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Message Publié : 11 Mai 04 15:37 
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[size=150]LE SECRET D'UNE MORTE ...[/size]



Il était une fois …. Il y a très longtemps, un riche négociant nommé Inamuraya Zensuke qui habitait dans la province de Tamba [près de Kyôto]. Il n’avait qu’une fille, 0 Sono. Elle était fort jolie et très intelligente. Elle lui rappelait sa femme, qui était morte en lui donnant naissante. Il se dit aussi qu'il serait fâcheux de la laisser grandir sans recevoir d'autre instruction que celle que pourraient lui donner des maîtres d'école de campagne. Mais, ne pouvant lui payer des professeurs à domicile, il la confia donc à des serviteurs fidèles et l'envoya à Kyôto. Il espérait qu’elle serait alors initiée à tous les talents qu'une jeune femme de la bonne société devait posséder, comme le fut sa mère.

Son instruction dura plus de 8 ans. Elle revenait parfois dans l’année pour rendre visite à sa famille et semblait très heureuse de recevoir une bonne éducation. Son père était aussi tout heureux de voir sa fille ainsi instruite et de pouvoir discuter avec elle de sujets parfois ardus. Elle ne se plaignait jamais de la difficulté ni de la distance qui la séparait de sa famille. Mais, son père décida un jour qu’il serait temps de la marier et lui demanda donc de revenir.

Dès son retour, il décida de la marier à un commerçant, qui était le fils d’un de ses amis. La jeune fille ne protesta pas, même si le père vit qu’elle n’était pas très heureuse de ce mariage. Les noces célébrées, le couple vécut sans histoire pendant plus de quatre ans. Ils eurent un enfant, un garçon nommé Toshiro. Mais, sans savoir pourquoi, au milieu de leur 5ème année de leur mariage, 0 Sono tomba subitement malade et mourut.

La nuit qui suivit l'enterrement de la jeune femme, le petit garçon vint dire en pleurant que sa mère était revenue et qu'elle se trouvait dans la chambre du premier étage. Elle lui avait souri gentiment, mais sans lui parler. Ses yeux avaient l’air triste, malgré son sourire. Le garçon avait eu peur et s'était enfui.

Quelques membres de la famille montèrent alors jusqu'à la pièce qui avait été l'appartement d'O-Sono. Ils ne virent rien sur le moment. Puis, peu à peu, leurs yeux s’habituant à l’obscurité, ils distinguèrent une forme pâle. Près de la très faible lumière d'un lampion placé devant un petit autel, se trouvait une silhouette de la jeune femme. Elle se tenait devant sa commode, dans laquelle étaient encore enfermés ses bijoux et ses vêtements. On voyait distinctement sa tête et ses épaules, mais à partir de la taille la silhouette devenait invisible. On aurait dit que ce n'était qu'une image imparfaite de sa personne, aussi transparente qu'un reflet sur l'eau.

Les gens furent saisis de crainte et quittèrent la pièce. Une fois en bas, ils se consultèrent. Quelques-uns dirent.

- « Une femme tient toujours beaucoup à ses objets de toilette, et O Sono était particulièrement attachée à ses bijoux. Peut être est elle revenue pour les voir une dernière fois ? Bien des trépassés agissent ainsi, à moins qu'on ne fasse présent des objets au temple. Si nous donnons les robes et les ceintures d'O Sono en offrande, il est probable que son esprit retrouvera le repos. »

Tous approuvèrent cette idée et on décida d'agir tout de suite. Le matin suivant, on vida tous les tiroirs de la commode et l'on porta au temple tous les effets de la morte. Mais, le même soir, son fantôme revint de nouveau, et considéra longuement la commode, d’un air triste. Chaque nuit, elle revint ainsi, et la peur régna dans la maison. Le père de la jeune fille décida alors d’aller consulter un grand prêtre de l'endroit, lui raconta ce qui s’était passé. Il lui demanda alors conseil pour apaiser le fantôme. Il ne cacha pas sa tristesse de voir sa fille dans un tel état et de ne pas connaître la paix. Le temple était consacré par la secte Zen et le vieillard, un savant très renommé, s'appelait Daigon Oshô.

Il prie le temps de réfléchir et dit.

- « O Sono doit être anxieuse et triste à propos de quelque chose qui se trouve près de la commode ou à l'intérieur. »

Un instant étonné, le père répondit.

