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 Sujet du message : L'histoire du go
Message Publié : 15 Mai 06 18:26 
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L'histoire du go

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Attention : Il est nécessaire de connaître les règles et le matériel du go pour bien comprendre cet article. Or, j’ai décidé de ne pas les présenter dans cet article, et de m’en tenir à l’histoire. Si vous rencontrez un problème de vocabulaire, ou si vous ne connaissez pas les règles, il y a une liste de liens en bas de l’article, qui vous permettront de pallier ce problème. Les termes en rouge sont expliqués à la fin de l’exposé.

Image
Trois femmes autour d’un goban (source : http://www.euronet.nl/users/amba/)

I) Qu’est ce que le go ?

Le go est un jeu de stratégie combinatoire abstrait. Pour faire partie de ce club très sélectif, il y a 4 critères : il faut d’abord que le jeu oppose deux joueurs, ou deux équipes. Les joueurs ou les équipes doivent jouer a tour de rôle. Il ne doit pas y avoir de hasard, et toutes les informations doivent être connues (ce qui exclut la plus grande partie des jeux de carte)
Font partie de ce groupe, hormis le go, des jeux très variés, comme les échecs, les dames, l’awélé ou encore le « puissance quatre ».
Le go est le jeu le plus ancien de ce type que l’on connaisse à ce jour.

II) L’histoire du jeu


1) Sa naissance

Il existe de nombreuses légendes à propos de la naissance du go. L’une d’elle, la légende des cinq dragons, est totalement fantastique, mais les trois autres ont probablement un fond historique, notamment au niveau de la datation.

La légende des cinq dragons

Hei-Tzu et Bai-Tzu, deux dragons très puissants, n’arrivaient pas à déterminer lequel d’entre eux étaient le plus fort. Pour se départager, ils créèrent le go. Il fut décidé qu’il n’y aurait qu’une seule partie, et que son gagnant serait reconnu par le perdant comme le plus puissant d’entre eux deux. Les règles étaient les mêmes que celles que l’on connaît aujourd’hui, a l’exception de la règle du ko, qui n’était pas nécessaire, les dragons étant immortels et d’une patience infinie.
Les dieux, intéressés par ce nouveau jeu, envoyèrent un troisième dragon observer la partie, en lui ordonnant de ne revenir qu’une fois qu’elle serait terminée. Un millénaire plus tard, les dieux décidèrent d’envoyer un nouveau dragon observer le jeu. Et chaque millénaire, ils ordonnèrent à un nouveau dragon d’aller regarder la partie. Actuellement, ils sont cinq à attendre qu’Hei-Tzu et Bai-Tzu aient fini de jouer, et le sixième devrait les rejoindre d’ici quelques années, d’après la légende.

Image
source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:Xumizuo_long.jpg


Trois autres légendes attribuent l’invention du jeu a des hommes ayant réellement existé, et dont on a retrouvé des traces historiques.
Selon la première, c’est le mythique empereur de Chine Yao, réputé pour sa sagesse, qui a régné vers 2300 avant Jésus-Christ, qui aurait inventé ce jeu, afin de rendre son fils aussi sage et avisé que lui. Le fils en question était ce qu’on appelle un imbécile, mais la légende ne dit pas si la manœuvre du père pour éclairer ses neurones embrumés réussit.
La deuxième attribue l’invention du jeu à Shun, successeur de Yao, pour les mêmes raisons que son prédécesseur.
Enfin, la troisième, elle, reprend un thème récurrent dans les légendes sur la naissance des jeux : selon elle, Wu (ou U), vassal de Chieh (qui régna de -1818 à –1766), aurait inventé le jeu pour la distraction de son maître, qui se morfondait. Wu serait aussi l’inventeur des cartes à jouer.
Ces légendes ont un fond de vérité historique : le jeu serait en effet né vers 2000 avant Jésus-Christ. En revanche, toutes ces légendes font naître le jeu en Chine. En réalité, il est plus probable qu’il soit né au Tibet. De là, il serait arrivé en Chine lors de l’invasion du nord de ce pays par les tibétains, sous sa forme Yi (voir plus bas). La forme Ch’i, elle, serait arrivée dans le sud de la chine au gré de déplacements de population, le long de la frontière sud de la chine.

