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Message Publié : 02 Mai 04 21:56 
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Localisation : De retour à Lyon, après Paris et Bordeaux
[quote="oni"]Quelques livres que je vous conseille:
La course au mouton sauvage, de Haruku (et pas Ryu) Murakami, éditions Points.Alors là, l'histoire est vraiment trop farfelues pour vous l'expliquer... Suspense et surprise garantie pour ce roman trés moderne.


Je n'ai pas lu cet ouvrage-ci, mais je viens de terminer, du même Haruki Murakami, La fin des temps. C'est un peu le même genre d'histoire, un trentenaire mal à l'aise dont l'existence bascule dans l'étrange, le délirant. Par bien des aspects, c'est un roman de SF hypertechnologique (la"science" est farfelue et datée, mais ça ajoute au charme), avec en même temps une touche de fantasy (on y parle beaucoup de licornes et de monstruosités hantant le métro tokyoïte), et d'absurde. Ce livre m'a rappelé, par certains aspects, Neverwhere de Neil Gaiman. Un cocktail étonnant.
S'y ajoute des personnages peu nombreux mais tous hors du commun (au sens premier), et une construction très particulière, avec deux histoires différentes, toutes deux captivantes, racontées en parallèle à la première personne.
C'est aussi aux éditions Points.

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"Qui trop embrasse mal étreint, qui mal étreint perd les pédales et qui perd les pédales se fout la gueule par terre". Pierre Dac


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Message Publié : 17 Mai 04 15:23 
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Localisation : Plus entre Pissevieille et Berrybouy (et oui, y'en a qu'ont de la chance dans la vie !)
Je viens de finir "Nekotopia" de Asuka Fujimori alors je vous livre ma petite fiche de lecture :

NEKOTOPIA de Asuka FUJIMORI
Flammarion (ISBN 2-08-068415-9)

Asuka est une jolie petite fille de 10 ans.
Le jour où elle apprend que sa chatte attend des petits et que ses parents vont être "obligés obligés" de les noyer, elle décide de ne pas les embêter avec ça et noie l'animal.
C'est son premier chat et loin d'être le dernier...
Quand elle tue des chats, Asuka expérimente, elle ne fait pas ça pour le plaisir. C'est un devoir, une mission dans laquelle elle met tout son coeur. Ca devient vite sa seule occupation avec écraser le nez des garçons qui la trouve jolie avec une pierre.
A côté des récits de trucidage, un vrai scénario se met doucement en place :
La cité où vit Asuka vient à peine de sortir d'une guerre civile (dont on a oublié les origines tellement elle date) qu'un homme, le Maître, a su arrêter.
Le Maître est un homme incroyable, génie de l'économie, des sciences, des lettres et de la politique... Si il ne s'y était opposé fermement, il aurait déjà été divinisé de son vivant et c'est surtout le théoricien de la loi de la dualité (répétitivité et verticalité).
Autour du maître gravite le "conseil" constitué du notaire du Maître, de l'avocat du Maître, du docteur du Maître, du garagiste du Maître, etc... et du Pingouin (responsable du protocole), le tout présidé par l'Ami du Maître et auquel va se trouver convié le psy du Maître.
Psy qui est aussi celui d'Asuka.
Or voila, le Maître va bientôt mourir et il stipule clairement dans son testament que seul son assassin héritera du pouvoir mais n'échappera pas à la peine capitale qui est réservé aux assassins... D'où problème... Et c'est là que le psy propose qu'Asuka se charge du Maître.
Celui-ci est fasciné par les récits de son psy à propos de cette petite félicide, elle pourra l'approcher et de plus elle est mineure, elle échappera donc à la condamnation.
Idée géniale ! Mais il y a un hic : le Maître ne ressemble pas du tout à un chat !

Avec un style très agréable et surtout très drôle, Fujimori navigue entre trois narrateurs sans jamais emmeler son récit.
Il y a d'abord Asuka qui raconte (sur une page à chaque fois) ses différents trucidage : rongé par le sel, percé à la perceuse électrique, passé au micro-ondes, ou victime du saut à l'elastique avec un fil à couper le beurre... Amis des chats, fuyez !!! :lol: Et elle leur donne des noms d'assassins ou de gens célèbres, c'est assez déconcertant et finalement partcipe au ressort comique des trucidages.
Ensuite, il y a le psy qui sert de lien entre les deux personnages principaux : Asuka et le Maître.
Lui a un ton désabusé mais plutôt neutre, c'est aussi à travers ses descriptions qu'on apprend l'histoire de la Cité.
Enfin il y a un narrateur. Dans ce dernier style, Fujimori se lâche et par moments, elle fait presque penser au regretté Douglas Adams (dont nous fêtions le 12 mai les trois ans de sa tragique disparition) qui avait un style très monty pythonesque (lisez le Guide Galactique :contrat: !!!)

Avec un humour très très corrosif, noir même dans les passages d'Asuka, rappelant l'humour de "C'est arrivé près de chez vous" si vous voulez un point de comparaison, NEKOTOPIA est un bijou d'humour dont je ne soupçonnais l'existence dans la littérature japonaise : il faut lire la tirade du Maître se lamentant qu'on ne lui ai trouvé que ce surnom d'une banalité aflligeante : on dirait du Zurui Chibi en pleine forme ! Et quand la cité entière essaie de convaincre Asuka que le Maître ressemble à un chat de façon subtile (en cours, à la TV, à la maison...), et les réunions du Conseil, le Pingouin et les doutes de l'avocat... Franchement c'est tellement drôle que je ne resiste pas à la tentation de vous livrer deux extraits :

Je vous livre la version "fil à couper le beurre", ça se passe après qu'Asuka ait changé de psy (elle a arraché avec ses dents la tête du chat du précédent qui est celui du Maître et qu'elle retrouvera après), c'est elle qui raconte (ce n'est pas la page la plus drôle mais c'est l'une des plus courtes :oops: ):

"Variante : plutôt que l'elastique, est-ce que vous avez essayé le fil à couper le beurre ? un long fil - vingt mètres au moins - solidement enroulé autour de la taille de Michel Foucault et une jolie chute libre. Michel Foucault tombait tombait tombait, et puis, tchac ! Une invention très pratique ce truc-là... ça devrait s'appeler le fil à couper le chat.
Pas un mot, pas une réaction, juste un visage mémé livide. Vous parlez d'un docteur ! Celui d'avant, au moins, il prenait des notes."

