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Nausicaä de la Vallée du Vent

Mille ans après les « Sept jours de feu » et l'effondrement de la grande civilisation industrielle, se répand sur les terres désolées le Fukai : une forêt toxique peuplée d'insectes géants. L'étendue du Fukai menace l'existence des survivants de la race humaine. La Vallée du Vent est un petit royaume protégé tant bien que mal des pollutions de la forêt par un vent marin. Sa princesse, Nausicaä, est une jeune fille caractérisée par une forte empathie pour toute forme de vie. Elle dédie son existence au bien-être de son peuple et cherche à comprendre le Fukai. Un jour pourtant, la vie paisible de la Vallée va basculer dans le chaos...

Kaze no Tani no Naushika (Nausicaä de la Vallée du Vent) est une œuvre-clef de Hayao Miyazaki et a marqué durablement l'histoire de l'animation japonaise. Plus de trente ans après leur création, le film et son héroïne emblématique restent une référence gravée dans les cœurs de tous les fans.

En complément : Nausicaä de la Vallée du Vent, le manga qui a inspiré le long métrage.

Film conseillé à partir de 10 ans (voir guide des parents)


Sources : Hayao Miyazaki, Master of Japanese Animation d'Helen McCarthy - L'art de Nausicaä de la Vallée du Vent - Dans le studio Ghibli, travailler en s'amusant de Toshio Suzuki - Nausicaa.net - Animeland hors-série n° 3
Remerciements : merci à Soundjata pour la page consacrée à La princesse des étoiles et à Yasuka Takeda pour les traductions de la page Souvenirs de Nausicaä


Nausicaä de la Vallée du Vent : Résumé détaillé

Un vieux guerrier menant deux grands oiseaux entre dans un village désert entièrement envahi par des champignons émettant des vapeurs empoisonnées. L'homme ne peut que constater le spectacle de désolation : un autre village est mort et sera bientôt envahi par la forêt.

Le générique du film défile, illustré par les scènes d'une décoration murale primitive. Le contrôle de la technologie a échappé à l'homme et de terrifiantes armes, sous la forme de gigantesques guerriers biomécaniques, ont déversé le feu et la destruction sur le monde. La science et les poisons utilisés pendant la guerre ont permis à des insectes géants et des plantes nouvelles d'infester notre monde. Mille ans après, la forêt toxique, le Fukai, continue de s'étendre inexorablement sur la planète, annonçant le crépuscule du genre humain. Mais alors que la fresque semble s'arrêter, l'histoire devient prophétie. Une créature angélique dans une robe bleue apparaît et devient le sauveur de l'humanité.

Nausicaä sur son Moeve, un planeur à réaction, apparaît, volant à travers les nuages au dessus du Fukai. Bientôt, elle se pose et, munie de son masque, entre dans la forêt toxique. Elle y découvre une carapace d'Ômu, l'immense insecte-roi. Ravie par sa découverte, elle récupère un des globes oculaires, qui ressemble à une coupole en verre.

Soudain, un coup de feu de détresse se fait entendre. L'homme de la première scène, à dos d'oiseau, fuit hors de la forêt, pourchassé par un Ômu fou de rage. Nausicaä se précipite à sa rescousse. Pour neutraliser cette colère, elle lâche depuis son Moeve des grenades stroboscopiques devant l'insecte. Étourdi et abasourdi, l'Ômu s'arrête. Son agressivité partie et sa placidité revenue, il retourne dans la forêt.

Nausicaä atterrit près de l'individu. Celui-ci n'est autre que Maître Yupa, l'ancien tuteur de la princesse. Après un long voyage, il est de retour dans la Vallée du Vent, le petit royaume de Nausicaä protégé du Fukai par un vent marin. Yupa explique qu'en sauvant un petit renard-écureuil qu'il avait pris pour un bébé humain, il a tiré sur un insecte, déclenchant ainsi la colère de l'Ômu. Nausicaä adopte rapidement le petit animal malgré ses airs faussement farouches et lui donne le nom de Teto.

Ce soir-là, Yupa discute avec le roi Jill, père de Nausicaä, très atteint par une maladie causée par l'air toxique, de ses voyages et du déclin progressif de l'humanité, au fur et à mesure que le Fukai avance. Ô-baba, une vieille sage aveugle, affirme que Yupa parcourt le monde à la recherche de l'élu dont la légende dit « qu'il est une personne vêtue de bleu qui descendra du ciel sur un champ tissé d'or, renouera le lien perdu avec la terre et guidera les gens vers un pays d'un bleu pur. » Mais Yupa rétorque qu'il ne fait qu'étudier le Fukai.

Pendant la nuit, Mito réveille Nausicaä. Il y a quelque chose d'anormal dans le vent. Elle rejoint immédiatement le guetteur de nuit sur le toit du château. A leur stupéfaction, un énorme transporteur Tolmèque surgit de la nuit, couvert d'une nuée d'insectes. Le navire tente de continuer son vol mais finit par s'écraser sur un relief près des champs. Nausicaä est la première sur les lieux du sinistre et recherche des survivants. Elle découvre Lastel, princesse du royaume de Pejite. Mortellement blessée, la jeune fille lui demande si le cargo a bien entièrement brûlé. Nausicaä lui assure que tout a été détruit et Lastel meurt soulagée.

Les champignons transportés par l'avion ont atterri dans les champs et les habitants de la Vallée se mobilisent pour éradiquer l'infection. Ils découvrent près de la carcasse de l'avion un insecte blessé et s'apprêtent à le tuer. Yupa les arrête : s'ils l'attaquent, il appellera une nuée d'insectes qui ravagerait tout. Utilisant un sifflet qu'elle fait tournoyer au bout d'une corde, Nausicaä parvient à leurrer l'insecte et à le faire retourner dans la forêt.

Le jour suivant, un escadron de corvettes et de transporteurs Tolmèques envahit la Vallée. Puissamment armés, ils soumettent la population. Se trouvant dans les champs au moment de l'invasion, Nausicaä se précipite au château. Elle y découvre avec effroi un groupe de soldats venant d'assassiner son père. Folle de douleur et de rage, Nausicaä les attaque. Elle cause de nombreux dégâts mais son arme est bientôt inefficace contre les armures des soldats venus en renfort. Yupa s'interpose alors au milieu du combat évitant à Nausicaä de connaître le même sort que son père.

Dehors, les habitants de la Vallée apprennent la mort de Jill. Alors qu'ils étaient sur le point de se révolter, Nausicaä leur demande de ne rien tenter. La princesse Tolmèque Kushana, commandante de la force d'invasion, explique à la population que les Tolmèques ont l'intention de brûler le Fukai pour rendre la terre à l'humanité. Ô-baba la prévient que d'autres grands empires ont déjà tenté de détruire la forêt mais les Ômu se sont toujours levés en masse et ont à chaque fois tout dévasté.

Mais Kushana est persuadée que cette fois, l'humanité sortira vainqueur. L'avion qui s'est écrasé la veille dans la Vallée du Vent transportait un Dieu-guerrier en sommeil. Les Tolmèques comptent le raviver sur place et l'utiliser contre le Fukai. Pour éviter toute rébellion, Kushana décide de prendre en otage Nausicaä et quelques personnes âgées de la Vallée. Elle les ramènera avec elle vers la capitale Tolmèque.

La nuit avant le départ, Yupa, suivant Teto, trouve Nausicaä dans les soubassements du château. Il découvre avec stupeur qu'elle y tenait un jardin secret dans lequel elle a cultivé des spores collectés dans le Fukai. Nausicaä explique à Yupa que s'ils poussent avec de l'eau et de la terre saine, les plantes ne libèrent pas de toxines. La jeune fille a découvert que ce ne sont pas elles qui sont toxiques mais les sols et les eaux qui sont pollués. Nausicaä espérait trouver un remède pour guérir son père et les personnes affectées par les poisons, mais elle doit tout laisser derrière elle.

Le lendemain, Nausicaä et les autres otages embarquent dans des vaisseaux Tolmèques. Sur le chemin, la flotte est attaquée par un chasseur de Pejite piloté par le prince Asbel, frère de Lastel. Celui-ci parvient à détruire plusieurs appareils. Horrifiée par cette tuerie, Nausicaä monte sur l'armature du vaisseau et écarte les bras en guise de bouclier. Asbel, l'espace d'une seconde, croit voir en Nausicaä sa défunte sœur. Son hésitation permet à une corvette Tolmèque de le toucher et son chasseur plonge dans le Fukai. Nausicaä, Mito et Kushana s'échappent du vaisseau Tolmèque en feu à bord du Gunship de la Vallée. Ils rejoignent le groupe des autres otages dont le planeur s'est détaché du transporteur qui le remorquait. Malgré leur affolement, Nausicaä parvient à les guider dans leur descente et ensemble ils atterrissent sur un lac au cœur du Fukai.

Alors que les gens de la Vallée discutent du moyen de repartir de la forêt, Kushana sort un pistolet et tente de prendre le contrôle des opérations. Mais c'est alors qu'un groupe d'Ômu surgit des profondeurs du lac et les encerclent. Kushana est paralysée de peur. Au contraire, Nausicaä, très calme et pleinement confiante, laisse un Ômu l'examiner. Ne décelant aucune agressivité, les insectes repartent.

