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Le chat botté

Hommage, plutôt qu'adaptation du conte de Charles Perrault, Le chat botté version Tôei Dôga est un film léger, rythmé, aux personnages chaleureux et un défouloir avéré pour l'équipe de dessinateurs de Yasuji Mori, éprouvée par la production et le mauvais accueil public de Horus, prince du soleil. Bien plus que pour le film d’Isao Takahata, Nagagutsu wo Haita Neko (Le chat botté) porte la marque visible de Hayao Miyazaki qui se chargea de la dernière séquence du film, véritable prototype avant l'heure du final du Château de Cagliostro.

En complément : la traduction française du manga Le chat botté tiré du film, dessiné par Hayao Miyazaki.

Film conseillé à partir de 6 ans (voir guide des parents)


Sources : DVD du film sorti chez Wild Side Video - Planete-jeunesse.com


Le chat botté : Résumé

Pour avoir laissé la vie sauve à des souris, le chat Péro est condamné à mort par le roi des chats. Mais il parvient à échapper à ses semblables lors de son jugement.

Exilé, il se réfugie dans un moulin où vivent trois frères qui viennent tout juste d’hériter de la fortune de leur père. Avides d’argent, les deux plus âgés ont décidé de ravir sa part à Pierre, le plus jeune et le plus naïf. Péro va prendre sous sa protection le pauvre garçon chassé de sa propre maison. Il est bien décidé, grâce à sa débrouillardise et sa ruse légendaire, à transformer le jeune meunier en homme du beau monde.

Le roi cherche justement un époux pour sa fille Rosa et lance le défi aux prétendants de prouver leur valeur et leur richesse. Péro élabore une stratégie afin que Pierre soit l’heureux élu. Il décide de le faire passer pour le noble marquis de Carabas.

Mais Lucifer, un dangereux et puissant sorcier est également prétendant. Péro va aider Pierre à affronter le sorcier et finalement lui faire gagner le cœur de la princesse.

Tout au long de ses aventures, Péro sera poursuivi par une équipe de trois chats exécuteurs, plus maladroits que dangereux, et sera épaulé par une famille de souris voleuses.


Le chat botté : Personnages

Péro

Rusé, débrouillard et héros au grand cœur, Péro n'est pas ici le chat anonyme du conte de Charles Perrault. C’est un chat banni de chez ses semblables, un fugitif qui va soutenir le jeune Pierre, brimé par ses frères. Ils vont faire cause commune et se soutenir l’un et l’autre. Autre revirement par rapport au conte, Péro repartira sur les routes à la fin de l’aventure, au lieu de rester sédentaire comme dans le texte d’origine.

Pierre

Pierre est le fils cadet d’une famille de trois frères. C’est un jeune homme gentil et généreux mais un peu naïf. Au début de l’histoire, son père vient de mourir et il se retrouve écarté de la part de son héritage par ses deux frères aînés. De plus, il est expulsé de chez lui, avec Péro, qui a saccagé sa demeure en affrontant les trois chats exécuteurs. Sous l’impulsion de son compagnon félin, il va se faire passer pour le marquis de Carabas. Mais répugnant à mentir à la princesse Rosa, il va faire preuve d’honnêteté puis finalement se prendre en mains pour se découvrir un courage insoupçonné en affrontant le sorcier Lucifer. Dans la version Tôei de l’histoire, Pierre est un personnage bien plus actif que dans le conte. Ce n’est plus la marionnette du chat mais un être humain à part entière qui évolue au cours du film.

Lucifer

Lucifer est le prince des ténèbres, même s'il est plus pathétique que méchant et qu’il ressemble plus à un enfant capricieux qui cherche l’amour de la princesse Rosa, plutôt qu’à un terrible génie du mal. C’est un sorcier qui possède un pendentif en forme de crâne qui lui permet de prendre la forme de la plus grosse comme de la plus petite des créatures. L’ogre du conte est ici remplacé par un sorcier nommé Lucifer sans aucun rapport avec notre incarnation occidentale du mal. En fait, il est plus proche d’un vampire puisqu’il habite dans un château lointain et mystérieux et a comme subalternes des chauves-souris et des corbeaux. Sa vraie forme est d'ailleurs celle d’une chauve-souris mais grâce à la magie, il prend forme humaine. De plus, lorsqu’il est séparé de son pendentif et que le soleil se lève, il est vulnérable aux rayons de l’astre solaire.

