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Message Publié : 20 Juin 04 21:13 
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Origines et courants de la bande dessinée japonaise, ou manga

NDRL: Le terme « manga », étant référencé par l’Académie française, devra être accordé. Son pluriel donnera donc « des mangas ». Des termes comme « mangaka » ou « gekiga » n’étant pas référencés par l’Académie française resteront invariables.
De plus, cet exposé n’a pas la prétention de présenter toute l’histoire et les courants du manga, qui demanderait pour cela un ouvrage entier ; il ne sera donc ici présenté que les grandes lignes de l’histoire du manga.


A/ Origines de la bande dessinée japonaise:

1. Au commencement :

Etymologiquement, le terme de "manga" est utilisé pour la première fois par Katsushika Hokusai pendant la période d’Edo, au 18ième siècle; il signifie littéralement “image dérisoire“. Au Japon, le terme « manga » désigne tout simplement la bande dessinée au sens large, mais chez nous il a une signification et une connotation incontestablement nippones.

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Extrait de la Manga de Hokusaï

Hokusai faisait en fait des estampes montrant des personnages populaires de l'époque, des sortes de caricatures, que l’on appelle les « Hokusai giga ». C'est pour cela que l'estampe est considérée par beaucoup comme l'ancêtre du manga, et même, dans l'histoire de la Bande Dessinée mondiale, son point de départ originel. Les e-makimono, qui sont des larges rouleaux peints que l'on déplie et qui racontent des récits épiques, peuvent donc être considérés comme les premières "bandes" - "dessinées". A coté ou directement sur le dessin, les idéogrammes racontent l'histoire, tandis que les dessins l'illustrent.

Mais les e-makimono et la Manga de Hokusai ne sont pas les seuls points de départ de la bande dessinée, d’un point de vue mondial: la tapisserie de Bayeux, chef d'œuvre unique au monde, est un document réalisé au XI° siècle (1070), qui est considéré aussi comme l’ancêtre de la bande dessinée européenne. C’est une broderie exécutée sur toile de lin avec des laines de couleur variées. L'exécution de cette oeuvre fût très probablement confiée à un atelier anglo-saxon. Cette "BD" de laine et de lin raconte l'invasion de l'Angleterre par Guillaume le Bâtard, duc de Normandie. Sorti victorieux de cette bataille, Guillaume, devenu le Conquérant, pu alors être couronné roi d’Angleterre en 1066. La tapisserie mesure plus de 70 mètres de long et 50 centimètres de hauteur. Le document est d'une immense richesse iconographique : les illustrations principales sont encadrées par deux frises qui fonctionnent comme des petits narratifs.

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Morceau de le tapiserie de Bayeux, considérée comme l’ancêtre de la bande dessinée européenne

Certains historiens font même remonter l’histoire de la bande dessinée japonaise au moyenâge, avec le « Rouleau satirique des animaux » ou « Chôjûgiga ». Ces rouleaux ont été peints par Toba, un moine bouddhiste qui mettait en scène des animaux afin de représenter les êtres humains.
Mais la bande dessinée moderne comme nous la connaissons apparut beaucoup plus tard.

2. Naissance :

Isao Shimizu, grand spécialiste de l’histoire de la bande dessinée, estime la naissance de la bande dessinée japonaise à la fin de la période d’Edo et le début de Meiji (de 1850 à 1920).
En réalité, c’est à ce moment là que firent introduits au Japon les premiers dessins satiriques occidentaux (comme quoi nous avons notre petite part d’influence !!). En 1862, l'anglais Charles Wirgman qui vivait au Japon, débute la publication de « The Japan Punch », un magazine satirique où il y dessine des caricatures en une case et des strips de bandes dessinées, avec des systèmes de bulles, à l'intention des étrangers anglophones vivant à Yokohama.

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Magazine The Japan punch

Ce magazine eut un tel succès chez les japonais qu’ils le traduisirent même. À la même époque, le français George Bigot créa lui aussi un magasine, Tôbae, destiné aux étrangers français et qui contenait des strips ridiculisant la société japonaise et son gouvernement.

Les sujets et procédés nouveaux de ces dessins satiriques furent une révolution dans le dessin au japon, que les illustrateurs japonais utilisèrent alors pour refléter une actualité où se développait de violents bouleversements sociaux.

Rakuten Kitawa (1876-1955) dessina, dés 1902, la première série de bande dessinée japonaise: « Tagosaku to Mokube no Tokyo Kembotsu » publié dans le magazine Jiji Manga, un supplément couleur du journal du dimanche modelé sur les journaux américains.
Cependant, cette série n'utilisait pas encore les bulles de dialogue.
En 1914, l'éditeur Kôdansha publie alors le magazine Shônen Jump, un mensuel illustré pour jeunes garçons qui propose, entres autres, des bandes dessinées. On verra alors suivre, en 1923, une version pour jeunes filles, le magazine Shôjo Club, et en 1926 le Yônen Club, pour les plus jeunes.

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Magazine Shôjo club

Le Nihon Mangaka Kyokai, fondé en 1932, association de mangaka qui existe encore aujourd'hui, avait pour but d'analyser la bande dessinée étrangère, pour mieux en saisir ses préceptes et ainsi développer leur art en se servant de diverses influences.

Mais c’est en 1947 que le premier magazine pour les jeunes, consacré uniquement à la bande dessinée, fut édité : le "Manga Shônen", publié par les éditions Gakudo-Sha. Et c’est avec la montée inexorable du journalisme que la bande dessinée japonaise moderne naquit.

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B/ Catégories et supports de diffusion :


1. Chiffres et catégories :

Les supports de diffusion des mangas sont multiples et diversifiés.
On peut en distinguer trois grandes catégories :

1. les revues spécialisées, uniquement consacrées à la BD : les manga zasshi (par exemple, le « Shonen Jump » qui a publié « DragonBall » et « City Hunter ».)

