Exposition Miyazaki-Moebius (2004-2005)
A l'initiative de Disney et à l'occasion de la sortie du Château ambulant en France, le Musée de la Monnaie de Paris a accueilli du 1er décembre 2004 au 13 mars 2005 trois cents dessins originaux de deux grands maîtres de l'animation et la BD, M. Hayao Miyazaki et M. Jean Giraud, connu également sous le nom de Moebius. Pourquoi cette exposition et une telle rencontre entre ces deux créateurs, ces deux mondes, ces deux cultures? Qu'ont pu admirer les visiteurs au cours de leur visite? ... vous saurez tout sur cette expo !
Sources : Dossier de presse et catalogue de l'exposition - Les propos de Mr Suzuki, Jean et Isabelle Giraud sont extraits de la conférence de presse du 29/11/2004 au Musée de la Monnaie à Paris - Tous nos remerciements à l'équipe de Disney et à Diane Valembois pour leur disponibilité, leur gentillesse et les invitations !
Exposition Miyazaki-Moebius : Génèse
Giraud/Moebius : une seule personne, deux visages
Un petit rappel biographique et bibliographique n'est pas déconseillé pour aborder Moebius, tant cette figure de la BD apparaît comme énigmatique, et son œuvre foisonnante. (Nous n'aborderons pas l'œuvre et la bio de Miyazaki, car il existe un site très bien vous expliquant tout cela... Suivez mon regard !).
Jean Giraud est né en 1938 à Nogent sur Marne. Il se passionne dès son plus jeune âge pour le dessin et passe deux ans à l'Ecole des Arts Appliqués, pour se lancer en 1956 dans la vie professionnelle. Après un séjour au Mexique qui le marquera profondément, il effectue ensuite son service militaire en Allemagne et en Algérie et continue le dessin par le biais d'une revue militaire.
A son retour dans la vie civile, il apprend les rudiments de la BD auprès de Joseph Gillain et réalise avec lui son premier album : La piste de Coronado, de la série des Jerry Spring.
En 1963, il rencontre Jean-Michel Charlier (qui co-dirige Pilote) et créé avec lui les aventures de Blueberry sous le pseudonyme de « Gir ». Cette saga connaît des parutions régulières et a fêté ses 40 ans avec la sortie de OK Corral en 2003. Le style dépasse le cadre de la BD franco-belge, puise son inspiration dans le cinéma de Sergio Leone ou de John Ford. Mais il s'agit encore de l'aspect « classique » de l'art de Giraud.

Blueberry, héros du western selon Giraud
En effet, parallèlement à cette activité, Giraud entame une autre carrière sous le nom de Moebius. Cet autre aspect de son œuvre trouve ses sources dans un deuxième voyage au Mexique en 1965, où il expérimente les champignons hallucinogènes et se plonge dans le monde du chamanisme. Il se passionne dès lorspour le monde de la SF. Il commence à dessiner dans un style différent, plus adulte, qui marquera définitivement le mondedu neuvième art. Celui-ci peut alors sortir du monde censuré et limité de la BD jeunesse et s'épanouir dans un nouvel univers. Sous le pseudonyme de Moebius, Giraud créé ainsi en 1975 avec Jean-Pierre Dionnet (oui, oui, le monsieur Cinéma de quartier de Canal + !) le cultissime magazine Métal hurlant, où il explore le monde de la SF, dans un style onirique.
Il continuer à explorer ce genre à travers le cycle du Monde d'Edena, où il aborde d'une manière presque philosophique la question du rêve, du conditionnement de l'homme, de la folie du pouvoir, …

