. Mais celle-ci se révèle être l'antre d'un monstre légendaire féroce et bestial. Pour sauver sa vie, le samourai est contraint d'accepter de lui livrer en mariage l'une de ses trois filles. De retour dans son foyer, il explique le pacte à sa femme qui, ne l'entendant pas de la même oreille, s'enfuit emmenant avec elle ses deux filles préférées. Décidément peu verni, le samourai se voit à nouveau forcé de signer un second pacte avec un esprit maléfique. Il lui vend son âme en échange de quoi l'esprit lui confère le pouvoir de défendre les siens face à un ennemi imminent. Investi d'une force diabolique, le samourai terrasse ses adversaires puis sous l'emprise de l'esprit, livre sa troisième fille au premier monstre, venu la lui réclamer.

De retour sur ses terres de désolation, la créature se révèle pourtant d'une gentillesse extrême à l'égard de la jeune fille qui, attristée de ne pouvoir lui rendre la pareille, lui explique le pourquoi de sa mélancolie. Elle lui promet de l'épouser s'il l'aide à exorciser son père. C'est le début d'un périple peuplé d'embûches qui conduira la jeune fille à découvrir les qualités du monstre et à l'aimer. Mais contrairement au conte original, la Bête ne se transforme pas en un beau prince à la fin !

A l'origine, Mononoke-hime (La princesse (du) Monstre) s'est vu refuser l'adaptation pour les enfants à la télévision parce qu'il traitait d'une histoire trop sombre. Il a néanmoins été publié une première fois en 1983, dans un recueil réunissant précisément divers projets de films non aboutis. Il ne s'agit pas vraiment d'un storyboard ni d'un livre d'images, mais plutôt d'une ébauche préparatoire, d'un ensemble d'illustrations résumant grossièrement l'intrigue.

Gestation de l'œuvre

Dans la perspective de la réalisation d'un film, Tokuma Shoten réédite ce conte illustré en 1993 afin de tester la réaction du public. Mais lorsque Hayao Miyazaki décide de reprendre en main le projet de Mononoke-hime, il ne peut plus réaliser le film qu'il avait en tête en 1980. Disney venait de sortir La Belle et la Bête et surtout il y a eu Mon voisin Totoro en 1988. En effet, le monstre du projet de 1980 (voir image ci-dessus) s'y retrouvait déjà scindé en deux personnages : Totoro et le Chat-bus. Le « recyclage » étant trop évident, Miyazaki décide de modifier complètement la teneur, la trame et les personnages de son film.

Le récit passe alors du conte à une œuvre plus complexe et plus ambitieuse, se rapprochant plutôt de la légende ou du récit mythologique. Le personnage principal devient un jeune garçon étranger, Ashitaka, en quête d'un remède à une malédiction dont il est victime. Quant à la princesse, en épousant un Mononoke, elle en devient un Mononoke elle-même.

Miyazaki voulait appeler le film Ashitaka Sekki, Sekki étant un néologisme inventé par le réalisateur pour signifier « de bouche à oreille ». Le producteur Toshio Suzuki trouvait le titre peu porteur et préférait Mononoke-hime, mais impossible de faire changer d'avis Miyazaki. Suzuki a finalement profité du manque d'intérêt du réalisateur pour les bandes annonces pour y intégrer « de force » son titre, provoquant la colère tardive de Miyazaki.

Croquis préliminaire

Tout en revenant à des thèmes qu'il affectionne et qui ont inspiré ses précédentes œuvres (nature, tolérance, importance de la vie, amour), Miyazaki cherche à réaliser quelque chose de complètement différent de tout ce qu'il a pu faire. Si comme dans Nausicaä de la Vallée du Vent, l'histoire est celle d'une princesse impliquée dans un conflit entre l'homme et la nature, le monde chaotique dans lequel évolue les personnages n'est plus futuriste. L'action se déroule dans le passé, durant l'époque de Muromachi (1333-1573), au moment où le Japon connaît d'importants bouleversements économiques et sociaux. Mais, selon ses propres mots, Miyazaki tente d'échapper « aux conventions du genre, aux idées préconçues et aux préjugés habituels lorsqu'on traite un sujet qui se passe dans le cadre de cette période. »