2. les livres en format de poche : les manga tankôbon

3. la presse, revues et quotidiens (par exemple, « Nono Chan » de Hisaichi Ishii dans l’ « Asahi shinbun »)

Pour les revues spécialisées, on peut distinguer 6 grands groupes, selon l’âge ou le sexe présupposé du lecteur :
1. revues pour touts petits : yônen manga
2. revues pour garçons : shônen manga
3. revues pour filles : shôjo manga
4. revues pour adolescents : seinen manga
5. revues pour adolescentes et jeunes femmes : seijin josei manga
6. revues pour adultes : seijin manga

L’ensemble des revues dites « grand public » (regroupant les seinen et seijin manga) a atteint en 1998 le chiffre de 660 millions d’exemplaires tirés au japon. En additionnant les publications pour enfants, on peut dire que les japonais consomment 1 300 000 000 magazines de BD par an.
La plupart des bandes dessinées sont publiées par épisodes et sont ensuite publiées en livre de poche. En 2002, les Japonais dépensèrent environ 500 milliards de yens en bandes dessinées. Pas loin de 2 milliards de livres et de magazines de bandes dessinées furent édités, ce qui faisait un peu moins de 40% du marché de l’édition. Quiconque regarde un peu autour de soi au Japon, remarque immédiatement que les mangas saturent le pays.


2. Les gekiga manga:

Dans les premières bd de ce genre parues, les gekiga caractérisent les BD de l’excès, de la violence ou de l’extravagance.
Le terme gekiga 劇画exprime une nuance de mépris et d’indignité.
Pendant la 2ième guerre mondiale, on appelait gekiga ou kami-shibaï les « théâtre en papier » : ce théâtre de papier était constitué en plusieurs dizaines de feuilles volantes, chacune support d’un dessin que l’acteur-narrateur anime. A chaque image correspond un texte. Pendant et avant la guerre, les animateurs de ce théâtre allaient de quartiers en quartiers en vélo. Mais avec l’inflation de la télévision personnelle, les artistes de ce théâtre de papier dit gekiga perdirent leurs moyens de vivre. Certains d’entre eux se convertirent alors dans la bd de magazine, comme Shigeru Mizuki qui publia « Terebi-kun» dans Shonen Magazine et créa beaucoup d’histoires de fantômes, comme celles avec les Yokaï, qu’on peut voir d’ailleurs dans le film "Heisei tanuki gassen Pompoko " de Takahata.

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Un fantôme de Shigeru Mizuki

Le caractère outrancier omniprésent des premières périodes de cette bd dite gekiga s’est cependant peu à peu estompé pour laisser place à un manga plus élaboré et moins violent.
C’est dans les années 1950 que le dessinateur Takao Saito, l’auteur du fameux « Golgo 13 », avec d’autres dessinateurs, abandonnèrent la bd enfantine de leur maître Osamu Tezuka pour se destiner à un public plus adulte. Au début des années 60, ces dessinateurs poursuivirent leurs projets en les diffusant dans des magazines pour adolescents. Le succès monta et le terme gekiga devint de plus en plus populaire.
Le mot gekiga ne concerne désormais qu’un style particulier de bd narrative.

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« Golgo 13 » de Takao Saito

C/ Techniques :

NDRL: Ce chapitre ne présente que les bases et quelques conseils de la réalisation d’un manga en noir et blanc. Je n’interviendrais pas sur des aspects techniques comme la colorisation ou la retouche numérique, car ce chapitre n’a pour but que de proposer une petite initiation technique à cet art.


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« L’apprenti mangaka », Akira Toriyama

Après avoir fait des planches de charater design, où l’on étudie les attitudes, expressions, proportions, du personnage, un scénario ainsi qu’un story board, on peut commencer à débuter vraiment la bd.
D’abord, on fait des repères sur les planches. On crayonne la mise en page des cases, les personnages, les décors, l’insertion des bulles de dialogue. Si l’on veut que les bulles et les onomatopées soient homogènes au reste de la planche et qu’elles soient bien intégrées, il est primordial de les intégrer dés les crayonnages.

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« L’apprenti mangaka », Akira Toriyama

Une fois les traits définis, on peut encrer, en commençant par les cadres, puis en les remplissant. Pour cela, on utilisera une table lumineuse, on l’on pourra encrer son dessin par transparence, en superposant le crayonné et une feuille de papier glacé vierge rigide, que l’on encre. Une fois l’encre bien sèche, on gommera les crayonnés de retouches qui auront pu être éventuellement fait directement sur la planche.

Pour l’encrage, on préférera une plume et une encre de chine. Il existe dans le commerce des plumes rechargeables à l’encre de chine très pratique, et qui évitent les bavures.

On peut aussi utiliser des stylos à pointes tubulaires rechargeables comme les « Rotrings », ainsi que des marqueurs à la gouache comme les « Posca » et des pinceaux pour encrer des zones plus épaisses.

Pour les ombrages, on va utiliser des trames, qui sont des feuilles de plastique transparent avec des motifs noirs, que l’on peut gratter pour enlever certaines zones imprimées, que l’on découpe et l’on colle sur les dessins. C’est une technique relativement difficile, surtout que les feuilles sont coûteuses. Il existe une multitude de trames différentes, allant des motifs pointillés classiques aux motifs à fleurs.

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Exemples de trames

Mais on utilise de plus en plus le tramage numérique, en scannant directement les planches. On peut aussi faire soit même ses trames, de moins bonne qualité mais plus économique, sous des logiciels comme « Adobe Photoshop » par exemple, et que l’on imprime ensuite sur rodoïde.
Une fois toutes ces étapes finies, on pourra insérer le texte. Pour une bd traditionnelle, sans utilisation numérique, on préférera une typographie faire à la main et à la plume, afin que les textes soient bien intégrés aux images.

Pour ce qui est du « style », c’est au dessinateur de créer et d’imposer ses propres choix graphiques. L’idéal serait de se procurer un ouvrage d’anatomie humaine pour les personnages, et de travailler la perspective en faisant des croquis in situ.
« L’apprenti Mangaka » d’Akira Toriyama est aussi un bon ouvrage plein de petits conseils pour débuter. Il existe des ouvrages proposant d’enseigner le « dessin du manga », démontrant un dessin stéréotypé, mais il faut savoir qu’il n’existe pas de « dessin manga ». Le manga possède des styles graphiques variés, originaux et personnels, qui ne peuvent pas être catégorisés en un seul style. Nous tenterons donc, par la suite de cet exposé, de définir certains aspects, les plus courants, de l’iconographie manga.