La princesse Rosa

Rosa est la princesse du pays où Péro et Pierre arrivent après avoir été chassé de la maison du second. Par la faute de son roi de père, cupide, avare et qui veut la marier à l’homme le plus riche du monde, elle se retrouve forcée de s’unir avec Lucifer. Elle tombe amoureuse de Pierre qui lui promet de se débarrasser du sorcier. Elle restera fidèle à Pierre, même après avoir appris qu’il n’est pas le marquis de Carabas. Que dire sur la princesse Rosa ? Qu’on est encore bien loin des héroïnes à fort caractère qu’imposera Hayao Miyazaki quelques années plus tard. Rosa est belle, effacée et en attente du prince charmant... Une princesse, quoi !

Autres personnages

Le roi

C’est le père de la princesse Rosa et le roi du pays où Péro et Pierre arrivent. Il est un peu avare et cherche à marier sa fille avec l’homme le plus riche du monde.

Daniel et Raymond

Daniel, le plus grand et Raymond, le plus gros, sont les frères aînés de Pierre. Ils sont cupides et toujours désagréables avec leur frère cadet, plus jeune et plus naïf. Au début de l’histoire, ils ont sournoisement décidé de ravir sa part de l’héritage de leur père en partageant seulement entre eux deux. Ils seront corrigés plus tard, en étant dépossédés de leurs vêtements par les souris chapardeuses, puis des cadeaux destinés à la Princesse Rosa par Péro, déguisé en soldat de garde.

Les souris chapardeuses

Escamoteuses de nourriture, elles forment un groupe de cinq complices, composé d’un chef qui se déplace avec son fils et de trois autres souris. Lorsqu’un problème se présente, elles sont capables de réunir des centaines d’autres souris pour leur donner un coup de main. Le chef décide de venir en aide à Péro et Pierre car ils ont sauvé son fils gaffeur des griffes des chats exécuteurs.

Les chats exécuteurs

Par ordre du roi des chats, ils poursuivent le traître Péro pour le tuer. Ils sont très persévérants car s’ils ne parviennent pas à mener à bien leur mission, ce sont eux qui seront exécutés. Ils sont maladroits et malgré leur statut de tueurs, ils sont froussards. Péro parvient aisément à les rouler à chaque tentative d’attaque sur sa personne. Lien narratif dynamique, ils font avancer l’histoire d’une séquence à l’autre. Comme pour les souris, le groupe des chats possède aussi son membre « boiteux », constamment en décalage avec l’action, gaffeur et à la traîne.


Le chat botté : Analyse

Le chat botté est un film de 1969, réalisé par Kimio Yabuki et produit par la Tôei Dôga (Tôei Animation depuis 1998), dont l’ambition avouée de l’époque était de devenir le Disney asiatique.

Le producteur et président de Tôei Dôga Hiroshi Ôkawa.

Ce film de pur divertissement applique justement à la lettre les recettes de son illustre modèle américain : embryon d’histoire vaguement empruntée au conte de Charles Perrault, action non-stop, comique de situation même dans les rares moments dramatiques, intermèdes musicaux chantés évoquant les états d’âmes des personnages et faires-valoirs comiques en pagaille.

Le réalisateur Kimio Yabuki.

Pour tout dire, les scénaristes Hisashi Inoue et Morihisa Yamamoto, ainsi que le réalisateur, trouvaient le conte de Perrault trop simple. Dans leur film, Péro n’est donc plus un chat sans nom et légué en héritage mais un chat voleur banni de l’île des chats. C’est d’ailleurs le scénariste Inoue qui le nommera Péro en hommage à l’auteur français. C’est parce qu’il trouvait que le scénario de son film n’avançait pas toujours assez vite que Yabuki ajusta également le texte de Perrault à sa convenance. Le réalisateur trouvait pour sa part le personnage de Pierre trop passif et inutile dans le conte. Il décida donc de lui donner plus de consistance en ajoutant la scène où le jeune meunier avoue à la princesse qu’il n’est pas le marquis de Carabas. C’est grâce à ce moment charnière que Pierre peut ainsi faire ses preuves et s’affirmer en sauvant Rosa dans la dernière partie du film.

Mais le changement le plus notable entre le film et le conte intervient à la fin du récit, lors de la séquence de l’affrontement final entre Péro, Pierre et Lucifer qui s’étire ici sur prêt d’un tiers du métrage. Là, où dans le conte le sorcier était finalement vaincu par la ruse du chat, dans la version de la Tôei, cette ruse échoue comme pour entraîner le film sur un final avec plus de panache.

Et quel glorieux final, puisque fort heureusement pour le film, l’équipe de dessinateurs ne réunit pas moins comme artistes que Yasuji Mori, Yasuo Ôtsuka, Yôichi Kotabe et Hayao Miyazaki ! C’est ce dernier qui s’est chargé du storyboard de cette séquence, construite sur le modèle classique du montage alterné entre d’une part, Péro et Lucifer qui tentent de récupérer le pendentif magique, et d’autre part, Pierre qui porte secours à la princesse Rosa. Suspense, retournements de situation et courses poursuites tumultueuses rythment ce passage de près de 30 minutes.