Mais bientôt, l'agitation gagne la forêt. Nausicaä grimpe sur son Moeve et part explorer les alentours du lac. Kushana neutralisée, Mito et les siens retournent vers la Vallée. De son coté Asbel est attaqué et poursuivi par les insectes. A cours de munitions, il est acculé au bord d'un escarpement et chute dans le vide. Nausicaä parvient à l'attraper mais le Moeve heurte un grand insecte volant et il s'écrase dans des sables mouvants. Asbel et Nausicaä sont engloutis...

Inconsciente après l'impact de la chute, Nausicaä rêve de son passé. Alors enfant, elle accompagne ses parents lors d'un voyage. Elle trouve un bébé Ômu qu'elle tente de dissimuler. Mais le père le lui arrache des bras et l'emporte malgré les supplications de la petite fille pour épargner l'insecte.

Les sables mouvants ont entraîné Nausicaä et Asbel dans les cavités souterraines de la forêt. A son réveil Nausicaä est surprise de voir que l'air y est respirable et non toxique. Elle comprend alors que les arbres du Fukai absorbent les poisons du sol pour les cristalliser. Le Fukai que l'homme tente de détruire est en fait en train de purifier la terre et l'eau souillées par l'homme un millénaire auparavant. Quand Asbel rejoint Nausicaä, des larmes coulent sur ses joues. Mais ce sont des larmes de joie...

Pendant ce temps, dans la Vallée, Yupa a suivi secrètement le travail des chercheurs Tolmèques pour faire revivre le Dieu-guerrier. Alors qu'il part avec Mito, revenu entre temps avec Kushana prisonnière, les villageois sont occupés à brûler une partie de leurs arbres, envahis par les champignons toxiques.

Le matin suivant, Nausicaä et Asbel se rendent dans la capitale de Pejite pour découvrir que les insectes du Fukai, emmenés par les Ômu ont tout dévasté. Ils apprennent que les Tolmèques ont leurré les insectes et les ont dirigés vers la ville. Les soldats de Pejite comptent faire de même contre les Tolmèques qui occupent la Vallée du Vent. Ils comptent s'emparer ensuite du Dieu-guerrier pour détruire le Fukai qui envahit leur pays. Nausicaä essaie de s'enfuir pour prévenir son peuple mais elle est retenue et séquestrée. Asbel qui tente de l'aider est assommé par ses propres troupes.

Dans la Vallée, le chaos règne. Le peuple s'est révolté contre l'occupant Tolmèque. Quelques villageois parviennent à s'emparer d'un tank qui permet de couvrir la fuite de la population aux abords de la Vallée. Le retour de Kushana en ces instants de crise met un terme au rêve de pouvoir de Kurotowa. Sur le transporteur de Pejite, la mère d'Asbel et de Lasbel aide Nausicaä, déguisée, à s'échapper. La jeune fille arrive à son Moeve lorsque l'avion est attaqué par un navire de guerre Tolmèque. Nausicaä prend son envol mais elle est poursuivie. Alors que la situation paraît compromise, Yupa et Mito à bord du Gunship de la Vallée viennent à la rescousse. Yupa prend ensuite les commandes à bord du vaisseau de Pejite, tandis que Nausicaä et Mito filent vers la Vallée pour tenter de sauver leurs compatriotes des plans de Pejite ainsi que du Dieu-guerrier Tolmèque.

D'en haut, Nausicaä et Mito voient une marée d'Ômu enragés se ruer vers la Vallée. Il ne leur faut pas longtemps pour découvrir la cause de leur fureur : un bébé Ômu est torturé, suspendu à une jarre volante de Pejite survolant les lacs acides. Sa douleur attise la colère des Ômu et les guident vers la jarre se dirigeant tout droit vers la Vallée du Vent. Nausicaä tente de les arrêter mais les soldats de Pejite répondent par le feu et la blesse. Elle parvient néanmoins à déséquilibrer la jarre qui s'écrase sur un petit îlot au milieu du lac.

Nausicaä se précipite pour empêcher le bébé Ômu, de s'avancer dans les eaux acides afin de rejoindre les siens. Mais en tentant de le retenir c'est elle qui se brûle. Elle s'effondre de douleur sur la plage. L'Ômu s'arrête alors et déploie ses senseurs sur les blessures de Nausicaä, qui sont soulagées en un instant.

Alors que les soldats de Pejite reprennent leurs esprits, Nausicaä leur ordonne, arme au poing, d'emporter le bébé Ômu à la Vallée, dans l'espoir d'arrêter la charge des insectes. Devant l'arrivée imminente de la horde d'insectes, Kushana de son côté libère le Dieu-guerrier qui fait feu. Le tir pulvérise la première ligne d'Ômu dans une explosion prodigieuse. Mais le Dieu-guerrier a été mis au monde trop tôt et sa chair commence à se décomposer. Après un autre tir, il s'effondre. Bien que touchés, les Ômu sont encore innombrables et continuent à charger. Le peuple de la Vallée sent sa fin proche.

Soudain la jarre volante de Pejite apparaît dans le ciel. Elle dépose Nausicaä et le bébé Ômu devant de la horde en furie. Mais les Ômu aveuglés par leur colère ne freinent pas et à leur passage Nausicaä est heurtée de plein fouet et se trouve projetée dans les airs avant de disparaître dans la masse.

Persuadés que leur princesse est morte, les habitants de la Vallée s'effondrent en larmes. Pourtant, les Ômu se sont arrêtés et leur colère s'est dissipée. Ceux qui entourent le corps brisé de Nausicaä lui appliquent leurs senseurs et la lèvent au ciel. Nausicaä reprend alors doucement connaissance, guérie, et se lève. Les nombreux senseurs des Ômu qui la soutiennent donnent l'impression qu'elle marche sur un champ de blé doré.

Quand les enfants de la Vallée décrivent la scène à Ô-baba, aveugle, celle-ci fond en larmes : la prophétie de « l'élu vêtu de bleu qui descendra du ciel sur un champ d'or » s'est réalisée. Nausicaä est celle qui a renoué le lien entre l'humanité et l'Ômu.

Le vent est revenu sur la Vallée. Les Ômu retournent dans leur forêt et les Tolmèques dans leur empire. Le peuple de Pejite qui a perdu sa cité reste dans la Vallée et aide les habitants à reconstruire. Le générique de fin montre la vie qui reprend dans le petit royaume. Yupa et Asbel explorent le Fukai et Nausicaä entraîne les jeunes enfants au vol sur Moeve. Dans une cavité souterraine sous le Fukai, une plante verte a poussé dans le sable purifié, à côté du casque abandonné de Nausicaä.


Nausicaä de la Vallée du Vent : Personnages

Nausicaä

La princesse Nausicaä, fille de Jill, est l'unique descendante royale de la Vallée du Vent. La maladie de son père a contraint Nausicaä a grandir plus vite que les jeunes gens de son âge, et c'est donc une jeune fille mature et pleinement responsable qui prend les rênes du pouvoir à la mort de son père. Loin des clichés de la princesse traditionnelle des contes de fée, Nausicaä est à la fois diplomate mais résolue, ferme mais attentive. Elle a cependant parfois besoin des conseils de Yupa lorsqu'elle doute.

Prête à assumer toutes les fonctions dévolues à son rang, elle accueille avec joie les hôtes de son père, mais sait aussi piloter à merveille son Moeve et est prête à prendre les armes pour défendre son peuple et ses terres. A la fois douce et forte, Nausicaä incarne la princesse idéale, aimée et respectée par ses sujets, crainte et admirée par ses ennemis.

Depuis son plus tendre âge, Nausicaä s'est toujours intéressée à son environnement. Un de ses premiers souvenirs est celui où elle défend un bébé Ômu qu'elle avait caché, alors qu'elle n'était qu'une toute petite fille, prête alors à braver les adultes et ses propres parents, décidés à tuer l'insecte. Mue par une véritable volonté de comprendre ce qui l'entoure, elle a même cultivé elle-même son jardin secret, au sens propre comme au sens figuré, puisqu'elle a fait pousser elle-même du Fukai afin de saisir les raisons de ce mal qui dévore son pays et la Terre toute entière. Elle seule comprend ainsi que le Fukai n'est pas toxique et bien au contraire, purifie les éléments terrestres souillés par l'homme.

Respectueuse de toutes les formes de vie, elle se refuse bien souvent à utiliser la force envers les insectes, essayant sans cesse de comprendre les raisons de leur comportement et désamorçant ainsi les situations les plus délicates. Douée d'une empathie exceptionnelle, elle est même prête à se sacrifier pour éviter la mort d'un jeune Ômu. Elle est capable également de comprendre les motivations humaines et cerne en un regard la personnalité pourtant complexe de la princesse Kushana. C'est ce véritable don d'empathie pour toutes les formes de vie qui fait d'elle le lien manquant entre l'humanité et la Terre. C'est elle l'Elu qui réconciliera ces deux mondes séparés depuis plus d'un millénaire.