D / Thématiques :

Les thématiques des mangas sont d’une extraordinaire diversité. Il est donc difficile de parler de « thématique manga » dans le sens où il n’existe pas de restriction de genre. Nous allons cependant tenter de répertorier les thèmes majeurs et les plus récurrents de cet art. Le « yonkoma » est certainement le plus ancien thème présent dans la bande dessinée japonaise. C’est en réalité un court satyre de l’actualité, diffusé dans un journal. Le meilleur exemple contemporain sont les yonkoma d’Hisaishi Ishii.
Le « sarîman » est une parodie mettant en scène la vie des employés de bureau.
Le « shôjo », très répandu, sont des histoires romantiques : « Love Hina » de Ken Akamatsu, « Video Girl Aï » de Masakazu Katsura.
Le sport est aussi relativement répandu dans les mangas : « Slam Dunk » de Inoue Takehiko.
La science fiction, qui met en scène des robots dans une ère futuriste : « Macross 7 trash » de Haruhiko Mikimoto.
Le Cyber punk, qui dérive de la SF, met généralement en scène des cyborgs humains : « Gunnm » de Yukiko Kishiro.
L’héroïc-fantasy, reprenant un univers dans le style de Tolkien : « Bastard », de Kazushi Hagiwara.
L’humour, comme les séries « Docteur Slump » d’Akira Toriyama ou « Gon » de Masashi Tanaka.
Le policier, souvent influencé par les romans de Conan Doyle : « Cowboy bebop » de Yutaka Nanten ou « City hunter » de Tsukasa Hojo.
L’ultra-violence : « Golgo 13 » de Takao Saito ou « Berserk » de Kentaro Miura.
Les histoires de rônin et bushi : « L’habitant de l’infini » de Hiroaki Samura.
L’érotique, dit “hentaï”: « Step Up Love Story » de Aki Katsu.
Les histoires courtes, comme « La tragédie de P » de Rumiko Takahashi ou « Le Cratère » d’Osamu Tezuka.
Le combat de rue : « GTO » de Toru Fujisawa ou « Tough » de Tetsuya Saruwatari.
Les arts martiaux : « Nori Taka » de Hamori Murata ou « Ranma ½ » de Rumiko Takahashi.

E / Auteurs et Iconographie :

1. premier pas vers l’iconographie manga :

En France, on utilise fréquemment le terme « manga » pour définir toutes les productions « dessinées » japonaises, cela venant principalement, à mon sens, d’une erreur de traduction.
Mais le manga n’est pas à associer aux films d’animation : cela caractérise uniquement la bande dessinée.
La « déferlante manga » en France a commencé dans les années 80, devenant rapidement un produit de grande consommation. Mais très vite, ces bandes dessinées japonaises, tout comme les séries animées, soulèvent multiples débats de censure : l’on associe rapidement ces productions avec le schéma «sexe et violence ».

Ces anathèmes viennent principalement du fait que la diffusion du manga en France est restée longtemps limitée à une iconographie très restreinte issue des productions commerciales. L’iconographie manga ne se limite aux « grands yeux pétillants », aux filles en uniforme d’écolière et aux robots ultra-puissants.

Les mangas et l’animation japonaise se sont affranchi des modèles occidentaux pour proposer une toute autre iconographie, proposant des nouvelles esthétiques et de nouvelles mythologies propres à leurs univers, parfois incompris.

Des e-makimono, le manga conservera deux techniques majeures : la technique du « toit arraché » et la technique du « Hikime-Kagihana »:

Le Hikime-Kagihana est un style caractéristique utilisé par les artistes nippons dans la représentation physique des personnages : les visages sont simplifiés à l'extrême, mais sans perdre pour autant la finesse d’un trait juste et précis. Généralement, cette technique présente des personnages avec deux points pour les yeux, un trait crochu pour le nez et un point rouge pour la bouche, dotés de détails physiques afin de les différencier. Dans les mangas modernes, on retrouve encore actuellement cette tendance à la simplicité, surtout lorsque l’action devient comique, moins poussé à l’extrême, certes, mais qui s’attache tout de même à cette tendance stylistique, comme le fait par exemple Hisaichi Ishii, auteur de « Mes voisins les Yamada ».

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Extrait de « Ninja mugei cho » d’Hisaishi Ishii

Le dessin créé l’apparence et le mouvement, et situe les personnages par rapport au décor.
L’expressivité des visages est primordiale afin de faire fonctionner une communication entre lecteur et narrateur. Selon l’expression graphique, le caractère du personnage et la compréhension de l’intrigue peuvent varier. Le texte et les onomatopées viennent ensuite appuyer le dessin et ainsi le compléter.
Les onomatopées font partie intégrante du dessin. Avec son système idéographique, le japonais possède un avantage graphique et stylistique par rapport à notre alphabet occidental plus rigide. Certaines maisons d’édition traduisent les onomatopées, mais cette pratique est souvent désapprouvée par les lecteurs avertis ainsi que par les illustrateurs ; le mot, dans sa forme cognitive, n’a finalement pas une grande importance dans une onomatopée qui doit, grâce à sa forme, traduire un bruit. De ce fait, une onomatopée efficace devrait pouvoir se passer de traduction.

De nos jours, la production devant être accélérée afin de répondre à la demande, l’auteur engage plusieurs assistants, afin de réaliser la colorisation, les décors et les détails. Des spécialistes du scénario collaborent avec de grands mangaka, comme le scénariste Kazuo Koike qui collabora avec Goseki Kojima pour « Lone Wolf and club » et avec Ryôichi Ikegami pour « Crying Freeman » ou encore le scénariste Ikki Kajiwara (« Kyojin no Hoshi » = L’Etoile des Giants).

2. le manga no kamisama :

Le grand novateur du manga restera cependant Osamu Tezuka, le « Manga no kamisama » comme l’appellent les japonais, le dieu des mangas.

