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Le jour où j'ai acheté une étoile (2006)

Histoire

La ville où habite Nona est régie par le centre de surveillance du temps qui vérifie si les heures sont bien utilisées. Nona n’est pas un garçon très rapide et ne se sent pas à sa place dans cette ville. Il décide de quitter son foyer et se met à marcher seul, sans but, à travers le désert. Au cours de son exil, il rencontre une femme mystérieuse nommée Ninya et décide de vivre dans sa ferme.

Le travail quotidien de Nona est maintenant d’aller extraire de l’eau au puits afin d’entretenir les plantations. C’est en trouvant un tricycle au grenier qu’il décide d’aller vendre des navets au marché. En chemin, il rencontre deux commerçants étranges, Scopello la taupe et Maykinso la grenouille, qui lui vendent une graine d’étoile en échange du bénéfice de sa vente. Il rapporte la gemme à la maison, la plante dans un pot, et bientôt une planète minuscule en émerge.

C’est alors que le centre de surveillance du temps vient chercher Nona. Mais Ninya refuse de le laisser partir. Elle sait que le jour n’est pas encore venu pour Nona de retourner en ville, alors que son étoile est en pleine croissance. Quelques jours plus tard, trois lunes viennent se satelliser autour de la minuscule planète. Le brouillard devient des nuages qui laissent apparaître des étoiles. Les éclairs et la pluie frappent la terre et enfin, la vie finie par apparaître à sa surface. Mais Nona est rapidement contraint de retourner à la ville si il ne veut pas que Ninya attrape de gros ennuis par sa faute et doit la laisser prendre soin de sa planète.

Bientôt, Skoppero et Maykinso lui rendent visite. Ils ont une dernière tâche pour lui : c’est bientôt le moment pour l’étoile de partir dans l’espace. Et c’est à Nona de lui dire de partir…

  

Création du film

Le jour où j’ai acheté une étoile prend place dans le monde d’Iblard, univers pictural créé par l’artiste Naohisa Inoue, qui avait déjà été exploré dans le film Si tu tends l’oreille de Yoshifumi Kondô, en 1995, lors de la séquence onirique que traversait l’héroïne. Une fois de plus, le court métrage est réalisé par Hayao Miyazaki. Celui-ci s’entoure pour l’animation de Megumi Kagawa, qui a déjà alterné entre le poste d’animatrice clé et de directrice de l’animation sur la plupart des films du studio Ghibli, et Yohei Takamatsu dont c’est ici la première expérience au poste de directeur artistique.

L’univers d’Iblard se décline sur une multitude de supports. Cependant, c’est essentiellement à partir de quatre livres que Miyazaki a créé le court métrage : le manga Chroniques d'Iblard (traduit en français dans le label Kantô des Editions Milan), Le guide de voyage d’Iblard, l’Art Book datant de 1981 et le livre pour enfant, Voyage à Iblard. C’est après avoir lu plusieurs fois le manga que Miyazaki aurait pour la première fois caressé l’idée d’en faire un film avec. Cependant, l’origine réelle du film provient plutôt d’un projet de livre d’illustrations pour les enfants, en gestation à ce moment-là, dont Inoue aurait fait part à Miyazaki, alors qu’il dessinait une fresque pour le musée Ghibli, entre décembre 2001 et avril 2002.

A l’époque, l’histoire racontait comment le personnage principal, en allant vendre des navets au marché, rencontrait deux nains vendeurs d’étoiles. Il voulait en acheter une mais la valeur de sa récolte n’était pas suffisante pour une quelconque transaction. Pourtant les nains lui proposaient tout de même de lui en céder une à la condition que d’ici un an, une fois l’étoile adulte, il les invite à une fête organisée sur celle-ci. Puis, l’étoile assez mûre, il partirait finalement à l’aventure avec elle.