Cependant, Nausicaä, sous une apparence idéale, a aussi des failles. Très affectée par l'assassinat de son père, elle cèdera à la colère et à la haine, tuant tous les soldats tolmèques se trouvant sur son passage. Il faudra l'intervention de Yupa pour la freiner.

Cette frénésie meurtrière inattendue bouleversera la jeune fille, terrifiée par l'ampleur de son geste. Ce sont ces doutes et ces erreurs qui rendent le personnage de Nausicaä humain et touchant aux yeux du spectateur. La jeune fille est l'Elue, mais elle reste humaine et faillible.

Nausicaä reste cependant un personnage d'exception. Elle n'est mue par aucun orgueil, aucune recherche de pouvoir. Elle recherche avant tout le bien d'autrui et non le sien. Elle porte en elle un véritable message d'espoir pour l'humanité et incarne notre prise de conscience de notre environnement et de son respect.

Yupa

Yupa est le mentor de Nausicaä et le meilleur ami du roi Jill, mais ce n'est pas un habitant de la Vallée du Vent. Il a enseigné à la princesse les armes mais surtout il lui a appris beaucoup sur le monde et sur la nature humaine. Il connaît Nausicaä depuis qu'elle est toute petite et a une immense affection pour elle.

Yupa est un formidable combattant -ses talents à l'épée sont reconnus et redoutés de tous- mais son habileté n'a d'égale que sa sagesse et sa noblesse d'âme. Toujours en voyage, c'est un solitaire. Dans une quête aussi bien scientifique que spirituelle, il consacre sa vie à tenter de comprendre les mystères du Fukai. Il ne s'est pas rendu compte que les réponses se trouvaient en la personne de son élève Nausicaä.

Teto

Teto est le nom que Nausicaä a donné à la petite créature sauvage que Yupa lui apporte au début du film et qu'elle décide d'adopter. Sorte de croisement entre un écureuil et un renard, ce petit animal d'abord farouche deviendra un compagnon inséparable et dévoué à sa douce maîtresse.

Kushana

Kushana est à la tête de l'armée Tolmèque qui a envahi la Vallée du Vent pour s'assurer la récupération de l'arme secrète de Pejite : un Dieu-guerrier. Elle n'a aucune malveillance envers le peuple de la Vallée mais elle est déterminée à ne pas les laisser s'opposer à ses projets. L'empire Tolmèque est peu à peu gagné par le Fukai et Kushana voit en le Dieu-guerrier la solution pour détruire la forêt toxique qui menace l'humanité. Poussée par une haine féroce envers le Fukai et ses insectes à cause desquels elle a perdu son bras gauche, elle sacrifierait n'importe qui ou n'importe quoi pour remplir ses objectifs.

Kurotowa

Kurotowa est le second de Kushana et il se rend bien compte qu'il le restera tant que son brillant supérieur sera en vie. Son indolence (ou peut-être le fait qu'il soit conscient de ses limites) l'empêche de tenter de s'emparer du commandement mais il n'a pas de loyauté particulière envers Kushana et n'attend que l'opportunité de sa disparition pour prendre sa place. Il est difficile de discerner une morale chez Kurotowa. Comme son leader, il pense que la fin justifie les moyens.

Le roi Jill

Jill est le père de Nausicaä et le souverain du petit royaume de la Vallée du Vent. C'est un bon roi qui se préoccupe de son peuple qui l'apprécie. Mais il n'a pas la vision de sa fille et pense comme beaucoup que les Ômu et le Fukai sont une menace qu'il faut combattre (« les hommes et les insectes ne peuvent pas vivre ensemble »). C'est néanmoins un homme courageux : malgré son impotence, il mourra l'épée à la main face aux soldats Tolmèques.

Mito et ses compagnons

Mito est l'oncle de Nausicaä. Ses amis et lui forment une bande de joyeux boute-en-train. Ils ont une admiration et une affection sans borne pour leur princesse. Ils prendront une part importante dans la révolte des habitants de la Vallée contre l'envahisseur Tolmèque.

Ô-baba

Grand-mère est une vieille femme aveugle dotée d'une grande sagesse. C'est elle qui apprend à Nausicaä la légende de l'élu vêtu de bleu, sans se douter que la prophétie désigne sa princesse. Ô-baba est aussi une femme de grand courage. Elle défiera l'envahisseur et n'aura pas peur de les prévenir de l'inconséquence de leurs plans.

Le prince Asbel

Asbel est le prince de Pejite et le frère de Lastel. Sa soif de vengeance le pousse à attaquer les navires de guerre de Kushana. Son chasseur abattu, il sera sauvé par Nausicaä. Tous deux découvriront au plus profond de la « Mer de la décomposition » que l'air est respirable. Asbel sera donc le premier avec Nausicaä à comprendre le rôle du Fukai dans la purification du monde. Sa rencontre avec la princesse lui aura ouvert les yeux et il fera tout pour l'aider à arrêter l'escalade de la violence.

La princesse Lastel

Lastel, princesse de Pejite, fait une apparition aussi courte que dramatique dans le film. Agonisante après le crash du navire Tolmèque sur lequel elle était prisonnière, elle meurt soulagée en obtenant confirmation de la destruction complète de la cargaison et donc du Dieu-guerrier. La ressemblance de Lastel avec Nausicaä (son rang de princesse, son physique et cette ultime préoccupation laissant entrevoir sa grandeur d'âme) n'est pas gratuite. Sa mort tragique nous rappelle que Nausicaä n'est pas immortelle. Cette vulnérabilité rend l'héroïne d'autant plus humaine et attachante.


Nausicaä de la Vallée du Vent : Analyse

Combien il est difficile de parler de Nausicaä, tant le film comme son héroïne sont uniques, hors normes, et tout à fait indispensables. Nausicaä de la Vallée du Vent est passé dans la mémoire collective japonaise. Près de vingt après sa sortie, il est toujours classé dans les sondages parmi les animes préférés des Japonais, chaque ressortie en Vidéo/DVD/Blu-ray atteint les sommets des ventes et la princesse Nausicaä est considérée au Japon comme l'un des plus grands personnages de fiction jamais créés.

Une princesse mythologique et messianique ?

On sait qu'Hayao Miyazaki s'est inspiré de deux mythes pour créer son personnage. L'un est celui de la légende japonaise La princesse qui aimait les insectes. Ce conte japonais du XIIᵉ siècle narre l'histoire d'une jeune fille qui refusait de se teindre les dents en noir, qui ne se rasait pas les sourcils et qui avait la peau halée, allant à l'encontre de la coutume en vigueur à l'époque pour les femmes. Elle ne s'intéressait en fait qu'à la beauté intérieure, et non à la superficialité de l'apparence. Alors que les autres jeunes filles s'intéressaient aux papillons, elle se passionnait pour les chenilles et les chrysalides. On ignore ce qu'est devenue ensuite cette princesse. On retrouve bien évidemment une grande partie de ce caractère chez Nausicaä, qui n'éprouve aucun sentiment de haine envers les Ômu, s'intéresse à l'évolution du , et est prête à se sacrifier pour ces formes de vie que pourtant tous détestent.

La seconde source est tirée de l'Odyssée de Homère. Comparer cette source d'inspiration peut sembler intéressant. Pour les curieux, la princesse apparaît dans le Chant VI et s'évanouit du récit au chant VII. C'est un personnage relativement secondaire mais son histoire peut expliquer l'intérêt de Miyazaki pour ce mythe. En effet, alors qu'Ulysse échoue sur les rivages de Phéacie, Athéna envoie la jeune princesse Nausicaä pour l'accueillir. Elle est la seule à ne pas être effrayée par son aspect repoussant. Elle lui permet d'arriver à la cour, mais ne peut l'accompagner jusqu'à la ville, par peur des rumeurs et des réactions lorsque les Phéaciens découvriront un homme inconnu accompagné de leur princesse. Cette sage décision permet en effet au héros d'être accueilli sans problème par la reine Arété.

Les différences entre les deux personnages sont nombreuses. La Nausicaä d'Homère est une jeune fille qui désire profondément se marier et elle voit en Ulysse l'Homme idéal, soutenue par sa mère Arété. Chez Miyazaki, malgré les accointances avec certains personnages masculins, Nausicaä est seule et condamnée à le rester, car son côté messianique ne peut que l'isoler, faire d'elle un guide mais pas une compagne. Son empathie est trop universelle pour se concentrer sur une seule personne.

Mais les ressemblances existent. Si, chez Homère, Pallas a choisi Nausicaä pour accueillir Ulysse, c'est parce que le peuple des Phéaciens est méfiant de nature, et Nausicaä est probablement la seule à pouvoir secourir le pauvre Ulysse. De plus, elle montre une grande sagesse en laissant Ulysse aux portes de la ville, ce que souligne ce dernier auprès de la reine Arété ensuite, évitant ainsi une arrivée ambiguë aux bras de la princesse. En effet, elle ne semble pas avoir une quinzaine d'années, mais être une femme mûre et réfléchie.