Ses travaux ont bercé toute une génération d’auteurs de talents, tant dans le domaine de la bande dessinée que de l’animation.

"J’ai toujours eu la plus grande admiration pour les mangas d’Osamu Tezuka. Sa rigueur et sa force créatrice m’ont beaucoup diverti et impressionné aussi. Ses travaux demeurèrent longtemps ma référence absolue". Hayao Miyazaki.

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Tezuka dans AstroBoy tome1

Tezuka fera de la technologie et de l’humanité un thème récurrent dans ses œuvres dans lequel il posera les questions de l'utilisation que l'homme fait et fera de la technologie.
Humaniste, il dénoncera tous les totalitarismes dans l’ « Histoire des trois Adolf », condamnant dans une formidable épopée les préjugés, la xénophobie, le sectarisme et les engagements idéologiques et militaires des hommes pendant la seconde guerre mondiale. Le manga prend alors une connotation plus sérieuse, plus intellectuelle, devenant un moyen d’expression populaire pour dénoncer certaines ignominies.

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Tezuka dans AstroBoy tome1

Osamu Tezuka fut le premier à utiliser les codes graphiques du cinéma, principalement américain, allemand et français. Ainsi, pour retranscrire sur papier le rythme et la vie du cinéma, il dessine chaque action sous plusieurs angles, à des distances et des cadrages différents, en incluant des changements de plans et des mouvements de caméra. Cela explique aussi que le manga a parfois des rapprochements avec le story-board. Chaque action est décomposée. C’est principalement grâce à cette nouvelle méthode de transposition et de découpage de l’action que Tezuka deviendra ce Manga no kamisama. Ses prédécesseurs dessinaient dans une perspective bidimensionnelle, comme si l’action se déroulait dans une pièce de théâtre : le niveau et les mêmes dimensions restaient donc figées, les personnages arrivant de droite ou gauche. Pour Tezuka, cette retranscription ne permettait pas de produire des effets dramatiques ou psychologiques, alors qu’en manipulant différents plans et angles de vues, en utilisant des cadrages variés et la répétition de détails, la synthétisation et le découpage lent de l’action, la scène prenait une dynamique inégalable.

Pour renforcer la vitesse, la puissance, on utilise alors des traits soit placés à l’arrière plan, multipliés de manière à accentuer l'impression de vitesse, soit placés vers un personnage, de manière à mettre en valeur ses sentiments ou son action.

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“Ghost In The Shell” de Masamune Shirow.

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« Akira » de Katsuhiro Otomo.

Pour donner une impression de zoom, on utilise des traits convergeant vers un point central : ainsi, le lecteur semble rentrer dans l’image.

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« Gunnm » de Yukito Kishiro

Certains mangas utilisent la technique des « grands yeux », qui est souvent, et à tord, définie comme la caractéristique par excellence du manga. Tezuka utilisa ce style, une influence des grands yeux à la Disney et, avant, de ceux de Betty Boop (1930), qui rendaient si émouvants Dumbo et Blanche Neige.
L’utilisation des grands yeux permet d’avoir un personnage facilement expressif et de faire passer l'émotion plus efficacement.


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Candy Candy et ses « grands yeux plein d’espoir »
Yumiko Igarashi et Kyoko Mizuki

3. autres aspects caractéristiques :

Du point de vue du design des personnages, la France, vue comme le symbole de la mode au japon, a son influence chez les mangaka. C'est ainsi que l'on retrouve des modes vestimentaires inspirées de près ou de loin de la mode française.

Le manga utilise aussi les cases brisées et des dessins traversant plusieurs cases, afin d’accentuer une action.

Certains mangas comportent aussi une rupture de style : les personnages peuvent changer totalement de style graphique de visage d’une case à une autre, selon ses émotions.

Lorsque les scènes deviennent humoristiques, le trait devient plus grossier, sans perdre pour autant sa finesse, et le dessinateur utilise souvent la technique du « Hikime-Kagihana », que nous avons étudié précédemment. Le personnage peut être affublé d’un élément comique,
telle la fameuse « goutte d’eau » ou « bulle de morve ». Le décor est souvent effacé pour laisser place à des codes typiques du manga, comme les oiseaux, libellules, bulles de savon, étoiles,… Certains mangaka utilisent une déformation physique du personnage poussé à l’extrême, que l’on appelle le « super deformed » (SD).

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« Nori Taka » de Hamori Murata

Le manga est aussi réputé pour posséder une iconographie humoristique, dans laquelle les personnages prennent des formes et des attitudes étranges : leurs corps sont rapetissés, les traits du visage caricaturés et simplifiés à outrance : plus le dessin est simplifié et naïf, plus le personnage est déformé et grotesque, et plus le dessin devient comique.

Les dessins mettant en scène des robots, font partie de ce que l’on appelle le « mecha ». Ce terme désigne les robots, véhicules, artefacts et vaisseaux spatiaux d'un manga. C'est la contraction du mot d'origine anglaise mechanical. De manière plus générale, cela désigne les objets de grandes tailles mécaniques. L’on trouve généralement deux types principaux de robots : par exemple, ceux à taille et à l'apparence humaine, comme le cyborg de « Ghost in the Shell », et le robot de grande taille, comme les robots de « Patlabor » (longs métrages réalisés par Mamoru Oshii).

Les yônen manga, destinés aux tout petits, vont aussi faire naitre un autre mouvement iconographique qui se détache dans le manga : on l’appelle généralement le « style kawaii ».
Le mot kawaii 可愛いprovient de kawayui. Le qualificatif kawayui apparait au XIIème siècle et est employé dans les sens de "timide", "embarassé », dans un sens qui inspire la pitié.
Littéralement, kawaii veut dire "mignon" ou "adorable". C'est un terme très utilisé par les jeunes japonaises pour désigner par exemple une peluche ou des vêtements. Il existe un mouvement kawaii depuis quelques années au Japon et qui a eu énormément de succès dans de nombreux domaines dérivés.