2) L’usage premier du go

Aujourd’hui, on pense que le jeu ne servait pas seulement à jouer, mais qu’il possédait une autre valeur.
Deux hypothèses s’affrontent. La première fait du jeu un instrument de divination. Cette hypothèse se base sur quelques ressemblances très vagues avec le Yi King, l’art divinatoire chinois, et n’est pas très sérieuse, pour ne pas dire complètement « capillotractée ».
La deuxième, en revanche, est intéressante, même si aucun élément ne permet de la confirmer avec certitude. Selon elle, le jeu faisait à l’origine office d’abaque, une sorte de boulier.
Voici tous les indices qui sont en faveur de cette hypothèse :
- d’abord, si le go était un abaque, il servait probablement à calculer de grands nombres. Et seuls les nobles, les riches et les marchands en auraient eu besoin. Or, pendant très longtemps, le go est resté l’apanage des classes sociales les plus élevées. On peut toutefois rétorquer à cette hypothèse que les classes sociales moins riches n’avaient sûrement ni le temps ni les moyens de s’adonner au jeu.
- On a retrouvé des gobans richement décorés, avec des pierres en jade, ce qui semble être un luxe pour un simple objet de loisir. Mais, à cette époque, tous les objets étaient richement décorés, chez les nobles. Cela ne constitue donc pas une preuve en soi.
- Plus intéressant, les romains utilisaient pour calculer un système de pierres qu’ils disposaient sur un quadrillage.
- Les hoshis n’ont aucune utilité, hormis permettre de mieux se repérer sur le goban. En revanche, sur un abaque, ils auraient pu permettre de repérer des nombres.


3) Le go en Chine

a)Les 2 formes du go

En chine, le jeu pris très rapidement deux formes : au nord, sous le nom de Wei Yi, on y jouait sur un goban de 17 cases sur 17. Au Wei Yi, le gagnant est le joueur qui a le plus de pierres vivantes à la fin de la partie. Cette forme du go, de plus en plus rare, est encore pratiquée au Tibet.
La deuxième forme, qui s’est développée dans le Sud de la Chine sous le nom de Wei Ch’i est la plus utilisée aujourd’hui. Le gagnant est le joueur qui, en fin de partie, possède le plus grand territoire, et le goban utilisé est un 19 sur 19. Au début, de nombreuses personnes croyaient que le go était progressivement passé de la forme Yi a la forme Ch’i. En fait, c’est faux : les deux formes ont longtemps cohabité, ce qui n’est pas étonnant, les peuples du nord et du sud ayant à cette époque très peu de contacts. D’ailleurs, deux élément le prouvent : à une époque, ou d’après la théorie du passage d’une forme a l’autre, la forme Ch’i n’existait pas encore, fut publié un ouvrage intitulé Boyu Siraku Shu. Or, il est fait mention dans cet ouvrage de parties se jouant sur un goban 19 fois 19 ! Des lors, on est obligé d’admettre que les deux formes ont existées simultanément. D’autre part, de très vieux livres comme le I-Ch’ing font, eux, mention de jeux se déroulant sur des goban 17 fois 17, alors que jusqu'à il y a quelques années, tous les gobans qu’on avait retrouvé datant de cette époque étaient des gobans 19 fois 19.
Aujourd’hui, en Chine on joue à la forme Yi du go, mais sur un goban 19 fois 19.

b) développement du go en Chine


Les premières références écrites de la présence du go en Chine se trouvent dans les annales des Printemps et des Automnes, qui sont une chronique parlant des états de Lu, qi, Jin, quin et Chu (qui font aujourd’hui partie de la Chine) durant la période des Printemps et des automnes ou période Chunqiu (de -722 à -481). Cet ouvrage est traditionnellement attribué à Confucius, qui l’aurait écrit ou compilé, bien que rien ne permette de l’affirmer. Ensuite, il est fait mention du go dans les écrits des élèves de Confucius qui ont retransmis les paroles de leur maître. Ces écrits disent que la pratique du go est préférable à l’oisiveté. C’est donc avec la bénédiction de Confucius que les riches s’adonnent au go (ce qui ne les empêche pas de goûter aussi à l’oisiveté, accessoirement). À cette époque, le go est réservé à l’aristocratie, et il ne connaît pas une grande évolution dans les règles.