Ainsi on ne peut pas vraiment parler d'un retour au registre japonais habituel du Jidai-geki même si les scènes de batailles font immédiatement penser à Akira Kurosawa. Il y a moins de samourai, seigneurs ou paysans et ceux qui figurent dans le film sont des personnages mineurs. Les principaux protagonistes sont les dieux de la forêt et des personnages marginaux ou gens provenant de minorités opprimées. Par ailleurs, les châteaux, les rizières, les villes et les villages ne constituent pas le cadre du récit. A la place, l'auteur a tenté de recréer « l'atmosphère du Japon au temps des forêts denses. En ce temps-là, il y avait peu d'habitants, la nature existait à l'état pur (...) »

On ne peut pas parler de film historique car Miyazaki prend des libertés avec la chronologie (il mélange plusieurs époques), ajoute des éléments issus des croyances et de la mythologie japonaises ou simples fruits de son imagination. Le film est le récit symbolique d'un conflit entre les Dieux de la forêt et l'humanité qui ose désormais les défier. En effet, les japonais à l'époque Muromachi ont le sentiment qu'ils peuvent contrôler la nature et un nouveau rapport entre l'homme et son environnement s'établit, qui conduira à l'ère moderne. Comme le dit l'auteur, il n'y a pas de « Happy End » à cette guerre. « Au milieu de la haine et du massacre, il reste des raisons de vivre. Des rencontres exceptionnelles et des choses merveilleuses à découvrir. »

Production

Hayao Miyazaki a commencé à travailler sur le scénario détaillé en août 1994. Victime du « syndrome de la page blanche » en décembre, il prend une pause pour réaliser le fabuleux clip musical On Your Mark pour un groupe japonais. En avril 1995, il achève la proposition de projet et le mois suivant, il commence à travailler sur le storyboard. Le travail d'animation débute en juillet 1995 pour être achevé en juin 1997, moins d'un mois avant la première. « Avec Princesse Mononoke, nous avons failli ne pas avoir tous les storyboard parce que je les ai dessinés au fur et à mesure et ne les ai terminés qu'au tout dernier moment. Ainsi, personne n'a su, jusqu'au dernier moment, ce qu'était le film dans sa totalité. » Au final, de tous les films réalisés par le studio Ghibli, Princesse Mononoke a été le plus long à produire mais aussi le plus coûteux jusqu'alors.

Princesse Mononoke sort le 12 juillet 1997 et atteint rapidement la première place au box-office, toutes productions confondues. Elle dépasse E.T. jusqu'alors détenteur du record d'entrées au Japon. Le film reste huit mois en salles et fin mars 1998, il a déjà rapporté près de 150 millions d'Euros (pour un investissement d'environ 18 millions d'Euros). Princesse Mononoke est le film événement de la décennie. Avec plus de 13,5 millions de spectateurs, il a attiré plus d'un japonais sur dix dans les salles, ce qui est exceptionnel pour une population qui va peu au cinéma par rapport aux américains. La vidéo sortie peu après battra aussi tous les records avec quatre millions de copies vendues (dont la moitié dans les trois premières semaines).

A l'instar de Titanic, un tel succès pour le film de Miyazaki défie la logique. Comment une production si sérieuse, se déroulant dans le Japon du XVᵉ siècle, a-t-il pu quasiment devenir un phénomène social ? Miyazaki est très populaire au Japon et son annonce, juste à la sortie du film, de mettre un terme à sa carrière a fait l'effet d'une bombe. Les gens se sont précipités pour aller voir l'ultime œuvre d'un réalisateur de génie. Et le film, d'une qualité exceptionnelle, n'a pas déçu.

Projeté dans de nombreux festivals, Princesse Mononoke reçoit une cinquantaine de prix. En particulier, il remporte le prix du Meilleur film aux Japan Academy Awards en 1998 et est le représentant japonais aux Oscars cette même année (sans remporter la récompense).

Carrière internationale

C'est Disney qui, à défaut d'acheter le studio Ghibli, s'est procuré les droits de diffusion de Princesse Mononoke dans le monde. Le contrat a été signé alors que le film était toujours en cours de production. Le film coûtant très cher, les producteurs pensaient que les bénéfices de l'exploitation au Japon seraient insuffisants. Est venue alors l'idée de faire une exploitation internationale. Des studios sont contactés pour opérer cette sortie, mais seul Disney satisfait aux exigences de qualité de Hayao Miyazaki.