Un manga de style kawaii, souvent des shôjo et yônen manga, possède un graphisme rond et doux avec des personnages attendrissants ; il est normalement destiné à des enfants en bas âge, mais est de plus en plus adoré du public adolescent et jeunes adultes, au japon comme en France, comme « Card Captor Sakura » de Clamp.

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« Card Captor Sakura » de Clamp

Il existe ensuite des mangas possédant un dessin, un trait plus réaliste, comme Ryoichi Ikegami, auteur entre autres de « Crying Freeman » et de « Nouvelles de littérature japonaise ». Toujours dans un dessin réaliste, mais avec un trait plus simplifié, nous pouvons citer Jirô Taniguchi, très en vogue actuellement avec « Quartier lointain ».

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« Nouvelles de littérature japonaise » de Ryoichi Ikegami

La description de tous ces styles n’est qu’un bref aperçu des courants esthétiques prédominants dans l’art du manga, mais ne peut en aucuns cas être une liste exhaustive.
Il n’y a donc pas qu’une seule « iconographie manga », mais plusieurs styles graphiques, plusieurs mouvements, qui en font sa diversité. Cependant, les codes graphiques restent majoritairement identiques entre deux productions : l’utilisation du cerne noir, des couleurs en aplat pures et nettes, tout comme les ukiyo-e.


Sources, adresses et ouvrages:

Akira TORIYAMA, L’Apprenti mangaka, éditions Glénat.
Akira TAMBA, L’Esthétique contemporaine du Japon, éditions CNRS.
Scott Mc CLOUD, L’Art Invisible, editions Vertige Graphic.
Scott Mc CLOUD, Réinventer la bande dessinée, éditions Vertige Graphic.
Will EISNER, La BD art séquentiel, éditions Vertige Graphic.
Jérôme SCHMIDT, Génération manga, éditions Librio. (un mauvais livre plein d’erreurs à lire pour estimer tous les anathèmes qui peuvent exister dans la vision occidentale du manga !)
Benoît PEETERS, Lire la bande dessinée, éditions Flammarion.
Patrick GAUMER, Claude MOLITERNI, Dictionnaire mondial de la bande dessinée, éditions Larousse.
Philippe MELOT, Claude MOLITERNI, L’ABCdaire de la bande dessinée, éditions Flammarion.
Jean Benoît DURAND, BD mode d’emploi, éditions Flammarion.
Thierry GROENSTEEN, Système de la bande dessinée, éditions PUF.
Thierry GROENSTEEN, L’Univers des Mangas, éditions PUF.
Pierre MASSON, Lire la bande dessinée, éditions Presses Universitaires Lyon.
Pour voir la tapisserie de bayeux : http://www.bayeux-tourism.com/decouvrir/decouvrir.html
Pour acheter des rodoïdes : http://www.akadotretail.com/shop/shop_showtones.php

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Dernière édition par oni le 28 Nov 04 02:12, édité 2 fois.

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Message Publié : 20 Juin 04 21:30 
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Localisation : Plus entre Pissevieille et Berrybouy (et oui, y'en a qu'ont de la chance dans la vie !)
:prosternation:
Voila un sujet trop souvent traité de façon un peu "otaku" qui ici bénéficie d'un traitement de valuer.
Merci pour les infos techniques et historiques (beaucoup de points que j'ignorais ou qui étaient très vagues pour moi) et surtout sur l'iconographie manga.
J'espère que ce sujet va nous permettre d'enchaîner sur un débat enrichissant sur un sujet qui touche beaucoup de Butadiens.

Et je suis entièrement d'accord avec toi sur le "librio".
Et pour tout amateur de 9ème art dans son ensemble, le Scott Mc Cloud (L'Art Invisible) est un achat indispensable.

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L'art est bref, la vie est longue. Et la lutte, finale.
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08/08/05 : LONGUE VIE A L'ARME SUPER-SONIQUE AUSTRALIENNE, à l'ancien leader de l'Alliance Française du Dessous, au brouillard des steppes, au pêcheur du lointain, à l'empereur noir et au tueur de graines !


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Message Publié : 20 Juin 04 21:34 
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Localisation : Pôle nord, calotte polaire
Je n'ai fait que lire ton exposé en diagonale, et c'est WAOU!!!

Je vais le relire la tête reposée là de suite! Très bien illustré et puis c'est passionant, rondement mené en tout cas, que dire de plus sinon que c'est fabuleux!

:love: :prosternation:

_________________
::Prouiik!::


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Message Publié : 20 Juin 04 22:07 
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Localisation : De retour à Lyon, après Paris et Bordeaux
Je partage entièrement l'avis de Maubec.
Merci beaucoup pour ce travail, Oni.

:prosternation:

_________________
"Qui trop embrasse mal étreint, qui mal étreint perd les pédales et qui perd les pédales se fout la gueule par terre". Pierre Dac


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Message Publié : 20 Juin 04 22:17 
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Localisation : En train de preparer un plan contre la FNAK!
eh bien depuis le temps que je l'attendais celui là!! enfin je le lis, l'exposé d'Oni sur l'origine du Manga.
Vraiment très très interessant, tres riche en illustrations, et merci aussi pour l'aspect historique, qu'on oublie trop souvent dans le milieu manga, noyé sous la masse des dernières nouveautés.
(en plus, je suis allée voir la Tapisserie de Bayeux, recemment, et je mettais fait la reflaxion de l'aspect BD de la chose, comme quoi les grands esprits se rencontrent! :lol: ).
Bon alors apres ca, on répéte apres moi tous en choeur, un manga,c'est une BD, et pas un anime!!^^


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Message Publié : 21 Juin 04 09:01 
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C'est un très bon exposé, et le profane que je suis y aura appris beaucoup. Cependant, autorise-moi une ou deux remarques :

Citer :
Le « shôjo », très répandu, sont des histoires romantiques : « Love Hina » de Ken Akamatsu, « Video Girl Aï » de Masakazu Katsura.