Ensuite, la Nausicaä d'Homère est presque « habitée » par Athéna, qui la guide vers Ulysse. Cette force divine la fait ressembler véritablement à une déesse et intime le respect au naufragé. Cela fait évidemment penser à la réaction admirative que suscite « notre » Nausicaä, auprès des autres personnages, mais aussi auprès de ses admirateurs en « chair et en os », élevée au rang de quasi-déesse.

Enfin, Homère souligne le fait que les Phéaciens sont les plus grands navigateurs de la Méditerranée, maîtrisant les flots et les courants comme personne. Cela me rappelle un peu la Vallée du Vent, en transposant légèrement la technique...

La Nausicaä de Miyazaki puise donc son origine dans deux contes, afin de créer ce personnage hors normes et quasi messianique, bien que Miyazaki réfute toute inspiration religieuse dans le film. Certaines scènes renforcent cette impression de divinité du personnage. Ainsi, la scène où Nausicaä se projette devant le vaisseau de Pejite pour sauver le bébé Ômu est frappante. Pendant quelques secondes à peine, on aperçoit la jeune fille, les bras en croix, offerte aux tirs des soldats, s'offrant littéralement comme cible et comme victime pour empêcher le massacre qui se prépare. Ce geste de sacrifice ultime agit comme une révélation sur le spectateur. Nausicaä évoque irrésistiblement l'image du messie prêt au sacrifice de sa personne pour sauver la moindre forme de vie. La scène finale n'est finalement que l'accomplissement de la prophétie, la révélation de la nature quasi-divine de Nausicaä.

L'alliance magique de l'image et de la musique

Nausicaä est le premier film où Hayao Miyazaki et Joe Hisaishi collaborent, donnant naissance à un véritable chef-d'œuvre né de l'union magique entre les images et une bande-son époustouflantes. Cette première rencontre entre les deux hommes marque un véritable tournant dans leur carrière respective et la naissance d'une collaboration qui continue encore à ce jour.

Certes, la musique peut sembler parfois un peu datée, très marquée par les années 80 et le synthétiseur. Cependant, certaines scènes du film du film n'auraient véritablement pas la même portée sans la musique de Hisaishi. Ainsi, Miyazaki met en scène le moment où Nausicaä se remémore une scène grâce aux Ômu avec une petite comptine chantée par une voix d'enfant. On ignore encore quelles sont ces images que Nausicaä voit, mais grâce à ces quelques notes simplissimes et cette petite voix mutine, l'ensemble de la scène est teintée d'une nostalgie et d'une douceur inattendues. Cette même musique revient quelques minutes plus tard, lorsque Nausicaä rêve. On comprend que l'on est plongé dans les souvenirs de la princesse, alors qu'elle n'était qu'enfant. La petite comptine venant accompagner les images, on s'attend à une évocation tendre de son enfance. Mais déjouant les clichés habituels de ce type d'évocation, Miyazaki met en scène au contraire un grand traumatisme : la scène où Nausicaä tente de protéger un bébé Ômu de la folie meurtrière des adultes, dont ses propres parents. Le spectateur ne peut être que bouleversé par la violence des images qui s'oppose à l'innocence absolue de la musique.

Un des autres moments forts du film, alliant musique et image, est probablement la scène finale du film. Nausicaä vient d'être renversée par les Ômu, guidés par leur colère presque aveugle. On la découvre, gisant morte au centre des Ômu, apaisés par ce sacrifice ultime. Ils portent alors Nausicaä vers les cieux grâce à leurs tentacules. Retentissent alors quelques notes, celles de La sarabande de Haendel, revisitées par Hisaishi. Cette musique, universellement connue, semble accompagner la princesse pour sa marche funèbre. Le spectateur est bouleversé devant ce spectacle ultime, convaincu de la mort de l'héroïne de Miyazaki. Puis, le requiem s'estompe peu à peu, laissant place à la comptine enfantine. Cette musique permet de se souvenir de l'épisode de l'enfance de Nausicaä, où elle s'était battue pour sauver un Ômu, petite fille seule face à la folie des adultes. En choisissant cette musique, Miyazaki semble vouloir nous dire que les Ômu offrent donc à nouveau la vie à Nausicaä, comme un geste de remerciement pour tout ce que Nausicaä a fait pour eux, dans le présent comme dans le passé. Ces quelques notes apaisent également le spectateur, après la tension émotionnelle du « requiem », le préparant à la résurrection miraculeuse de la princesse grâce à la force régénératrice des Ômu.

Les idéaux face aux critiques

On a reproché au film de ne pas avoir su retranscrire l'ensemble du manga écrit et dessiné par Hayao Miyazaki. Evidemment, le film n'aurait jamais existé sans le manga. Mais un tel reproche sur la qualité de l'œuvre peut prêter à sourire. En effet, alors qu'il commence la réalisation du film, Miyazaki n'en est qu'à son 2ᵉ volume. Difficile donc pour lui de résumer la série entière, puisqu'elle est bien loin d'être terminée à l'époque de la conception filmique. Dans la bande dessinée, Miyazaki a pu développer un monde, une intrigue, des personnages et construire des interactions avec une profondeur qu'un film de 2 heures ne peut atteindre. Ainsi, beaucoup de critiques ont fait l'erreur de regarder le film Nausicaä de la Vallée du Vent comme un parent pauvre du manga. Pour ne pas tomber dans ce piège, il faut considérer le film comme une œuvre originale et indépendante.

Or une fois ce cap franchi, on s'aperçoit que Nausicaä est sans doute le film le plus important de Miyazaki, celui sans lequel le reste de son œuvre ne peut être totalement compris. Ce magnifique film nous dévoile toutes les passions et les obsessions qui allaient poursuivre le maître dans ses futures réalisations. Il expose les thèmes de prédilection et les archétypes qui seront développés par la suite avec tant de succès. Mais surtout, ce qui fait de Nausicaä un film à part, est ce souffle, cette énergie pure, cette sincérité que Miyazaki a exprimées dans son propos et dans le portrait de son héroïne, incarnation de ce que l'humanité peut avoir de plus beau et de plus noble.

Si ce film apparaît si sincère ce n'est pas dû qu'à l'unique talent de conteur de Miyazaki. En fait, rarement un réalisateur s'était autant confié dans un film. Bien qu'il ne s'agisse pas du premier travail de maître, on peut considérer Nausicaä comme une œuvre de jeunesse. C'est la première fois en effet que Miyazaki a un contrôle artistique total sur un film. Alors plus que pour tout autre film, il y met à nu ses convictions, ses peurs, ses espoirs et ses idéaux. On y découvre entre autres la conception qu'il se faisait à l'époque du marxisme. Nausicaä, comme toutes les héroïnes miyazakiennes, n'agit que pour le bien de l'humanité sans avoir aucune ambition personnelle. Miyazaki n'a jamais caché son aversion pour les grosses structures politiques et les grands régimes étatiques. Le petit royaume de la Vallée du Vent représente ainsi son idéal communautaire luttant contre de plus grands oppresseurs.

Tous les critiques n'ont pas approuvé le discours qu'ils ont cru voir dans le film. Quelques-uns ont été offensés par l'aspect messianique de l'histoire, d'autres s'interrogent sur le côté militant voire manipulateur du récit. Certains encore ont dit que l'histoire promet l'arrivée d'un messie sauveur du monde, seulement pour nous montrer que le monde n'a pas besoin d'être sauvé. Le message serait selon eux que les crises environnementales sont bien mieux résolues en ne faisant rien. Et de conclure que le film manque ainsi totalement de crédibilité.

Miyazaki n'a pourtant jamais prétendu présenter de solutions aux problèmes environnementaux. Il invite à une prise de conscience, il tire en quelque sorte une sonnette d'alarme. Dans le film, quand les hommes luttent contre la forêt, ils risquent d'empêcher la purification du monde et précipitent leur propre destruction. Et leur obstination et leur aveuglement sont symboliques d'une espèce humaine qui a perdu le contact avec les racines mêmes de sa propre existence, au point de se croire capable d'exister sans son écosystème.

Mais Miyazaki englobe dans sa problématique des questions bien plus larges que le simple rapport à la Nature. Au travers des différents personnages avec leurs qualités et leurs faiblesses, c'est la nature humaine qui est observée. Au travers des actions de Nausicaä, c'est une philosophie de vie qui transparaît. Nausicaä de la Vallée du Vent n'apporte évidemment pas de solutions miracle mais amène le spectateur à méditer sur des questions essentielles : comment vivre ensemble ? Comment réagir face à la peur, la colère, la haine des autres ? Comment maîtriser ses propres émotions pour agir avec discernement ? Comment amener les autres à plus de lucidité vis-à-vis des conséquences de leurs actes ?

Nausicaä de la Vallée du Vent n'est pas seulement un formidable divertissement. C'est un film beau, fort et émouvant, qui nous rappelle que le monde nous réservera toujours des moments de grande beauté et que la seule façon de les apprécier est de vivre, d'aimer. Nausicaä est un film somme ; c'est une œuvre qui ouvre les yeux et rend meilleur. Tout simplement.