Miyazaki a réussi à imposer à Buena Vista Home Entertainment de ne pas couper une seconde du film et de ne pas changer la musique, excepté la chanson-titre qui est interprétée en anglais. L'adaption est confiée au célébrissime Neil Gaiman. Néanmoins, la version américaine réussit quand même à faire grincer des dents un bon nombre de puristes. Des déclamations trop théâtrales (over-acting), des rajouts de commentaires explicatifs pour une « meilleure » compréhension, et des voix assez inadaptées (Gillian Anderson, Claire Danes, Billy Bob Thornton...) gâchent un peu le plaisir. Enfin, vous serez peut-être curieux d'apprendre qu'on avait pensé à Leonardo DiCaprio pour le rôle d'Ashitaka et que la chanson-titre aurait du être interprétée par Madonna.

Princess Mononoke est adapté et distribué par Miramax, filiale de Buena Vista s'occupant du cinéma indépendant. Il sort le 29 octobre 1999. D'un point de vue commercial, le succès aux Etats-Unis a été, comme prévu, assez mitigé... Seuls les succès de la K7 et du DVD permettront à Buena Vista de rentrer dans ses frais. Néanmoins les critiques et l'opinion des spectateurs ont souvent été excellentes. Bien sûr, beaucoup encore ont été bloqués par des préjugés tenaces. D'autres ont été incapables d'apprécier une autre culture cinématographique et sont donc complètement passés à côté. Malgré cela, on peut être satisfait de voir que tous les professionnels du cinéma et de l'animation en particulier ont été d'accord pour dire que Princess Mononoke est une œuvre magistrale.

En France, Princesse Mononoke est sortie le 12 Janvier 2000. Là encore, le film, diffusé dans peu de salles, n'a pas explosé le box-office (environ 500 000 entrées) mais le résultat est très encourageant. De plus le film bénéficiera d'une cote de satisfaction rarement vue. Critiques comme spectateurs ont été pour un très grande majorité enthousiastes. Et il est étonnant que le bouche à oreille n'ait pas mieux fonctionné, la faute probablement à la mauvaise image qu'entretenait alors encore l'animation japonaise en France. La version française comporte les mêmes défauts que la version américaine : Gaumont a essayé d'occidentaliser le jeu des personnages et les dialogues sont quelques fois éprouvants... Bénéficiant de la sortie très médiatisée du Voyage de Chihiro et de son succès, la première sortie en DVD de Princesse Mononoke en mars 2002 a permis d'élargir le public du film, et Buena Vista a finalement lancé la sortie tant attendue d'une édition collector en 2004, avec de nombreux bonus et surtout les véritables sous-titres de la version originale.


Princesse Mononoke : Art et technique

Graphisme : entre traditions et modernité

Est-il besoin de parler de l'incroyable qualité de l'animation et de la stupéfiante beauté des décors ? Plus que jamais, un film du studio Ghibli a fait preuve d'une richesse et d'une inventivité visuelles extraordinaires. Les paysages et les représentations de la forêt, notamment, sont de toute beauté tant au niveau de la composition, de la finesse du dessin, qu'au niveau des couleurs. Hayao Miyazaki et son équipe ont visité de l'île de Yakushima pour s'inspirer de ses forêts denses et de ses montagnes escarpées.

Le travail sur l'eau, élément ô combien difficile à représenter en animation, est remarquable. On peut noter par exemple que l'eau change en fonction de l'angle de prise de vue. Par ailleurs Miyazaki prend le parti de s'éloigner de la représentation habituelle bleue et opaque de l'eau dans les films d'animation. Ainsi l'eau du lac du Shishi-gami est en même temps transparente et sombre, presque noire. De même, l'eau des torrents, chargés de boue, prend une couleur marron plutôt que bleue.

Bien que Princesse Mononoke soit le premier film du studio Ghibli à utiliser de manière importante l'outil informatique, les images numériques se fondent parfaitement avec l'animation traditionnelle. Par ailleurs, la richesse des effets visuels provient encore principalement des techniques traditionnelles : dessins à la main et colorisation sur cellulo. Seuls 100 des 1 600 plans du film ont été réalisés à l'aide de l'ordinateur. Voici une rapide énumération des techniques d'infographie utilisées :

Les images de synthèse

Dans Princesse Mononoke, le but était de créer des images de synthèse s'intégrant parfaitement avec l'animation sur cellulo et préservant le côté traditionnel de l'image. Pour cela l’équipe à recours à différentes techniques.