Le jeu est souvent un élément principal dans les œuvres du poète Ma Yung (79-166). La première partie notée est jouée au IIème siècle. Mais c’est au IIIème que le go va connaître son véritable âge d’or. Les premiers traités consacrés au jeu sont écrits à cette époque, et le go est intégré aux trois Arts sacrés (musique, peinture et calligraphie) pratiqués a la cour de l’empereur.

On trouve également, à cette époque, des anecdotes à foisons. Voici l’une d’entre elle : Hsieh An faisait la guerre à Hsieh Hsiian, son neveu. Il y eu de terribles combats, mais ceux-ci se révélèrent sans issue. Il fut donc décidé que le conflit se réglerait sur un goban. L’histoire ne dit pas qui gagna la partie.

Mais, malgré cet engouement, le niveau n’était pas très bon, puisqu’au VIème siècle, le joueur Osan émerveillait tout le monde en reconstituant des parties, ce qui est aujourd’hui a la portée de beaucoup de joueurs .

Ensuite, il faut avancer jusqu'à la dynastie Tang (VIIieme au IXeme siècle) pour voir une nouvelle avancée dans l’histoire du go. C’est en effet à cette période que les premiers véritables livres intégralement consacrés au go apparaissent. Sont publiés par exemple, les Notes diverses sur les images célestes (Yun Xian Za Ji), le Traité de Go en 9 parties pour nourrir les rêves des dragons et des rois (Wang Ji xin meng qing lung tu qi jing jiu bu shou ji), et les notes sur le milieu du ciel (Tian Zhong Ji).

Le go est très longtemps réservé aux classes sociales les plus élevées, mais avec la révolution de 1949, il va se répandre parmi le peuple.

Il restera très populaire, jusqu'à l’ère communiste, qui vit dans ce jeu un outil du capitalisme et de l’impérialisme pour asservir le peuple chinois. Mais depuis 1978, ce jugement a changé, et le go est redevenu à la mode.

Aujourd’hui, on y joue beaucoup en Chine, surtout sous sa forme Yi (mais sur un goban 19 fois 19). Mais la forme Ch’i est aussi jouée, comme les règles sont les mêmes, à part les conditions de victoire. Depuis une dizaine d’année, le go chinois a rattrapé son retard, et les joueurs chinois font partie des meilleurs du monde.

Il est intéressant de noter que Confucius parle dans ses écrits de la forme Yi du go, et que c’est elle qui est aujourd’hui en usage en Chine. Ce n’est pas anodin. Pour le comprendre, il faut se pencher sur l’histoire de la Chine, et plus précisément la période Ming (1318-1644). Cette dynastie tenait à rétablir les valeurs traditionnelles du nord de la Chine (car celles du sud étaient soi-disant barbares). Et, à cette fin, la doctrine de Confucius devint officielle, car elle véhiculait les traditions du nord. Dont le Wei Yi, ce qui explique que ce soit cette forme, et non le Wei Ch’i, qui ait survécu en Chine.


Image
Confucius (source : http://www.historywiz.com/confucianism.htm)

4) Le go au Japon

a) Période semi classique

Le go arrive en Corée, sous le nom de baduk, entre le IIème et le Veme siècle. Il s’agit de sa forme Ch’i. Il passe probablement ensuite au Japon vers le IIIème siècle. Mais sa date d’arrivée « officielle » est 754. Cette année, un ambassadeur envoyé par le Japon en Chine revient dans son pays, avec le jeu. A cette époque, l’aristocratie japonaise est très désireuse d’imiter la Chine : bouddhisme, administration de l’état, écriture etc… Ce jeu connaît donc un énorme succès, chez les classes sociales les plus élevées, sous le nom de igo. Il est interdit d’y jouer, en dehors de la cour de l’empereur, à Kyoto. La cour s’enflamme tellement pour ce jeu que certains, comme le courtisan Wakino Ason Sadaomi, perdent tous leurs biens au jeu. Une anecdote montre qu’a cette époque, le niveau n’était toujours pas très bon : un prince japonais gagna une partie contre son professeur Koshi Gen, meilleur de Chine, en se contentant de jouer symétriquement par rapport à lui. Aujourd’hui, ça parait un peu difficile de battre le meilleur du monde comme ça : le moyen de « casser » le jeu en miroir a été découvert il y a très longtemps, et il est aujourd’hui très connu.