Stel et Atan explorant le monde d'Edena
Moebius collabore également avec le monde du cinéma. Il rencontre Alexandro Jodorowsky, cinéaste et poète chilien, avec lequel il travaille sur l'adaptation de Dune, roman réputé inadaptable de Franck Herbert. Si le projet échoue, les deux artistes vont en revanche créer ensemble la saga de l'Incal en 6 volumes.
Ce contact avorté avec le monde du cinéma ne va cependant pas rebuter Moebius, puisqu'il va ensuite travailler sur Les Maîtres du Temps du regretté René Laloux, sur Alien de Ridley Scott, ou encore Abyss de James Cameron, sans compter ses incursions dans le monde des jeux vidéos ou dans l'illustration.
Giraud, Gir ou Moebius, tous ces noms ne forment qu'un seul et même homme, à l'œuvre prolifique et variée, considéré comme un des plus grands et talentueux créateurs de la BD française, un véritable créateur d'univers, marquant le neuvième art de manière indéniable et indélébile.
Deux hommes, deux cultures, une rencontre
Entre Moebius et Miyazaki, peu de points de commun de prime abord. Cultures différentes, parcours dissemblables,… Mais c'est sans compter une rencontre fortement improbable entre ces deux maîtres du dessin.

Rencontre au Musée Ghibli entre Giraud et Miyazaki
Moebius a découvert le travail de Miyazaki de manière un peu clandestine. En 1986, alors qu'il vivait à Los Angeles, il découvre une cassette pirate apportée par son fils Julien, scolarisé dans une école franco-américaine. En effet, il existait à l'époque un véritable réseau d'échanges de cassettes vidéos d'animés japonais, provoqué par l'arrivée de la série Robotech dans l'émission du « Saturday Morning », seul espace dévolu à l'animation japonaise aux USA. Dans ces fameuses cassettes pirates, on pouvait alors trouver le pire comme le meilleur.
Un jour, le jeune Julien ramène une des ces œuvres pirates, sans nom, sans titre, sans même doublage ou sous-titres. Moebius est alors fortement impressionné par ce film, sa beauté sans précédent et sa force narrative. Il est immédiatement conquis par le génie de ce réalisateur inconnu mais pense alors qu'il s'agit là d'une tentative unique d'un auteur qui ne rencontrerait probablement jamais aucun succès. Il découvre ensuite que le réalisateur s'appelle Miyazaki, et que cette œuvre s'appelle Nausicaä de la Vallée du Vent . Il apprend également que Miyazaki a déjà travaillé pour la TV japonaise et qu'il prépare un prochain film, intitulé Laputa. Il commence alors à s'intéresser de plus près au travail de Miyazaki. Laputa lui confirme l'extraordinaire talent du réalisateur japonais. Il suit désormais toute la filmographie de Miyazaki, « chaque film dépassant en qualité le précédant et dans une fidélité extraordinaire aux thèmes et à l'esthétique ».

Nausicaä vue par Moebius / Arzak vu par Miyazaki
Moebius s'inscrit alors publiquement dans cette admiration qui se concrétise rapidement en 1987 par une première brève rencontre avec Miyazaki au Japon où il exprime son admiration au réalisateur. Il découvre de son coté que le réalisateur japonais connaît son travail (Miyazaki a découvert Arzak au début des années 80) et trouve des résonances communes dans leurs œuvres respectives. Cette première prise de contact se transforme grâce un second voyage de Moebius et de sa famille (dont sa fille Nausicaä !!!), vers la fin des années 90. A cette occasion est organisée une rencontre plus conséquente entre lui et Miyazaki. Moebius fait également la connaissance de Toshio Suzuki et de toute l'équipe du studio Ghibli. C'est à la suite de cette rencontre qu'est née l'idée d'une exposition conjointe à Paris, qui peu à peu s'est associée avec la sortie du Château Ambulant.
Le pourquoi de l'exposition
Il est évident que la sortie du Château ambulant en janvier 2005 fut l'un des moteurs fondamentaux de cette exposition. Surfant sur l'engouement exponentiel pour l'œuvre de Miyazaki en France, Buena Vista (Disney) a décidé de pousser plus loin le phénomène et de sortir Miyazaki de son rôle de réalisateur pour exposer son oeuvre dans un musée et le présenter comme un véritable artiste.
Connaissant le respect mutuel entre Miyazaki et Moebius et leurs influences mutuelles, il a été choisi de faire une exposition où les œuvres de l'artiste japonais et de l'artiste français se répondent.
C'est la première fois qu'une exposition a lieu sur le réalisateur nippon hors du Japon. Selon M. Suzuki , cela gênait beaucoup M. Miyazaki d'imaginer une exposition fondée uniquement sur son nom. Le réalisateur aurait accepté l'idée de l'exposition parce qu'elle associait son nom à celui de Moebius et qu'il ne pouvait pas refuser cet évènement dans de telles conditions.