Images 3D

Hayao Miyazaki tenait à des images 3D qui puissent se fondre avec l’univers bidimensionnel de l’animation sur cellulo et qui ne ressemblent pas à des images générées par ordinateurs.


Exemple d’utilisation de la 3D : Ashitaka tire une flèche tout en chevauchant Yakkuru
alors qu’une masse de tentacules grouillantes (en 3D) s’est enroulée à son bras.

Le mapping

Technique visant à recréer l’illusion de vitesse et de profondeur d’un décor en mouvement en projetant une texture/décor traditionnel sur une simulation 3D de la topographie du terrain du plan. Une caméra virtuelle crée ensuite le mouvement, donnant espace et profondeur au plan.


Exemple de recours au mapping avec les scènes où Ashitaka chevauche Yakkuru.

Le morphing

Cette technique est utilisée pour montrer le changement et le passage du temps avec des images enchaînées ou en modifiant une image.

Exemples de morphing : la décomposition du Tatari-gami ou encore la pousse de la jeune végétation à la fin du film.

Les particules

Cette technique permet de générer des particules lumineuses qui semblent se mouvoir comme des choses vivantes. Elles sont animées selon des lois physiques classiques (gravitation, direction du vent, tourbillon...).


Exemple de particules : les globules qui s'échappent du corps du Didarabocchi ont un comportement très réaliste.

Compositing numérique

Le compositing par ordinateur permet le mélange de plusieurs couches de dessins. Il n'est pas très différent du compositing traditionnel optique mais la qualité est meilleure, le rendu plus convaincant et la marge de manœuvre plus grande.


Mise en couleur numérique

Il s'agit simplement de scanner l'image pour lui appliquer des couleurs. Ce procédé a été d'un grand secours pour alléger le travail de l'équipe et accélérer la production. Princesse Mononoke est le premier film du studio Ghibli pour lequel le travail de colorisation n’a pas entièrement été effectué sur le traditionnel celluloïd et a avoir été mis en partie en couleurs par ordinateur.

La bande sonore et la musique

Une fois de plus la bande-son est merveilleuse. Rarement les silences et les bruits naturels en contrepoint de la musique et des dialogues n'ont servi à ce point le récit et mis en valeur les moments de tensions, comme le silence total dans la scène du dieu-cerf guérissant Ashitaka donnant l'impression que le temps s'est arrêté.

La sublime bande originale de Princesse Mononoke a été une nouvelle fois composée par Joe Hisaishi. Cette sixième B.O. pour un film du studio Ghibli est encore une réussite éclatante. Comme à son habitude, Hisaishi a composé plusieurs thèmes principaux qui sont interprétés de diverses manières selon les scènes. Ce sont des compositions magnifiques qui imprègnent le spectateur et lui reviennent par la suite constamment en mémoire.

La musique contribue beaucoup au souffle épique qui nous transporte tout au long du film. Hisaishi y alterne des thèmes symphoniques somptueux avec des morceaux plus calmes, d'une grande pureté. En particulier, la chanson-titre, interprétée par un jeune homme de 28 ans, Yoshikazu Mera, est bouleversante. Elle surgit de nulle part, au milieu du film, lorsque Ashitaka se réveille au côté de San dans la caverne. La tristesse de cette mélodie cristalline est celle d'une profonde blessure intérieure.


Princesse Mononoke : Références culturelles

Shintoïsme et représentation de la nature

Pour appréhender toute la portée de la représentation de la nature dans Princesse Mononoke, il est intéressant de connaître quelques grands fondements du Shintoïsme. En effet, il faut savoir que Hayao Miyazaki est shintoïste et que son film regorge de références à cette religion.

Le Shintoïsme

Le Shintô peut être considéré comme la religion nationale du Japon. Elle est un vaste complexe de croyances, de coutumes et pratiques qui reçurent assez tardivement le nom de Shintô, pour être distinguées du Bouddhisme (Butondo) et du Confucianisme, venus de Chine. Ce n'est pas une religion révélée à l'homme. Elle n'a ni fondateur ni prophète. Un des textes fondateurs du Shintô est le Kojiki, ensemble de textes compilés au début du VIIIᵉ siècle. C'est un ouvrage relatant les faits anciens, une sorte de chronique mythologique des origines du Japon jusqu'à l'année 628. Le mot Shintô signifie « Voie des Kami », qui sont des divinités tutélaires de toutes les choses. Ils sont les manifestations permanentes du sacré.