Malgré l’interdiction d’y jouer hors de la cour, le jeu va se développer grâce à la désobéissance du prince Kiowara Iehira, qui, au XIème siècle, introduisit le jeu chez les marchands et les nobles des villes de Dewa et Oshu. De là, le jeu allait connaître un énorme succès dans tout le Japon, d’abord auprès des samouraïs puis des moines.

Le jeu fait alors partie intégrante de la culture japonaise. De nombreux traités et livres, comme le Gengi Monogatari de dame Murasaki, sont écrits au XIeme siècle. Plusieurs anecdotes de cette époque plus ou moins réalistes, montrent l’intérêt que les Japonais portaient à ce jeu : en 1186, Hojo Yoshitoki, régent de l’empire, est en train de jouer au go quand on lui annonce une rébellion. Et bien, il ne se dérange pas pour autant, finit sa partie bien tranquillement, et seulement aprés, pense qu’il faudrait peut être s’occuper de la révolte, qu’il mate donc en conséquence.

Un peu plus tard, le jeu se développera plus particulièrement chez les militaires, qui se retrouvent pour une partie amicale après s’être étripés dans la joie et la bonne humeur.

b) La période classique

La période classique du jeu est la période ou le jeu va entamer son évolution définitive vers ce qu’on connaît aujourd’hui. Elle commence, en gros, en 1602 avec l’avènement du shogunat (en réalité la vraie date est 1604, mais on ne va pas chipoter. La plupart des historiens du go ne font pas de différence). Le premier shogun, Ieyasi Tokugawa, va créer une académie de go, la première, qui ne durera pas longtemps. Il confie la direction de cette académie à son ami Nikkaï, un moine bouddhiste de la secte Nichiren. Nikkaï prend alors le nom d’Honinbo Sansa, et quitte la vie monastique pour se consacrer à l’étude du go Il est payé par son ami et mécène le shogun, qui lui offre 300 koku (quantité de riz pour une personne pendant un an) par an. Ce shogun devait vraiment être passionné par le go ! Il va être aidé par 3 professeurs : Yasui, Inoue, et Hayashi. Ces professeurs, ainsi qu’Honinbo lui-même, donneront naissance à quatre grandes familles, quatre clans rivaux, qui se livreront de terribles batailles… sur les gobans. Honinbo avait également un rival : Kashio Rigen, de la maison Hayashi. Ils auraient joué 374 parties ensemble. Mais Honinbo était le plus fort.

Honinbo inventa le système de classement qui est encore utilisé aujourd’hui, avec quelques variantes. Selon son système de classement, un seul joueur à la fois pouvait être 9 dan, et ainsi obtenir le titre de meijin (maître). Il est important de noter qu’aujourd’hui, le titre de meijin est un titre accordé chaque année au gagnant du tournoi organisé par le journal japonais Asahi. Cela n’a plus rien à voir avec l’immense honneur que c’était, même si ce titre reste bien sûr très convoité.

Seul 10 joueurs, en comptant Honinbo, ont atteint ce titre :
Honinbo lui-même (1559-1623)
Nakamura Doseki (fondateur de la maison Inoue)
Sanchi (IIème Yasui) (1617-1703)
Dosaku (IVème Honinbo) (1645-1702)
Inseki (IVème Inoue)
Dochi (Vème Honinbo) (1690-1727)
Shakugen (IXième Honinbo)
Jowa (XIIème Honinbo) (1787-1847)
Shuei (XVIIème Honinbo)
Shusai (XXIème Honinbo) (1874-1938)

A noter qu’Honinbo Sansa, bien qu’ayant renoncé à la vie monastique, ne pouvait ni se marier ni avoir d’enfants. Il choisit donc d’adopter son disciple préféré et de lui léguer son nom. De nombreux Honinbo devinrent moines et choisirent cette même solution pour transmettre leur nom. Ainsi, très peu d’Honinbo furent les véritables fils de leur père. Ce n’est pas le cas dans les trois autres grandes familles.
Les 4 familles ont survécu jusqu’à la fin du XIXème siècle. Shusai, dernier Honinbo, donna son nom non pas à un disciple, mais il le confia à la Nihon kin (voir plus bas).