Le fait de faire entrer l'animation et la BD dans un musée est également une des idées fortes de l'exposition. Les métiers qui entourent le cinéma, l'audiovisuel, peinent à trouver leur place et à être reconnus comme art majeur. Ainsi, depuis des dizaines d'années, Isabelle Giraud s'occupe des expositions axées sur le travail de son mari, à travers le monde entier (Allemagne, Finlande, Hollande...). Mais en France, hormis Angoulême, temple sacré de la bande dessinée, la demande pour ce type de manifestation n'existe pas. Hormis quelques dessins exposés à la fondation Cartier, ce type d'évènement est très rare et difficile à organiser dans les milieux des arts plastiques et de l'art contemporain. L'exposition Miyazaki-Moebius au musée de la Monnaie de Paris s'inscrit donc dans une démarche militante : proposer une véritable exposition sur Paris dans un lieu prestigieux sur l'animation et la BD.
En dehors de cet endroit, il n'existe pas vraiment de lieu de reconnaissance pour l'art de la bande dessinée et du cinéma d'animation, ce qui est profondément regrettable. Isabelle Giraud espère notamment que ce type d'exposition permettra d'ouvrir les portes de plus grandes salles d'exposition sur Paris par la suite (Il faut savoir qu'en premier lieu, une exposition sur l'ensemble de l'œuvre de Giraud devait avoir lieu au Louvre, mais que le projet a été brusquement interrompu).
Exposition Miyazaki-Moebius : Scénographie
Scénographie
L'exposition s'organise en 6 grands espaces, selon une approche thématique permettant de faire le lien entre les deux créateurs, de comprendre la concordance possible entre ces deux univers. Voici en quelques lignes ce qu'il était possible d'admirer sur place.
Salle Guillaume Dupré : Le cheminement


La visite commence en entrant dans cet escargot à double-entrée, l'une consacrée à Miyazaki et l'autre à Moebius. Il faut se rendre au cœur de cette étrange forme pour suivre leurs carrières chronologiquement. Concernant Moebius, c'est le seul moment où vous pourrez admirer ses dessins pour L'Incal ou Le Monde d'Edena, car l'exposition n'est pas axée sur l'ensemble de son oeuvre, mais uniquement sur sa collaboration avec le monde du petit et du grand écran. Concernant Miyazaki, on verra donc une évocation de ses différentes réalisations, de Nausicaä au Château ambulant, avec un panneau par film. A noter qu'une petite erreur s'est glissée, puisque dans cette évocation chronologique : Totoro et Kiki ont été intervertis.
Salle Jean Varin : la Terre Nourricière
Une fois passée cette approche chronologique, on aborde une enfilade de petites salles. Dans chacune d'elles, on propose au visiteur un double parcours : à l'intérieur et à l'extérieur d'une rotonde sont exposées « dos à dos » les œuvres de Moebius et Miyazaki.