et enfin la déclaration du Conseil après qu'un fanatique est arraché la langue d'un opposant politique à cette oligarchie :

"- Un peu extrême, commenta le président. Bien sûr, ce malheureux fanatique a voulu bien faire, on ne peut pas trop lui en vouloir, n'est-ce pas ? Mais arracher la langue... Il vaut mieux, somme toute, éviter la violence... défendre l'Amour, la Vérité, le Bonheur [NDP : c'est la devise de la Cité]. Nous sommes des gens civilisés... Nous ne tuons pas nos ennemis. Nous nous contentons de les humilier, de les traîner dans la boue, de colporter des ragots immondes à leur sujet, de leur interdir toute place dans la société, de brimer leur progéniture, de les priver d'argent et de travail, de leur faire perdre leur dignité, leur confort, leur repos, de les plonger dans la dépression et l'alcoolisme et d'attendre sagement leur suicide. C'est à ça que sert la civilisation."

Un excellent livre, drôle et iconoclaste qui ravira tous les fans d'humour noir et de non-sens britannique mais qui risque fort de mettre mal à l'aise ceux qui aiment bien les minous-minous...

[size=75]NDP : Note Du Posteur[/size]

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L'art est bref, la vie est longue. Et la lutte, finale.
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08/08/05 : LONGUE VIE A L'ARME SUPER-SONIQUE AUSTRALIENNE, à l'ancien leader de l'Alliance Française du Dessous, au brouillard des steppes, au pêcheur du lointain, à l'empereur noir et au tueur de graines !


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Message Publié : 17 Mai 04 18:26 
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Localisation : sur une planche de surf
ca a l'air marrant comme truc, et figurez vous que je me suis remis a relire !! je croit que ca va etre le prochain :D

un bon truc sanglant tout frais la; mmmm :)

bon je vait devoir aller l'acheter, a une FNAK peut etre :twisted: .Ou a une banale librairie .

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Message Publié : 21 Mai 04 11:26 
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Localisation : De retour à Lyon, après Paris et Bordeaux
Et maintenant, encore quelque chose de complètement différent. :wink: Et sûrement pas le même niveau de qualité littéraire que les précédents ouvrages proposés. Vous êtes prévenus.

Je viens de terminer La Submersion du Japon de Sakyo KOMATSU
Edtions Picquier poche, première édition japonaise 1973.

Evidemment, je n'ai pas choisi de lire ce roman par hasard, mais un peu par "curiosité professionnelle".
La quatrième de couverture le présente comme un "best-seller". Rien d'étonnant puisqu'il met en scène l'une des pires craintes des japonais, la disparition de leur archipel tout entier sous l'effet combiné de séismes, de tsunami et d'éruptions volcaniques sans précédent.

Mais justement, l'impression que donne cette lecture, c'est d'avoir en main un parfait scénario de film catastrophe à très gros budget. Tout y est : les catastrophes qui se succèdent, de pire en pire, le professeur marginal et "hors système" qui a tout compris avant tout le monde et tente de réunir une équipe de recherche pour comprendre le phénomène et alerter les autorités, des personnages finalement peu approfondis, parfois à peine décrit physiquement...Curieux qu'Hollywood ne se soit pas jeté dessus ! :wink:
En même temps, c'est un ouvrage qui est intéressant (de mon point de vue) en terme d'histoire des sciences. Sa date de parution (1973) ne suit que de quelques années l'avènement, en géologie, de la théorie de la tectonique des plaques.
[Cette théorie, réminiscence améliorée de la théorie de la "dérive des continents" d'Alfred Wegener, est maintenant considérée comme une réalité, ou au moins un modèle conceptuel très proche de la réalité, vu le nombre de données qui sont venues l'étayer depuis].
Le roman utilise cette nouveauté scientifique pour donner crédit à son sujet, mais sans jamais vraiment détailler. On sent que cette vision du globe est encore trop peu comprise, que beaucoup de choses, que l'on connaît mieux maintenant, sur la structure des fonds marins en particulier, sont ignorées et permettent les scénarios les plus fous. L'auteur joue d'ailleurs de cette ignorance pour crédibiliser son personnage de savant génial mais considéré comme farfelu par ces pairs.
De la même façon, les techniques de recherche employées (en gros, l'exploration directe du fond marin par des bathyscaphes) font un peu sourire aujourd'hui où l'on dispose, à côté de cette procédure, d'autres moyens d'investigations à distance moins dangereux ou moins coûteux.

C'est en même temps une description par touches de la société japonaise de l'époque: patrons tout-puissants (qui tentent même de marier leurs employés dans l'intérêt de leur entreprise :lol:) et employés fidèles; nouveauté des mouvements "gauchistes" et des envies de rébellion des plus jeunes; souvenir encore bien présent des suites de la seconde guerre mondiale; et coexistence d'une dénonciation de la bureaucratie et de la trop grande prudence des politiques avec, malgré tout, la foi dans leurs capacités à prendre les décisions courageuses et risquées dans les cas extrêmes.

Bref, ce livre, vite lu, m'a paru plus intéressant par son contexte et la vision qu'il donne des sciences et du Japon d'une époque donnée, que par son texte proprement dit. C'est du roman de détente efficace et suffisamment captivant, c'est déjà ça. :lol:

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Message Publié : 02 Juin 04 21:49 
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Localisation : De retour à Lyon, après Paris et Bordeaux
Ca y est, j'ai achevé La course au mouton sauvage de Haruki Murakami, après avoir dévoré La fin des temps du même.
Difficile de donner une préférence à l'un des deux romans (peut-être le second, encore plus loufoque et absurde que l'autre), mais une chose est sûr, ces romans sont formidables.
Je rends grâce aussi au travail du traducteur, qu'on oublie trop vite :lol:.

Merci infiniment à Oni et Ceïba pour m'avoir fait découvrir cet auteur. :prosternation: :prosternation:

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Message Publié : 02 Juin 04 22:27 
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Localisation : Plus entre Pissevieille et Berrybouy (et oui, y'en a qu'ont de la chance dans la vie !)
Quand je pense que j' ai "les amants du Spoutnik" de lui qu'il faudrait que je lise.

C'est "loufoque et absurde" ?
Ca me donne bien envie de continuer mes lectures dans ce style (après Fujimori et Adams)...
Bon, je finis "Da Vinci Code" et "Ilium" et je me lance dans cet autre Murakami.