A l'origine, on organisait des rites et des fêtes saisonnières pour les célébrer et il existait également un culte individuel Shintô. A partir du VIIᵉ siècle, l'Empereur décide de recenser tous les Kami afin que le gouvernement central leur construise des sanctuaires afin de de leur accorder la révérence qui leur est dûe.

Le sanctuaire Shintô est l'habitation du Kami et il est lié à un coin de la Nature : une montagne, un bois, une cascade. Le temple est une structure simple en bois. Traditionnellement, le bâtiment doit être reconstruit tous les 20 ans. Les rites de purification sont essentiels au Shintô, ainsi que les offrandes. Le Kami est représenté symboliquement dans le sanctuaire par un emblème ou une statue. Dans la religion Shintô, le Kami peut donc prendre n'importe quelle forme. Leur caractère est ambigu à l'image de la nature elle-même. Même les meilleurs Kami possèdent un Arami-tama (esprit de violence) qu'il faut apaiser par des rituels appropriés.

C'est là qu'intervient une autre notion associée à celle de Kami, également largement représenté dans le film : c'est la notion de Tatari, notion à valeur essentiellement morale de nos jours, mais toute aussi archaïque que celle de Kami. N'importe quel Kami peut être frappé d'un Tatari (Tatari est souvent traduit par « malédiction » ou « châtiment ») à l'occasion d'une faute ou Tsumi. Le Tsumi traduit dans sa conception moderne, l'idée de « mauvaise action » qui obscurcit l'entendement et fait obstacle à l'illumination, au salut. Il peut donc être interprété comme une souillure de l'âme. Dans une conception plus ancienne le Tsumi a un caractère plus physique : c'est le contact du sang, de cadavre qui constitue la souillure. En fait on peut être victime d'un Tatari par simple contact (même involontaire) avec un Kami lui-même frappé par une malédiction. Pour échapper aux conséquences d'un Tatari imprudemment encouru, il faut se purifier soi-même et son entourage.

Kami et Tatari dans Princesse Mononoke

Dans Princesse Mononoke, Hayao Miyazaki a élevé au rang de Kami les animaux. Si Miyazaki a choisi les animaux comme Kami, c'est probablement parce qu'il envisage ses films aussi comme des grands divertissements populaires. Les animaux sont beaux, majestueux. Ils montrent également la dureté et la cruauté de la nature. Les autres formes de Kami seraient apparues plus austères et auraient donc été moins attrayantes pour le public. Miyazaki est un fervent shintoïste et sa représentation des Kami (immenses animaux usant de la parole) est audacieuse car très éloignée des théories shintoïstes modernes. La plus osée est de loin celle du Shishi-gami lui-même (le dieu-cerf), avec son visage étrangement humain. En réalité cette représentation sert le film et montre que le maître privilégie dans une certaine mesure le message écologiste qu'il veut faire passer au détriment de la rigueur religieuse, même s'il ne l'avoue pas ouvertement.

Une autre notion fondamentale que Miyazaki exploite dans l'histoire est celle du Tatari. Là encore, le maître prend l'initiative de la représentation. En fait le degré de liberté est grand car le Tatari aujourd'hui est une notion principalement morale et les connaissances sont très vagues sur ses représentations primitives. Miyazaki a choisi de concrétiser cette malédiction par une multitude de vers noirs grouillant autour du porteur du Tatari parce qu'il a l'impression que, quand il est très énervé, de telles formes poisseuses vont jaillir de tout son corps !

Dans Princesse Mononoke, le Tsumi qui provoque le Tatari est l'excès de haine et de colère qui atteint son apogée dans la souffrance physique : Nago, le Tatari-gami du début du film, a été rendu fou de douleur par une balle d'arquebuse tirée par Dame Eboshi et, accumulant la haine, il est devenu maléfique. De façon assez similaire, Okkotonushi est frappé d'un Tatari quand les hommes de Jiko-bô camouflés dans des peaux de sangliers viennent essayer de l'achever alors qu'il agonise.