Il y avait un autre titre : Godokoro, également attribué au 9ième dan. La personne qui cumulait les titres de meijin et de gondokoro devenait l’enseignant du shogun (qui était seul habilité à distribuer ces titres) en matière de go. Ce titre était acquis à vie. Il restait vacant si aucun joueur n’atteignait le 9ème dan.

Les joueurs de go se battaient entre eux pour obtenir le gondokoro (et ils n’hésitaient d’ailleurs pas à verser un peu dans la corruption) mais ils étaient aussi grands rivaux avec les joueurs de shogi (échecs japonais). Et entre eux, les joueurs de shogi se battaient aussi pour obtenir le titre de Shogidokoro, équivalent du Godokoro, mais pour le shogi.
Tout cela était destiné à mettre en place une sorte de hiérarchie :
1)Godokoro (et si le poste était vacant, Honinbo prenait la tête de la hiérarchie, mais il ne devenait pas godokoro)
2)Shogidokoro
3)Héritiers des grandes familles de go
4)Héritiers des grandes familles de shogi


On voit que le go était considéré comme un jeu plus prestigieux que le shogi. En 1662, le Jisha Bugyo (commissaire aux monastères et sanctuaires) devient l’autorité des joueurs de go et shogi. Ce titre était réservé à un membre d’un groupe de hauts fonctionnaires. Ce membre changeait tous les mois.

L’année 1664 vit la naissance des O-shiro-go, parties jouées en présence du shogun pour devenir meijin (voir plus haut). En réalité, les parties étaient jouées avant le véritable jour, et elles duraient très longtemps. Ensuite, devant le shogun, ce n’était pas la véritable partie qui se jouait, mais une reconstitution. Comme ceci, sa seigneurie n’avait pas à attendre pendant que les joueurs réfléchissaient. Comme il n’y avait pas de komi, les noirs gagnaient bien sûr très souvent. Les parties devaient être magnifiques car, en raison de cette absence de komi, les blancs étaient contraints de jouer de façon très agressive.
Lors de ces parties, les joueurs devaient avoir les cheveux rasés, et on raconte qu’Ota Yuzo passa à coté du titre de meijin, pour avoir refusé de couper ses cheveux !

Nous allons voir maintenant, à travers un exemple, combien la corruption était fréquente à cette époque.
A l’époque Temp (1830-1844), 4 joueurs de niveau 8 dan étaient en concurrence pour le double titre de meijin et godokoro. Ces 4 joueurs étaient : Inoue Ganan Inseki, Honinbo Jowa, Yasui Senchi et Hayashi Genbi. Jowa, pour obtenir le titre, usa de corruption. Il devint ainsi meijin, sans jouer une seule partie ! Il fut contraint de démissionner par les 3 autres. Cette histoire allait entâcher la réputation des Honinbo, ce qui empêcha Honinbo Shuwa de devenir meijin quelques années plus tard, alors que lui l’avait mérité.
Mais ce n’était pas la première fois qu’une situation de ce type se produisait.

Malgré ces scandales, cette période fut aussi une époque de gloire pour le go. Sans entrer dans les détails, de nombreuses innovations et coups plus audacieux les uns que les autres datent de cette époque, même s’ils ont été améliorés plus tard. Il y avait également un très grand nombre de professionnels, presque autant qu’aujourd’hui.

c) déclin et renaissance du go


Même au Japon, le go finit par tomber en disgrâce pendant l’ère Meiji, à partir de 1868. Mais, vers 1920, apparaît la première ligue nationale de go : la Nihon kin. Elle est plus tard rejointe par une deuxième guilde, la Kansaï kin. De plus, le manga Hikaru no go a beaucoup popularisé ce jeu, que ce soit au Japon ou dans d’autres pays. Cette situation a le bon côté de populariser ce jeu magnifique, qu’on peut aujourd’hui très souvent voir à la télé (du moins au Japon), beaucoup plus que les échecs chez nous. Mais en même temps, je trouve que le go devient une affaire commerciale, ce qui est dommage pour un si beau jeu