Nausicaä de la Vallée du Vent : Création du film

Origines

« Il n'y a jamais eu une œuvre d'art qui n'a pas reflété de quelque manière son époque... Nausicaä vient de la façon nouvelle dont on regardait la nature dans les années 70. » Voilà comment Hayao Miyazaki résumait son film dans le magazine Animage en 1993, soit presque une décennie après sa sortie. Dans la même interview, il a confié que le grand manga sur lequel le film est basé était seulement un travail « bouche-trou » : « J'ai commencé à dessiner le manga parce que j'étais sans travail en tant qu'animateur. » L'histoire de Nausicaä de la Vallée du Vent est cependant à l'origine une proposition de film.

L'extraordinaire manga qui a servi de base au film.

Au début des années 80, Tokuma Shoten, la maison-mère du magazine Animage, décide de lancer des projets artistiques sur différents supports. Le rédacteur en chef d’Animage, Toshio Suzuki, propose alors d'accompagner plusieurs projets de films de Hayao Miyazaki.

Le premier est Sengoku Majô (Le château diabolique de Sengoku), dont l’univers n’est pas sans rappeler Princesse Mononoke, ou encore les futurs Le château dans le ciel et Mon voisin Totoro.
Sengoku Majô narrait les aventures d’un jeune garçon né à une époque de guerres médiévales qui se retrouvait soudain confronté à des envahisseurs venus d’une autre dimension.
« Une époque où l’on trouve des statues de grands bouddhas laissées à l’abandon dans les hautes herbes. Des paysages dévastés et l’énergie des guerriers du Kantô. Voilà quelques-uns des éléments qui constitueront l’univers de ce film » commentait alors Miyazaki à propos de ce projet.
Différentes machines et autres appareils dont il a le secret seraient également intervenus dans le scénario, ainsi qu’un gigantesque château volant...

Le second projet était l’adaptation d’une bande dessinée de l’auteur américain Richard Corben, intitulée Rolf. Elle narre l’histoire d’une princesse protégée par son chien-loup transformé en homme par un magicien. Yutaka Fujioka, président de Tokyo Movie Shinsha, l’avait rapportée d’un séjour aux Etats-Unis parmi tout un tas d’autres et Hayao Miyazaki l’affectionnait particulièrement.
Dès cette phase préparatoire, Miyazaki s’était déjà largement éloignés de l’œuvre de Corben. Les croquis réalisés dans le cadre de ce film montraient de nombreux éléments absents de la version originale : la Vallée du Vent, des vers des sables et le personnage de Yala, reine des goules, déjà proche de la Nausicaä définitive.
En fin de compte, c’est bien Rolf qui servit de base à Nausicaä de la Vallée du Vent en y ajoutant des ingrédients purement de science-fiction, comme la « mer de la décomposition ».

La reine Yala, future princesse Nausicaä !

Mais Tokuma Shoten refuse ces deux projets, car selon les producteurs, un film sans œuvre originale ne peut plaire au grand public. Miyazaki décide alors de créer sa propre œuvre originale... Nausicaä, qui est publiée chez Animage sous l’impulsion de Suzuki. C’est ce dernier qui conseille Miyazaki sur le style graphique du manga et lui laisse la possibilité de créer une œuvre aux détails foisonnants et précis, avec une mise en scène complexe et puissante. Le réalisateur impose certaines conditions : il avait une totale liberté sur le choix de l'histoire et il pouvait suspendre ou arrêter le manga dès qu'il retrouvait du travail dans l'animation.

Dans une conversation avec le romancier américain Ernest Callenbach, auteur d'Ecotopia, Miyazaki a expliqué qu'un événement précis a conduit à la création de Nausicaä de la Vallée du Vent : la pollution de la baie Minamata avec du mercure. Parce que les niveaux de pollution rendaient la consommation des poissons impossible, les gens ont arrêté de pêcher dans cette zone. En quelques années seulement, une augmentation considérable des réserves de poissons dans la baie, devenue bien plus riche que partout ailleurs au Japon, a été observée. Miyazaki a avoué que cette nouvelle lui a donné des frissons. Il a trouvé admirable la force et les capacités de réaction et d'adaptation des créatures vivantes.

Les origines du personnage de Nausicaä et de son monde, quant à eux, remontent bien plus loin. Enfant, Miyazaki a lu le conte japonais traditionnel datant du XIIᵉ siècle, Mushi Mezuru Himegimi (La princesse qui aimait les insectes), l'histoire d'une princesse médiévale fascinée par toutes les créatures vivantes et les insectes en particulier. Des années plus tard, en parcourant le dictionnaire de la mythologie grecque de Bernard Evslin, il découvre la princesse Phénicienne Nausicaä, qui a secouru Ulysse dans l'épopée d'Homère. L'image de cette jeune fille de nature douce, joyeuse et sensible a fusionné avec celle de l'héroïne japonaise pour devenir la princesse du petit royaume rural de Miyazaki.

L'écosystème, que cette dernière aime et étudie avec tant d'ardeur, est basé sur des écrits historiques et scientifiques que le jeune Miyazaki a creusés au fil des années. Il en est de même pour le royaume de la Vallée du Vent et les pressions politiques et sociales qu'il subit, inspirés d'ouvrages historiques, politiques et sociologiques.

Parmi les écrits ayant influencé la création de Nausicaä de la Vallée du Vent, on peut citer :

  • Les origines de la culture des plantes et de l'agriculture de Sasuke Nakao
  • Le monde de Jômon d'Eiichi Fujimori, sur l'ère Jômon (approximativement de 10 000 à 300 avant notre ère)
  • Opération Barbarossa de Paul Carell, sur la guerre germano-soviétique
  • Les plantes et les hommes d'Akira Miyawaki, pionnier du mouvement vert dans les villes
  • La guerre des Gaules de Jules César
  • Spartacus de Howard Fast, qui a engendré le dégoût qu'a Miyazaki pour les superpuissances militaires

C'est ainsi que Nausicaä de la Vallée du Vent est s'est bien plus incarnée dans la défense de la paix et de l'environnement que dans ses inspirations grecques et japonaises. De même le monde l'entourant est devenu de plus en plus complexe.

Production

En très peu de temps, le manga Nausicaä de la Vallée du Vent a acquis une telle popularité qu'une version animée peut être envisagée. Pour commencer, Animage suggère de faire un petit film d'une quinzaine de minutes. Hayao Miyazaki impose son ami Isao Takahata comme producteur. De plus, une vidéo de 15 minutes ne lui convenant pas, il propose donc une O.A.V. d'une heure. Quand enfin Tokuma lui offre la possibilité de réaliser un long métrage, le film naît.

Le travail débute le dernier jour de mai 1983. L'animation a commencé début août et le film sort en mars 1984. Dès le début, Miyazaki se met dans une position difficile. Avec seulement 16 chapitres du manga terminés (l'équivalent des deux premiers tomes de l'édition française), il est confronté au problème de construire un film se suffisant à lui-même, avec une histoire complète, et sans trop dénaturer le manga. Pour ce faire, Miyazaki le réalisateur fait l'amalgame de plusieurs éléments de l'histoire de Miyazaki le mangaka : il fait se télescoper quelques détails, il met l'accent sur certains personnages et diminue l'importance d'autres. Il focalise sa narration sur l'invasion de la Vallée du Vent par les Tolmèques. Il a donc désormais son scénario.

Le planning de production de 9 mois (ci-contre, le cahier de production) et le budget de 1 million de dollars sont serrés. Jean Giraud (alias Mœbius), admiratif, les a d'ailleurs mis en contraste avec les gros moyens de la coproduction de Némo duquel Miyazaki s'était retiré. Le travail est d'autant plus difficile que Tokuma n'a pas de studio à mettre à disposition. Miyazaki et Takahata font alors appel à un studio extérieur : Topcraft. Comme résultat de cette collaboration, le fondateur du studio Topcraft, Tôru Hara, rejoindra plus tard la direction du studio Ghibli.

Takahata a participé en tant que producteur, mais à contre-cœur. Miyazaki ne cache d'ailleurs pas que leurs « conceptions pour réaliser un film sont totalement différentes. Si nous discutons ensemble d'un plan de production, nous n'arriverons jamais à nous mettre d'accord. » L'implication de Takahata est pourtant venue d'une requête de Miyazaki. Sachant qu'il n'y avait pas de moyen de production chez Tokuma, et qu'il ne pouvait pas s'occuper de tout seul, Miyazaki demande à Tokuma de persuader Takahata de devenir producteur. « J'ai entendu dire que Takahata-san a finalement dit oui après avoir utilisé un cahier entier pour mettre en place ses idées. Mais je savais qu'en vérité, il ne voulait pas le faire. Un réalisateur ne peut pas produire le film d'un autre réalisateur. Si deux réalisateurs discutent seul à seul, cela se termine en effusion de sang. » Néanmoins Miyazaki a besoin de Takahata, car il connaît sa ténacité, sa détermination et sa faculté à résoudre les problèmes. Sa contribution sera en effet plus que bénéfique pour le projet. C'est par exemple Takahata qui a su persuader le jeune compositeur expérimental Joe Hisaishi de se consacrer à la musique de film. On sait que cette première collaboration sur Nausicaä sera la première d'une longue série.