Par ailleurs, la possibilité de pouvoir échapper aux effets du Tatari par la purification est un élément qui nous aide à mieux interpréter la fin du film quand le Shishi-gami vient donner un baiser mortel à Okkotonushi. San, qui a largement été souillée par le Tatari (par imprudence et non à la suite d'un Tsumi) va être amenée par Ashitaka dans les eaux sacrées du lac du Shishi-gami. Ce sont ces eaux qui vont la purifier et la sauver du sort réservé aux victimes du Tatari quand le dieu-cerf vient mettre fin à la malédiction. Dans cette scène il faut bien voir le Tatari comme un tout. C'est le même Tatari que portent Okkotonushi et Moro qui s'est souillée en venant sauver San. C'est pour cela que Moro meurt avec Okkotonushi.

On retrouve tous ces mêmes éléments au début du film lorsque Ashitaka est victime de la malédiction pour avoir été en contact avec Nago. On tente en vain de le purifier en versant de l'eau pure sur son bras, mais ce n'est pas un maléfice suite à une imprudence. Le héros a commis un Tsumi en décochant la flèche qui a achevé le sanglier.

Enfin, lorsque San découpe et plante une branche sur l'île du Shishi-gami, il s'agit là encore d'une référence au culte Shintô. En effet, la branchette est probablement du Sakaki, offrande aux Kami pour s'attirer leurs faveurs. On appelle ce rite un Tamagushi. Dans la scène du film, San tente donc d'attirer le dieu-cerf sur le sort d'Ashitaka.

La nature au Japon

Le Japon se caractérise par une grande diversité dans sa végétation : plus de 2 500 espèces dont 150 essences d'arbres environ, soit une variété deux fois plus importante qu'en Europe. Dans Princesse Mononoke, les différents types et niveaux de végétation sont magnifiquement rendus. Les décors de la forêt profonde mêlent une dense végétation faite de mousse et de fougères, à des petites fleurs que l'on ne soupçonne pas pouvoir fleurir sous les grands camphriers.

Il faut savoir que 70 % de l'archipel nippon est montagneux. La prépondérance des crêtes, cols et vallées a établi de nombreuses frontières naturelles. Frontières entre villages et provinces mais aussi entre l'homme et les dieux. Les montagnes japonaises sont en effet très escarpées. Dans ses parties difficiles d'accès, la forêt y est préservée dans sa forme primaire et son cœur abrite de nombreuses divinités selon les croyances Shintô.

Quelques paysages de l'île de Yakushima qui ont inspirés les décors du film.

Dans le film, conservant la beauté rare des lieux encore vierges de toute présence humaine, la forêt est encore habitée par des créatures, des esprits supérieurs de la nature. Ceux-ci sont chargés de la défendre face à l'homme qui, dans son expansion, défriche sans cesse.

La forêt était encore souveraine sur une bonne partie du territoire national il y a quelques décénnies seulement. Elle était respectée, de nombreux espaces étaient craints et donc jamais fréquentés. Dans Princesse Mononoke, on voit bien que la forêt suscite une immense peur : Kôroku le vacher est littéralement terrorisé par les Kodama, ces petits esprits des arbres qui n'ont pourtant vraiment rien d'effrayant.

Mais depuis la défaite de la Seconde Guerre mondiale, les japonais n'ont cessé de déboiser pour construire des habitations puis pour se fournir en pâte à papier. Pourtant, jusqu'à très récemment, les gens craignaient sincèrement de tomber sur un Kami néfaste... Mais c'est de moins en moins vrai avec la raréfaction de ces lieux (70 % du manteau forestier japonais est dû au reboisement ou est formé de forêts secondaires) et avec l'occidentalisation de la culture qui tend à rationaliser les esprits.

Retour à un sentiment religieux originel

Dans Princesse Mononoke, Hayao Miyazaki redonne à la nature cette image qu'elle a tendance à perdre aujourd'hui au Japon. La forêt y est davantage qu'un arrière-plan, c'est une présence vivante dont l'âge, le mystère, la beauté sereine et profonde peut émerveiller et guérir. Selon les mots de l'auteur lui même, il suffit, pour prendre conscience de l'importance de l'environnement, « de revenir à ce sentiment religieux originel, cette idée forte qu'il y a quelque-part, au fin fond des montagnes, une fontaine de pureté que l'on doit préserver... Il est inutile de philosopher, il faut simplement respecter la vie, essayer de laisser un monde où il soit encore possible de vivre harmonieusement. »