Outre le fait de contenir les plus beaux morceaux d’animation du film, cette séquence a également le mérite de proposer au spectateur un découpage de l’action fort réussie, marque de fabrique de Miyazaki. En effet, malgré les allées et venues des différents protagonistes dans le dédale de couloirs, de ponts et d’escaliers de l’immense et singulier château de Lucifer, le spectateur n’est jamais perdu et sait toujours où chacun se trouve par rapport aux autres.

Cette séquence finale d’affrontement dans le château de Lucifer annonce clairement le dénouement du premier long métrage de Miyazaki, Le château de Cagliostro.

Le château de Lucifer annonce clairement celui du comte de Cagliostro.

On y retrouve même une horloge et ses engrenages récalcitrants.

Le sorcier Lucifer aussi « aérien » qu’un Conan ou un Lupin III.

Et même verticalité dans la mise en scène de cette scène que dans le climax du Château de Cagliostro.

Détail révélateur, pour la seconde sortie en salles du film au Japon, l’affiche du film s’est retrouvée affublée d’une accroche supplémentaire déclarant : « Ce film est à l’origine du Château de Cagliostro. »

Le réalisateur Kimio Yabuki pointant l'accroche supplémentaire
de l'affiche du Chat botté pour sa seconde sortie en salles.

Le chat botté : Création du film

C’est dans la foulée de la déception commerciale de Horus, prince du soleil réalisé par Isao Takahata que Le chat botté est mis en chantier. La Tôei veut un film plus léger et plus simple d’accès pour le public. En 1968, Kimio Yabuki vient d’obtenir avec le film Andersen Monogatari (Les contes d’Andersen), produit par le même studio, le Prix de l'éducation de la jeunesse. C'est grâce à cette distinction que la Tôei lui confie le projet du Chat botté.

Alors que le film de Takahata se distinguait par une réalisation très directive, fortement exigeante et contraignante pour les animateurs, le réalisateur Yabuki a lui opté pour une approche ouverte et qui est en grande partie liée au succès de la création du film. Yabuki, même s’il avait une vision globale du film et a su en garder le contrôle pour présenter un film homogène, a laissé ses dessinateurs travailler en grande liberté, intervenant rarement sur le dessin lui-même. C’est cette liberté qui donne au film son côté divertissant.

Yasuji Mori, garant de la cohérence visuelle du film

Après avoir occupé le poste d’animateur clé sur le film précédant de Isao Takahata, Yasuji Mori occupe sur Le Chat botté le poste de directeur de l’animation. Sur ce nouveau projet, il entraîne notamment avec lui Yasuo Ôtsuka (qui se prépare à rejoindre le studio A production), Yôichi Kotabe et Hayao Miyazaki, leur promettant une sorte de récréation et plus d’autonomie.

Au Japon, c’est Mori qui le premier créa le poste de directeur de l'animation, en 1963, sur le film Wanpaku-ôji no Orochi-taiji (Le prince garnement terrasse la grande hydre) et qui devint un poste standard et continue de l’être de nos jours. Sur Le chat botté, c’est la seconde fois qu’il se retrouve à ce poste pour assurer la cohérence visuelle du film.

C’est après avoir lu le scénario qu’il se charge également de dessiner tous les personnages du film (alors que de nos jours, ce poste serait dédié à une tierce personne). Mori était dans son élément puisque son style se distingue particulièrement dans la création de petits animaux charmants, aux formes rondes et bien adapté à l’animation. Ainsi, même si tout le monde dessinait Péro, c’était toujours Mori qui le retouchait sur les dessins en dernier lieu.

Quelques décors particulièrement soignés du film.

Le storyboard, outil d’expression des dessinateurs

La direction de Kimio Yabuki laissait beaucoup de liberté aux dessinateurs. Le storyboard (le terme équivalent est l'e-konte au Japon) complet du Chat botté est justement un bon exemple de cette liberté puisqu’il a pour caractéristique d’être une compilation de storyboard dessinés par les principaux animateurs du film. C'est pourquoi la personnalité de Yasuji Mori, Yasuo Ôtsuka ou Hayao Miyazaki rejaillit très fortement dans certaines scènes du film.

Yabuki a tout d’abord dessiné un storyboard approximatif. Puis avec Mori, ils ont affecté les animateurs principaux à chaque séquence. C’est ainsi que ce storyboard grossier a été divisé et que Mori s’est occupé de la séquence musicale où Pierre et Pero partent sur les chemins ensembles en chantant et dansant. Ôtsuka a pris la séquence de transformation de Lucifer et se retrouve à animer à nouveau un dragon après celui de Le prince garnement terrasse la grande hydre.