5) Le go en Europe

Le go est arrivé en Europe au XIIIème siècle, avec des voyageurs, mais il n’eut aucun succès .Le premier article sur le go fut publié en 1710. Mais c’est à la fin du XIXeme siècle qu’il va commencer à avoir du succès, avec les immigrants japonais. Le joueur d’échecs allemand Lasker s’initie au go, et va jusqu'à trouver ce jeu plus passionnant que les échecs, puisqu’il déclare que « Les règles du go sont si élégantes, organiques et rigoureusement logiques que s'il existe quelque part dans l'univers une forme de vie intelligente, elles doivent certainement y jouer ».
Le premier club de go européen est créé en 1895 par des officiers de la marine austro-hongroise, le premier traité occidental est publié en 1900, et la première revue naît en 1909. Aujourd’hui, le go a du succès en France, car il surfe sur la vague de passion pour la culture nippone qui touche notre beau pays. De plus, le succès du manga Hikaru no go a fait découvrir ce jeu aux jeunes français, qui l’adorent !!!

Glossaire:


Ko
: Ko signifie éternité. Le ko est une situation dans laquelle chaque joueur peut reprendre indéfiniment une pierre de l’autre. Pour éviter que les parties ne se finissent jamais, la règle de ko interdit à un joueur de recréer sur le goban une position identique à une position apparue plus tôt dans la partie.
Pierres : Les pierres sont les pions que l’on utilise au go.
Hoshis : Hoshi signifie étoile en japonais. Il s’agit de points qui sont marqués sur certaines intersections du goban. Sur un goban de 19 cases sur 19, il y a 9 hoshis.
Goban : Plateau sur lequel on joue au go
Pierres vivantes : Une pierre est vivante quand, quoiqu’il fasse, l’adversaire ne peut pas la capturer.
Territoire : Le but du go est de constituer, à l’aide de ses pierres, un territoire comportant le plus grand nombre d’intersections possibles.
Komi : Au go, c’est le joueur qui a noir qui commence. Le komi est une compensation, habituellement de 5 points plus 1 demi point pour éviter les parties nulles, qui est accordée à blanc. Le komi n’a pas toujours existé, ce qui fait que les noirs gagnaient très souvent. On raconte que Shuzaku Honinbo n’a jamais perdu de partie lorsqu’il avait les noirs. Il aurait répondu à quelqu’un qui lui demandait le résultat d’une partie « J’avais noir ». Le komi a tendance à augmenter, et il va probablement passer à 6,5 ou 7 ,5 car comme le niveau augmente, les joueurs professionnels savent de mieux en mieux utiliser l’avantage que leur donne le premier coup.


Liens sur le go :


http://rfg.jeudego.org/ Le site de la revue française de go. Principale source de l’article. Je n’ai pas prise toutes les infos, ce site est une véritable mine d’or, que je vous laisse découvrir.

http://membres.lycos.fr/go78/ L’excellent site du club de Versailles, avec notamment un dictionnaire des termes de go, très bien fait.

http://roronoa.webator.net/accueilgo4.html Site sur le manga Hikaru no go, très bien fait, avec toujours une petite note d’humour, et des rubriques sur le jeu lui-même qui sont très claires.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jeu_de_go page Wikipédia sur le go. Pas mal faite du tout, avec des liens intéressants, qu’ils soient internes ou externes.

http://ffg.jeudego.org/ Le site de la fédération française de go.

http://jeudego.info/ Encyclopédie consacrée uniquement au go. Apportez vos petites touches !

http://www.mylinea.com/didierkropp/ Annuaire de liens sur le go

http://bibliographie.jeudego.org/debut.htm Bibliographie de livres sur le go

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Message Publié : 15 Mai 06 22:29 
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Localisation : De retour à Lyon, après Paris et Bordeaux
Voilà un bien bel exposé sur un sujet compliqué mais passionnant, même si l'on ne joue pas au go. Le jeu de go est assurément un aspect majeur de la culture asiatique.
Merci donc à Reekoo d'avoir osé s'y attaquer ! :super:

Je constate avec plaisir que tu n'as eu aucune difficulté pour mettre ton exposé en ligne. Puis-je en déduire que mes explications étaient parfaitement claires ? :lol1:

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Message Publié : 16 Mai 06 14:11 
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Localisation : Beauvais (wééééé!!!)
Je dis aussi bravo, c'était très intéressant et bien écrit en plus. Tu as permis au joueur occasionnel que je suisd'être un peu moins inculte sur les origines de ce jeu passionnant.