C'est bien ce « retour à ce sentiment religieux originel » -commun au Shintô et au Bouddhisme- que Miyazaki propose dans son œuvre. Il ne prône pas un retour à la tradition religieuse en soi. L'auteur veut simplement faire partager sa conviction que la nature est quelque chose d'essentiel, de magnifique et de terrifiant à la fois. L'idée que la forêt abrite des forces, des démons ou des dieux bienveillants est intéressante. Elle nous rappelle la grande influence que peut avoir la nature sur nous. Il suffit de marcher seul la nuit dans la forêt pour s'en rendre compte.

Chamanisme

San, la « princesse des spectres » et l'œuvre toute entière présentent de nombreux aspects que l'on peut mettre en parallèle avec le chamanisme. La foi de San en la nature, sa croyance aux esprits, ou la présence dans le film d'une forge ne sont que quelques exemples. Ce dernier choix n'est d'ailleurs pas anodin puisque chamanes et forgerons sont, d'une certaine façon, intimement liés.

Le chamanisme, originaire de Sibérie, se retrouve à la périphérie de certaines religions amérindiennes comme africaines. D'où des ressemblances entre l'attitude de San et certains rites africains. En effet, le chamane s'animalise : San porte une peau de loup et a les joues peintes. Revêtue de son masque (qui dissimule son esprit), elle entre en état de transe. Et c'est une furie qui s'attaque à la forge. Elle court alors très vite, recourbée tel un animal. Elle ne parle plus, ne fait que gémir et se bat tout en donnant des coups de tête.

Son art réside dans cette rapidité, cette surnature animale, mais elle doit assumer jusqu'au bout cette assimilation. En général, la bête finit comme gibier... Le chamanisme repose en effet sur cette réciprocité : les animaux sont le gibier des hommes, mais les esprits des bêtes sauvages se nourrissent de la chair et du sang des hommes. C'est une relation d'échange qui s'opère entre les deux mondes. Quand Dame Eboshi s'attaque à la forêt, on peut penser qu'elle rompt cette alliance, d'où la violente réaction de San contre la maîtresse des forges.

Lorsque San veut littéralement égorger Ashitaka, elle cherche une compensation à la destruction de la forêt. Or, elle ne surmonte ce trouble qu'auprès du jeune-homme qui, contrairement aux deux camps, est un modèle de quête personnelle. Ainsi, le chamane, calmé, peut-il avoir des effets inverses, en l'occurrence des dons régénérateurs. Lui-même en relation avec les esprits, il établit un lien entre l'homme et les divinités.

Le Shintô se situe à la frontière du chamanisme, car la place de la femme est différente dans ces deux courants religieux. Le choix de Miyazaki, montre une fois de plus la place privilégiée qu'il lui accorde.

L'époque de Muromachi

L'histoire de Princesse Mononoke se déroule au moyen-âge japonais et plus précisément à l'époque de Muromachi. C'est une période trouble marquée par de nombreux conflits, mais qui a surtout été le théâtre de profonds bouleversements politiques, sociaux et technologiques.

S'étalant sur une longue période allant de la fin du XIVᵉ à la fin du XVIᵉ siècle, elle commence avec le règne du Shôgun Ashikaga Yoshimitsu (1378-1392) et se poursuit avec les descendants de sa dynastie. Bien que respecté, le pouvoir impérial est alors déjà très affaibli et l'Empereur n'a qu'un rôle figuratif. Mais cette noblesse traditionnelle est bousculée par les classes populaires de plus en plus influentes. Cette émergence se manifeste par la création de Do-ikki, unions solidaires de personnes luttant chacune pour un objectif propre, mais allant contre le despotisme Shogunal. Ces alliances très bien organisées seront très actives dans les années 1420-1430 et le pouvoir en place ne résistera pas. Ainsi, le Shôgun Yoshinori, considéré par beaucoup comme un despote, finit par être assassiné en 1441. Il s'ensuit alors une période d'anarchie politique qui va durer jusqu'à la fin du siècle avec le coup d'Etat de Kyôto par Hosokawa Masamoto (1493).