Je ne sais pas si tu as pris les meilleurs exemples qui soient... Certes, ce sont des séries romantiques (enfin, je crois, je suis jamais allé au-delà du tome 1 de Video Girl Aï), mais les histoires tournent autour des problèmes sentimentaux de mecs et le tout est largement assaisonné de cases fan-service (cases servant à attirer l'intérêt du lecteur masculin en le titillant là où il est le plus sensible). Pas vraiment destiné aux filles, je trouve, ce qui est rédhibitoire pour les faire entrer dans la catégorie shôjo.

Citer :
Le Hikime-Kagihana est un style caractéristique utilisé par les artistes nippons dans la représentation physique des personnages : les visages sont simplifiés à l'extrême, mais sans perdre pour autant la finesse d’un trait juste et précis. Généralement, cette technique présente des personnages avec deux points pour les yeux, un trait crochu pour le nez et un point rouge pour la bouche, dotés de détails physiques afin de les différencier.


C'est marrant, cette description correspond mot pour mot à ce qui se fait aux USA en matière de comic strips depuis que Schulz a commencé à dessiner Peanuts (dans les années 60). Développement parallèle ?

Citer :
Les onomatopées font partie intégrante du dessin. Avec son système idéographique, le japonais possède un avantage graphique et stylistique par rapport à notre alphabet occidental plus rigide


Les onomatopées, pour autant que je sache, sont toujours écrites en kana, donc ce n'est pas idéographique à proprement parler. L'avantage, ici, est plutôt dans le côté syllabique : on peut avoir un son avec seulement un ou deux caractères, ce qui n'est pas le cas avec l'alphabet latin.

Bon, j'espère ne pas avoir dit de bêtises...

Zurui Chibi


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Message Publié : 21 Juin 04 12:09 
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Le kana est tout de même un système idéographique, contrairement à l'alphabet occidental que nous utilisons. D'un point de vue graphique, le système idéographique offre plus de liberté créatrice. C'est de ce point de vue là que se tournait mon propos.
Pour la technique du Hikime-Kagihana , on peut supposer que son origine vient de certains e-makimono du XIX°, mais aussi de l'influence directe des dessins satiriques.
La bande dessinée américaine se sera elle aussi trés certainement inspirée des dessins satiriques du début du siècle dans son développement graphique.

Enfin, pour la remarque sur les shôjo, j'avoue que ce n'est pas vraiment le genre d'ouvrages que j'étudie^^, il se peut donc que l'on puisse trouver de meilleurs exemples pour cette catégorie (si il y a des fans de shôjo dans la salle, n'hésitez pas??!! ... allez zurui avoue! :lol:). Mais je suis tout de même convaincue que "Love Hina", à la base, est à classer dans le shôjo. Ensuite, si les garçons aiment les histoires de filles romantiques à l'eau de rose et bien... pourquoi pas??! :lol: En fait, le problème ne viendrait-il pas plutôt dufait que les garçons se mettent à lire des shôjo???
Parfois le public peut être différent de celui auquel la bande dessinée est destinée: regardez "Card Captor Sakura" de Clamp: à la base, une série pour petites filles, au résultat: des centaines de jeunes adultes fans!

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Message Publié : 21 Juin 04 13:56 
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Localisation : Plus entre Pissevieille et Berrybouy (et oui, y'en a qu'ont de la chance dans la vie !)
Alors pour les styles, est sorti (je m'en suis apperçu après avoir lu cet exposé comme toujours... :lol: dizoli oni :oops: ) le numéro 3 du magasine "Virus Manga", un magazine qui ne donne pas dans l'otakisme primaire et donc propose un contenu rédactionnel bien plus développé que les fanzines que j'ai lu jusque là.

Donc ce numéro 3 nous propose une vision actuelle des 3 grand courants shojo, shonen et seinen en sous-titrant "la confusion des genres"

Love Hina est un cas très particulier car il est à la fois lu par les graçons (fanserv', héros à la vidéo girl...) et par les filles (romance, les filles ont beaucoup de tenues vestimentaires différentes [effet catalogue de mode] à la shojo...)

Donc je me penche sur le sujet.
Aaah ! Ouf, j'ai failli tomber... :oops: Ok, j'arrête l'humour et rentre dans le vif du sujet (ouïlle)

Il ne faut pas oublier, comme l'a bien expliqué oni que le manga demeure un produit de presse et qui dit presse dit ciblage du lectorat.
Donc on distingue le lectorat sur deux critères essentiels :
le sexe et l'âge.
Les trois grands éditeurs japonais ont ainsi leur magasine pour chaque catégorie :
la shueisha a "Shûkan Shonen Jump" pour les jeunes garçons, "Ribon" pour les jeunes filles et "Young Jump" pour les jeunes adultes
Dans le même ordre, la shogakukan a "Shûka Shonen Sunday", "Ciao" et "Big Comic Spirits".
La kodansha, elle a "Shûkan Shonen Magazine", "Nakayoshi" et "Young Magazine".
Ce sont les responsables éditoriaux qui vont decider qui va dessiner dans quel magasine et ainsi influer sur le contenu qui devra correspondre à l'image de la publication même si ce sera toujours le lecteur qui fera son choix en dernier lieu (et donc que de jeunes adultes pourront acheter "Ribon" sans rougir pour se délecter des aventures normalement destinées aux petites filles de 10 ans)

En France cette perception est biaisée parce que le manga a longtemps (jusqu'à il y a un an et le succès de "Quartier Lointain") été vu comme une lecture pour adolescents et on a séparé le mang entre shojo et shonen.
Alors qu'au Japon, le seinen représente 45% de la production (contre 50% pour le shojo et le shonen réunis), en France, il ne représente pas encore 30 des productions éditées.
Il faut dire que les éditeur ont d'abord été surpris par l'attirance des filles pour ce type de BD qui finalement ne faisait que combler un vide puisque la BD franco-belge (et le comics américain) était très largement destinée à un public masculin.
Néanmoins depuis 3 mois, les éditeurs ont changé leur fusil d'épaule à la suite de "Tonkam" et la plupart ont maintenant divisé leur catalogue manga en 3 parties clairement différenciées (shojo, shonen, seinen).