Quand Nausicaä sort dans les salles, le succès est au rendez-vous. Près d'un million de spectateurs se sont déplacés, ce qui est énorme pour l'époque. Les studios d'animation recommencent à croire en la validité des projets de long métrages et les nombreux prix que le film reçoit apportent la reconnaissance internationale qui manquait à l'animation japonaise. Enfin, grâce à ce succès, Miyazaki et Takahata obtiennent de Tokuma Shoten la possibilité de fonder le studio Ghibli.

Les jaquettes vidéos japonaise, américaine et française

Seul point noir à ce tableau : l'édition américaine (mais aussi française) du film Warriors of the Wind. Dévastée par une série honteuse de coupes, l'œuvre de Miyazaki a été privée de ses plus belles scènes pour proposer une version ne conservant que l'aspect action/aventure de l'histoire. La jaquette de la vidéo est significative du manque de respect des éditeurs américains : on croirait la jaquette d'un sous-produits de Star Wars et seule la présence discrète en haut à droite de Nausicaä sur son Moeve permet de deviner de quel film il s'agit. La version française sujette aux mêmes coupes n'est pas en reste avec des titres plus ridicules les uns que les autres : La princesse des étoiles ou encore Le vaisseau fantôme.

Miyazaki et Takahata ont été très choqués par la version américaine : « C'est absolument horrible ! Ils ont enlevé la musique de Hisaishi, changé les dialogues... Nous n'avons pas cédé les droits de distribution aux pays étrangers depuis lors, et nous ne le ferons plus jamais sans un examen minutieux des conditions au préalable. » A cause de ce triste épisode, l'exportation des films du studio Ghibli sera bloquée pendant de longues années.

C'est donc bien plus tard que Nausicaä de la Vallée du Vent a été redistribué en DVD par Disney aux Etats-Unis, dans sa version originale. La France, toujours privilégiée, a eu la chance de découvrir d'abord le film sur grand écran le 23 août 2006.

Art et technique

Bien que l'histoire de Nausicaä de la Vallée du Vent se déroule dans un univers futuriste, des millénaires après notre époque, elle n'est pas destinée seulement à un public amateur de science-fiction. Ses aspects post-apocalyptiques sont indéniables mais ils doivent peu aux sources SF. Le Japon a eu sa propre apocalypse au 20ᵉ siècle et nul ayant vécu la Seconde Guerre mondiale ou étudié l'histoire n'a besoin de s'inspirer des récits de science-fiction pour imaginer les « Sept jours de feu ». Hayao Miyazaki a d'ailleurs dit dans une interview au magazine Comic Box que, bien qu'il ait lu étant jeune un large éventail d'ouvrages de science-fiction, il ne s'est jamais vraiment intéressé aux récits de fiction. Et même s'il admet que des titres comme Nightfall (Quand les ténèbres viendront) d'Isaac Asimov, Hothouse (Le monde vert) de Brian Aldiss et Le seigneur des anneaux de J. R. R. Tolkien lui ont fait forte impression, sa source d'inspiration première reste la nature et la force vitale qui la caractérise. « Je ne m'intéresse pas aux films d'aventure spatiale, puisque dans l'espace, ce n'est qu'obscurité. Toute mon œuvre d'animation et de bande dessinée montre la terre, le ciel et la mer. Tout se rapporte à ce qui peut arriver sur la Terre. »

Croquis du Fukai par Hayao Miyazaki.

Dans Nausicaä, la vie animale et végétale apparue sur terre après les « Sept jours de feu » est assez éloignée de celle de notre monde. Mais, malgré une sensation initiale d'étrangeté, sa représentation détaillée et sa cohérence laissent au spectateur une impression de réalité propre. Le Fukai est constitué d'espèces de champignons géants, de gelées et de plantes étranges n'ayant pas d'équivalents terrestres actuels. Cette « mer de la décomposition » peut être considérée comme un être vivant unique qui se reproduit de manière anarchique et endémique grâce à des spores transportées par les insectes et par le vent. Tout ce qui y vit est hautement toxique et néfaste aux formes de vie de l'ancien monde.

Les insectes qui protègent ce milieu hostile sont particulièrement intéressants et nous rappellent le lien de l'héroïne avec la légendaire princesse qui aimait les insectes. Les Ômu sont de magnifiques incarnations de la force brutale de la nature. Néanmoins, leur grande taille et leur puissance sont commandées par une intelligence qui se manifeste aussi bien dans un système social évolué, que dans leurs moyens de communication à distance ou encore dans une attention toute particulière pour les jeunes de leur espèce. Par ces aspects les Ômu ne sont pas sans rappeler les immenses mammifères marins que sont les baleines. Les insectes-dragons volants sont tout à fait étonnants par leur morphologie, leurs mouvements et le son merveilleux et évocateur qui les accompagne.

Le design complexe de ce biosystème n'avait pas été pensé dans le but d'être animé. Cela a obligé Miyazaki et son équipe d'animateurs à développer quelques nouvelles techniques d'animation. Si le réalisateur en général préfère user des méthodes traditionnelles, Nausicaä a demandé une certaine inventivité. Par exemple, pour dépeindre les mouvements d'Ômu comme le réalisateur l'imaginait, il a été nécessaire d'animer la créature en utilisant des couches de cartes superposées pour les différents segments de son corps (ci-contre, Miyazaki travaillant sur le problème).

Les paysages, verdoyants et paisibles de la Vallée du Vent et les terres dévastées et désertes en dehors créent un fascinant contraste. Dans le village englouti que visite Yupa au début du film, des couches de champignons et de poussière créent une atmosphère de mort et de désolation. Pourtant, dans le Fukai, une fois l'étrangeté hallucinogène des couleurs et des formes acceptée, on découvre de la lumière et de la vie partout. La technologie du monde humain est bien terne en comparaison. Les avions et machines de guerre Tolmèques sont gros, vieux et disgracieux. Même les moulins à vent de la Vallée font pâle figure devant les structures crées par la nature.

Croquis d'un navire de guerre Tolmèque et des moulins à vent de la Vallée.

On voit que les styles artistiques et les modes d'expression sont très similaires d'un peuple à l'autre dans le film. Parce que l'immense guerre, qui s'est terminée par le désastre des les « Sept jours de feu », a réduit presque toute l'humanité à un niveau de croyance et de technologie proche du féodal, il y a peu de variations dans le style ou la forme des objets, que ce soient des vêtements, des véhicules ou des armes.

La musique de Joe Hisaishi, la première de sa carrière pour un film est déjà très aboutie, malgré des moyens plus limités que dans ses prochaines productions. Quelle beauté et quel souffle dans les thèmes d'ouverture et de fermeture ! L'utilisation de synthétiseurs est encore importante mais ces sonorités rajoutent à la singularité de monde de Nausicaä. La bande sonore enfin n'est pas en reste et complète magnifiquement la musique. Les sons étranges mais convaincants de l'environnement surnaturel du Fukai, les éclats de bois, le fracas du métal, le bruit des explosions... tout est parfaitement dosé avec les dialogues et les moments de silence, pour créer une imagerie sonore qui appuie superbement les images sur l'écran.


La princesse des étoiles :
Chronique d'une véritable purge

Derrière ce titre peu évocateur se cache ni plus ni moins que la version censurée de la seconde réalisation de Hayao Miyazaki : Kaze no Tani no Naushika/Nausicaä de la Vallée du Vent, réalisé en 1984 et dont le succès permit la création du futur studio Ghibli. Nous vous proposons dans cette présente chronique le parcourt singulier de ce film à travers le monde, depuis sa création jusqu'à nos jours.

La saga des jaquettes volantes

S'il y a bien une chose qui caractérise la diffusion de cette version censurée de part le monde, et qui aura frappé toute personne étant un jour ou l'autre tombé nez à nez sur l'une des inombrables VHS éditées de ce titre, ce sont les fabuleuses jaquettes prouvant que les éditeurs ne manquaient nullement d'imagination pour vendre au mieux ce film à leur public respectif. Tout commence par le rachat en 1985 des droits d'exploitations vidéo par des importateurs américains peu scrupuleux ayant clairement abusés de la confiance des Japonais. Le ton est donné, il s'agissait dès lors de vendre ce « chef-d'œuvre des mangas » comme une vulgaire bisserie post-apocalyptique des familles et qui, support VHS oblige, poussera l'éditeur à s'assurer que le métrage tienne bien dans les 90 minutes standard des vidéos vendues à l'époque. On en veut pour preuve le magnifique travail exécuté sur la jaquette américaine de Warriors of the Wind (Les guerriers du vent) de la VHS éditée en 1985 par New World Video :

(Cliquez pour agrandir l'image.)
L'accroche dit ceci : « Une bande de jeunes guerriers sur les ailes de leur plus grand défi » (sic).