Miyazaki s’est très rapidement intéressé à ce projet qui portait déjà le titre Le jour où j’ai acheté une étoile. Toutefois, Inoue pensait que le personnage principal devait être une fille. Miyazaki, quant à lui, imaginait plutôt un garçon. Bref, à ce moment, les deux hommes n’étaient pas vraiment sur la même longueur d’onde. Puis ils se sont retrouvés rapidement occupés chacun de leur côté et le temps a passé. Inoue n’a pas vraiment dessiné pour ce projet et Miyzaki n’y pensais pas nécessairement tout le temps, même si il le gardait dans un coin de sa tête comme sujet de film envisageable pour lui.

Deux ans plus tard, juste après la création du Château ambulant, le studio Ghibli s’est retrouvé dans une période de calme. C’était là une bonne occasion de créer un nouveau film pour le musée. Miyazaki s’est tranquillement mis à dessiner l’e-konte (le story board) du film, sans rien en dire à Inoue et bien sûr, avec un garçon comme personnage principal ! Un peu poltron, il demande au producteur Toshio Suzuki de l’apporter à Inoue. Fort heureusement, celui-ci aime. Le film et le livre sortent finalement la même année : le 3 janvier 2006 pour le premier et en avril 2006 pour le second.

Naohisa Inoue, créateur du monde d’Iblard

Naohisa Inoue est le créateur du monde d’Iblard (Site internet officiel d’Iblard en français). C’est en 1994, à l’occasion de sa première exposition à Tokyo, qu’il rencontre Hayao Miyazaki et qu’ils deviennent amis. Inoue est avant tout un peintre mais son travail sur Iblard se décline également sur d’autres média, comme l’illustration et le manga. « Iblard est l’univers que j’ai créé. Mais pour moi, ce n’est pas un monde imaginaire : je pense que c’est le monde où l’on vit réellement. »

Le choix du titre Iblard vient d’une idée du romancier Kenji Miyazawa (dont Isao Takahata a déjà adapté les écrits avec le film Gauche le violoncelliste). Il appelait la région où il était né « Ihatobe » et pensait qu’en changeant le nom d’un endroit, cela nous permettait d’avoir sur lui différents regards. Inoue a fait de même et il a ainsi appelé Iblard la ville où il habite et dessine (en l’occurrence, la ville d’Ibaraki, dans la préfecture d’Osaka). « À partir de là, on a l’impression que les paysages habituels sont plus vivants, plus merveilleux, comme si on regardait un autre monde. Ceci dit, Iblard n’est pas un pays fabriqué artificiellement, c’est plutôt le paysage que je vois réellement à certains moments. »

Naohisa Inoue se déclare une nouvelle fois ravie de sa nouvelle collaboration avec le studio Ghibli et de voir ainsi à nouveau porté son univers et ses personnages en film d’animation, comme une nouvelle porte d’entrée sur le magnifique. « Les paroles et les actes des êtres humains deviennent parfois magiques. C’est un pouvoir que tout le monde possède mais avec lequel la plupart des gens vivent sans le savoir. Dans ce sens, Miyazaki est un grand sorcier car il crée des films magnifiques. Je pense que le monde créé par Miyazaki n’est pas un monde de fiction comme Iblard. Mais c’est une autre façon de voir le monde. C’est pourquoi on trouve la réalité inoubliable dans une histoire fantastique. Toutes les oeuvres de Miyazaki sont merveilleuses et magnifiques et nous exaltent. Avec ce film, j’ai l’impression que nous avons fait de la magie. »

L'animation

Même si elle a bien quelques regrets concernant des détails sur l'animation, Megumi Kagawa considère que son travail sur le film ne fut pas si difficile car il n’y avait pas beaucoup de paroles, ni de grands mouvements compliqués chez les personnages. Son travail de direction de l’animation s’est donc résumé aux tâches de base habituelles : vérification des dessins des animateus ou de timing.