Merci Cyr !

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Message Publié : 02 Juin 04 22:51 
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Localisation : De retour à Lyon, après Paris et Bordeaux
[quote="Maubec"]..
Bon, je finis "Da Vinci Code" et "Ilium" et je me lance dans cet autre Murakami.


Et moi, j'entame Ilium. :wink:. J'en ai pour un moment :lol:
Mais ce n'est pas ici qu'il faut discuter de ce bouquin-là...

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Message Publié : 11 Juin 04 16:40 
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Localisation : dans mes dessins
Je viens de finir "Botchan", de Natsumé Sôseki.
D'aprés le commentaire de l'éditeur, Botchan est aussi célèbre dans la littérature japonaise que Cosette pour nous... alors, par curiosité, je me suis lancée dans cet étrange roman.
Un jeune prof débarque dans un collège de campagne... dans lequel tous les pires personnages du genre humains y enseignent! Manoeuvres sournoises et espiègles de ses collègues, méchanceté des élèves, coups par derrière, hypocrisie, jalousie, cupidité accompagnent le séjour de ce pauvre jeune prof honnète et au franc parlé.
Franchement, je vous le conseille! Mais vous aurez là un tableau dépeigant des facettes de l'homme que l'on ne voudrait jamais cotoyer...

Botchan, Natsumé Sôseki, éditions "le serpent à plumes", isbn 2 84261 168 3.

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Message Publié : 11 Juin 04 17:00 
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Localisation : Plus entre Pissevieille et Berrybouy (et oui, y'en a qu'ont de la chance dans la vie !)
Il existe d'ailleurs une excellente biographie de cet auteur en BD réalisée par Jiro Taniguchi :
"Au temps de Botchan"
tome 1, Seuil, 2002 (ISBN 2020570688)
tome 2, Seuil, 2003 (ISBN 2020570696)

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Message Publié : 16 Juin 04 12:50 
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Localisation : Paname
Les récits de voyage des auteurs français au Japon à la fin du 19ème


Bien que le sujet soit peu accrocheur par rapport à d’autres, je me suis permis de mettre ne ligne une liste des auteurs français qui ont écrit un ouvrage (ou du moins une bonne partie) sur le Japon en cette fin de 19ème s. Cette liste est bien sûr incomplète et non exhaustive et demande à être complétée.

C’est d’ailleurs bien intéressant et à mettre en rapport avec le nombre, aujourd’hui, de site de récit voyage sur le Japon. Nous pouvons donc remarquer que, même si le moyen de diffusion change, l’envie de partager son voyage reste forte et presque intemporelle. Peu de pays, sauf peut-être les U.S.A (encore qu’aujourd’hui la chose tend à se modifier) ont connu une aussi grande littérature/site de voyage. L’envie se retrouve aussi dans la façon de présenter le Japon à travers de portraits ou des images/gravures dans les ouvrages ou les sites web.

De manière générale, et un peu à l’image du Forum Japon (toute proportion gardée), il y a aussi des tentatives d’ouvrages sociaux et d’explications globales sur un pays, son histoire et sa civilisation. Une forme de regroupement de connaissances et de tentative d’explication d’un pays et de ses habitants.

Sans essayer de faire une typologie des récits et de leur contenu (cela serait pourtant très intéressant : typologie du récit de Voyage au Japon de la fin du 19ème à nos jours. De l’ouvrage à l’internet) nous pouvons remarquer que des sujets reviennent ou connaissent une continuité. Nous pouvons en premier remarquer que ceux qui partent le font souvent pour des raisons de travail. Peu partent sur un coup de tête ou une envie subite. Le voyage est long (plusieurs semaines, voir plus selon l’humeur du temps en mer), extrêmement cher et reste relativement risqué. Peu de monde peut se permettre, d’autant qu’il faut partir pour au moins un ou deux ans à cause des conditions de transports.

Les récits de voyages, avec plus ou moins de talent, racontent souvent la même chose. Depuis l’exposition universelle de 1867 à Paris, le Japon est un pays qui fait rêver. Il est atypique et d’un exotisme ‘préservé’ du fait de sa fermeture longue à l’Occident. Il d’autant plus intéressant que la mode est à l’Asie et que nombre de magasins, tel le Bon Marché, disposent d’objets divers et variés à des prix assez bas pour que beaucoup puissent se payer un ‘morceau d’Asie’.. Ce n’est donc pas un hasard si de nombreux artistes partent vers le Japon, le pays des estampes et des objets anciens. Les deux seront pillés allégrement et finiront chez des brocanteurs ou des musées.

Bien entendu, pas de récit sans personnages et les Japonais semblent être de parfaits exemples de la différence humaine selon ces auteurs français. Sans aller à détailler les clichés des habitants du Japon (gentillesse, difficulté de la politesse et des relations, courage au fanatisme, esprit vif et rapide à comprendre …), il est intéressant de remarquer que nombre de récits opposent les Japonais aux Chinois ou aux Indiens (Inde), à l’avantage des premiers. Bien entendu, ces discours en faveur de ce pays ne doivent pas cacher le sentiment de supériorité des auteurs et de la civilisation occidentale à travers leur regard.

Bien entendu, à part de très rare cas, aucun des auteurs ne parle ni ne comprend la langue japonaise. En général, ils se contentent de s’adjoindre les services d’un traducteur ou d’assistants locaux aptes à les comprendre. Cette fermeture à la langue explique bien évidemment nombre d’erreurs d’interprétations et de fausses informations qui peuplent ses ouvrages. On imagine et on juge sans vraiment comprendre ce qui se passe, surtout quand le voyage est court.

Les geisha, les guerriers et la famille impériale fascinent aussi beaucoup les auteurs. Aucun récit ne fait l’impasse sur ces trois thèmes. Chacun y va de son commentaire ou de son jugement sur le sujet avec force de dessins et d’illustrations (parfois colorées) pour les décrire. J’essayerais de vous en donner quelques passages lors d’un prochain post.


Voici donc, en pagaille, une liste des ouvrages anciens que je dispose.

* Humbert A. Le Japon illustré (2tomes) 1870.
Il s’agit ici de récit d’un voyage plein de commentaires et de photos et gravures. Très intéressant, d’autant que l’auteur est (ou fût serait plus exact) un haut personnage politique français dans les années 1850.