Comme vous pouvez le constater, cette présente jaquette est une pure lubie de graphiste, appuyant à merveille l'accroche mensongère de cette dernière. Elle est fourrée de références confuses et bien entendues sans aucun rapport avec l’œuvre en question. On sent clairement le besoin de surfer sur les succès de l'époque, puisqu'on y reconnaît sans mal un pseudo-Muad'Dib chevauchant son pseudo-vers de Dune, un pseudo-Vador lasérisé tout droit sortie de chez Star Wars, ainsi qu'un Pégase sortie de... ben de la mythologie grecque tout simplement ! Personnages évidemment totalement absents du présent film. Seul le monstre rouge (Tremors ?) est vaguement inspiré du Dieu-guerrier du film. Mais là aussi, le graphiste n'a pu s'empêcher de raccourcir la longue lance tenue verticalement par les soldats géants dans le générique du début, en un simili sabre laser. Et encore il est fort peu probable qu’il n'ait pu voir une séquence qui fut justement coupée au montage. Quant à la pauvre Nausicaä, elle est reléguée en arrière plan alors que c'est quand même l'héroïne du film. Las ! Cela ne devait pas être très vendeur une femme guerrière en tête d'affiche.

Bien entendu, ces importateurs ne perdront pas leur temps en exportant à leur tour cette version à diverses éditeurs européens qui le destineront eux aussi pour le seul marché de la vidéo.

Petit florilège des VHS éditées de par le monde :

  • La VHS anglaise éditée sous le même titre en 1987 par Vestron Video International :

    (Cliquez pour agrandir l'image.)
  • Les Allemands auront pu découvrir Sternenkrieger (lit. Les guerriers des étoiles) éditée par UFA Video en janvier de la même année :

  • La VHS Argentine de Guerreros del viento (Les guerriers du vent) éditée par Bell Video Grand S.A. toujours la même année :

    (Cliquez pour agrandir les images.)
  • Son homologue Espagnol sorti le 19 mai 1991 chez Manson International :

    (Cliquez pour visionner le scan HD.)

Et pour finir nos multiples éditions françaises :

A gauche et au centre, les éditions VIP International sortie en 1987, succesivement rebaptisé Le vaisseau fantôme puis La princesse des étoiles. A droite, la réédition sortie en 1994 chez Blue Kid's Video :

(Cliquez pour visionner le scan HD.)

Si les jaquettes étrangères et les deux premières jaquettes françaises ne se contentent jamais d'un titre trompeur, d'accroches foireuses et d'autant d'inénarrables résumés, l'édition Blue Kid prend soin quant à elle de mentionner des crédits... farfelus. Seulement voilà, il y a fort à parier que nos pauvres éditeurs étrangers et français se soient appuyés en toute bonne foi sur les informations fournies par le distributeur américain... A noter aussi que ce film fut diffusé sur France 3 entre 1987 et 1990.

Chronique d'un charcutage en bonne et due forme

Puisque nous étudions en détail l'étendue des dégâts via la version française, autant le faire sur son support le plus récemment sorti, à savoir la fameuse édition DVD.

Présentation de cette édition « collector » :

La belle jaquette (Cliquez pour agrandir).

Le superbe verso avec ses magnifiques accroches et son inénarrable résumé (Cliquez pour agrandir).
Les spécifiations sont cependant parfaitement exactes.

La sérigraphie pousse l'originalité jusqu'à reprendre la visuel de la jaquette.

Pour l'anecdote, et avec l'aide du logiciel DVD profiler, nous découvrons que le code-barre du présent DVD renvoie directement à d'autres prestigieuses éditions DVD telles que les éditions françaises de Running Man, Dragon Ball (le mythique bis Malais) et autre American Ninja qui sont autant d'éditions « libres de droits » et de vulgaires reprises des VHS VF recadrées sorties tout aussi illégalement par un seul et même éditeur pirate, un dénommé Intégral Vidéo dont le -long- parcourt singulier et des plus troubles force véritablement le respect. Notre contrefacteur se cachant ici sous le sobriquet de Lazer Films (cf logo). Et à l'instar de toute édition au copyright frelaté qui se respecte, nulle mention n'est faite de l'auteur, l'année ou l'origine du film, encore moins sur celle de ce présent montage. Cela ferait désordre. C'est qu'il ne faudrait pas voir à s'attirer l'attention du possesseur des droits cinéma et vidéo du film au niveau mondial, à savoir le très puissant éditeur/distributeur Buena Vista, et en l'occurrence de sa branche française. Cette présente édition DVD, sortie en toute confidentialité au nez et à la barbe de Buena Vista dans nos contrées, ne proposant, vous l'aurez sans doute compris, qu'un vulgaire repiquage tiré d'une VHS trouvée dans une quelconque broquante, avec un chapitrage des plus amateurs en guise de seul bonus.

Le master vidéo :

L'image est recadrée avec les pieds, du genre 1.50 en haut de l'image et 1.70 en bas à vue de nez. Il n'est évidemment pas question de format 16/9 sur cette présente édition, faudrait pas voir à pousser mémé dans le Fukai. Nous ne parlons pas d'une édition sérieuse proposant une image anamorphique au format 1.85 d'origine comme c'est le cas de l'édition japonaise, hongkongaise ou américaine de ce présent film. Repiquage VHS oblige, des scratches et autres stries sont légions, quand ce ne sont pas décalages et autres pans entiers d'images effacées qui ne s'invitent pas de temps à autre. Et comme elle est tiré d'un télécinéma fatigué, de nombreuses tâches et autre drops de changement de bobines sont de la partie. Les couleurs sont délavées et fort peu contrastées, à tel point que l'on n'y voit quasiment plus rien lors des scènes de nuit, les rendant littéralement nocturnes pour le coup. Mais trève de blabla, une capture [1] parlant d'elle-même :

(Cliquez pour agrandir l'image.)

Nous sommes à mille lieues de l'image lumineuse et incroyablement belle et propre de l'édition japonaise qui aura nécessité plus de deux années de restauration complète du master image et de la bande son.

La bande sonore :

Mono d'origine ici proposé en Dolby Digital. Doublage étranger oblige, les voix se voient mises en avant par rapport à la musique passablement massacrée de Joe Hisaishi. Elle accuse certes son âge, mais s'avère être parfaitement intelligible et ne souffre d'aucun souffle ou autre problèmes de saturation (à condition de ne pas pousser le niveau sonore, cela va de soit) Mais là aussi, à côté de l'excellente mono japonaise d'origine de l'édition japonaise, il n'y a pas photo.

Le charcutage :

Tout d'abords, l'on commence directement par le film, exit le carton pré-générique présentant les producteurs et autres distributeurs du film, même sort pour celui consacré à le WWF et son célèbre Panda, alors partenaire du film à l'époque. Concernant le film en lui même, ça commence fort dès les premières minutes avec un magnifique sucrage du générique de début au profit d'un speech narré résumant le passé apocalyptique de notre planète ainsi que la situation actuelle, le tout calé directement sur les images qui suivent, en temps normal, directement le générique montrant l'arrivée de Nausicaä dans la « Mer de la décomposition » (la forêt polluée particulièrement toxique). Speech suivi d'un carton noir présentant l'éditeur américain « Manson International Presents » suivi d'un très laid et fort peu discret Warriors of the Wind calée sur l'image du film. La seconde coupe sombre intervient peu après, supprimant diverses séquences dont la fameuse nuée de spores tombant comme de la neige.

Ainsi, ce sont tout simplement les plus belles et les plus émouvantes scènes du film, notamment celles à caractère écologique qui passent à la trappe pour ne laisser place qu'aux seules scènes d'action et de guerre. Quant au magnifique générique de fin nous décrivant l'après-guerre, il se voit tout bonnement remplacer par des cartons présentant les principaux crédits japonais en anglais, master US oblige. Le film durant à l'origine 1 h 56, ce n'est pas moins d'une bonne vingtaine de minutes qui auront été victimes du massacre.

L'adaptation :

Bien entendu, les dialogues auront subi de nombreux changement par rapport à la version originale, que ce soit pour dissimuler les coupes sombres dans le métrage, mentir sur certaines situations, voire se méprendre complètement sur les enjeux, motivations et émotions de nos divers protagonistes. Vous proposer un récapitulatif exhaustif relevant de la gageure, je vous en ferais grâce. Les germanophiles pourront toujours se délecter de l’autopsie détaillée opérée par le site cinéphile suivant : Sternenkrieger par TheLongestSite.de

Évidemment les noms français/américains ne sont pas les noms d'origine :

  • La princesse Nausicaä devient la princesse Zandra,
  • Maître Yupa devient le seigneur Yappa,
  • La reine Kushana devient la reine Selena (prononcé « Célina »),
  • Kurotowa devient « Son Excellence »,
  • Le roi Jill devient le roi Zeal (prononcé « Zil »),
  • Mito, le pilote du Gunship, devient Axel,
  • Le prince Asbel devient Martel (souhaitant sans doute arrêter les Gorgones à Poitiers, n'est-ce pas ?),
  • La princesse Lastel devient Listel.

Les noms de lieux, d'objets et d'animaux ne sont bien évidemment pas en reste :

  • Les Tolmèques deviennent ainsi les Temaculums (prononcé « Témaculome »),
  • Pejite devient Priscilla,
  • L'aile Moeve devient un simple « aileron »,
  • le Gunship devient un bête « vaisseau »,
  • Les Ômu deviennent des Gorgones géantes (sic),
  • Le Fukai ou la « Mer de la décomposition » devient une « jungle toxique » voire une « jungle » tout court.

