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M. Pâte et la princesse Œuf (2010)

Compléments :

Histoire

Dans un moulin à eau, isolé au fin fond d’une forêt de ronces et de broussailles, vit une sorcière nommée Baba Yaga. C’est là qu’elle y garde captive sa minuscule servante, la princesse Œuf, assujettie à toutes les corvées quotidiennes du moulin. Une nuit, un énorme morceau de pâte pétrie, au repos dans une auge, revient soudainement à la vie. La princesse Œuf et son nouvel ami, M. Pâte, décident alors de s’enfuir. Quelles péripéties les attendent ?

  

M. Pâte s’enfuit (Note d’intention par Hayao Miyazaki)

« J’aime beaucoup ce tableau de Brueghel. Mais ce n’est que récemment que j’ai su que le blé récolté dans ce tableau était en fait du seigle. Les gens de l’époque mangeaient donc du « pain noir ». Nous consommons beaucoup de pain, de nouilles et de pâtes, mais nous ne savons que vaguement comment ils sont fabriqués. Alors, j’ai eu envie de créer un film qui se passerait dans un endroit comme celui du tableau de Brueghel.
Dans les pays où l’on consomme du pain, je sais qu’il existe des histoires de pains qui s’enfuient, comme dans le conte
Omusubi Kororin (La boulette de riz qui roule) dans notre pays. Ces pains qui disparaissent sont généralement des pancakes ronds, ou des pains longs ou plats. La forme change selon le lieu, mais immanquablement, ces pains s’enfuient tous. Si il s’agit de pains, ils s’enfuient donc en roulant. Alors, je me suis demandé : « mais si il s’agit de pâte à pain, elle s’échappera donc de manière collante et gluante...»
C’est en réfléchissant à tout cela que j’ai finalement trouvé l’idée de ce film »

Les moissonneurs, peinture à l’huile sur bois datant de 1565, du peintre flamand du 16ème siècle, Pieter Brueghel.
Le tableau se trouve actuellement au Metropolitan Museum of Art (New York).

Création du film

M. Pâte (à pain) et la princesse Œuf est le huitième court métrage du musée Ghibli. Il est produit dans la foulée du court Les souris sumo. Dès les premiers jours de projection du septième court métrage réalisé par Akihiko Yamashita, fin janvier 2010, le producteur Toshio Suzuki annonce dans son émission radio Ghibli Asemamire qu’un autre film est déjà en cours de production et qu’il sera encore une fois réalisé par Hayao Miyazaki. Le court est prévu pour durer 10 minutes et ne contiendra aucun dialogue.
A cette période, comme la presque totalité des animateurs travaillent sur le premier long métrage de Hiromasa Yonebayashi, Arrietty, le petit monde des chapardeurs, Miyazaki lui-même participe au travail d’animation.

Pour ce court métrage, Miyazaki s’est inspiré du tableau de Pieter Brueghel, Les Moissonneurs, et a situé son cadre quelque part dans une Europe imaginaire, peuplée de lapin, de cochons (un peu) et d’œufs vivants !
Avec ce film, il semble vouloir également visiter les figures de la mythologie slave. Bien connue, la Baba Yaga apparaît dans de nombreux contes russes et polonais. Elle est représentée comme une vieille femme affreuse et cruelle flanquée d’une sœur au caractère à l’exact opposé. Cette description rappellera bien-sûr deux autres personnages célèbres de la filmographie du réalisateur : la sorcière Yubâba et sa sœur jumelle Zeniba dans Le voyage de Chihiro.
Si l’homme en pain d’épice est un personnage de conte anglais bien connu, dans la tradition populaire russe, on trouve également la trace d’une histoire où une boule de pain prend la fuite alors qu’elle sèche sur le rebord d’une fenêtre.