* Guimet E. Promenades Japonaises 1878.
Comme toutes les autres brochures de Guimet, ces ‘promenades japonaises’ sont en fait des courts extraits de son long voyage au Japon avec F. Regamey (illustrateur). Chaque fascicule regroupe un ‘bout de parcours’ et de très nombreuses illustrations de lieux ou de personnages ‘typiques’. C’est vraiment très joli à voir et très agréable à lire.

* Guimet E. Promenades japonaises (Tokio, Nikko) 1880.
Même principe que l’ouvrage ci-dessus.

* Bousquet G. Le Japon de nos jours (2 tomes) 1877.
Il s’agit là d’un récit d’un ancien militaire ayant participé aux missions françaises pour instruire les troupes japonaises. À la fin de son service, il demanda à être rattaché à l’ambassade française comme traducteur. L’ouvrage est donc à mi-chemin entre un récit de voyage et celui d’un Français vivant au Japon. L’auteur s’intéresse surtout à décrire le Japon dans lequel il vit et son évolution rapide vers l’Occident.

* Beauvoir Comte de Pekin, Yeddo, San Francisco 1872.
Voila un pur récit de voyage. L’auteur est un habitué de ce type de récit. Il voyagea en Australie, au Siam, en Chine ... la liste serait trop longue à faire. Ses livres eurent beaucoup de succès et connurent de nombreuses réimpressions. Agréable à lire et fourmillant de d’anecdotes et d’illustrations, ce récit de voyage est celui d’un globe-trotter de l’époque, avec ses défauts et ses qualités.

* Roussin A. Une campagne sur les côtes du Japon 1866.
Il s’agit ici surtout d’un récit et d’un témoignage militaire. Commissaire sur la frégate Sémiramis, l’auteur arrive au Japon en 1863. Il raconte l’évolution du Japon et de son apprentissage à l’école de l’Occident tout en dénonçant les violences qu’il subit de la part des mouvements anti-étrangers.

* Hubner Baron J. A. de Promenade au tour du monde 1873.
Récit classique de voyage d’un riche français pour aller au Japon. Il profite de la route pour voyager aux Etats Unis et en Chine. Son voyage couvre plusieurs ouvrages et ne comporte aucune illustration. Peu agréable à lire à mon goût.

* Chassiron Baron CH de. Notes sur le Japon 1861.
L’auteur fut un des membres de la mission diplomatique française de 1858 pour négocier un traité d’ouverture avec le Japon. De son expérience et de quelques autres voyages en Asie (Chine et Inde en particulier) il en fit un livre très positif sur ce pays (qu’il oppose au trop orgueilleux peuple chinois). Encore une fois, nous sommes à mi-chemin entre un récit de voyage, plein d’illustrations et une tentative d’expliquer un pays.

* Moges Père de Ambassade en Chine et au Japon 1860
Là, je ne sais que dire, car un doute m’assaille. Il existe deux homonymes du même nom pour le moment et je ne possède pas d’ouvrages des deux pour les comparer. Je ne sais donc pas, pour le moment, comment qualifier le récit de voyage. J’espère compléter rapidement ce manque.

* Bergasse du Petit Thouars Lettres et Notes 1906
Bien que ce livre soit un peu postérieur dans sa publication de cette fin du 19ème siècle, l’auteur lui, y appartient pleinement. Le Vice Amiral (capitaine à l’époque des faits) fit partie de l’équipage du Dupleix, frégate française, qui partit au Japon pour assister la mission militaire française. Son récit de voyage, surtout centrer sur le périple de la frégate est aussi le récit du massacre d’une quinzaine de marins français à Sakai par des guerriers japonais. Il raconte aussi la révolte et rébellion de quelques militaires français à Hakkodate contre les troupes rebelles et leurs récupérations par le Dupleix lors de la défaite finale. Bien que le Japon ne couvre q’un tiers de l’ouvrage, son récit est très intéressant et regroupe une bonne partie des évènements de 1867-68 au Japon.


Voici les ouvrages qui semblent vouloir essayer d’expliquer le Japon à nous, pauvres français.

* Martin F. Le Japon Vrai. 1898.
Il s’agit ici d’une tentative d’explication du Japon par un Français à travers son voyage et peut-être un séjour assez long. Aucune illustration et un pseudo discours de sociologie sont autant de barrières à la lecture. L’auteur s’intéresse surtout à la situation actuelle (de l’époque) et surtout à la victoire militaire japonaise contre la Chine.

* Metchnikoff L. L’empire japonais 1881.
A ne pas le confondre avec son homonyme Elie Met. qui est un célèbre biologiste russe. Nous avons ici à faire à un récit du Japon des origines à l’époque contemporaine. Le récit est entrecoupé d’illustrations et l’auteur s’intéresse aussi à la langue japonaise et à sa formation (il en fera même un article plus tard : Vocabulaires Japonais-Aino-Coréen).

* Montblanc Comte C. de Le Japon 1867.
Il s’agit ici d’un très court récit (30 pages) qui est une tentative d’explication du Japon et de ses institutions contemporaines L’auteur ne fut qu’un mercenaire français qui vendit armes et hommes aux deux camps durant la ‘révolution’ de Meiji.

* Villaret E. De Dai Nippon 1889.
L’auteur est encore un militaire français ayant participé à la deuxième mission militaire pour instruire les troupes japonaises. À la fin de son contrat, il se fit rattacher à l’ambassade et joua un rôle de conseiller militaire au sein de l’ambassade. Son livre essaye de couvrir tous les aspects du Japon et de son histoire jusqu'à aujourd’hui. Bien que le style soit très ‘militaire’, il n’est pas désagréable à lire et une bonne partie de son récit des évènements récents sont très correct car il faut souvent lui-même témoin des faits.

* Layrle J. Le Japon de 1867 1868.
Il s’agit ici d’une tentative, en 140 pages, de donner un instantanée d’un pays et de sa révolution. J’avoue que je n’ai pas eu le temps de le lire. Je reviendrais donc dessus dès que cela sera fait. Désole encore. Je peux simplement dire que l’auteur (vice Amiral) a continué à écrire sur le Japon et notamment sur la Restauration impériale au Japon (1892).

* Regamey F. Le Japon pratique 1891.
Il s’agit ici d’une sorte du Guide du Japon vu par ses instruments et ses outils. Le peintre essaye, à travers de très nombreuses illustrations, de donner une idée des métiers à tisser, des outils de travail, de la manière de faire du papier ou d’écrire. Une manière de montrer le savoir-faire des Japonais. Très bien illustré et très intéressant à lire.