Le doublage :

En dépit de cette adaptation passablement irrespectueuse de l’œuvre originale, le doublage français se révèle être de bonne qualité. Et ce quand bien même la correspondance des voix par rapport à la V.O. ne joue clairement pas en sa faveur. D'aucun serait surpris, entre autres, par la voix haut perchée d'une Nausicaä/Zandra, de son roi de père, de la voix outrageusement jeune de la sorcière ou bien encore de divers personnages secondaires, comparés à leurs homologues japonaises.

Voici le casting français [2] de La princesse des étoiles :

  • La princesse Zandra, un enfant, une vieille femme : Marie-Laure Dougnac
  • Le seigneur Yappa, un vieux villageois, un soldat : Frédéric Girard
  • La reine Célina, la vieille femme aveugle, la mère de Listel : Dany Tayarda
  • Son Excellence, le villageois au fusil, un homme de Martel : Jean-Louis Faure
  • Le roi Zeal, un vieux villageois, narration : Raoul Delfosse
  • Axel, un vieux villageois : Laurent Hilling
  • Le prince Martel, un soldat de Son Excellence : Pierre Laurent
  • La princesse Listel, un enfant, une petite fille : Annabelle Roux
  • Un vieux villageois, un homme de Martel : Jean-Pierre Mallardé

Conclusion

D'aucun s'interrogera quant à l'intérêt d'une telle analyse à propos d'une censure pourtant vieille d'une vingtaine d'années et dont on pourrait supposer qu'il y aurait prescription, eu égard la situation actuelle. C'est qu'au delà du caractère anecdotique qu'il semble revêtir de nos jours, ce charcutage en règle, symptomatique de l'irrespect affiché des importateurs américains vis-à-vis des artistes et ayant droits japonais, Hayao Miyazaki (réalisateur), Isao Takahata (producteur), Yasuyoshi Tokuma et Michio Kondô (Producteurs exécutifs) en tête, aura passablement nuit à la découverte des œuvre suivantes du mythique studio d'animation japonais et ainsi retardé d'autant la reconnaissance de ce dernier hors des frontières de son pays. En effet, échaudé par cette terrible expérience, Miyazaki et les membres du studio Ghibli fraîchement créé (c'est le succès de Nausicaä de la Vallée du Vent qui a permis sa création pour rappel) ont tout simplement coupé cours à toute négociation avec les étrangers et ont délibérément laissé tomber toute idée d'exporter les films produits au sein de ce studio. Ce n'est seulement que grâce à des initiatives de fans curieux et d'intervenants passionnés dans le monde entier, qu'ils ont petit à petit retrouver la confiance, notamment grâce aux efforts des distributeurs français jusqu'à ce que Ghibli signe l'accord historique qui lient désormais Tokuma et Disney. Sans cet incident, nous n'aurions pas attendu trois ans pour découvrir Princesse Mononoke dans nos salles obscures, dix-sept ans pour Le château dans le ciel, quinze pour Kiki, la petite sorcière. Et le grand public français d'avoir, à cause de cela, découvert Nausicaä de la Vallée du Vent à l'occasion du vingt-deuxième annniversaire de sa création.


Remerciements : [1] Merci à Suprême Clarté du forum DVDanime.net pour la capture et [2] Arachnée et Kurama de Planete-jeunesse.com.


Souvenirs de Nausicaä de la Vallée du Vent
par Hideaki Anno

Hayao Miyazaki aurait-il été depuis toujours un réalisateur difficile ?
Avant de prêter sa voix à Jirô dans Le vent se lève, le réalisateur Hideaki Anno (Evangelion) se remémore sa rencontre et sa relation de maître à élève avec Miyazaki sur Nausicaä de la Vallée du Vent et évoque la production du film sous la forme de deux planches de manga.
Les anecdotes proposées ici, ont été publiées dans un magazine d’animation il y a quelques années.

(Cliquez pour agrandir l'image.)

« Tout le monde travaillait comme des jouets dans une situation en état d’urgence. Pour ma première réunion avec Miyazaki-san, j’avais complètement le trac. Je ne disais que « oui » et aucun autre mot. J’avais entendu dire que Miyazaki était quelqu’un de très sévère, mais finalement ce n’était pas le cas.
La période où je me suis retrouvé au studio Topcraft
(NDT : studio qui produisit le film à l’époque et dont une partie de l’équipe rejoindra Hayao Miyazaki et Isao Takahata lors de la création du studio Ghibli) allait du 1er novembre jusqu’à début février (NDT : années non précisées dans notre source mais vraisemblablement 1983-84).
J’étais un des collaborateurs assignés aux
genga (images clés) qui restèrent jusqu’au dernier moment, tard sur la production. Quand je suis entré au studio, l’état d’urgence avait déjà été décrété. Miyazaki travaillait de 10 h jusqu’à 1 h du matin à sa table à dessin. Ca m’a impressionné. Cela dit, nous étions vraiment occupé et tout le monde ressemblait à des jouets qui travaillent.

Les scènes dont je m’occupais étaient celles dans lesquelles les Ômu chargent vers la Vallée, à la fin du film, et celles du Dieu-guerrier. Sur ces dernières, si nous avions attendu d’avoir fini les dessins et les demandes de retake de Miyazaki, le planning aurait été décalé d’une semaine. Nous avions donc décidé de dessiner petit à petit, puis de lui montrer et de corriger tout en discutant. Le Dieu-guerrier que l’on voit dans le film n’a pas cette forme de fossile comme dans le manga original. Miyazaki lui-même avait des difficultés pour définir son image.

A cette époque, je vivais à Topcraft. Le matin, à mon réveil, je trouvais sur mon bureau une feuille avec les indications du jour de Miyazaki. Et parfois, c’était des reproches concernant ce que j’avais dessiné la veille.
Au début de notre rencontre, je respectais les formules de politesse d’usage. Mais plus la fin de la production approchait, plus je les oubliais dans la conversation.
Je ne sais pas ce que Miyazaki pensait, mais à mon avis, notre travail était satisfaisant.
Travailler avec Hayao Miyazaki m'a beaucoup influencé. Pas seulement techniquement parlant, mais dans sa façon de voir les choses, sa façon de penser et ses certitudes. De nos jours, les gens ont plutôt tendance à ne pas dire directement les choses qu’ils aiment et ressentent. Mais Miyazaki est quelqu’un qui arrive à faire ça. »


Nausicaä de la Vallée du Vent : Fiche technique

Crédits

Titre風の谷のナウシカ (Kaze no Tani no Naushika)
Nausicaä of the Valley of the Wind / Nausicaä de la Vallée du Vent
Année de création 1984
Œuvre originale, scénario, réalisation Hayao Miyazaki
Scénario (1ère version) Kazunori Itô
Directeur artistique Mitsuki Nakamura
Character design Hayao Miyazaki, Kazuo Komatsubara
Directeur de l'animation Kazuo Komatsubara
Animateurs clés Yôichi Kotabe, Kitarô Kôsaka, Tsukasa Tannai, Makiko Futaki, Megumi Kagawa, Yoshinori Kanada, Hideaki Anno...
Couleurs Michiyo Yasuda, Fukuo Suzuki
Son Shigeharu Shiba
Musique Joe Hisaishi
Producteurs exécutifs Yasuyoshi Tokuma, Michio Kondô, Tôru Hara
Producteur Isao Takahata
Production Tokuma Shoten, studio Topcraft

Doublage japonais

Nausicaä Sumi Shimamoto
Yupa Gorô Naya
Kushana Yoshiko Sakakibara
Kurotowa Iemasa Kayumi
Le roi Jill Mahito Tsujimura
Mito Ichirô Nagai
Ô-baba Hisako Kyôda
Le prince Asbel Yôji Matsuda
La princesse Lastel Miina Tominaga

Doublage français

Doublage Dubbing Brothers (2006)

Nausicaä Adeline Chetail
Yupa Patrick Floersheim
Kushana Laurence Bréheret
Kurotowa Boris Rehlinger
Le roi Jill Sylvain Courthay
Mito François Siener
Ô-baba Frédérique Cantrel
Le prince Asbel Alexis Tomassian
La princesse Lastel Florine Orphelin

Quelques chiffres

Date de sortie du film au Japon 11 mars 1984
Date de sortie du film en France 23 août 2006
Durée de la réalisation 10 mois, de mai 1983 à mars 1984
Nombre de cellulos utilisés 56 078
Durée du film 1 heure 56 minutes 50 secondes
Nombre d'entrées au Japon 915 000 spectateurs
Box-office Japon 742 millions de Yens
Durée de la diffusion en salles Japon 52 jours
Nombre d'entrées en France 307 825 spectateurs

Récompenses

  • Recommandé par le WWF (World Wildlife Fund)
  • 1985 - Mainichi Film Concours : lauréat du Prix Noburô Ôfuji
  • 1985 - Kinema Junpo Awards : lauréat du Meilleur film (Choix du public)