Alors les distinctions claires entre shonen, shojo et seinen ?
Le shonen se ressemblent beaucoup et on pourrait faciliement simplifier leurs intrigue en une quête initiatique encourageant le héros à se dépasser.
Je ne sais plus où j'ai lu ça mais ce type de manga est comparé aux "Trois mousquetaires" de Dumas et c'est très juste (à mon avis). En effet, on y retrouve le côté feuilleton, l'amitié entre les personnages masculins, un poil de romance mais pas trop, de la baston et un personnage principal qui débarque, un peu ahuri mais qui se révélera le plus fort de tous.
Alexandre Dumas, père du shonen manga ?!! Eh oui... Comme quoi ! Un argument pour convaincre vos parents de vous laisser lire tranquillement vos "Chevaliers du Zodiaque" quand vous êtiez ado auquel vous n'avez jamais pensé, avouez-le ! :wink:

Le shojo, c'est plus du côté de Juliette benzoni qui faudrait taper... (Aïe, non, c'était de l'humour, pas taper, pas taper !... :pascool: )
Le shojo vise lui les histoires d'amour... que ce soit de la tragédie ou de la comédie, sous forme fantastique (Fruit Basket, Chobits, Magie intérieure) ou historique (La Rose de Versaille) ou du quotidien plus banal, voire de l'action (Basara) ou de l'horreur (la femme défigurée).
L'humour est toujours présent dans ces productions (même dans les tragédies ou dans l'horreur)
Les héroïnes ne osnt pas forcement uniquement féminines et sont parfois des hommes (Banana Fish)
La vraie différence entre le shojo et le shonen est que dans le premier, on se concentre sur une héroïne là ou dans le shonen on trouve un groupe de héros (même si il y a un héros ua sein de ce groupe) car finalement le shojo emprunte tous les genres du shonen et se révèle bien plus ecclectique (qui a dit que les filles s'interessaient à plus de choses ? :wink: )
Le seinen, lui, est tributaire de ces deux genres dont il ré-exploite la plupart des genres et thèmes et surfent plus qu'eux sur les phénomènes de mode : souvent les séries shonen trouvent une suite dans le seinen (City Hunter qui "donne" Ange Heart ou "Gunnm" et "Gunnm Last Order")
A la place du sport, on trouve le boulot (le salryman qui cherche à gagner sa place au soleil) et le choix du métier est souvent lié à l'actualité.
La baston du shonen se transforme en violence beaucoup marquée (Ken le survivant) et le fanserv tourne à la production érotique voire plus si affinités et âge légal requis...
Actuellement le seinen, au Japon, a le vent en poupe et commence à ratisser de plus en plus large et jeune.

Pour conclure (euuuuh... tout du moins mon message car je pense qu'on peut facilement continuer sur ce point de l'exposé d'oni car j'ai du oublier plein de choses) on peut dire que si les éditeurs ciblent les séries en fonction des intérêts généralement divergents entre filles et garçons, ce sont les lecteurs qui choisissent et les grands mangakas changent parfois de registre et de catégorie au gré de leurs séries (Tezuka allait même jusqu'à changer de style de dessin en fonction du genre auquel son histoire correspondait), ce qui rend la confusion des genres d'autant plus facile surtout avec de nouveaux auteurs de seinen qui veulent faire du "gekika", de la nouvelle manga (terme de Frederic Boilet) qui se rapproche du label indépendant franco-belge et du graphic novel américain, qui s'émancipent de ces codes également.

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Message Publié : 21 Juin 04 20:58 
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Wahhh chaque exposé est encore mieux que le précédent :love:


j'avais entendu parler des"grands yeux" aussi, dans les manga ; je savais que c'était pour faire passer l'émotion plus facilement, mais j'avais également entendu dire que c'était surtout les mangaka asiatiques qui utilisaient cette technique pour "européaniser" leurs personnages... c'est faux ?

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Message Publié : 21 Juin 04 22:40 
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satsuki a écrit :
mais j'avais également entendu dire que c'était surtout les mangaka asiatiques qui utilisaient cette technique pour "européaniser" leurs personnages... c'est faux ?


Non, c'est une technique reprise des animateurs américains des années 30 (Walt Disney, les Fleischer) pour rendre leurs personnages plus mignons : on leur file des yeux de bébés.
De plus, "mangaka asiatique" est, à l'heure actuelle, une expression redondante. Le manga européen et américain, ça n'existe pas, puisque pour autant que je sache le manga est caractérisé par son origine géographique : le Japon.

En espérant ne pas avoir proféré de bêtises

Zurui Chibi


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Message Publié : 21 Juin 04 22:57 
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c'est bien ce que je me disais ! (sisisi) enfin je parke de "mangaka asiatique" j'ai tilté en écrivant ça mais bon...

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Dernière édition par satsuki le 22 Juin 04 10:52, édité 1 fois.

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Message Publié : 21 Juin 04 23:13 
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Non non zurui t'as pas dis de bétises ;) (même la zc corp peut parfois faire preuve d'intelligence :lol:)
Comme il l'est dit dans l'exposé... euh je cherche... ah là... voilà:
Citer :
Tezuka utilisa ce style, une influence des grands yeux à la Disney et, avant, de ceux de Betty Boop (1930), qui rendaient si émouvants Dumbo et Blanche Neige.

J'ai déjà en effet entendu cette pseudo rumeur relativement ridicule qui dit que les mangaka utilisaient les grands yeux par complexe face aux grands yeux des européens, mais, Satsuki, je puis t'assurer que la théorie d'influence des dessins animés américains des 30's est bien la vraie origine de ce style caractéritique.
Il faut vraiment faire attention aux sources de ce que l'on peut lire tant sur la bande dessinée que sur l'animation japonaise, car on peut voir beaucoup d'idées préconçues et farfelues!