Malgré son manque d’expérience au poste de directrice de l’animation, elle se déclare très satisfaite du travail et des efforts effectués par ses collaborateurs. Comme, par exemple, sur la scène où l’étoile croie et tourne sur elle-même, réalisée grâce au concours d’effets numériques. Toutefois, elle avoue avoir plutôt été préoccupée par le fait qu’elle n’avait pas bien compris l’histoire en elle-même au départ. De plus, l’e-konte de Hayao Miyazaki comportait peu d'explications, et plus particulièrement au sujet du personnage de Nona.

« Ce que j’avais compris, c’est que Nona était un garçon calme, sérieux et sensible. J’avais aussi l’impression qu’il était un peu sombre. C’est du moins ce que j’ai déduis des réponses apportées par Miyazaki à mes questions. Ce fut assez dur mentalement de dessiner Nona, je devenais moi-même plus triste à force de dessiner ce garçon préoccupé. Avec le recul, et c’est mon opinion personnelle, j’ai maintenant l’impression que le film parle un peu de l’adolescence de Miyazaki lui-même. Il avait lui aussi une tante libre comme Ninya. »

Les décors

C’est la première fois que Yohei Takamatsu est promu au poste de directeur artistique. Même si le film raconte une histoire qui se déroule dans le monde d’Iblard, Hayao Miyazaki lui conseille de ne pas dessiner les décors en cherchant à imiter le style de Naohisa Inoue. Il ne lui montre qu’un seul et unique tableau de l’artiste et lui demande de dessiner en essayant de retrouver l’ambiance de celui-ci, sans trop l’imiter… Le tableau, nommé Mozumeno no Ie (La maison des champs de Mozumé - voir ci-contre) ressemble un peu à la maison de Ninya dans le film, qui se trouve seule et isolée au milieu des champs.

Takamatsu a donc créé tout l’univers du film en s’inspirant de ce tableau. Notamment le ciel, au niveau de ses couleurs, aux tons gris et verts, afin d’avoir un ciel peu lumineux mais ouvertement fantastique. Mais pour que ce ciel soit plaisant, il a délibérément utilisé le rose et le jaune pour les nuages.

C’est à la demande de Miyazaki qu’il a également dessiné des décors aux styles différents en fonction des séquences. Pour la séquence du marché, par exemple, Miyazaki pensait qu’il fallait mieux que les images expriment une impression de joie et de légèreté, même si le lien avec les autres séquences n’était plus très nécessairement très raccord.

Le plus difficile fut les scènes de nuit. Pour celles-ci, Miyazaki a demandé à plusieurs reprises à Takamatsu de ne surtout pas être monotone. Ce qui était important, paradoxalement, était la luminosité de ces scènes, c'est-à-dire, l’étoile, les bougies et la lune. De plus la luminosité devait changer de jour en jour. Quant à la chambre de Nona, elle est globalement sombre à toute heure de la journée et peu différente que ce soit le matin, en journée ou de nuit.

L’étoile que Nona fait pousser fut également difficile à représenter : elle devait être plus romantique et réaliste que fantastique. De plus, elle devait rester cohérente avec le monde qui l’entoure.

Fiche technique

Titre : 星をかった日 (Hoshi wo Katta Hi)
The Day I Bought a Star / Le jour où j’ai acheté une étoile
Histoire originale : Naohisa Inoue
Scénario, réalisation : Hayao Miyazaki
Directeur artistique : Yohei Takamatsu
Directeur de l'animation : Megumi Kagawa
Couleurs : Michiyo Yasuda
Directeur de l'animation numérique : Mitsunori Kataama
Directeur de la photographie : Atsushi Okui
Musique : Norihiro Tsuru (Violon) et Yuriko Nakamura (Piano)
Production : Studio Ghibli en coopération avec Mamma Aiuto Co., Ltd.
Date de sortie : 3 janvier 2006
Durée : 16 minutes 3 secondes

 


Source : fascicule du court métrage Le jour où j'ai acheté une étoile
Remerciements : merci à Yasuka Takeda pour les traductions
Dernière mise à jour : 28/01/2016

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