M. Pâte et la princesse Œuf contient environ 24 000 cellulos pour 10 minutes d’animation, ce qui constitue le ratio (nombre de dessins/seconde) le plus important de l’histoire du studio Ghibli. En comparaison, le film Ponyo sur la falaise contient 170 000 cellulos pour une durée de 110 minutes et Le voyage de Chihiro 112 000 cellulos pour 125 minutes.
Toshio Suzuki a expliqué dans un documentaire diffusé sur NHK que « personne ne sait quel film, thème ou technique marqueront le 21ème siècle. Mais, avec Monsieur Pâte et la princesse Œuf, Miyazaki voulait explorer une piste. Il a donc dessiné, dessiné et encore dessiné. Il a beaucoup souffert en dessinant pour ce film. »
Suzuki a aussi précisé que Miyazaki a été animateur-clé sur M. Pâte et la princesse Œuf et qu’il a travaillé durant plus de 10 mois sur la production du court métrage.

Pour M. Pâte et la princesse Œuf, le studio Ghibli avait un moment envisagé de tester un nouveau mode de diffusion sur Internet, comme YouTube. Les coûts de production, fussent-ils ceux d’un court métrage, sont importants et le studio prit alors conseil auprès de la grande agence publicitaire, Dentsu, afin de trouver un modèle économique leur permettant de rentabiliser le film. Cette piste n’aura finalement pas de suite.
Suzuki expliquera qu’à l’ère d’internet, ils savent que leur modèle économique actuel (cinéma/vente en vidéo/diffusion TV) ne durera pas éternellement. Mais pour le moment, ils continuent à porter un grand attachement à la diffusion de leurs œuvres en salles de cinéma.

La musique, réarrangement moderne de La Folia de Vivaldi

Hayao Miyazaki a créé M. Pâte et la princesse Œuf tout en écoutant La Folia d’Antonio Vivaldi. Joe Hisaishi en a fait un réarrangement pour le film.
« J’ai songé à réarranger cette musique classique avec une approche moderne en suivant l’ « impact » ressenti par les images créées par le réalisateur Miyazaki » explique le compositeur. « J’ai senti que l’ambiance principale du film se rapprochait de la texture du tableau de Brueghel dont le réalisateur Miyazaki s’est inspiré pour la création du film. De plus, j’avais l’impression que le sujet était assez proche des contes européens. J’ai pensé que si je créais une musique baroque moderne tout en gardant les nuances du classique, cela conviendrait au film. Concrètement, j’ai utilisé la musique baroque de l’époque de Vivaldi et j’y ai ajouté de la musique minimaliste qui est mon point fort. J’ai progressivement métamorphosé la forme du son et l’ai répété. J’ai parlé de mon idée au réalisateur Miyazaki et ça l’a intéressé. C’est ainsi que l’orientation générale de la musique a été décidée.
Pourtant, au début, je m’inquiétais de savoir si le côté sombre de
La Folia conviendrait au film. Une fois la musique écrite, j’ai demandé à mes musiciens habituels de la jouer avec les images du film et ça a donné une sorte de décalage musical, un contraste avec le côté joyeux des personnages. Au final, ça a donné une certaine profondeur au film. Le résultat était bon.
En général, dans le monde de la musique de film, on compose plusieurs morceaux, correspondants à chaque scène. Mais cette fois-ci, le film dure 12 minutes, la musique est donc d’un seul morceau. Pour cette raison, la musique est plus facile à appréhender. »

Fiche technique

Titre : パン種とタマゴ姫 (Pan-dane to Tamago-hime)
Mr. Dough and the Egg Princess / M. Pâte et la princesse Œuf
Histoire originale, scénario, réalisation : Hayao Miyazaki
Directeur artistique : Yôji Takeshige
Directeur de l'animation : Kitarô Kôsaka
Contrôle de l’animation : Hitomi Tateno
Couleurs : Michiyo Yasuda et Yukie Tamura
Directeur de la photographie : Atsushi Okui
Musique et direction de l’orchestre : Joe Hisaishi
Variations sur La Folia d’Antonio Vivaldi par le groupe Miura Strings
Producteur : Toshio Suzuki
Production : Studio Ghibli
Date de sortie : 20 novembre 2010
Durée : 11 minutes 37 secondes

 


Sources : fascicule du court métrage M. Pâte et la princesse Œuf, vidéo de l'émission Professional Shigoto no Ryûgi, « Le nouveau défi de Hayao Miyazaki – Reportage rapproché ! Un nouveau film étonnant » (NHK), GhibliWorld.com, Nausicaa.net, Anime News Network.com
Remerciements : merci à Yasuka Takeda pour les traductions
Dernière mise à jour : 06/05/2016

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