Dans la première salle, on se trouve plongé au cœur de l'univers des deux créateurs. On retrouve une approche similaire de la Nature, abordée comme un tout, où chaque élément organique, minéral et végétal a une forme de vie propre.
Salle Denon : la salle dans les airs.
Nul n'est besoin de rappeler l'importance du monde aérien chez Miyazaki, affranchissant ses héros de la pesanteur, les libérant de notre réalité pour accéder à de nouveaux espaces imaginaires. Chez Moebius, on retrouve cette même volonté et cette même fascination pour les airs et pour cet espace d'évasion pour l'homme : « Les vaisseaux ont la forme de même conscience. Notre conscience est un vaisseau qui voyage sous mille aspects à travers mille vies ». Moebius pousse plus loin l'exploration, abordant même le thème du voyage interstellaire. Le voyage dans les airs devient ici une véritable métaphore sur la liberté de l'homme. La similitude entre les deux univers est ici frappante.


Le château dans le ciel / Arzak
Salle Duvivier : Les mondes invisibles
La tradition animiste est une des références nippones évidentes dans l'univers de Miyazaki. Selon M. Moebius, « le rapport à la nature chez Miyazaki est visible dans toutes ses oeuvres. Dans sa perception de la nature, il y a notamment ce que l'on peut appeler le surnaturel, tout ce qui de l'ordre du "caché". Je vois ça essentiellement apparaître dans deux œuvres qui sont Mon voisin Totoro et Princesse Mononoké qui sont de véritables manifestes sur la façon dont les forces de la nature, les génies des lieux, sont émergeant, soit perturbés, soit sollicités par la conscience humaine. Je pense que la culture japonaise à ceci de caractéristique d'avoir conserver les canaux vivant dans cette tradition là et la modernité. Chose qui en Europe et notamment en France est plus difficile à faire émerger. J'ai moi-même essayé mais je ne peux pas bénéficier d'une tradition spirituelle aussi vivace que celle de nos amis japonais. »
Chez Moebius, l'invisible devient une force mystique qui guide les personnages dans une évolution permanente. Chez les deux créateurs, pas de manichéisme, ces mondes invisibles appuyant leur vision poétique et magique du monde.



Arzak / Princesse Mononoke / Mon voisin Totoro
Salle Pisanello : les créatures
Les créatures hybrides forment un véritable bestiaire chez Miyazaki comme chez Moebius. Chez ce dernier, on connaît par exemple son travail sur Abyss et ses magnifiques et grâcieuses créatures, mais on connaît moins son travail sur une adaptation animée de Willow, où se mêle mythe et représentation réelle et figurative. Le visiteur peut également admirer avec émotion son travail sur Les Maîtres du Temps, comme ce dessin du fameux Ouin-Ouin, incarnation de l'innocence et d'une certaine naïveté, sur lequel est juché le petit Piel. Chez Miyazaki, les êtres hybrides sont souvent symboliques, comme le Sans-Visage, comme dénonciation de notre société de consommation. Mais l'exposition permet également de comprendre la technique d'animation : ainsi le visiteur peut observer un croquis d'Ohmu, visiblement destiné à comprendre son mouvement lorsqu'on le plie.


Sans-visage (Le voyage de Chihiro) / Les Maîtres du temps
Salle des commissions : du trait à la forme
On cerne un peu moins bien le thème de cette salle. Ici, on est donc censé observer la maîtrise des arts graphiques chez Miyazaki et Moebius, techniques que le visiteur a pu pourtant observer durant toute l'exposition, à travers les esquisses, les croquis, les décors ou les cellulos. On suppose qu'il s'agit ici de comprendre l'évolution du trait, de l'esquisse à la forme définitive. C'est également une salle où l'on peut à nouveau comparer côte à côte les parcours de Miyazaki et Moebius. Ainsi, le français explique que « Miyazaki travaille dans l'optique de la préproduction. Son aquarelle est jetée, décontractée. Elle servira de base au décorateur. Moi, je réalise une peinture aboutie » (Epok, déc. 2004 - janv.2005).