Princesse Mononoke semble se dérouler dans la deuxième moitié du XVᵉ siècle, au temps de la guerre d'Onin (1467-1477), à en croire les paroles d'un ancien d'Emishi au début du film : « J'ai entendu dire que le pouvoir de l'Empereur n'est plus, et est remplacé par celui des Shôgun qui, à leur tour, se sont cassés les dents. » Néanmoins l'introduction au Japon des armes à feu (qui apparaissent dans le film) date plutôt de la deuxième moitié du XVIᵉ siècle.

L'anarchie qui règne à cette époque a permis à l'ambitieuse Dame Eboshi de créer sa communauté de laissés-pour-compte, qui s'apparente fortement à une de ces Do-ikki. Eboshi incarne aussi les progrès en matière sociale, économique et technique qui caractérisent cette époque. Ses forges sont le symbole de l'ère moderne naissante avec des avancées technologiques comme les armes à feu.

Ces bouleversements s'accompagnent aussi de changements dans les mentalités. C'est une époque charnière dans les relations entre les japonais et leur environnement. La production a fait un énorme bond, ce qui a entrainé un énorme déboisement. Les forgerons du film commencent à perdre leur croyances et à chasser leurs superstitions. Plus libres, plus humanistes et plus matérialistes, ils ont le sentiment qu'ils peuvent conquérir et exploiter la nature.

L'époque de Muromachi était une ère confuse, mais finalement vivante et riche en changements. La rigide structure de classes samourai/paysans/artisans n'était pas encore établie. Les femmes avaient plus de liberté et de nouvelles formes d'art ont fait leur apparition. Hayao Miyazaki a choisi cette époque car il y voit des similitudes avec l'époque actuelle, où les nombreux progrès se font dans une certaine confusion.


Princesse Mononoke : Fiche technique

Crédits

Titre もののけ姫 (Mononoke-hime)
Princess Mononoke / Princesse Mononoke
Année de création 1997
Œuvre originale, scénario, réalisation Hayao Miyazaki
Directeurs artistiques Kazuo Oga, Naoya Tanaka, Nizô Yamamoto, Satoshi Kuroda, Yôji Takeshige
Character design Yoshifumi Kondô, Masashi Andô
Directeurs de l'animation Yoshifumi Kondô, Masashi Andô, Kitarô Kôsaka
Contrôle de l’animation Hitomi Tateno, Katsutoshi Nakamura, Kazuyoshi Onoda, Masaya Saitô, Rie Nakagome
Couleurs Michiyo Yasuda
Images numériques Yoshinori Sugano, Masafumi Inoue, Mitsunori Kataama, Yoshiyuki Momose
Directeur de la photographie Atsushi Okui
Musique Joe Hisaishi
Producteurs exécutifs Yasuyoshi Tokuma, Seiichirô Ujiie, Yutaka Narita
Producteur Toshio Suzuki
Production Studio Ghibli, Tokuma Shoten, Nippon Television Network Corporation, Dentsu Inc.

Doublage japonais

Ashitaka Yôji Matsuda
San Yuriko Ishida
Dame Eboshi Yûko Tanaka
Jiko-bô Kaoru Kobayashi
Moro Akihiro Miwa
Okkotonushi Hisaya Morishige

Doublage français

Ashitaka Cédric Dumond
San Virginie Méry
Dame Eboshi Micky Sébastian
Jiko-bô André Chaumeau
Moro Catherine Sola
Okkotonushi Saïd Amadis

Quelques chiffres

Date de sortie du film au Japon 12 juillet 1997
Date de sortie du film en France 12 janvier 2000
Durée du film 2 heures 13 minutes 30 secondes
Budget du film 2,3 milliards de Yens
Nombre de cellulos utilisés 144 403
Nombre de couleurs utilisées 550
Nombre d'entrée au Japon 13 540 000 spectateurs
Box-office Japon 154 millions de dollars
Nombre d'entrée en France 688 663 spectateurs

Récompenses

Nous ne citons ci-dessous que les principales récompenses. Pour la liste plus complète (mais pas encore exhaustive), voir la page sur IMDb qui recense 11 Prix et 5 Nominations.

  • 1998 - Japan Academy Awards : lauréat du Meilleur film d'animation
  • 1998 - Mainichi Film Concours : lauréat des Prix du Meilleur film, Meilleur film d'animation et Choix du public
  • 1900 - Mainichi Film Concours : lauréat des Prix du Meilleur film, Meilleur film d'animation et Choix du public