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cantoli loood !

Gütiokipänjä ! Gloire à Kiki !


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Message Publié : 16 Mai 06 15:49 
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Inscription : 05 Mars 06 19:17
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Localisation : La ou les reves deviennent réalité
Cyr a écrit :

Je constate avec plaisir que tu n'as eu aucune difficulté pour mettre ton exposé en ligne. Puis-je en déduire que mes explications étaient parfaitement claires ? :lol1:


Très claire! D'ailleurs, merci encore :super:

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Message Publié : 16 Mai 06 17:35 
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Localisation : En train de preparer un plan contre la FNAK!
Très bel exposé Reekoo, d'autant plus méritant que tu as fait le pari d'expliquer historiquement le go sans te plonger dans une explication du jeu. Et le pari est réussi, car moi, qui n'y connais rien en go, j'ai trouvé cela passionnant, ca dnne justement envie d'en connaître plus.
D'ailleurs, tu parles d"Hikaru No Go, tu penses que quelqu'un qui n'y connais rien pourrait tenter une approche du jeu par le biais du manga?


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Message Publié : 16 Mai 06 17:48 
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Localisation : republica de la cala marçal
moi je ne connais rien non plus au go et j'ai trouvé cet exposé superbe
une lecture sur le go que je peut conseiller qui n'apprend pas a jouer mais qui est magnifique est: le maitre ou le tournoi de go de kawabata c'est un journaliste qui raconte le dernier tournoi d'un maitre du go


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Message Publié : 16 Mai 06 17:55 
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Localisation : La ou les reves deviennent réalité
Ceïba: oui, je pense que tu peux commencer le go avec le manga: au cours du manga, dans les premiers tomes, il y a des petites pauses qui expliquent de facon simple les regles du jeu. C'est d'ailleurs comme ca que j'ai moi même découvert le jeu, et j'ai tout de suite compris les rèles, même si je joue très rarement et très mal :wink:

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Message Publié : 16 Mai 06 21:34 
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Localisation : Plus entre Pissevieille et Berrybouy (et oui, y'en a qu'ont de la chance dans la vie !)
Merci reekoo.

C'est un éxposé très bien fait. En règle général quand il s'agit de sport (ou de jeu comme ici), j'aime beaucoup plus l'aspect historique que de connaître le règles et les techniques.
Et là, tu m'as parfaitement servi (et apparemment, je ne suis pas le seul)
J'ai vraiment découvert le monde du go avec le manga "Hikaru no Go" même si j'avais un peu "joué" avant (disons plutôt que j'avais placé des pions blancs ou noirs sur un goban suivant les parties en essayant vaguement de suivre la logique de ce jeu), grâce à toi, j'ai pû découvrir l'histoire de ce jeu. Une histoire riche et qui se recoupe avec l'Histoire des trois grands pays de l'Asie du Nord-Est (Chine/Corée/Japon).

Encore bravo.

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L'art est bref, la vie est longue. Et la lutte, finale.
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08/08/05 : LONGUE VIE A L'ARME SUPER-SONIQUE AUSTRALIENNE, à l'ancien leader de l'Alliance Française du Dessous, au brouillard des steppes, au pêcheur du lointain, à l'empereur noir et au tueur de graines !


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Message Publié : 26 Déc 07 11:10 
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Localisation : devant mon ordi
pour les personnes qui savent un peu jouer ( voir bien ou très bien jouer)
je vous propose un site qui n'est pas inconnu des joueurs :KGS GO SERVER
ce site est bien fait et on peux rencontrer des joueurs du monde entier (plus ou moins sympatiques mais bon ....)
voila
bon jeu!


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