Yôichi Kotabe, la séquence où Lucifer attend la princesse et Miyazaki a pris la séquence de poursuite finale. Une fois que toutes les séquences furent assignées, chaque animateur dessina un storyboard et c’est alors que Yabuki sélectionna ceux qu’il voulait garder pour en faire le storyboard final.

À cette époque, le scénario pour un film d’animation n’était pas une base fixe. Souvent, durant le processus de création, dessiner amène des idées nouvelles et intéressantes, ce qui apporte régulièrement des changements de script tout au long de la production. C'est ce qui s'est produit avec ce film. C’est par exemple à la conception du storyboard qu’il est apparu que l’un des trois chats exécuteurs serait un peu plus « à la traîne » que les deux autres.

Un succès... Et la fin d'une époque

Une qualité certaine d’animation et d’homogénéité dans les dessins avait été atteinte sur Horus, prince du soleil. Ce savoir-faire technique, recherché pour le film de Isao Takahata, s’est directement répercuté sur celui du Chat botté. Malheureusement, le film de Kimio Yabuki fut l’un des derniers films à gros budget de la Tôei. Avec Sora Tobu Yûreisen (Le vaisseau fantôme volant), en 1969, et le fort succès des séries TV animées au début des années 70, le studio abandonne la full animation (24 images/secondes théorique) pour l’animation limité (où on double, voire triple, les dessins pour une seconde d’animation) afin de répondre aux cadences de production élevées.

C'est peut-être cette qualité qui marqua les spectateurs japonais, car le succès du film dépassa toutes les espérances du studio et deux suites furent misent en chantier : Nagagutsu Sanjûshi (Les 3 mousquetaires bottés) de Tomoharu Katsumata, en 1972, et Nagagutsu wo Haita Neko : Hachijû Nichikan Sekai Isshû (Le chat botté - Le tour du monde en 80 jours) de Hiroshi Shidara, en 1976.
Autre preuve de ce succès, le chat Péro, comme Totoro a pu le devenir pour le studio Ghibli, devint l’emblème du studio et l’est encore aujourd’hui.


Le chat botté : Fiche technique

Crédits

Titre 長靴をはいた猫 (Nagagutsu wo Haita Neko)
The Wonderful World of Puss 'N Boots / Le chat botté
Année de création 1969
Œuvre originale Le chat botté de Charles Perrault
Scénario Hisashi Inoue, Morihisa Yamamoto
Storyboard préliminaire, réalisation Kimio Yabuki
Storyboard Yasuji Mori, Yasuo Ôtsuka, Hayao Miyazaki, Yôichi Kotabe, Reiko Okuyama, Akemi Ôta, Akira Daikubara, Sadao Kikuchi
Directeurs artistiques Mataharu Urata, Isamu Tsuchida
Character design Yasuji Mori
Directeur de l'animation Yasuji Mori
Animateurs clés Yasuo Ôtsuka, Hayao Miyazaki, Yôichi Kotabe, Reiko Okuyama, Akemi Ôta, Akira Daikubara, Sadao Kikuchi
Traçage Michiyo Yasuda, Sumiko Takeda
Couleurs Keiko Miyamoto, Masako Hirata
Directeurs de la photographie Miki Hirao, Yôichi Takanashi
Musique Seiichirô Uno
Paroles du générique Hisashi Inoue, Morihisa Yamamoto
Producteur Hiroshi Ôkawa
Production Tôei Dôga

Doublage japonais

Péro Susumu Ishikawa
Pierre Toshiko Fujita
Lucifer Asao Koike
La princesse Rosa Rumi Sakakibara
Le roi Keaton Masuda
Daniel Kenji Utsumi
Raymond Shun Yashiro
Le chef des souris Kazuo Kumakura
Le fils du chef des souris Yôko Mizugaki

Doublage français

Doublage Wild Side Videos (2005)

Péro Philippe Allard
Pierre Véronique Fyon
Lucifer Benoît Grimmiaux
Daniel Franck Dacquin
Raymond Michel Hinderyckx
Le roi des chats Lionel Bourguet

Quelques chiffres

Date de sortie du film au Japon 18 mars 1969 dans le circuit de salles Tôei
Dates de sortie du film en France 11 décembre 1974 en salles (1er doublage),
1992 en VHS chez UGC Vidéo (2ᵉ doublage),
puis février 2005 en DVD chez Wild Side Video (3ᵉ doublage)
Durée du film 83 minutes