Bien que ce message soit très incomplet (il m’aurait fallu décrire et rapprocher les récits de manière bien plus précise et avec force de détails et essayer d’en tirer une typologie stable), j’ai essayé de rapprocher les premiers voyageurs de cette fin du 19ème siècle avec ceux qui partent aujourd’hui. Bien que les moyens de diffusions des récits changent, les récits eux-mêmes subissent peu de transformations. La barrière de la langue bloque la communication avec autrui sur place et la durée, encore plus limitée, des voyages empêche les voyageurs de comprendre le pays et sa manière de vivre. Chaque voyageur part avec sa valise de préjugés et de clichés, hier comme aujourd’hui et il est difficile de les vider en quelques jours de voyages, même avec beaucoup de bonne volonté.

Pour autant, le pays est toujours une destination peu accessible, malgré la modernité de nos moyens de transport. On n’y part pas sur un coup de tête pour une visite de 2 jours, sauf peut-être pour des raisons de travail. Il y a donc toujours cet aspect d’un pays lointain, au bout du monde, qui doit forcément être bien différent. La seule différence reste les étapes. On ne passe plus désormais, sur des périodes longues, par d’autres pays pour aller au Japon. La volonté de fixer son voyage par l’intermédiaire de la photographie est aussi un élément de continuité. C’est une façon peut-être aussi de s’approprier ‘son’ Japon à travers ‘son’ regard. Mais, là, je me tourne vers ceux qui font/ont fait/vont faire un site sur leur voyage ou sur leur séjour au Japon.


Fuse


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Bon, rien à voir avec la bibliographie pointue proposée par Fuse.

Je reste humblement dans le roman japonais, avec Naufrages d'Akira Yoshimura, disponible dans la collection Babel des éditions Actes Sud.

C'est un court roman, à l'écriture simple, au récit volontairement linéaire, qui décrit, au fil des saisons, la vie d'un village de pêcheurs très pauvres du Japon, il ya quelques siècles (aucune date n'est indiquée, cependant).
La faim est l'ennemie principale de cette communauté, dont beaucoup doivent, pour faire vivre leur famille, se vendre pour aller travailler dans les bourgs voisins, plus riches. La seule autre possibilité d'amélioration du quotidien étant le naufrage d'un navire bien chargé sur les rochers de la côte, et le pillage de l'épave. Moyennant quoi, les villageois, chaque hiver, tentent "d'aider" un peu cet "heureux événement" (sic). Mais qui n'est pas toujours si bénéfique...
L'histoire est donc simple, mais le roman est vraiment séduisant, d'abord parce qu'il décrit très bien la vie de cette communauté, à travers les yeux d'un jeune garçon, qui, dès dix ans, doit déjà subvenir aux besoins de sa famille, le père étant justement parti travailler ailleurs. L'auteur met en relief l'attente perpétuelle de ce bateau en difficulté, de cette "manne providentielle", et en même temps du retour de ce père absent, en faisant sentir la difficulté et la monotonie de la vie, par des descriptions presques répétitives de chaque saison qui revient, chacune avec ses rituels, sa pêche particulière (au poulpe, au maquereau, à la sardine, et on recommence...).
Et quand l'aubaine arrive, c'est la joie puis la crainte: crainte d'être découvert par les autorités (les "fonctionnaires" qui deviennent, dans l'imaginaire du garçon, alimenté par les ragots, de terrifiants tortionnaires...) mais aussi crainte de se laisser ganer par la facilité quand les ventres sont pleins, et d'oublier que cette aisance n'est quéphémère et précaire.

Bref, un roman sans aucun rapport avec les écrits échevelés d'Aruki Murakami ou Ryu Murakami, plutôt un conte cruel, qui n'a pas besoin d'une imagination débordante pour marquer le lecteur, parce que celui-ci sent que c'est un conte plausible, une histoire qui a fort bien pu être vraie, quelque part sur une côte isolée du Japon.

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Message Publié : 12 Juil 04 12:09 
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Dernièrement lu:
Le chat, son maître et ses deux maitresses, de Junichiro TANIZAKI (Quatre soeurs, Le goût des orties).
Cette courte histoire présente une relation étrange et ambigue entre un homme, son ex-épouse et sa nouvelle épouse. Au centre de cette relation, Lily, le chat du maître, lie étroitement ces trois personnes. La présence de ce chat va révéler des sentiments de jalousies exacerbées, qui aboutiront, chez les femmes, à la haine de ce chat prenant la place de "l'épouse". Cette nouvelle nous présente ainsi les relations d'un trio à travers l'existence de l'animal de la maison, et nous apprends avec habileté les sentiments humains qui peuvent exister dans un couple.

Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil, de Haruki MURAKAMI.
Voilà donc le dernier roman de ce cher Haruki! Le rythme ressemble étroitement à "La course au mouton sauvage": l'intrigue met un certain temps à se placer: on ne comprends pas bien, dans les 100 première pages, où va aboutir cette histoire: Hajime, 40 ans, se souvient de ses aventures amoureuses, qui commencent à l'âge de 12 ans; mais c'est lorsqu'il retrouvera justement, à 40 ans, son premier amour, que l'intrigue viendra prendre place entière dans le fil de l'histoire: ses sentiments amoureux ressurgissent, plus forts que tout.
Une grande intrigue se tisse alors autour de cette femme, intrigue insupportable qui nous oblige à dévorer le livre dans l'heure qui suit!
C'est alors, qu'en plein élan, j'arrive à la dernière page, exitée par l'idée de savoir enfin tout se qui se cache derrière cette mystérieuse femme: frustration intense! La clef de l'énigme ne nous est pas révélée, et l'on se retrouve béta, totalement ahuri, devant ce livre que l'on vient à peine de finir et dont on ne connaitra jamais la fin...

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Hop, encore un "compte-rendu critique" d'un roman d'un auteur japonais très connu, Shusakû Endô:

L'extraordinaire voyage du Samourai Hasekura

de SUSHAKÛ ENDÔ

Ed. Buchet/Chastel, 1997 pour la traduction française à partir de la version anglaise (titre anglais: The Samuraï)

Endô utilise dans ce roman curieux un fait apparemment historique mais assez oublié d'une époque agitée pour le Japon. Il donne d'ailleurs, en introduction, un bref rappel de la situation historique, nécessaire à la compréhension du roman.