Le voyage de Chihiro : croquis, décors
Fin de la visite
Dans une dernière salle, on diffuse le documentaire du making-of visible dans le DVD collector de Princesse Mononoke, ainsi que des clips musicaux mélangeant les deux univers.
Analyse
Pour les fans de Miyazaki, évidemment, quelle forme de reconnaissance !! Enfin, le maître de l'animation est reconnu comme tel. Comme l'a souligné Isabelle Giraud pour le statut du neuvième art, l'animation japonaise souffre encore d'un certain nombre de préjugés. Si le nom de Miyazaki est désormais familier des cinéphiles et est désormais gage de qualité pour la fameuse ménagère de moins de 50 ans, le petit monde conservateur des musées est encore réticent à l'idée d'offrir à l'animation et à la BD une petite place au sein de leurs collections et expositions.
Le fait de confronter l'univers de Miyazaki et de Moebius était également un pari risqué. Celui-ci est avant tout connu en France pour Blueberry et Métal Hurlant, et le quidam moyen ignore tout de son investissement dans le monde cinématographique. Evidemment, on aimerait avoir une vision plus globale de son œuvre, notamment dans le monde de la BD. Mais cette vision permet à chacun de comprendre que nous connaissons tous le travail de Moebius, que notre enfance, notre adolescence ou notre vie d'adulte a été habitée par son univers.

Votre Buta-chroniqueuse de choc a osé aborder le grand Moebius!!!
En revanche, on peut regretter certains détails qui pourront rendre la visite un peu ardue pour le néophyte. Ainsi, on aurait bien aimé voir un petit récapitulatif chronologique clair des œuvres de Miyazaki, tant le phénomène des re-sorties a embrouillé l'esprit du spectateur lambda. Ainsi, au cours de l'expo, on a pu entendre de doctes maximes comme « Kiki, c'est le premier film de Miyazaki ». Un petit panneau explicatif, ou encore une petite annotation dans le cartel aurait peut-être permis d'éviter ce type de confusion.
De même, les techniques d'animation ne sont à aucun moment clairement expliquées. Il aurait peut-être fallu expliquer en quelques lignes au début de l'expo la différence entre un croquis, un décor, un cellulo ou une image de production. Car là encore, on a pu entendre des phrases comme « le cellulo, ça sert à donner de la profondeur » ou « Miyazaki a fait tous les dessins animés tout seul, tu crois ? ». C'est un peu dommage, car le visiteur aurait pu saisir quelques notions sur l'animation.
Mais dans l'ensemble, on est tout de même très ému devant certains dessins. L'éclairage, contrairement à certaines critiques lues, rend parfaitement hommage aux dessins et permet d'observer dans les moindres détails la moindre esquisse. On aperçoit ainsi sur certains dessins des traces de doigts, des coups de gommes, du blanc passé sur certains détails, qui rendent encore plus proches les oeuvres du maître japonais et du talentueux français. On est impressionné par la maîtrise du trait, on imagine le geste, la technique, le savoir-faire.
Le fan se sentira peut-être un peu déçu, s'il s'attend à découvrir des choses nouvelles mais il faut cependant admettre que de voir réellement ces œuvres procure une émotion vive. Et puis la cible visée par cette expo n'est peut-être pas le fan connaissant sur le bout des doigts ses Arts Books, celui-ci ayant de toutes façons depuis des années acquis bien plus de connaissances que la plupart des japonais sur l'œuvre du «maître».
En revanche, l'exposition semble, au vu des réactions observées autour de nous, ravir les enfants et les néophytes ou amateurs éclairés. Le grand public peut enfin découvrir grâce à cette initiative de nouvelles facettes de l'art de Miyazaki et appréhender des œuvres qui sont encore malheureusement inédites en France. Espérons que l'expo suscitera un large intérêt, afin de provoquer une diffusion de Nausicaä ou une véritable re-sortie de Totoro, et qu'elle permettra à M. Giraud de recevoir enfin la reconnaissance qui lui est dû.