- « Mais nous avons vidé tous les tiroirs, la commode ne contient plus rien. »

- « Eh bien ! » déclara Daigon Oshô. « Ce soir, je me rendrai chez vous et je veillerai dans la chambre. Je verrai alors ce qu'il y a à faire. Mais ordonnez, je vous prie, que personne ne pénètre dans la pièce tant que j'y serai, à moins que je ne vous appelle. »
Le père remercia longuement le prêtre et fila chez lui prévenir toute la maisonnée. Le soleil couché, Daigon Oshô se rendit à la maison hantée et trouva la chambre d'O Sono prête pour le recevoir. Il y demeura tout seul, lisant les sutras en attendant l’apparition. Vers 1h du matin, à l’heure du rat, une vague silhouette se dessina près de la commode. Le prêtre reconnut la jeune fille qu’on lui avait décrite et vit que son visage exprimait une anxiété profonde et son regard était fixé sur le meuble.

Le prêtre murmura la formule prescrite en cas d'apparitions puis, s'adressant au fantôme, il lui dit.

- « Je suis ici pour vous venir en aide. Peut être se trouve t il dans la commode quelques objets que vous désirez avoir. Voulez vous que je cherche pour vous ? »

L'ombre d'O Sono se tourna vers lui. Après un instant qui sembla une éternité, elle parut acquiescer par un léger signe de tête et un sourire. Alors, le prêtre se leva et ouvrit le premier tiroir. Il était vide. Il tira successivement tous les tiroirs, fouilla derrière le meuble et en dessous. Il examina même avec attention l'intérieur de la commode... Il ne trouva rien. La silhouette d'O Sono demeurait immobile, et le contemplait tristement dans ses recherches. Daigon Oshô, se parlant à lui-même se demandait.

- « Que peut elle bien désirer ? Il en semble rien y avoir ici pourtant. »

Il se rassit et réfléchit. L’aube pointait déjà et toute la maisonnée s’éveillait.

- « Alors, avez-vous trouvé la raison du tourment de ma fille, vénérable maître » demanda le père.

Devant la réponse négative de Daigon Oshô, le père était effondré. Car, sa tristesse pour sa fille se mêlait peu à peu à la peur de perdre sa clientèle à cause de cette histoire de fantôme. Le prêtre lui demanda alors de raconter la vie qu’avait eue la jeune fille. Et, pendant plusieurs jours, le père décrivit la vie de la jeune fille en commençant par la mort de sa mère, son éducation, son mariage et sa mort soudaine. Le prêtre l’écouta avec attention. Il eut soudain une idée et laissa échapper un petit sourire. Il dit au père que demain soir serait peut-être la bonne et demanda un peu de nourriture et de repos avant de repartir dans la chambre de la jeune fille.


Le soir venu, le prêtre retourna dans la chambre et attendit de nouveau l’heure du rat. L’apparition revint et le visage de la jeune fille se fixa sur le sien. Le vieux prêtre esquissa un léger sourire et commença à chercher dans la commode. Mais, il se fit surtout à l’examiner de manière très attentive, à la lueur d’une lampe à huile. Il avait trouvé.

Un des tiroirs de la commode semblait un peu moins profond que les autres, sans aucune raison. Il chercha un petit mécanisme et tira d’un coup sec. Le tiroir libéra un petit espace où il trouva une petite boîte. Le visage du fantôme sembla se fixer sur cette boîte. Le prêtre l’ouvrit et découvrit un ensemble de lettres à l’intérieur. Se tournant vers l’apparition, il demanda.

- « Est ce ceci qui vous tourmentait ? »

L'ombre de la jeune femme le regarda fixement et baissa légèrement le menton en signe d’acquiescement. Le regard triste et désespéré en dit plus long que des mots.

- « Voulez vous que je la brûle pour vous ? » demanda alors Daigon Oshô.

Le fantôme s'inclina.

- « Je la brûlerai demain matin dans le temple » promit il « Et personne que moi ne la lira. »

L'ombre sourit et disparut.

L'aube se levait, lorsque le prêtre descendit les escaliers et rejoignit toute la famille qui l'attendait.

- « Ne craignez plus rien » leur dit-il « Elle ne reviendra plus, elle est apaisée désormais. »

Et, en effet, elle ne revint jamais. Le prêtre brûla les lettres après les avoir lues une fois.

C'était des lettres d'amour, écrites par un jeune homme pour 0 Sono lors de ses études à Kyôto. Le prêtre avait compris qu’on ne reste pas une aussi longue période sans s’attacher par des amitiés ou des rencontres plus fortes encore. Les deux jeunes gens ne semblaient s’être rencontré qu’une fois, quand je jeune homme était venue amener sa propre sœur dans ce lieu d’instruction. Bien que tous deux amoureux, le jeune homme n’osa pas désobéir à son père, comme la jeune fille, et chacun se maria de son côté. La dernière lettre était une lettre de la sœur du jeune homme qui lui annonçait qu’il était mort dans un combat. La lettre semblait avoir été reçue quelques jours seulement avant la mort de la jeune fille.