En 1613, année où commence le livre, Tokugawa Ieyasu, nouveau souverain du Japon sous le titre de Shogun (suite à sa victoire à la bataille de Sekigahara, en 1600) engage deux stratégies politiques. Sur le plan intérieur, il cherche à unifier le Japon et à centraliser le pouvoir, donc à mettre au pas les seigneurs locaux, les daimyos, en décrétant un remembrement des terres, redistribuant les domaines de ces vassaux et de leurs samouraïs. Par ce jeu, de nombreuses familles de samouraïs modestes, mais néanmoins détenteurs de terres (que Endô qualifie de "simples brigadiers", aux ordres des daimyos ou d'un seigneur local lui-même vassal d'un daimyo plus puissant), se voient attribué des terres bien plus pauvres ou ingrates que celles qu'ils possédaient auparavant.
Dans le même temps, Ieyasu cherche à doter le Japon d'une capacité maritime, militaire et commerciale, capable de rivaliser avec celles des Occidentaux, en étudiant et en intégrant au pas de charge leurs techniques de construction de grands navires capables de traverser les océans.
Enfin, il est hostile à la tentative d'évangélisation que tente les missionaires occidentaux. Les Jésuites avaient commencé à prêcher le christianisme au Japon à la fin du XVIème siècle,avec l'accord du souverain de l'époque, Toyotomi Hideyoshi, et avaient eu un temps le monopole de cet "assaut" avant que d'autres ordres, dont les Franciscains, soient à leur tour autorisé à s'y consacrer, en 1600, par une encyclique du Pape Clément VIII. Cette aventure devenait donc aussi une guerre intestine entre les ordres catholiques missionaires, qui, en plus, voulaient empêcher les pays protestants (par ailleurs plus intéressés par le commerce que par l'évangélisation) de s'implanter au Japon.
Sur ce fond, Shusakû Endô romance les quatre années du voyage effectué par quatre samouraïs de basse extraction, flanqués chacun de trois serviteurs, et dirigé par un missionaire franciscain dévoré par l'ambition. Voyage qui les mène du Japon jusqu'au Mexique, du Mexique en Espagne et de l'Espagne à Rome, avec même une escale à... Saint-Tropez ! (Apparemment, Saint-trop' en 1615, c'était plus calme qu'aujourd'hui ! :lol:).
Ces voyageurs partent avec un groupe de marchands japonais dans le but de tisser des liens commerciaux avec le Mexique. Officiellement, les samourais sont chargés (en échange, espèrent-ils, de la restitution de leurs anciennes terres) de rencontrer les seigneurs espagnols locaux et d'adresser par leur entremise au Pape une lettre du Shogun proposant l'ouverture de relations commerciales entre Japon et Mexique en échange de l'autorisation d'entrée au Japon pour les missionnaires franciscains (et franciscains seulement). Endô fait vite comprendre que les choses ne se passeront pas aussi facilement et que tout cela recouvre des conflits et des manoeuvres politiques autrement plus retorses...

Mais ce n'est pas ce qui intéresse le plus l'auteur, pas plus que le voyage en lui-même. Il n'évoque que rapidement les rebondissements et les péripéties du voyage (tempêtes, attaques par des indiens mexicains révoltés contre les espagnols...) et se concentre sur les questionnements des hommes, en s'attachant à deux personnages principaux: Velasco, le missionnaire exalté et manipulateur, et le samourai le plus modeste, Rokuemon Hasekura, un quasi-paysan très peu loquace, tout le contraire de l'espagnol. Il souligne ce contraste en décrivant, d'un côté, les agissements du samouraï et de ses compatriotes à l'impersonnel, comme un narrateur extérieur, et de l'autre en faisant s'exprimer Velasco à la première personne, par le biais de son journal.

Avec ce roman, Endô réussit à évoquer des images très fortes et à explorer de graves questions sans dévier pourtant d'une écriture très simple.
Il explore ainsi les raisonnements et le mode de pensée particulier qui pousse un prêtre à manipuler les textes chrétiens et ses contemporains pour servir ses ambitions, tout en restant convaincu d'agir pour ce qu'il pense être le bien. Il pose aussi la question de la validité de cette évangélisation: que vaut le baptême d'un Japonais quand celui-ci ne s'y soumet que par intérêt, pour favoriser son commerce ou sa mission, et sans la moindre sincérité ?
Pour le lecteur d'aujourd'hui, la lecture de ce livre rappelle aussi cette relativité du "bien", qui poussait des chrétiens plein d'assurance à vouloir convertir les autres peuples, contre leur gré et fréquemment au mépris de leurs propres cultures et religions. Pour Endô, et sans doute pour le Shogun, les japonais ne pouvaient comprendre l'adoration du Christ, cet "homme laid et émacié", ni le sens du message chrétien, les idées d'un au-delà et d'une rédemption leur étant, d'après l'auteur, totalement incompréhensibles.
Il confronte surtout, avec ces deux héros, deux conceptions radicalement différentes: celle, occidentale, de la foi et du prêche et celle, japonaise, de l'honneur et du devoir. Le samouraï Hasekura, torturé à l'idée qu'il devrait se déclarer chrétien pour pouvoir faire progresser sa mission, explique ainsi à l'effigie sculptée d'un crucifix : "je ne peux même pas comprendre pourquoi les étrangers te respectent. Ils disent que tu es mort en portant les péchés de l'humanité, mais je ne trouve pas que notre vie soit plus facile pour autant. [...] Rien n'a changé à cause de ta mort".
Bref, c'est là un roman assez étrange, qui peut-être ne suscite pas immédiatement un vif enthousiasme, mais qui, pourtant, retient l'attention sans esbrouffe et réussit à ne devenir ni un récit d'aventures picaresques ni une longue introspection philosophique ennuyeuse. Pourtant, il peut, à mon avis, donner lieu à bien des discussions, tant historiques que philosophiques.



P.S.: Si des historiens plus compétents que moi (c'est facile) ont des commentaires à proposer sur mes explications ci-dessus, qu'ils n'hésitent surtout pas à les exprimer: je n'ai fait que transcrire ce que j'avais tiré des explications de l'auteur et de la lecture du roman.