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Message Publié : 22 Juin 04 00:34 
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Si je me souviens bien, c'est d'ailleurs parce qu'il ne pouvait pas faire de dessin animé comme Disney que Tezuka s'est tourné vers le mnga et que son découpage s'est révélé être extrêmement cinématographique (très peu d'ellipses entre les cases contrairement au comics ou à la BD franco-belge et donc au contraire des séquences entières de cases qui suivent l'action là où dans la BD occidentale on passe plus volontiers de l'action à la réaction sans passer par les étapes intermédiaires, exemple : [CASE 1] coup de poing de Superman (action) ; [CASE 2] Lex Luthor qui part en arrière se mettre en orbite géostationnaire (réaction), là où dans le manga, on toruvera [CASE 1] coup de poing d'Astro le petit robot ; [CASE 2] Méchant voit le coup [CASE 3] scène vue d'un autre angle [CASE 4] Méchant qui reçoit effectivement le coup de poing et va rejoindre Luthor du côté de Intelsat. C'est mieux expliqué dans le McCloud avec des images et tout et tout), ce qui explique aussi une lecture rapide des cases chez Tezuka (puis dans le reste de la production manga classique)
Mais bon, grace à son succès en manga, l'ami Tezuka pourra créer son studio d'animation et ainsi réaliser son rêve (et par la même occasion pénaliser quelque peu la production nipponne pendant un bout de temps avec ces idées de réduction du coût )

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Message Publié : 22 Juin 04 04:28 
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Je confirme, voila un expose qu'il est bien!! Surtout le debut, les origines, que l'on a parfois tendance a oublier, ou a ne pas trop developper.

Bravo oni!

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Message Publié : 14 Août 04 19:58 
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Localisation : Plus entre Pissevieille et Berrybouy (et oui, y'en a qu'ont de la chance dans la vie !)
Je tenais à signaler la sortie d'un ouvrage anglo-germano-français de chez Taschen : MANGA (tout simplement...)

Il s'agit d'un joli pavé (accompagné d'un DVD) signé par Masanao Amanao.

En fait, le principe est à la fois fort simple et fort interessant : 136 biographies d'auteurs anciens ou récents avec à chaque fois quatre pages par auteur dont deux pages entières d'illustration.

J'en reparle dès que je l'aurais vraiment lu et que j'aurais regardé le DVD (qu'y a-t-il dessus ???)
Mais voici les référencespour toruver le livre :

"MANGA" de MASANAO AMANAO (ed. Julius Wiedemann)
ed. TASCHEN
ISBN : 3-8228-2591-3
Prix éditeur : 29,99€

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Message Publié : 29 Août 06 14:49 
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Oui c'est peut être un théme simple dont on parle souvent,

mais ce topic ! Ça c'est l' oeuvre du travail acharné d'un SUPER-MEMBRE ...

Je m' abstiens d'autre commentaire on va me traiter de "focus" hihi.
Je dis juste que c'est nickel, et que vraiment le style du manga est la plus belle méthode de création en dessin du monde !

On dit que les Japonais sont els meilleurs dessinateurs du monde ^^

:super:

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*Setsuko*

Oh, maman, depuis quand les arbres pleurent leurs feuilles ?


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Message Publié : 07 Sep 07 17:36 
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Localisation : Plus entre Pissevieille et Berrybouy (et oui, y'en a qu'ont de la chance dans la vie !)
très sincèrement, je trouve que les Etats-Unis sont un pays bien plus interessant question dessin car beaucoup plus innovant et receptif aux autres cultures de dessin (manga, BD franco-belge, fumetto...) ainsi que plus diversifié question format et type d'ouvrages.
Tu peux trouver bien plus d'auteurs américains qui ont révolutionné le dessin et qui ont servi ensuite de modèle au Japon et en Europe que l'inverse (Eisner, Kirby, Miller, Mignola pour ne citer que les plus importants et dont on retrouve la trace dans les autres "grands" pays de BD (tels que la France, la Belgique, le Japon, l'Italie...)

Le terme "style manga" est justement l'expression d'une vision assez réductrice du dessin en général et du dessin des auteurs japonais en particulier...
Car si les Etats-unis me semblent plus riche, le japon ne se résume pas au même style de dessin unique pour tous les aueurs, hérité de Tezuka.
Matsumoto, Taniguchi, Otomo, Akamatsu ou Watase, ça n'a pas grand chose à voir entre eux (même si c'est peut-être moins flagrant entre Akamatsu et Watase)

Oui, le Maubec est de retour (et il a du retard à rattraper avant le coup d'envoi du match, c'est pas gagné...)

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Message Publié : 04 Jan 09 19:54 
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Localisation : De retour à Lyon, après Paris et Bordeaux
Relance de cet excellent exposé d'Oni pour signaler la parution d'un gros hors-série du magazine Beaux-Arts entièrement consacré au manga.

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Première phrase de l'éditorial, je cite :
Citer :
"Ce hors-série n'a pas vocation à réhabiliter le manga. Vouloir défendre la bande dessinée japonaise, ou la bande dessinée en général, est un combat d'arrière-garde."

C'est sûr, ma ça va quand même mieux en le disant ! :super:

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"Qui trop embrasse mal étreint, qui mal étreint perd les pédales et qui perd les pédales se fout la gueule par terre". Pierre Dac


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Message Publié : 22 Juil 11 20:33 
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Localisation : Bristol
Chômage oblige, j'ai du temps à dilapider, je me livre donc à la nécromancie sur forums !

Citer :
Le kana est tout de même un système idéographique, contrairement à l'alphabet occidental que nous utilisons. D'un point de vue graphique, le système idéographique offre plus de liberté créatrice. C'est de ce point de vue là que se tournait mon propos.


Les kana ne représentent que des syllabes et ne sont pas idéographiques en tant que tels, je maintiens ce que j'avais dit. En revanche, et à mon avis c'est ce à quoi Oni faisait référence à l'époque, il existe en japonais, à côté des onomatopées sonores classiques (擬音語, ou giongo) une catégorie appelée gitaigo (擬態語) qui ne représentent pas des effets sonores, mais des effets d'ambiance, des actions, voire la personnalité de quelqu'un. De plus, contrairement au français, les onomatopées japonaises sont très nombreuses et clairement définies (en fait, elles sont utilisées dans la conversation courante comme adverbes), d'où leur usage intensif dans le manga. D'autre part, il est vrai que les kana se prêtent mieux à ce jeu-là que les alphabets voyelles/consonnes.

Dr. Zurui


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