Seul le prêtre sut ce qu'elles contenaient, il n’en parla jamais à personne et le secret mourut avec lui.


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Message Publié : 11 Mai 04 15:42 
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Localisation : Paname
Je trouve cette légende très intéressante, car à mon avis, par de très nombreux côtés, on peut la rapprocher d’une vieille légende chinoise nommée ‘Butterfly Lovers’ ou ‘Amants papillon ’. Cette légende, très célèbre en Chine et qui a connu de nombreuses adaptations, surtout l’opéra. J’essayerais de mettre la main sur la légende originale chinoise. En attendant, je vous conseille deux supports pour vous donner une idée de celle-ci.

Il y a bien sûr le très bon film de Tsui Hark ‘The Lovers’ (le film existe en France en VHS dans la collection HK-vidéo): quelques liens

[url]http://www.ed-wood.net/lovers.htm[/url]

[url]http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=13068.html[/url]




Mais, la version musicale est très belle aussi. Voici le scan’ de la pochette, car je serais bien incapable de vous dire où j'ai eu l'album. Désolé et bonne chance à ceux qui trouvent ce cd.



[img]http://frusk.free.fr/butterfly.jpg[/img]


A+

Fuse


Dernière édition par Fuse le 11 Mai 04 21:16, édité 1 fois.

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Message Publié : 11 Mai 04 16:21 
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Localisation : Plus entre Pissevieille et Berrybouy (et oui, y'en a qu'ont de la chance dans la vie !)
Aaaaah ! une histoire de fantôme chinois... :wink:

Je ne connaissais que le film de Tsui Hark, cette version japonaise, merci de proposer une autre facette de ce diamant brut.

P.S. : quelqu'un sait-il où je pourrais me procurer le CD de la BO du film du Tsui Hark ?

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L'art est bref, la vie est longue. Et la lutte, finale.
[url=http://fnak.site.voila.fr/][img]http://img.photobucket.com/albums/v254/Maubec/bannieremaubec.gif[/img][/url]
08/08/05 : LONGUE VIE A L'ARME SUPER-SONIQUE AUSTRALIENNE, à l'ancien leader de l'Alliance Française du Dessous, au brouillard des steppes, au pêcheur du lointain, à l'empereur noir et au tueur de graines !


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Message Publié : 11 Mai 04 18:10 
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Localisation : sur une planche de surf
elle est vraiment belle, celle-ci . Personnellement, c'est limite ma preférée.
j'aime surtout la facon avec laquelle ce conte joue avec la mort. La mort n'est plus tabou. (la fille meurt dans les 10premieres lignes). Je trouve ca tres interressant, contrairement a d'autre conte européens, ou le hero ne doit absolument pas mourir.
ca doit etre une question de religion ^^.

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Si un cochon te raconte des mensonges a 4h du matin, le porc te ment tôt .


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Message Publié : 11 Mai 04 20:43 
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Message(s) : 784
Localisation : De retour à Lyon, après Paris et Bordeaux
Très très belle histoire. :D
Merci beaucoup, Fuse.

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Message Publié : 11 Mai 04 22:55 
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Localisation : Plus entre Pissevieille et Berrybouy (et oui, y'en a qu'ont de la chance dans la vie !)
Eh ! :oops: :oops: :oops: :oops: :oops: J'ai oublié de dire que j'avais beaucoup aimé cette version et de remercier Fuse de continuer à nous conter de belles histoires.

Merci beaucoup.

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Message Publié : 12 Mai 04 07:45 
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Message(s) : 252
Localisation : Tokyo
Elle est vraiment chouette cette legende, peut etre plus humaine, plus reelle, plus palpable... Merci Fuse!

Il me semble avoir vu Lovers, a moins que je confonde avec le film de Jean Marc Baar (aucun rapport)

_________________
http://tinou81.wordpress.com <-- Des recits de voyage.


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Message Publié : 12 Mai 04 09:47 
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Localisation : hinata-inn
Comme d'hab, merci fuse et bonne continuation.
Par rapport à cette histoire, ce qui m'intrigue, c'est la dernière partie. Comment on sait ce qu'il y a dans ces lettres si le prêtre n'a jamais dévoilé ce qu'il y avait dedant ?
Je sais bien que c'est un conte imaginaire et qu'on est à la place du narrateur qui voit tout ! Mais ça me trotte !
bye

_________________
"Il y a des choses qui ne se disent que dans l'intimité" (Porco Rosso)


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Message Publié : 12 Mai 04 17:09 
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Inscription : 09 Juin 03 20:37
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Localisation : Siège de la LKR, Service FIM
Merci Fuse !
:chinois:


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