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Message Publié : 02 Fév 05 22:43 
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Bon, même si ce post n'attire pas les foules, je continue avec une nouvelle "fiche de lecture" qui colle bien avec le titre du sujet "Les Japons dans la littérature" :wink:

Une voix dans la nuit de Yasushi Inoue, éditions Le serpent à plumes, collection motifs

Vous connaissez Don Quichotte? Eh bien, c'est un peu sa version nippone, dans le Japon en mutation des années soixante. Le héros, Kyôshirô, est un vieil instituteur de province à la retraite, un peu maniaque et collectionneur passionné de tout ce qui touche au Manyô-shû, un ancien recueil de poèmes classiques du VIIIeme siècle. Il profite d'un grand rassemblement de bouquinistes qui se tient à Tokyo pour s'aventurer dans la capitale et y rendre visite à ses deux fils. L'aîné, un ingénieur "casé", est père d'une petite fille de deux ans, qui fait l'émerveillement du vieil homme.
Au sortir de l'exposition de livres, Kyôshirô, trop peu habitué à la circulation tokyoïte, est renversé par une voiture. Il s'en sort physiquement indemne, mais côté neurones, il y a du changement...

Voilà le paisible vieillard persuadé 1) d'avoir été attaqué par les "démons de la modernité" qui prennent possession du Japon et qu'il entend hurler dans les bruits de la ville, et 2) d'avoir reçu l'ordre divin de les chasser...et d'en préserver sa petite-fille, encore immaculée !
Et voilà donc Kyôshirô qui "s'évade" de la maison de son fils, en kidnappant sa petite-fille, pour entamer un lent road-movie qui le ramène sur les lieux cités par différents poèmes du Manyô-shû (qui ont évidemment bien changé depuis le 8ème siècle :wink:)
Ca ressemble donc à Don Quichotte, mais c'est quand même autre chose: cette transformation du Japon, Inoue (décédé en 1991) l'a vécu et elle a été rapide. Il utilise ce fait historique comme élément à part entière du roman et on sent, finalement, que ce décalage entre les japons ancien et moderne a pu réellement perturber les Japonais les plus âgés.
Pourtant, Inoue ne semble pas vouloir s'incarner dans son personnage: il paraît au contraire mêler délibérément une certaine nostalgie du calme du "Japon d'antan" et une vraie ironie quand il décrit cette vie "traditionnelle" idéalisée que Kyôshirô cherche à retrouver. La vie "idéale" que Kyôshirô imagine pour lui et surtout pour sa petite-fille ne paraît guère joyeuse pour le lecteur :wink:
Ce qui rend également ce roman étrange, c'est d'abord qu'Inoue ne donne quasiment pas d'explications, ni sur la chute dans la folie de Kyôshirô, ni sur les motivations des deux autres personnages qu'il va entraîner avec lui. Il ne laisse pas entrevoir non plus la moindre possibilité d'une "guérison" de Kyôshirô et il termine son histoire de façon abrupte, en laissant le lecteur un peu frustré.
Ensuite, il montre, délicatement, combien, dans ce pays en pleine modernisation, il paraît encore facile de devenir "marginal", d'errer à la limite entre le Japon "sauvage" des petits villages de montagne et le Japon "moderne" des grandes villes et des routes en passant complètement inaperçu.

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Message Publié : 03 Fév 05 23:46 
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Non Cyr, t'es pas tout seul mais arrête de sangloter, arrête de te répendre, arrête de répéter qu't'es bon à foutre à l'eau, que t'es bon à te pendre...

C'est juste que je n'ai pas lu de littérature japonaise depuis longtemps...
Par contre, c'est marrant le côté "Don Quichottesque" du personnage me rappelle un autre roman asiatique sorti il y a 2 ans :
"Le Complexe de Di" écrit par Dai Sijie, l'excellent auteur du non moins merveilleux "Balzac et la petite tailleuse chinoise" (chroniquée dans ses pages par votre serviteur)

Il faut absolulement que je lise Haruki Murakami... :roll: :oops:

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Message Publié : 04 Fév 05 22:15 
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Merci pour ton soutien, ami Maubec. (N'exagérons rien, quand même, gardons jacques Brel pour des cas plus désespérés... :wink: )

Je n'ai pas encore lu Dai Sije. il faudra que j'y songe. Mais d'autres livres m'attendent déjà, dont un autre Murakami,Chroniques de l'oiseau à ressort. Vu sa taille, il devrait m'occuper un moment...
En tout cas, je t'encourage vraiment (et tout le monde) à lire Haruki Murakami, en commençant par La course au mouton sauvage, ou peut-être par La fin des temps, encore plus surprenant.

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Message Publié : 14 Avr 05 20:39 
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Histoire de me répéter, je conseille vraiment la lecture d'Aruki Murakami. Mais...sans doute pas en commençant par les Chroniques de l'oiseau à ressort (éditions du Seuil, collection Points, 848 pages (eh oui...), 2001) que je viens de terminer. :wink:

Non pas que ce soit un roman moins bien écrit que les autres ouvrages d'Haruki Murakami. Au contraire, c'est peut-être le plus représentatif du style et de l'imagination de cet écrivain: comme dans La course au mouton sauvage et sa suite Danse, danse, danse, le héros est un trentenaire banal au possible, qui raconte chacun de ses actes et dont la vie bascule lentement dans un fantastique de plus en plus délirant, garni de personnages hauts en couleurs et où plusieurs mondes se développent.

Mais ce roman-ci est beaucoup plus long et complexe que les autres, donc plus difficile à aborder. :?

Dans La course au mouton sauvage, le fantastique provient en gros d'une histoire de fantôme et le monde irréel n'apparaît vraiment que vers la fin du roman, le héros n'y fait qu'une incursion. La fin des temps décrit deux mondes apparemment séparés qui évoluent côte à côte jusqu'à se rejoindre. Ici, les deux "réalités" (voire plus) s'entremêlent sans cesse; l'auteur lance des pistes, certaines fausses, développe des personnages qui disparaissent soudain comme s'ils ne servaient plus... on s'y perd. C'est certainement délibéré de la part de l'auteur, cela contribue à l'atmosphère si particulière de ce roman, mais à mon avis, un "néophyte" de Murakami aura du mal à "accrocher" à ce récit. Au contraire, La fin des temps ou La course au mouton sauvage, romans bien plus courts où les événements arrivent plus vite, où l'intrigue démarre plus tôt et ne s'éparpille pas, se dévorent dès les premières pages. :)

Bref, à mon sens, ces Chroniques de l'oiseau à ressort plaîront aux connaisseurs de cet écrivain, mais dérouteront sans doute beaucoup d'autres lecteurs. Encore une fois, personnellement, je conseille de découvrir plutôt ce formidable auteur avec La fin des temps (son roman qui relève le plus de la science-fiction) ou La course au mouton sauvage (plus réprésentatif peut-être de ses autres romans).

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Message Publié : 22 Juin 05 01:30 
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"Appel du pied" de Risa WATAYA, Picquier (ISBN : 2877307778)

Ce roman a fait de son auteur, la plus jeune lauréate du Prix Akutagawa (l'équivalent japonais du Booker Prize ou du Prix Goncourt) à tout juste 19 ans.
Et "Appel du pied" est bien un roman sur la jeunesse, sur l'adolescence et ses turpitudes.
On sent dans le roman tout ce qui sonne "vrai" sur cette période trouble, souvent sublimée ou alors décriée par les auteurs qui ont pris plus de recul grâce à l'âge.

L'héroïne, Hatsu, est une fille "à part"... à part des autres groupes d'amis (non qu'elle n'aimerait pas en avoir mais c'est qu'il faudrait faire trop de compromissions), à part des intérêts des autres filles de son âge...
Elle n'a pas particulièrement de centre d'intérêt mis à part, peut-être, la course à pied...
Bref, c'est une ado, une vraie !
Et alors qu'elle s'ennuie, qu'elle est mis quelque peu "au rebut" lors d'une séance de TP, elle va "rencontrer" Ninagawa (en fait, redécouvrir qu'il existe) qui, comme elle, est quelqu'un qui a du mal à s'intégrer dans la classe.
Leur différence fondamentale :
Ninagawa a, lui, une obsession dans la vie :
Oli-Chang !
Oli-Chang est une idol que vénère Ninagawa et que Hatsu a rencontré par hasard il y a 3 ans, dans un supermarché.
A partir de ce très mince lien, Hatsu va se retrouver à suivre Ninagawa jusqu'à un concert d'Oli-Chang (à la fois romantique et pathétique) et à découvrir des sentiments étranges pour ce garçon qui vit dans une chambre moite et puante...

Attendez !
Ca a l'air d'une histoire à l'eau de rose pour ados mais en fait, ça ne commence que comme ça...
En effet, tout l'intérêt de ce roman repose sur le refus d'une histoire classique pour privilégier le "réel".
Les deux ados ne tombent pas amoureux l'un de l'autre en suivant un parcours initiatique revu cent mille fois.
Non ! déjà, jusqu'au dénouement, on se pose la question de savoir non seulement si Hatsu a compris ce qui lui arrivait mais si Ninagawa a simplement perçu sa présence...
C'est plein de petits détails (et encore, moi, mon adolescence, elle commence à être loin derrière...) qui sonnent justes.
C'est à la fois "brut" comme un cahier intime publié par une lycéenne et très maîtrisé comme une romancière chevronnée (ce n'est pourtant que son deuxième roman)

Alors si vous voulez découvrir une histoire d'adolescence, japonaise certes mais pas si éloignée que ça de l'adolescence française (la seule que je connaisse, à vrai dire...) qui ne soit pas vue à travers des prismes déformants comme trop souvent, dévorez ce roman très court (144 pages)
Et si vous êtes simplement curieux de savoir quelle est la nouvelle égérie de la littérature japonaise, lancez-vous aussi !
Dans tous les cas, vous ne le regretterez pas.

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Message Publié : 22 Juin 05 14:29 
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Yooo !

De Haruki Murakami, j'ai lu La course au mouton sauvage, mais aussi Après le tremblement de terre, paru aux éditions 10/18. Un court roman dont le point de départ est le seisme de Kobe en 1995. Un évènement vécu différement par des japonais de tous horizons différents. A vrai dire, ce seisme est juste un prétexte, un repère spatiotemporel...
Je vous le laisse découvrir.
J'aurais envie de me prendre Danse, Danse, Danse ou bien Chronique de l'oiseau à ressort, mais c'est bien trop cher...


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Message Publié : 22 Juin 05 22:07 
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[quote="Lenaic"]Yooo !

De Haruki Murakami, j'ai lu La course au mouton sauvage
J'aurais envie de me prendre Danse, Danse, Danse ou bien Chronique de l'oiseau à ressort, mais c'est bien trop cher...


si tu as déjà lu La course au mouton sauvage, je te conseille de craquer pour Danse, danse, danse, qui en est une "suite", disons plutôt un prolongement tout aussi étrange et captivant.

Pour ma part, je viens de terminer Le musée du silence de Yoko Ogawa.
(J'ai souvenir d'une critique féroce, par Ceïba, d'un autre livre de cet auteur, dans les premiers messages de ce post.)
ce petit roman raconte comment un jeune muséographe est engagé pour créer un musée très spécial, dans un vieux manoir près d'un village reculé, quelque part, probablement au Japon car on y boit du saké et on y joue au base-ball, mais on n'en sait pas plus.
Ce musée est destiné à recevoir des objets ayant appartenu...aux personnes mortes au village, et dont ils seraient la trace, un condensé de leur histoire. Ces objets ne sont pas légués au musée par les défunts, mais disons... "chipés". Et comment décider, ainsi, qu'un objet caractérise un individu?
L'auteur entame donc une réflexion en sourdine sur la mort et sur d'autres éléments qui s'en approchent, comme le silence et l'isolement.
En même temps, elle installe dans cette histoire une atmosphère très étrange, qui devient peu à peu de plus en plus glauque, assez kafkaienne.
Le muséographe semble s'enfoncer dans l'atmosphère "figée" de ce village, devenir une nouvelle pièce d'un microcosme étrange jusqu'à ne plus pouvoir en sortir.
Personnellement, ce roman m'a paru déroutant par son atmosphère bizarre et dérangeante. Il en sort une sensation de malaise, alors (ou parce que) que le style adopté est très sage, plutôt lisse. Il peut d'ailleurs évoquer l'ambiance d'un Haruki Murakami, mais l'humour en moins. Bref, je ne peux pas dire que ce roman m'ait enthousiasmé, mais en même temps, pourtant, il est prenant. Une lecture intéressante, mais pas "prioritaire", disons... :?

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